Disclaimer : Tous les personnages appartiennent aux studios Square Enix et Disney. L'histoire est à moi, par contre.
Note : Aujourd'hui, on en apprend un peu plus sur cette histoire avec Demyx, d'où la vignette un peu plus longue que d'habitude. Merci à Imanonyme et Loir pour leurs reviews qui m'ont fait tellement rire, un petit coucou à Milou si tu passe par là pour te remonter le moral ! Je vous aime.
Le Bureau des Objets Perdus
Épisode trois - Aux grands maux, les grands remèdes
"Vanitas, t'as une minute ?
— Nan.
— Une demie-seconde, alors.
— Nan.
— Allez, ça vaut le coup.
— Nan.
— T'as bossé comme un acharné depuis ce matin, t'as les yeux explosés, on dirait un gosse de neuf ans qui a passé sa soirée sur un jeu vidéo en ligne en cachette de ses parents.
— Dixit celui qui joue à des dating sim jusqu'à quatre heures du matin.
— Quoi, t'as pas aimé mon screen shot ?
— Même pas regardé.
— T'as vu l'heure, donc t'as regardé."
Devant le manque de réaction de son camarade de bureau, Axel pivota sur sa chaise, intrigué. Il connaissait les silences de Vanitas, la fréquence de ses respirations quand il était en colère, agacé, ou même lorsqu'il l'ignorait.
A ce moment précis, son silence ne pouvait signifier qu'une seule chose.
"Attends. Qu'est-ce que tu faisais debout à quatre heures du matin ?
— Je me branlais.
Le roux plissa les yeux, approcha de Vanitas à la manière d'une pieuvre à roulettes, usant de ses longues jambes comme d'un balancier.
— Tu dures pas aussi longtemps.
Cette fois le corbeau se permit un rire narquois, levant ses yeux rougis du dossier étalé juste devant lui. C'était doré et intensément provocateur, et Axel se laissa happer quelques secondes par la vision.
— Comment tu pourrais savoir ?
— C'est… physiologique, c'est tout.
— Mon existence même dépasse toutes les limites de la physiologie."
Le roux haussa les épaules, peu réceptif à toute vantardise n'appellant aucune contradiction. Il aurait bien aimé asticoter Vanitas un peu plus longtemps sur sa physiologie ceci dit, aussi était-il en train d'ouvrir la bouche pour balancer une pique lorsque la lumière se fit brutalement dans son esprit, claire et aveuglante.
Il pointa un doigt accusateur vers le brun.
"Oh, putain.
Échec de la diversion. Démasqué, Vanitas s'en retourna vivement à sa paperasse, sa chevelure épaisse disparaissant à peine sous le couvert préhistorique que constituait son énorme ordinateur maculé de poussière. Il pensait peut être être devenu invisible, mais il en fallait beaucoup plus pour décourager Axel dans sa quête insatiable de ragots.
Et maintenant que sa curiosité était piquée, le faire changer d'idée relevait pratiquement du miracle, voire de l'Immaculée conception.
— T'es allé à la crémaillère de Zexion hier soir, asséna le roux par dessus son épaule.
Vanitas pouvait sentir son souffle chaud se glisser suavement dans son cou, et il s'empressa de chasser la sensation d'un mouvement de la main.
— Faux. J'ai accompagné Demyx.
— Tu l'as traîné.
Fatigué, Vanitas décida qu'il pouvait bien avouer.
— Il voulait pas y aller, aussi.
— Depuis quand tu joues les entremetteurs ?
— Depuis quand tu t'intéresse à Dem' ? Tu passe ton temps à cracher dans son dos.
Axel émit un long cri de protestation, signifiant farouchement son désaccord face à cette honteuse insinuation.
— C'est parce que c'est un con ! Ça crève les yeux que Zexion essaie de lui faire comprendre qu'il est encore amoureux de lui depuis, quoi, trois ans ? À ce stade soit il est aveugle, soit il est stupide, et son dossier complet transmis par la RH me fait nettement pencher pour la deuxième option.
— Tu voulais son poste. Et on a pas de RH.
— Toi tu voulais son cul, et détourne pas la conversation. Trois ans, vingt ans, poste ou pas poste, ce serait pareil.
Relâchant le soupir harassé qui lui brûlait les lèvres, Vanitas se frotta les paupières avant de se retourner pour tomber nez à nez avec le roux, dont les yeux perçants épiaient chacun de ses mouvements engourdis de fatigue. Il bailla d'un air morne, en profitant pour lui souffler allègrement son haleine au visage.
— Alors, pourquoi tu l'aide ? demanda Axel, fort peu découragé par les longs silences de son vis à vis.
— Pour qu'il me doive un truc, finit par répondre Vanitas. C'est toujours utile d'avoir un larbin plein de reconnaissance capable de passer dans le monde Réel pour te ramener des trucs.
Le rouquin haussa un sourcil suspicieux. En face, le brun soutint fermement son regard.
— Tu vas me faire croire que tu fais absolument pas ça pour qu'il soit heureux ?
— Je suis pas un gars sympa. Pourquoi je voudrais qu'il soit heureux ?
— Parce que toi, t'es pas heureux.
— Aïe.
— Et donc, tu essaye de participer à son futur bonheur pour pouvoir te sentir ne serait-ce qu'un tout petit peu satisfait par procuration.
— Ça va, la psychologie de comptoir ? Ma vie c'est pas un discours de BHL, espèce de sale con. Alors maintenant tu t'occupe de ton cul décharné et tu me laisse trier mes dossiers sans ouvrir ta grand bouche de foutu Carmentran."
Axel croisa les bras sur son torse et, remarquant les cernes noirs de son acolyte doublés de son expression de cabot prêt à mordre, se détourna pour signifier plus explicitement son désintérêt de la discussion.
Il savait pertinemment quand il valait mieux ne pas trop pousser le bouchon et là, Vanitas semblait sur le point de l'étrangler avec le fil de sa souris pour le pendre au plafond.
Le regard mauvais qu'il lui lança lorsqu'il se remit à parler confirma ses soupçons.
"Ça a foiré, du coup.
— T'as pas du boulot ?
— Allez, tu peux bien me raconter un peu. Je te raconte bien mes histoires avec Roxas.
— Personne t'as jamais demandé de raconter tes histoires avec Roxas, surtout pas moi, et pourtant l'intégralité du Monde en Deçà est au courant.
— Il s'est défilé ? Zexion a pas osé faire son speech ?
— Il a fini la soirée dans les toilettes en me suppliant de le ramener parce qu'il avait peur qu'ils se croisent à nouveau dans le couloir, ça te va ?"
Axel se tut et Vanitas le vit hocher gravement la tête en rapprochant sa chaise de son bureau, tout doucement.
Sur ces bons mots, la conversation fut close.
Après de longues minutes où l'on entendit plus que le cliquetis régulier des claviers et le bruissement soyeux des papiers brassés par la force de l'habitude, la conclusion du roux sur l'affaire tomba là, limpide évidence devant le fait accompli, pas même chargée d'une once de pitié.
"Il est pas encore prêt à s'avouer qu'il l'aime encore, c'est tout.
Vanitas leva les yeux au ciel. Heureusement qu'il s'emmerdait trop pour exiger le silence.
— Arrête, on se croirait dans un épisode d'Amour Gloire et Beauté et– attends, c'est pas ta ligne qui sonne, là ?
Le clairon strident émanant soudain de la machine posée sur son bureau suffit à attirer l'attention d'Axel, qui colla aussitôt le combiné à son oreille, sa voix passant brusquement d'un vibrato naturellement moqueur à une tonalité mielleuse minutieusement préparée.
— Bureau des Objets Perdus, branche Principale, Axel, j'écoute ?
Il y eut quelques crachotements caractéristiques dans l'appareil et les yeux de l'allumette s'arrondirent progressivement de surprise sous le regard circonspect de Vanitas, qui venait de relever le nez de son tas de feuilles juste histoire de vérifier de quoi il retournait.
— Y'a quoi ? demanda t-il une fois qu'Axel eut raccroché, un pli de curiosité au milieu du front.
Le rouquin lui adressa une grimace désespérée.
— C'était Kairi.
— Et quoi ?
— inspection surprise ce matin, le boss vient d'entrer dans le Bureau de Saïx.
A l'annonce de la nouvelle Vanitas abandonna tout espoir et se laissa aller contre le dossier de sa chaise, les épaules et les jambes avachies tragiquement sur les accoudoirs façon Radeau de la Méduse.
Ils étaient fichus.
— Meeerde, et Demyx qui cuve encore dans mon appart'. Laisse tomber pour l'évaluation du mois, c'est mort.
— Il va se faire défoncer. Et nous avec, vu qu'il est censé gérer nos retours vers l'extérieur.
Un temps, ridicule, avant que Vanitas ne claque de la langue, aussitôt suivit par son collègue qui accusait plus ou moins le coup du départ de sa prime de meilleur employé. Dans ce genre de cas, il ne leur restait plus qu'une solution.
Aux grands maux, les grands remèdes.
— Grève sauvage générale ?
— Grève sauvage générale.
Ils s'observèrent une demie seconde afin de savoir si ce qu'ils pensaient se lisait bien sur le visage de l'autre puis, d'un geste acéré, Axel composa leur numéro de secours.
— J'appelle Riku, précisa t-il tout de même.
En face de lui, Vanitas leva vivement les bras en l'air.
Il revenait à la vie.
— Mazel tov, grinça t-il gaiement. Et vive le syndicat ! "
