Disclaimer : Tous les personnages appartiennent aux studios Square Enix et Disney. L'histoire est à moi, par contre.
Note : Lae, si tu passes par ce recueil, sache que ce Riku ronchon est quasi-directement inspiré d'A coups d'hémoglobine et de caféine. Merci à Imanonyme et Loir pour leurs reviews sous le chapitre précédent, j'espère que celui-ci vous plaira et que vous aimerez Kairi. Bisous !
Le Bureau des Objets Perdus
Épisode quatre - Urgence psychologique
Riku détestait son travail. Les plaintes, les appels, les jérémiades, les jurons, les cris, à chaque fois que son téléphone sonnait il avait l'impression que le monde entier allait lui tomber sur le crâne. Il en était à son quatrième burn out et pourtant personne n'avait jamais daigné lui accorder une seconde de répit. Eh quoi, ça n'était pas parce qu'il était immortel qu'il était increvable, si ?
Il ne demandait pas grand chose, pourtant. Une heure, une minute, une seconde seulement à pouvoir lézarder au soleil, le visage détendu, ses cheveux d'argent consciencieusement étalés sur le sable fin. Une brise fraîche tout droit venue du Monde Réel apaiserait ses nerfs à vifs et autour de lui du calme, rien que du calme, juste un moment à lui sans être coincé entre la ligne blafarde d'un téléphone fixe et les derniers lambeaux de sa conscience professionnelle.
Il n'avait jamais demandé à être élu délégué, de toute façon. Et puis il verraient bien, quand il serait mort. Ou pire, quand il démissionnerait.
"Riku, aboya t-il posément dans le combiné qu'il tenait entre son cou et son épaule, les mains occupées à taper un énième paragraphe de la convention salariale. Pour toute réclamation, veuillez consulter le planning des réunions au BPD ou composez le 07–
— Laisse tomber ton numéro, grève sauvage générale, rendez vous au Café. Le boss vient de s'essuyer les pieds sur le droit de préparation à l'inspection des employés.
— Axel.
L'argenté se pinça l'arête du nez en entendant la voix guillerette du roux à travers le téléphone. Il n'en pouvait déjà plus de lui expliquer les alinéas du Code du travail.
— L'inspecteur doit prévenir de sa présence seulement une fois dans les Bureaux, pas le patron. Si vous n'êtes pas prêts à le recevoir, c'est pas mon problème.
— T'es de quel côté, au juste ?
— Combien de fois il faut que je t'explique que la loi n'a pas de côtés ?
Même sans le voir, il entendit Axel rouler des yeux à l'autre bout du fil.
— T'es bien des deux bords, quand ça t'arrange.
— Je ne vois pas de quoi tu parle.
— Tu veux que je te passe Vanitas ? Il sera enchanté de te rappeler la fois où tu l'as–
— Ça va, ça va ! Passe moi Kairi, je vais voir ce que je peux faire. Si elle confirme une suspicion d'inspection sans inspecteur, rendez vous au Café dans dix minutes.
— Mon Riku, qu'est-ce qu'on ferait sans toi ?
— Votre boulot. Raccroche, je te rappelle. "
Il y eut un temps de coupure durant lequel le délégué maudit allègrement ses collègues, les traitant au passage de feignasses, bien heureux qu'il était de ne plus être rattaché à un bureau.
Après quelques minutes la ligne grésilla et une voix féminine émergea bientôt du combiné, incroyablement rassurante.
"Bonjour, Kairi du Bureau des Pertes Difficiles,en quoi puis-je vous aider ? Mouchoirs, soutien affectif, numéros d'urgence psychologique ?
Riku prit une grande inspiration, s'interrompit dans ce qu'il faisait pour éviter la crampe qu'il sentait monter dans son poignet. Il en venait presque à envier les victimes du Bureau des pertes, à écouter la voix douce de Kairi leur proposer des services salvateurs toute la journée.
— Pour les mouchoirs on verra plus tard. Axel vient de m'appeler, il demande une grève générale immédiate, rapport au patron. Qu'est-ce qu'il se passe, exactement ?
— Oh, Riku. Attends une seconde, j'ai un chaton écrasé sur la deux.
Il y eut quelques secondes de flottement, avant que la voix ne reprenne comme si de rien n'était.
— Oui, Xemnas est descendu ce matin pour s'entretenir avec Saïx, apparemment on serait pas aux normes au niveau de la gestion de l'eau. Le Bureau des Morts a fait remonter l'info parce qu'ils ont constaté l'asséchement temporaire du Léthé en début de semaine.
— Du coup, inspection générale ?
— Mais pas d'inspecteur, et seulement pour les relevés de consommation du mois de chacun des salariés. J'étais sûre qu'Axel allait finir par t'appeler.
Riku fronça les sourcils, tapota vaguement sur son clavier pour vérifier une intuition. Il voyait se profiler au loin une couille grosse comme une maison maintenant qu'il avait le relevé de présence des employés sous le nez, et quelque chose lui dit que cette histoire était loin de sentir bon.
— Et Xemnas se déplace juste pour ça ?
— Apparemment. Mais si tu veux mon avis, il est surtout venu vérifier qui consomme le plus dans les résidences du service, et on sait tous les deux que c'est…
—… Demyx.
— Bingo.
L'argenté se massa les tempes en priant pour pouvoir un jour posséder ne serait-ce qu'un fragment de la constance de sa collègue. Si cette grève devait avoir lieu, il allait clairement finir par en prendre un pour taper sur l'autre.
— Les consommations perso rentrent en ligne de compte lorsqu'il y a atteinte aux veines majeures des fleuves des Enfers, lut-il à voix haute. Merci pour ton aide, Kairi.
— Mais de rien, mon chaton. On se retrouve au Café ?
— Il faut encore que je règle quelques détails, mais ouais. A tout à l'heure."
Sur ce il raccrocha avant de composer le numéro d'Axel, qui attendait patiemment derrière son bureau, bras et jambes croisés.
"Allô, fit-il en adressant son plus beau doigt d'honneur à Vanitas, en train de le harceler jusqu'à obtention d'une traduction silencieuse. Du nouveau ?
Il ne reçut en guise de salut qu'un claquement de langue agacé, avant que la réponse de l'argenté ne tombe, lasse et plate.
— Où est Demyx ?
Un vent de panique souffla entre les deux collègues. Axel détestait cordialement qu'on réponde à ses questions par une autre question.
— Il n'a pas été enregistré ce matin, continua le délégué syndical avec sérieux. Il était au courant, pour le contrôle ?
— Quoi ?
Cette fois rouquin se redressa violemment sur son siège, poussant le bouton du haut-parleur en signe de reddition. Derrière son dos, Vanitas se fendit d'un petit rictus victorieux.
— Donc on avait raison pour l'inspection.
— Oui et non, souligna Riku. Y'a bien une inspection qui n'entre pas en contradiction avec les accords du syndicat, mais celle-ci vise clairement Demyx dans l'état actuel des choses.
— Dans l'état actuel des choses ?
— Disons que ses trois cents soixante cinq bains par an vont lui coûter son poste. Tu saisis ?
— Clairement ? Non.
— Passe moi Vanitas."
S'exécutant de bonne grâce, le roux tendit le téléphone à son voisin de bureau, confortablement assis sur la table.
"C'est quoi, cette histoire de bains ?
Il entendit Riku pousser un long soupir derrière le combiné, signe que l'argenté allait se lancer sous peu dans des explications barbantes, molles et interminables. Il n'écoutait qu'à moitié quand celui-ci arriva à la partie tant attendue des possibles motifs de licenciement du Facteur, résumant la pensée de l'autre en une phrase.
— Ouaip, donc soit il se pointe avec ses relevés de compte et il se fait virer pour abus de biens sociaux, soit il se pointe pas et il se fait virer pour manquement sans justificatif à un contrôle d'usage des biens communs du Bureau. J'ai bon ?
— Tout bon. La seule solution, ce serait de prouver que sa consommation d'eau n'influe pas directement sur les nappes conjointes aux Enfers. Ou alors, de réussir à prouver que le patron veut le faire virer sur critères discriminants.
— C'est un tire au flanc qui aime un peu trop la flotte, à sa place aussi je serais discriminant.
— Ta gueule, Axel. Y'a moyen qu'on puisse crier à l'abus du droit de regard patronal sur nos consos privées ?
— Ce serait noyer le poisson jusqu'au prochain contrôle mais ouais, ça peut marcher.
— Alors on va tenter. Ci-mer, à toute' au Café."
Un petit "clic" résonna dans le bureau au moment où il raccrocha et le rouquin considéra l'échange avec une moue qui ne trompait personne, pas même le principal concerné.
"Ci-mer ? Sérieusement ?
— Il peut encore servir. Allez, on bouge.
— Pour faire quoi ?
Vanitas enfonça ses mains dans ses poches pour en tirer ses cigarettes, sauta de son piédestal avec ce que d'autres auraient considéré comme de la grâce.
— Chercher Demyx, déclara t-il le plus simplement du monde. Je veux pas le retrouver étouffé dans son vomi après tous les ennuis qu'il nous a causé. Tu me suis ?"
Et comme il n'avait visiblement ni le temps pour les questions, ni pour souffrir une quelconque remarque, Axel lui emboîta le pas sans protester.
