Disclaimer : Tous les personnages appartiennent aux studios Square Enix et Disney. L'histoire est à moi, par contre.
Note : Et c'est parti pour un nombre exponentiel de petits épisodes remplis de bazar administratif et d'amour vache. Je sais pas vous, mais moi j'aime bien. A très vite ! Ya.
Le Bureau des Objets Perdus
Episode un - De l'art de casser les couilles ou Le corbeau et la pipelette.
"Et donc lundi dernier, on est restés chez moi manger une glace et le courant est bien passé, j'ai jamais connu ça avec personne, tu saisis ? Pas de silences inconfortables, rien que des silences pleins et doux, et je t'ai dit que même quand il dit rien, j'adorais l'écouter ? Il parle pas beaucoup mais il a des mimiques particulières, tu vas me dire, tout le monde en as, mais Roxas il penche vraiment pas la tête comme tout le monde, y'a aussi un truc dans ses yeux et quand il rit, c'est fou, bref, on parlait et il me racontait sa vie et là je lui expliquais ce qui nous était arrivé la semaine dernière à propos de la fameuse photo qu'on avait retrouvé, et tu devineras jamais ce qu'il a fait…
— Axel ?
— Ouais ?
— Ta gueule."
Vanitas avait tout essayé. Les boules Quies, les mains sur les oreilles, les écouteurs avec la musique à fond, la méditation avec les mantras, les chakras, les samoussas et tout le bordel, la superbe ignorance, chanter comme une crécelle par dessus le bruit de fond mais rien à faire. Il fallait se rendre à l'évidence, son collègue ne la fermait jamais. C'était peine perdue. Aussi à défaut des techniques de défense avait-il fini par élaborer moulte plans d'attaque. Jeter des petits bouts de gomme dans ses cheveux pendant qu'il parlait, dérégler son siège pour que son immense corps se retrouve coincé entre le sol et le bureau, transférer ses propres appels sur la ligne du roux, lui refiler masse de ses dossiers d'archivage à trier après s'être foutu en arrêt maladie, lui tousser allègrement dessus en période de grippe, asperger son café de Tabasco quand il avait le dos tourné…
C'était presque devenu un sport, emmerder Axel pour l'empêcher de l'emmerder, un marathon duquel il désespérait de voir le bout, la faute à sa fierté et à son impatience. L'épouvantail avait dû gagner la médaille du plus grand chieur dans une autre vie. Et le pire, si cela n'avait pas suffit à le blesser dans son orgueil –lui qui, avant de le connaître, se considérerait comme un casse couilles suffisamment agueri pour postuler au Bureau des Morts, service des Enfers – c'est qu'en plus d'être sexy à pleurer, le rouquin n'en restait pas moins diablement efficace.
Jamais un appel de raté, toujours en retard, jamais absent, Axel ne s'autorisait aucune heure sup et pourtant, Dieu seul savait comment, il terminait toujours à l'heure. C'était à s'en bouffer les doigts, à s'en arracher les cheveux et la peau du crâne avec les ongles alors, à force, Vanitas avait fini par rendre les armes. Ça n'était pas son genre, vraiment pas, mais il préférait largement remettre sa vengeance à plus tard que de risquer un burn out. Trop de boulot au Bureau Principal, de toute façon.
Et puis lui ne pouvait pas se payer le luxe de pouvoir faire copain-copain avec le bras-droit du grand patron.
"Tu m'emmerde, appuya t-il comme l'autre s'était remis à parler dans le vide, ses jambes interminables dépassant du bureau.
Axel roula des yeux en regardant sa montre, et l'action lui donna l'air de sortir tout droit d'un film des années quarante.
— Je disais, lui au moins, il m'écoute.
Vanitas bailla, pas le moins du monde offensé par le ton de reproche qu'il sentait poindre dans la voix de son collègue.
— Mais lui, il a le cul avec. Moi j'ai que la tête et tous les inconvénients."
Le noiraud sut qu'il venait de dire une énorme connerie quand il vit le sourire de l'autre s'élargir dangereusement, son corps désarticulé pivotant tout d'un coup sur sa chaise avec un intérêt nouveau.
"Je rêve, où tu viens de sous-entendre que je suis un bon plan cul ?
— T'as rêvé. Par contre, j'ai clairement exprimé que t'entendre parler me cassait les burnes.
Axel ricana, posa un doigt machiavélique sur sa tempe. C'était pas permis d'avoir un rire aussi grave quand on avait une voix de contralto, et encore moins d'avoir l'air aussi heureux à l'idée de faire chier son petit monde. En fait, c'était une permission qui lui était strictement réservée, et Vanitas se fit la promesse mentale de lui coller un avertissement pour harcèlement aux miches la prochaine fois qu'il irait se plaindre auprès du syndicat.
— Mémoire sélective mon pote, fanfaronna le roux. C'est gravé là-dedans pour toujours, maintenant."
Penché sur son dossier, Vanitas se contenta d'hausser moqueusement les épaules.
Quand Axel se remit à parler, il l'ignora.
