Disclaimer : Tous les personnages appartiennent aux studios Square Enix et Disney. L'histoire est à moi, par contre.

Note : Il est tard, et ça faisait longtemps. Merci à Imanonyme et Loir pour leurs reviews sous l'épisode quatre, et puis aussi à MissPanda Manga, dont le retour m'a fait énormément plaisir ! Bonne lecture !


Le Bureau des Objets Perdus

Épisode cinq - Le poisson noyé

L'appartement de Vanitas ressemblait à s'y méprendre aux nombreux autres alignés en face des Bureaux, à quelques pas d'une allée fleurie perpétuellement déserte comme aucun des fonctionnaires n'avait jamais eu l'occasion d'y poser ne serait-ce qu'un orteil. Autant dire qu'il ne reflétait absolument pas sa personnalité, au grand regret d'Axel.

Bas de plafond, sombre et austère, de l'extérieur personne n'aurait su dire si son nid douillet ressemblait plus à une cellule de prison ou à une boîte de conserve, aussi le rouquin opta naturellement pour la première option au moment où il passa la porte, essuyant ses pieds sur le paillasson "OUST" tandis que Vanitas refermait hâtivement derrière eux.

"Je croyais qu'avoir de longues jambes faisait courir plus vite mais en fait c'est tout l'inverse, marmonna t-il en tournant les clés dans la serrure. Dingue comme tu te traines.

— J'ai jamais prétendu pouvoir sprinter un quatre-cent mètres. L'énergie que tu mets à vouloir lui sauver la peau me sidère.

— Ouais ben sidère en allant checker la chambre. Vu l'heure qu'il est cette andouille aura déjà eu le temps de clamser six fois."

Face à la mauvaise humeur évidente dont il faisait preuve Axel se retint de préciser que Demyx ne pouvait pas mourir, trop heureux de l'invitation silencieuse du noiraud à s'immiscer dans sa vie privée. Avec un peu de chance en plus d'un cadavre il trouverait de quoi le faire chanter jusqu'à la fin de ses interminables jours, et la perspective lui tira un sourire malhonnête alors qu'ils se séparaient au milieu du couloir.

Vanitas prit la salle de bain. Il prit la chambre.

En passant la porte le roux constata que cette dernière était étonnement bien rangée, hormis l'odeur persistante de vin cuit incrustée dans les murs et les draps froids éparpillés tristement sur le sol. Il jeta un coup d'œil circulaire autour de lui, fureta dans les tiroirs, ses longs doigts fouinant ça et là à la recherche d'un magazine, d'une photo compromettante, d'un objet volé, quelque chose d'un peu personnel trahissant une inactivité secrète ou inavouable. À son grand regret il ne trouva sur place qu'une commode divisée en deux parties – l'une entièrement dédiée aux fringues propres et l'autre aux fringues sales, un journal intime vide ainsi qu'une petite araignée à côté de laquelle trônait un vieux tas de mouches mortes soigneusement entreposé sur le parquet – araignée qu'il s'empressa d'écraser d'un grand coup de talon.

Au milieu de tout ça gisait le corps de Demyx tranquillement avachi sur le lit sur lequel il fallut bien se rabattre une fois Vanitas réapparu sur le pas de la porte.

"Trouvé, lâcha t-il platement. Il est mort.

La blague ne parut pas vraiment au goût de Vanitas, qui lui jeta un regard noir en se hissant sur le matelas afin de tâter le pouls de l'autre. De toute façon Demyx ne pouvait pas crever. Restait juste à savoir s'il pouvait travailler.

Il y eut une seconde de flottement durant laquelle les deux compères se regardèrent, interdits, avant de relâcher un profond soupir. Le facteur était simplement endormi.

— On a qu'à l'assommer et prétendre que c'est le désespoir qui l'a plongé dans le coma, proposa Axel.

Vanitas haussa les épaules.

— Et prendre pour lui parce que le patron sera sur les dents ? Merci mais non merci.

— Je sais, je disais ça comme ça.

Ils contemplèrent encore un moment leur collègue ivre mort qui, entre temps, s'était mis à ronfler, le piquèrent du bout du doigt comme on vérifie l'état d'un animal les tripes à l'air sur le bord de la route.

— Et puis s'il tombe dans le coma, on peut dire adieu à notre service.

Le rouquin s'adossa à la commode, fixa ses ongles impeccablement manucurés en écoutant distraitement la remarque. D'ordinaire il ne serait pas privé de continuer la discussion mais l'heure tournait vite, trop vite, et il doutait fort que Riku accepte de reporter la réunion.

— On le réveille, alors ?"

En face de lui, le brun paraissait sur le point de faire un arrêt cardiaque. Ou de réfléchir. Il n'avait jamais réussi à capter la différence fine qui existait entre les deux. Depuis qu'il le connaissait Vanitas avait toujours eu l'air soit en train de crever soit en train de méditer un de ces plans diaboliques et, autant qu'il pouvait en juger de par sa faible expérience d'ancien-vivant, les deux expressions n'étaient pas censées se ressembler comme deux gouttes deux.

Après un temps de réflexion Vanitas releva la tête, un gigantesque sourire étirant son visage pâle. Dans d'autres circonstances le rictus aurait donné la chair de poule à Axel mais sur le moment, il se contenta d'un haussement de sourcils hautement concerné.

"Mieux. On le noie.

— Hein ?

Vanitas marcha au devant du corps, le désigna d'un geste dédaigneux du menton.

— Tu m'aide à le porter et on le fout à l'eau. Le jet d'eau glacé devrait suffire à lui faire passer l'envie d'un bain pour les trois prochaines semaines. Le temps que le Léthé se reremplisse, l'affaire sera classée.

Le rouquin fit la moue.

— T'y vas fort.

— Quoi ? C'est pas toi qui voulais le laisser s'étouffer dans sa gerbe, à la base ?

— Je veux dire, deux semaines grand max, pas trois. Avec son chagrin d'amour je te parie tout ce que tu veux qu'il va aller noyer sa frustration dans des litres d'eau chaude. Enfin, si Xemnas ne le vire pas avant.

— Bien vu. Allez amène le, je vais ouvrir les robinets."

Axel hésita à passer sous silence le fait qu'il était censé l'aider à porter son pote au lieu de le laisser se tarter tout le sale boulot, mais il se ravisa en songeant à la saveur douce-amère de sa petite vengeance.

Sûrement que le doudou à huit pattes collé sous sa chaussure devait partager son avis.

Il ne leur fallut pas plus d'une minute pour jeter la carcasse maigrelette de Demyx dans la cuve et l'asperger copieusement d'eau froide, l'observant calmement hurler à la mort tandis qu'il se débattait entre les rebords glissants sans parvenir à trouver une issue. Une gifle sonore de la part de Vanitas le ramena à la raison pendant qu'Axel le força à se maintenir de nouveau sur ses jambes, le soutenant par en dessous pour éviter qu'il ne s'explose une incisive sur les carreaux.

"Putain les mecs, qu'est-ce que vous faites ? geignit-il en ouvrant des yeux de merlan frit.

— Une promenade au bord du lac, plaisanta Axel, même qu'on a ferré un gros poisson. Pas vrai Vani ?

— Shuush. Dem' décuve, dans deux minutes on doit descendre au Café. Le patron veut te faire la peau.

— Quoi ? Attends, quoi ?

Le monde paru s'effondrer sous les pieds de Demyx dont la tête manqua pour la deuxième fois de faire connaissance avec le coin du lavabo et, en le libérant aux bons soins d'une serviette éponge alors qu'il posait finalement pieds à terre, Axel se dit qu'il n'aurait pas aimé être à sa place. Une soirée à pleurer pour se réveiller le lendemain avec son job sur la sellette… Non vraiment, sale journée.

— Pas le temps d'expliquer.

Le blond leur jeta un coup d'œil désorienté en serrant le tissu sur ses épaules, ne se vit retourner qu'un sourire désolé avant d'être poussé sans ménagement hors de la salle de bain.

Fort heureusement pour la patience de Vanitas, le facteur parut comprendre plus ou moins rapidement la gravité de la situation dans laquelle il se trouvait. Sur les cinq minutes que durèrent le trajet de retour effectué au pas de course, il n'ouvrit la bouche que deux fois : la première pour vomir et la seconde pour avouer, tremblant comme une feuille, une vérité qui acheva de clouer ses deux collègues sur place.

Axel fut presque certain de voir les oreilles de Vanitas se mettre à fumer.

– Hé, les gars… j'ai oublié mon badge."