Bonjour !

Eh bien voilà, la boucle est bouclée. Mais est-ce vraiment la fin ?

Je vous mets une petite citation de Daniel Poliquin qui, je trouve, illustre bien le chapitre.
"Une gare est le plus bel endroit pour des retrouvailles, parce que c'est normalement le lieu des séparations. En se retrouvant dans une gare, on a l'impression de conjurer le mauvais sort."

Merci Whimsikal !
Bonne lecture.


Si c'est vraiment la fin

7 août 2017

Occuper sa journée. Il fallait qu'Hermione occupe sa journée pour ne pas penser que c'était ce même jour deux ans plus tôt qu'elle avait cédé pour la première fois au plaisir avec Drago. Drago. Elle pensait à lui presque chaque jour. Elle avait appris par Ginny qu'il était parti en croisière avec Pansy, Blaise et Théo. Elle mourrait d'envie de le voir.

« Tu veux bien que je prenne un animal ? demanda Rose en la sortant de ses pensées.

– Bien sûr, sourit la brune. Mais il faudra que tu t'en occupes toute seule et que tu en prennes soin.

Rose hocha vigoureusement la tête, se replongeant dans la lecture de sa liste de fournitures. Mère et fille marchaient sur le Chemin de Traverse, faisant boutique après boutique pour récupérer tout ce dont la future élève de Poudlard aurait besoin. Le sujet était bouillonnant depuis le jour où la lettre d'admission était arrivée à l'appartement.

– Qu'est-ce qu'il reste ? demanda Hermione.

– Les robes de travail, la baguette et il faut qu'on passe à la Ménagerie magique, lista Rose. »

Après un rapide passage chez Madame Guipure et chez Fleury et Bott qui se trouvait juste à côté, les deux sorcières entrèrent dans la boutique d'Ollivander. Le vieil homme était assis dans un fauteuil poussiéreux derrière le comptoir et posa ses yeux brillants sur les clientes.

« Bonjour, Madame la Ministre, salua-t-il d'une voix tremblante. Je savais bien que je vous reverrais un jour.

Hermione eut un sourire tendre, se remémorant chaque moment passé en compagnie de cet homme d'exception.

– Bonjour, Monsieur Ollivander, répondit-t-elle. Ma fille a besoin de vos conseils.

– C'est très bien… très bien. »

Hermione posa une main rassurante sur l'épaule de Rose avant de se diriger vers la sortie. Elle eut juste le temps d'apercevoir le jeune apprenti du faiseur de baguette aider le vieil homme à se lever en s'appuyant sur lui. Sur le perron, la brune attendit avec l'excitation montante. Elle était si fière que Rose entre à Poudlard cette année ! Mais son cerveau s'arrêta là dans ses projections sur le futur de sa fille quand un visage aux mèches blondes apparut dans son champ de vision.

L'ascenseur émotionnel fut tel qu'elle dut fermer brièvement les yeux pour clarifier son esprit. Ce n'était pas Drago à quelques mètres d'elle, mais Scorpius. Peut-être que si le petit était là, le père l'était aussi. Sentant son cœur battre douloureusement dans son ventre, Hermione descendit de la marche de la boutique et traversa la rue. Mais une fois plantée devant le jeune Malfoy, elle ne sut quoi dire.

« Bonjour, Madame, fit-il poliment.

Retrouvant un peu d'ordre dans ses idées, la brune parvint finalement à formuler une phrase relativement intelligible.

– Bonjour, est-ce que tu es avec ton père ? demanda-t-elle sans toutefois parvenir à prononcer le prénom de Drago.

Scorpius secoua la tête en signe de négation.

– Vous voulez que je lui dise quelque chose de votre part ? proposa-t-il comme s'il avait lu dans ses pensées.

– Je ne sais pas…, souffla Hermione. Dis-lui que…

Elle s'emmêla dans ses pensées et dans les émotions qui résidaient à fleur de peau. Elle semblait tout à coup sur le point de pleurer. Soudain, elle vit Astoria sortir d'une boutique un peu plus loin et se diriger d'un pas assuré vers son fils.

– Dis-lui que…, reprit précipitamment Hermione. Que j'ai besoin de le voir.

Elle avait débité ces derniers mots en même temps qu'elle tournait les talons et s'échappait vers chez Ollivander.

– Avec qui parlais-tu, Scorpius ? demanda Astoria.

– Je ne sais pas, répondit honnêtement le blond.

– Allez viens, il reste encore des choses à acheter pour Poudlard, enchaîna sa mère en posant une main sur son épaule. »

Mais le visage de cette femme revenait doucement à l'esprit de Scorpius. En plus de la voir parfois dans la Gazette, il l'avait déjà rencontrée. Quoi qu'il en fut, il en parlerait à son père qui saurait certainement ce qu'elle avait voulu dire.

« Alors ? s'enquit Hermione une fois que Rose fut sortie de la boutique.

– Bois d'if, cœur en ventricule de dragon, trente-trois centimètres, flexibilité légèrement élastique, récita la rousse en faisant tourner sa baguette fraîchement acquise entre ses doigts.

– Elle est très belle, félicita Hermione. Maintenant, allons te chercher un petit compagnon. »

Alors que Rose et sa mère rentraient plusieurs heures plus tard accompagnées d'une magnifique chouette hulotte et les bras pleins, Scorpius rentrait également chez son père.

« Tu as trouvé tout ce que tu voulais ? demanda Drago alors que son fils déballait ses achats pour lui montrer.

– Oui, j'ai tout ! Mère m'a même acheté deux autres robes pour l'hiver et la mi-saison.

– La baguette ?

– Crin de licorne, répondit fièrement le garçon.

– Évidemment, sourit son père. Et pour le quidditch ?

– Bottes, uniforme, balais, énuméra Scorpius. Plus l'ensemble que tu m'as offert à Noël.

– Alors tu es prêt pour tous leur montrer que les Malfoy ont toujours leur place sur le terrain, assura Drago avec un clin d'œil malicieux et rieur.

Le visage de Scorpius s'illumina d'un large sourire alors que son père lui donnait une tape sur l'épaule avec fierté.

– On a croisé tonton avec une femme, dit le jeune Malfoy.

– Blaise ? fit Drago en haussant les sourcils. Tu la connaissais ?

– Non, je crois que je ne l'avais jamais vue avant. Elle ressemblait un peu à mon institutrice à Albury, avec des petites lunettes.

Drago se redressa avec un sourire amusé sur les lèvres et attrapa les affaires que Scorpius avait ramenées pour les monter dans sa chambre. Alors qu'il le suivait de près, le jeune Malfoy se décida à parler.

– J'ai vu quelqu'un d'autre sur le Chemin de Traverse, annonça-t-il.

– Ah oui ? Qui était-ce ? demanda Drago alors qu'ils arrivaient à l'étage.

– Eh bien…, hésita Scorpius en réfléchissant encore un peu à ce visage familier et étranger à la fois pour ne pas dire de bêtise. Je crois que c'était la Ministre de la magie.

Drago manqua la poignée de la porte de la chambre de son fils et se figea. Scorpius se demanda alors s'il avait en effet dit une bêtise. Il poursuivit avec bien moins d'aisance.

– Elle a dit qu'elle avait besoin de te voir.

– Tu lui as parlé ? interrogea le père avec plus de pression qu'il ne l'aurait voulu.

– Oui… elle est venue me voir. C'était comme si elle était triste. »

Dans la chambre de Scorpius, Drago déposa toutes ses affaires qui s'en allèrent se ranger toutes seules dans les placards et étagères. Mais quand son fils lui expliqua ses dernières trouvailles et idées, quand il lui partagea son excitation à l'idée d'entrer à Poudlard dans une poignée de jours, Drago ne l'écoutait pas entièrement.

Le visage d'Hermione s'imposait dans son esprit. Leurs dernières conversations. Ses lettres sans réponse. Peut-être qu'il avait assez attendu. Peut-être qu'il était prêt, en fin de compte, à supporter la présence de Weasmoche dans ses pattes pour peu qu'il puisse passer ses journées avec la jeune femme. Après tout, il se rendait compte que ces derniers temps sans elle avaient été un véritable calvaire. Vivre seul loin d'elle en la sachant si près en même temps était le plus terrible des supplices. Ils trouveraient peut-être un compromis. Il finirait peut-être par digérer Weasley dans les parages.

Surpris lui-même que ses réflexions l'aient mené à cette conclusion approximative, Drago se coucha ce soir-là avec de nouveaux doutes dans la tête. Mais aussi une pointe de ce qui ressemblait fort à de l'espoir. Il lui fallut néanmoins près d'une semaine pour trouver le courage, la force mentale et les mots pour se rendre chez Hermione. C'était un soir, en fin de semaine ; il espérait qu'elle serait chez elle et sans les enfants. Et si elle ne voulait plus de lui ? Si finalement, sans réponse de sa part, elle l'avait complètement écarté ? Il se trouvait désormais bien stupide d'avoir causé tant de malheur entre eux par pure jalousie. Elle avait eu raison, depuis le début. Comme toujours.

Le blond frappa et attendit. Longtemps. Peut-être n'était-elle pas là. Il hésita à toquer à nouveau quand il vit passer une ombre dans le judas. Une fraction de seconde plus tard, la porte s'ouvrait. S'il avait laissé transparaître de l'appréhension et peut-être de l'inquiétude sur son visage, Drago se ferma instantanément à la vue de l'individu qui avait ouvert. L'envie de hurler, de frapper et même de pleurer défilèrent successivement dans son cœur avant qu'il ne tourne les talons et transplane depuis le palier sans dire un mot, la rage au ventre.

Il n'avait plus sa place dans la vie d'Hermione qui en avait définitivement choisi un autre. Il enrageait en y pensant et plus il y pensait, plus ça le détruisait. Mais c'était faux, évidemment. Il se trompait car Hermione n'avait jamais tourné le dos à ses sentiments pour lui. Sauf qu'il était trop malheureux pour le comprendre.

La main sur la poignée, Ron n'avait pas encore cligné des yeux. Il referma finalement la porte et attendit nerveusement qu'Hermione sorte de la douche. Si ce soir, avant de rentrer chez lui avec les enfants, il ne lui dit rien concernant la venue de Drago, il comprit une chose : il était temps de faire un pas en arrière et de prendre de la distance. Et malgré tout le mal que cela lui fit, le rouquin réalisa enfin que s'il n'était pas la raison de son malheur, il en était la cause. C'était marqué sur le visage fatigué et terne d'Hermione, dans son attitude maussade, dans la façon qu'elle avait de laisser se perdre son regard dans un vide mélancolique. C'était marqué sur le visage torturé de Malfoy.

Heureux qu'il avait été qu'elle le défende bec et ongle vis-à-vis de Malfoy, il se trouvait bien pathétique et affligé de l'avoir rendue si misérable. Sa réflexion déjà bien poussée fut parfaitement corroborée quelques jours plus tard, quand ils se retrouvèrent tous sur le quai d'une gare bien connue.

1er septembre 2017

Le quai de la gare baignait dans une effervescence chaude sous l'épais nuage de vapeur blanche. De nombreuses familles étaient réunies près du train, profitant des derniers instants avant le grand départ. Harry, Ginny et leurs trois enfants s'avancèrent, retrouvant Hermione et Ron. Rose et Albus faisaient leur rentrée cette année et James ne manquait pas une occasion d'embêter son frère, angoissé à l'idée de ne pas être choisi parmi les Gryffondor.

Leur petit attroupement de neuf personnes respirait tout de même la bonne humeur et l'émotion alors que Hugo et Lily, les deux cadets, trépignaient d'impatience à l'idée d'entrer à Poudlard, deux ans plus tard. Mais au milieu de toute cette famille, Hermione avait l'esprit perdu. Elle prenait part aux conversations de temps à autre pour réprimander Ron ou pour rassurer ses enfants, mais n'écoutait pas vraiment.

La jeune femme balayait le quai du regard, à la recherche d'un visage familier qui ne semblait jamais apparaître. Et puis finalement, quand une vague de vapeur se dissipa, elle l'aperçut à plusieurs dizaines de mètres. Sa veste noire hautement boutonnée, son menton pointu, ses cheveux presque blancs. Et ses yeux gris perçant la distance qui les séparait. Il avait une main posée sur l'épaule de son fils qui se tenait entre lui et sa mère. Leurs regards se croisèrent et le ventre d'Hermione se tordit violemment.

Pendant de longues minutes, ils furent tous deux comme entourés d'une bulle où rien autour n'existait plus. Elle aurait voulu le rejoindre, ignorer les autres, passer sa main dans ses cheveux blonds, le serrer fort dans ses bras et ne plus jamais le quitter. Mais dans ses yeux froids, elle lisait tous les mauvais choix qu'elle avait faits. Et combien de fois elle l'avait fait souffrir. Mais ce matin-là, sur le quai de la gare, elle souffrait aussi. De le voir au loin, si inaccessible, si taciturne.

Hermione entendit autour d'elle Harry et Ron parler de Drago et de son fils, Scorpius. Elle était la seule à pouvoir lire sous son masque d'impassibilité toute la colère qu'il retenait. Et c'était justement depuis le jour où la colère avait remplacé l'amour dans ses prunelles grises que la jeune femme n'arrivait plus à être heureuse.

La vision du groupe d'amis de l'autre côté du quai donna à Drago envie de frapper quelque chose. Toute la scène lui semblait surréaliste. Jamais les choses n'auraient dû se passer de la sorte. Voir Hermione près de l'autre lui donnait la nausée. Il voulait qu'elle soit près de lui, c'était ce qui aurait dû arriver. Mais quand elle planta son regard dans le sien, son regard plein de regrets, de désolation, d'excuses, il ne put faire autrement que se souvenir encore une fois pourquoi ils en étaient arrivés là. Tout était de sa faute à elle. Elle et ses principes, elle et sa morale de sainte qui devait toujours tout arranger.

Ils avaient été à un pas du bonheur, à un pas de construire une nouvelle vie plus heureuse que celle qu'ils avaient chacun de leur côté. Et elle avait tout ruiné. Il admettait ses torts, ses maladresses, mais il n'avait jamais rien fait pour la blesser. Elle ne pouvait pas en dire autant.

Quand tous les regards furent sur lui, il adressa un hochement de tête au groupe et se détourna, ne supportant plus les yeux noisettes implorants qui pesaient sur son cœur. Il serra fièrement son fils, lui rappelant ce qu'il devrait faire ou non en arrivant à Poudlard. Une fois que Scorpius fut dans le train, sans un mot de plus, Drago transplana chez lui avec rage.

.

Hermione se laissa tomber sur le canapé. Le regard dans le vague, elle sentit Hugo grimper à côté d'elle et se coller à son bras. Voilà, Rose était partie pour de bon à Poudlard et elle sentait au fond d'elle le manque qui naissait en même tant temps que la fierté. Et Drago. Elle avait appréhendé ces instants à la gare, sachant qu'il y aurait de fortes chances qu'ils s'y retrouvent. Pendant des jours, elle avait senti l'angoisse lui tordre le ventre. Être restée si longtemps loin de lui et en même temps si peu. Il n'avait pas changé -elle se demandait bien pourquoi il l'aurait fait- et son regard si dur l'avait réellement blessée.

La jeune femme sentait au fond d'elle qu'elle touchait peut-être du doigt la fin. La vraie fin de leur relation. Jusque-là, elle avait gardé l'espoir qu'un jour… un jour peut-être ils essuieraient les pots cassés et reprendraient tout à zéro. Mais voilà. Et si c'était vraiment, définitivement, fatalement terminé ? Comment se passer pour de bon de cet amour inconditionnel et si douloureux qu'elle ressentait à chaque fois qu'elle repensait à Drago ? Son quotidien était devenu une torture constante. Chaque lieu où ils avaient passé du temps ensemble, chaque fauteuil où il s'était assis, chaque discussion qu'ils avaient eue bourdonnait en souvenir des jours où ils étaient heureux.

Non. Si ça devait réellement se terminer, elle voulait lui parler une dernière fois. Vider son sac et se libérer de tous ces nœuds terribles dans son ventre.

« Je vais rentrer chez moi, annonça Ron, la coupant dans ses pensées torturées.

Hermione se leva alors que Hugo s'affalait sur le canapé de tout son long avec ses figurines.

– On se voit au Terrier dimanche ? demanda-t-elle plus comme une affirmation que comme une question.

– Normalement oui.

Ron l'observa encore quelques instants. Ses yeux vides le poussèrent finalement à avouer ce qu'il planifiait depuis quelques jours.

– Mione, commença-t-il en l'invitant à se reculer vers la porte, j'ai réfléchi à quelque chose.

Elle posa son air curieux mais las sur lui, l'incitant à poursuivre.

– Je vais déménager, lâcha-t-il.

– Quoi ? s'exclama la brune franchement surprise.

– Je vais quitter Londres, l'Angleterre même je pense.

– Mais… Et les enfants ?

– Rose est à Poudlard maintenant et Hugo y rentrera bientôt, poursuivit Ron.

Hermione ne savait pas vraiment quoi répondre.

– Je suis resté dans l'appartement parce que ça m'était insupportable de le quitter et d'abandonner notre vie dedans, reprit le rouquin après un moment de silence. Je suis resté accroché à beaucoup de choses pour ne pas perdre ce qu'il me restait de nos moments d'avant. Je suis resté accroché à toi et c'était profondément égoïste.

Désarçonnée par ce soudain élan de confession et ces annonces sorties de nulle part, Hermione resta muette alors que le sorcier continuait.

– Aussi difficile que cela puisse être, je comprends maintenant que ton bonheur est loin de dépendre de moi ou de notre entourage. Je suis désolé. De ne pas t'avoir accordé l'attention que tu méritais quand on était ensemble, de t'avoir fait du mal. Et je suis désolé de t'avoir éloignée de Malfoy alors qu'il est visiblement le seul à être capable de te rendre heureuse. Il est grand temps que je m'éloigne, pour toi et pour moi.

Entendre Ron parler de Drago, de son bonheur lié à lui, donnait à la jeune femme des douleurs dans la poitrine. Sa lèvre supérieure tremblait sous l'émotion. Elle avait envie d'éclater en sanglots, de dire à Ron que c'était trop tard pour être désolé, que le mal était déjà fait et que c'était fichu avec Drago. Mais les rugissements dont Hugo derrière elle affublait ses dragons l'obligèrent à rester forte. Elle laissa s'échapper quelques larmes qu'elle frotta vigoureusement avec ses paumes fébriles.

– Je ne peux pas supporter de te voir comme ça, murmura Ron. Et si pour te voir rire à nouveau il faut que je vive un peu plus loin de toi, alors je le ferai. Ça ne peut que nous faire du bien à tous.

La brune eut l'impression que dans le « tous », Ron incluait aussi Drago. Si même lui avait une pensée pour le blond…

– On en reparlera dimanche, souffla la sorcière en s'essuyant une dernière fois le visage.

Ron lui adressa un petit sourire et l'attira vers lui pour déposer un baiser dans ses cheveux.

– Allez, Hugo, appela son père. On y va !

– À dimanche, mon chéri, sourit Hermione en le serrant fort dans ses bras. »

Ron et Hugo disparurent derrière un geste de la main en guise d'au-revoir et la jeune femme se retrouva dans le silence bourdonnant de son salon. Midi sonna et résonna dans la pièce. La Ministre ne mangea presque pas tellement son estomac était noué et s'en alla directement au Ministère. Rien de tel qu'un bon dilemme diplomatique pour ne penser à rien et finir la semaine. Enfin, c'était ce qu'elle croyait. Jusqu'au soir, elle ne cessa de se repasser sa discussion avec Ron. Il partait de Londres, il partait pour qu'elle puisse être avec Drago.

Même s'il ne l'avait pas dit explicitement, elle trouvait que c'était la preuve d'amour la plus profonde qu'il lui ait témoignée depuis bien des années. Il avait droit aussi à une nouvelle vie, loin d'elle et de leur passé chaotique. Mais son avenir à elle ne lui semblait pas bien réjouissant.

Elle retrouva ses pensées de fin de matinée. Si elle devait continuer sa route seule, elle voulait terminer les choses définitivement avec Drago. Bien que l'idée simple de ne plus jamais partager quoi que ce soit avec lui semblait horrifiante, elle avait besoin, quoi qu'il arrive, de le voir une dernière fois. À l'heure de quitter le travail, elle ne prit même pas la peine de rentrer chez elle. Elle transplana directement dans la rue de l'appartement de Drago. S'il n'était pas là, elle irait au manoir et ferait le tour de l'Angleterre pour le trouver et lui parler ce soir. Elle sentait que c'était maintenant ou jamais et qu'elle le regretterait toute sa vie si elle ne le faisait pas.

Hermione toqua à la porte et attendit en silence. Son cœur battant douloureusement dans sa poitrine et son esprit tourmenté la rendaient plus que nerveuse. La porte s'ouvrit sur Drago. Le blond posa ses yeux sur elle et ils se remplirent d'une lueur froide et triste en une seconde avant qu'il ne referme la porte. Hermione soupira tristement. Elle toqua à nouveau sans conviction, sachant que Drago n'ouvrirait pas cette fois. Sans surprise, il ne le fit pas, restant droit et figé avec le cœur déchaîné comme un ouragan derrière la porte. La brune décida de s'asseoir sur le palier. Elle sentait qu'elle devait lui parler maintenant, quoi qu'il fasse. En tailleur, la jeune femme finit par appuyer son front contre la porte, inspirant profondément. Elle toqua une dernière fois avec désespoir.

« Drago, souffla-t-elle. Je ne sais pas si tu m'écoutes, ni même si tu m'entends, mais j'ai besoin de te parler aujourd'hui. Tant pis si je parle dans le vent, mais au moins, j'aurais vidé mon sac.

Hermione fit une pause, consciente qu'à ce stade-là, elle n'avait plus beaucoup d'espoir à avoir.

– Si… Si c'est vraiment fini pour nous deux, si je dois définitivement renoncer à toi, je veux d'abord mettre les choses à plat. Je t'en ai voulu. Beaucoup. De nous avoir séparés et de m'avoir reproché ma proximité avec Ron. J'étais en colère, mais je crois aussi que j'avais peur.

La jeune femme s'arrêta et inspira profondément.

– J'avais beau ressentir des centaines de choses, je n'arrêtais pas de repenser à tout ce qu'il s'était passé. Comment avoir confiance dans une relation comme la nôtre ? Je n'avais pas confiance en moi, en toi. J'avais été capable de coucher avec toi alors que je reprochais la même chose à Ron. J'étais allée, dans l'espace de quelques mois, à l'encontre d'une dizaine de mes principes. Et puis l'échappatoire que tu représentais s'est transformée en bouée de sauvetage.

Hermione se tut en entendant du bruit derrière elle. Un homme passa dans le couloir et la dévisagea ostensiblement. Qu'importait. Elle attendit d'être à nouveau seule pour reprendre dans un murmure.

– C'était pire que tout de me rendre compte que j'étais tombée amoureuse de toi alors que nos deux situations ne le permettaient pas. J'ai essayé de me faire une raison, mais j'ai compris que ce n'était pas un sentiment qui allait passer avec le temps. Et tout allait de travers. Notre relation se construisait en dent de scie entre Ron et Astoria, entre les confessions et les déceptions. Et j'avais peur. Peur que tu ne fasses jamais le choix de nous. Que tu ne me choisisses jamais, moi et le changement que ça allait impliquer.

La jeune femme s'arrêta à nouveau. Il lui sembla entendre du bruit derrière la porte, mais en tendant l'oreille, seul le silence demeura.

– Astoria est venue me voir un soir alors que vous étiez sur le point de divorcer, avoua-t-elle. Je ne la connaissais pas vraiment, je ne lui avais que très peu parlé. Elle m'a demandé d'arrêter de te voir, de couper les ponts. Elle m'a dit des choses qui m'ont faite douter. Et puis il y a eu Ron… Je n'avais aucune idée que tu étais aussi affecté par nos rapports jusqu'à ce que Pansy me l'explique après une énième crise.

Elle reprit son souffle et tenta de dégager sa gorge de l'énorme boule qui s'y était formée. Sans succès. Quand elle recommença à parler, sa voix tremblait et ses yeux étaient humides.

– Je n'aurais pas dû partir. J'aurai dû te dire que tu étais le seul qui comptait dans ma vie et que je pouvais me passer de Ron. Qu'il n'a jamais été question que je me remette avec lui. Si ça doit se terminer comme ça…, s'étrangla-t-elle. Non, ça ne peut pas être la fin. Je ne peux pas supporter que toi et moi ce soit fini…

Les larmes commencèrent à couler sur ses joues et elle renifla bruyamment.

– Drago… Je n'ai jamais voulu t'oublier. Je suis incapable de vivre en sachant que tu me détestes autant. Si tu savais comme je t'aime. Drago, je t'aime tellement. »

Hermione se laissa aller à la douleur et sanglota contre la porte, le visage entre les mains. C'était si dur de mettre autant de mots sur la déchirure béante à l'intérieur d'elle. Autant de mots incapables de la combler. Une vibration traversa le bois alors que la poignée s'abaissait. Et Hermione leva alors ses yeux remplis de larmes et d'une touche d'espoir vers le visage qui apparaissait.