Bonjour mes petits pangolins ! Aujourd'hui, au programme, une visite d'un hôpital New-Yorkais, une décision sans appel, et un jeune frère qui culpabilise...
Bonne lecture !
Chapitre 4
Magnus connaissait New York comme sa poche. Comme de nombreuses autres villes et pays, du fait de sa longue vie, mais les hôpitaux, ce n'était pas son truc. Il n'en avait jamais eu besoin. Catarina, qui avait, elle, toujours ressenti le besoin d'y travailler, n'avait jamais mis les pieds dans la presque usine qu'était le Mount Sinai Hospital à Manhattan. Toute infirmière qualifiée qu'elle était (elle était consciencieuse, elle retournait régulièrement à la fac de médecine pour se mettre à niveau, au cours de ses existences), Catarina était une sorcière, avec tout ce que cela impliquait. Magnus savait que sa conscience professionnelle et son respect de leur secret et des lois du Monde Obscur et du Labyrinthe en spirale l'empêchait d'user ouvertement de magie dans les couloirs aseptisés. Elle ne soignait jamais ceux qui n'auraient pas survécu avec la seule intervention des Terrestres. Cela pouvait sembler odieux, destructeur, et il fallait une sacrée dose de courage et les tripes bien accrochés pour faire ce qu'elle faisait depuis des décennies.
Mais pour autant, elle n'était pas passive. Elle favorisait, autant que possible, certaines guérisons, des réveils de coma, des fractures résorbées un peu plus vite, pour moins de rééducation, pour reprendre une vie normale plus rapidement. Surtout chez les enfants.
Ce genre de petites actions discrètes, elle ne pouvait pas les mener dans des hôpitaux énormes et toujours bruissant d'activité. Les petites cliniques tranquilles lui convenaient mieux. Magnus lui avait demandé si elle pouvait avoir des contacts dans l'hôpital, un moyen de se renseigner, n'importe quoi, mais elle avait secoué la tête, désolée. Elle ne connaissait personne.
Ils étaient seuls et sans aide.
Après une discussion houleuse, Magnus parvint à convaincre Jace qu'agir comme la dernière fois, les shadowhunter dissimulés aux yeux des autres, Magnus et Simon visibles, était la meilleure solution. Le parabatai d'Alec, s'il était objectivement d'accord avec cela, ne supportait pas l'inaction subséquente.
– Tu ne seras pas assez diplomate, trancha Izzy. Laisse faire Magnus. Et Simon.
Jace râla encore pour la forme, avant d'obéir.
Le hall de l'hôpital était une ruche. Des patients, des médecins, des infirmiers, des visiteurs. Des panneaux partout, immense, indiquant des ascenseurs, des directions, des ailes et des bâtiments, selon les différents services. Même le comptoir principal d'accueil était pris d'assaut, avec une petite file d'attente devant.
– Faites attention à ne heurter personne, souffla Magnus à voix basse en direction des deux invisibles, que lui voyait parfaitement.
Mais dans le ballet désordonné des personnes qui traversaient le hall, la foule était dense et les deux shadowhunter peinaient à n'être sur aucun chemin.
D'un air entendu, Magnus et Simon se positionnèrent dans la file, Izzy et Jace rejoignirent un mur plus loin, où ils étaient sûrs de ne pas être dans le passage.
Quand, enfin, les deux hommes purent s'avancer pour obtenir un renseignement, les deux autres en planque les rejoignirent en silence, pour être au plus proche pour entendre leur conversation.
– Bonjour ! commença Simon avec un sourire éclatant, ses canines prudemment rangées.
Le regard fatigué et sévère de l'infirmière de l'accueil le fit grimacer. À l'âge qu'elle avait, elle ne risquait pas d'être séduite par le jeune homme et ses références à Star Wars ou autres films Marvel. Magnus le sentit aussi, et reprit le fil de la conversation.
Ils se heurtèrent au même mur que le petit hôpital de province. Déclinez vos identités, prouvez votre lien avec la victime, voyez la police, enregistrez-vous à l'accueil, et on verra ce qu'on peut faire.
Eux ne pouvaient rien faire de tout ça. La présence d'Alec dans les locaux n'était pas réfutée, mais son anonymat était respecté. De plus, puisqu'il était porté disparu et donc sous le coup d'une enquête policière, il était placé dans un processus à part, et la sécurité n'en était que renforcée.
L'échec de leur tentative officielle ne les arrêta pas pour autant. Simon se proposa d'aller fouiller dans les dossiers, comme la fois précédente.
Cela se solda également par un échec.
– Tout est informatisé, se désola-t-il en revenant vers eux. Impossible de trouver un poste libre qui me permettrait d'entrer dans le système. De toute manière, tout est bloqué par des codes, des cartes, et compagnie. Je n'ai pas les mots de passe.
Et les obtenir par des moyens illégaux ne leur serait d'aucune utilité. La vitesse vampirique de Simon pouvait lui permettre de s'infiltrer dans une salle d'archives, trouver un dossier et repartir avant que quiconque n'entre dans la pièce, mais dans ce cas précis, ils auraient dû composer avec la vitesse de la machine, qui n'était pas vampirique. Sans compter que forcer l'accès risquait de bloquer la machine, selon des processus qu'ils ne pourraient pas prévoir. Les données numériques étaient bien protégées. Le risque de se faire prendre était trop grand. Et Luke n'était plus là pour les faire sortir de prison.
– Reste la bonne vieille méthode, conclut Jace. La fouille.
Ils levèrent tous les yeux vers le bâtiment, immense, écrasant, oppressant. Des milliers de lits. Sans doute le double ou le triple de pièces, à examiner, passer en revue. La probabilité, très forte, de ne pas réussir à s'introduire partout. De rater Alec s'il était, à ce moment précis, emmené ailleurs pour des examens. Un nombre d'étages aussi vertigineux que l'immeuble du loft de Magnus, à Brooklyn. Des heures et des heures de fouille... et ils étaient quatre personnes.
D'autres auraient reculé devant l'ampleur de la tâche, le peu de chance de réussite. Pas eux. L'enjeu était trop important. C'était Alec. Ils auraient, tous, fait n'importe quoi pour Alec.
– Allons-y, dit Magnus. Courage.
De courage, aucun d'eux n'en manquait. Mais parfois, comme ils l'apprirent à leurs dépens les deux jours suivants, cela ne suffisait pas.
Ils étaient méthodiques, mais ils étaient quatre, et l'hôpital était une vraie ruche. Devant l'impossibilité de déambuler normalement comme un visiteur moyen, ils avaient tous revêtu un charme ou activé une rune pour rester invisible. Simon ne pouvait pas tout faire à vitesse vampirique, alors Magnus lui avait jeté un sortilège, mais il devait le renouveler régulièrement, et pour cela, ils ne devaient pas trop s'éloigner l'un de l'autre. Izzy et Jace étaient sous le couvert de leurs runes. Mais pour tous les quatre, cela signifiait de faire attention à ne heurter personne de plein fouet, ou le phénomène inexplicable ferait jaser un peu trop.
Armés de leur courage, ils espérèrent, au début. Mais il y avait trop d'étage, trop de salles, trop de chambres, trop de lits. De nombreux accès étaient limités par des badges, et il leur fallait attendre de pouvoir se glisser à la suite d'un membre du personnel autorisé, ce qui n'était pas toujours évident, avec la taille des brancards ou des chariots de médicaments ou de réanimation. Ils essayèrent, au mieux, que l'un d'eux couvre les salles d'intervention ou de scanner et les autres les chambres, pour éviter de rater leur disparu s'il était en déplacement dans l'hôpital, mais c'était impossible de tout couvrir, pas à eux quatre. En outre, il leur était rigoureusement impossible de pénétrer dans les salles d'opération lorsque celles-ci étaient en cours. Ils avaient trop de respect pour l'être humain pour risquer une infection de par leur simple présence. Le sang d'ange ou de démon les protégeaient des germes, mais ils n'en restaient pas moins porteurs, même s'ils ne développaient jamais les maladies.
– Il faudrait tellement plus d'hommes. Des dizaines. Pour tout couvrir en même temps. On ne peut pas y arriver sinon, plaida Izzy.
Aline ferma les yeux, brièvement, avant de répondre, d'Inquisitrice par intérim à Directrice de l'Institut. Comme convenu, elle avait en effet été nommée à l'issue de leur première journée de recherches infructueuses. Les deux suivantes n'avaient rien donné de plus, et Magnus sut, avant même qu'Aline n'ouvre la bouche, qu'elle allait refuser.
– Je ne peux pas t'autoriser à faire ça, Izzy. L'Institut de New York a d'autres priorités. De plus, tu imagines ce que cela donnerait de déployer cinquante, cent, peut-être plus ? Shadowhunter dans un espace aussi petit que Mount Sinaï Hospital ? Le risque de se révéler aux Terrestres ? Et rien ne nous dit qu'Alec est toujours là-bas. Il pourrait être très bien sorti d'affaire, soit libre, soit aux mains de la police Terrestre qui voudrait comprendre sa présence sur les lieux du séisme, ou bien... Je ne peux pas autoriser un tel déploiement d'agents pour un seul shadowhunter.
– Ou bien mort, répliqua Magnus, finissant la phrase qu'Aline avait laissé en suspens, la lèvre tremblante.
Cela jeta un froid.
– C'est une possibilité à ne pas exclure. Même avec la rune parabatai de Jace toujours visible... si les médecins terrestres l'ont drogué, qui sait les répercussions sur la rune. On ne peut rien présumer.
– C'est de ton Inquisiteur dont tu parles ! S'emporta Izzy, la voix sèche et le regard dur.
– Non, répondit Aline en les regardant au fond des yeux. Pour les mois à venir, désormais, l'Inquisitrice, c'est moi. Je veux autant que vous retrouver Alec, et vous le savez mais... je dois protéger la citadelle, et notre monde. C'est mon rôle. Et je ne peux pas valider votre requête.
Magnus songea qu'il était probablement impossible qu'elle veuille autant qu'eux retrouver Alec. Pour Jace et Izzy, il était le grand frère inflexible, le roc qui avait façonné leur enfance, leur adolescence. Le sérieux et parfait Alec qui fermait les yeux sur les écarts de comportement de Jace, le couvrait au besoin, son parabatai, son meilleur ami et son frère, sa meilleure version de lui-même, son reflet et son double. Le généreux et doux Alec qui ouvrait grand les bras pour câliner sa petite sœur et recueillir ses larmes après une énième déception sentimentale. Une énième déception maternelle. Rien ne pouvait préparer à ça, la douleur béante de la perte d'un membre de la famille.
Pour Magnus, c'était pire encore. Alec était sa famille, et tellement plus. Des centaines d'années d'existence, et un seul mariage. Une seule vie commune qui valait le coup. Un seul être capable de le convaincre d'emménager à Alicante, de devenir le Grand Sorcier d'Idris, et tellement d'autres folies par la suite, tant de choses que jamais le sorcier n'aurait toléré de la part d'un autre.
Alexander n'était pas seulement la famille de Magnus, il était son tout. Son ami, son amant, son mari, son âme-sœur, son reflet. Le perdre sans savoir ce qu'il en était pire que la mort. Pire que le deuil.
L'incertitude. C'était elle, qui faisait le plus mal. L'existence dans l'incertitude, c'était osciller entre espoir et déception, et cet entre-deux était intolérable.
La rencontre avec Aline marqua la fin, officielle, de leur recherche. Mine de rien, cela ébranla quelque peu l'Institut de New York. Pour tous ceux qui avait connu Alec à sa tête, qu'ils soutiennent ou non sa politique de tolérance entre les créatures obscures, ainsi que son soutien affiché aux mariages de même sexe, ou interraciaux, c'était une nouvelle perturbante.
Izzy, au mépris des règles de l'Enclave, les avait enjoint à continuer les recherches officieusement.
– L'Enclave nous relève de cette mission, avait-elle déclaré d'une voix forte, de son estrade, dominant son assemblée. Mais il ne peut pas nous enlever l'amour, l'admiration et le respect que nous avions pour Alexander Lightwood ! Toute aide est bonne à prendre, sur vos repos, votre temps libre ! Si nous mettons tout en œuvre, ensemble, nous le retrouverons !
Sa proposition avait été accueillie par des cris enthousiastes, et elle avait adressé à Magnus, à moitié dissimulé dans l'ombre d'un coin de la pièce, un immense sourire victorieux. Elle en était persuadée, si chacun de ses hommes venait leur prêter main forte, ils retrouveraient Alec. Bien sûr, en tant que directrice, elle ne pouvait plus sortir comme elle le voulait, et elle avait peu de temps libre. Bien sûr, Jace avait ses fonctions d'instructeur des jeunes recrues et de nombreuses missions sur le terrain, souvent dangereuses et nécessitant des capacités accrues. Bien sûr, Magnus avait ses propres obligations et ne pouvait pas les négliger plus longtemps, même si on lui avait suppléé de manière efficace ces derniers jours. Bien sûr, il n'y avait que Simon qui avait toute liberté de mouvement, et qui cherchait activement.
Mais avec des dizaines de shadowhunters derrière eux, ils allaient y arriver, non ?
Magnus n'avait pas rendu son sourire à Izzy, s'était fondu dans l'ombre, et comme un fantôme, avait disparu de la pièce, avant de quitter le bâtiment et la ville pour rejoindre son appartement, partagé entre Brooklyn et Alicante. Le sorcier ne pouvait partager l'espoir d'Izzy. Fut-ce à ce moment-là qu'il perdit espoir ? Plus tard ? Ou bien jamais ? Magnus lui-même n'aurait su le dire. Il cessa simplement de chercher, conscient de l'inutilité de la chose. New York était bien trop grande. Et Alec pouvait être n'importe où, désormais. Le monde était bien trop grand.
Et si, au début les shadowhunters s'impliquèrent dans les recherches, ils s'arrêtèrent assez vite, comme le sorcier l'avait prédit. Aucun homme n'y croyait, avait envie d'y passer son temps libre.
Dix ou douze jours après la disparition d'Alec, ils ne croyaient même plus qu'ils pouvaient le trouver à l'hôpital. Il avait largement eu le temps de guérir, sauf si les médecins l'avaient placé dans un coma artificiel longue durée.
Le lien avec Jace avait été rompu depuis trop longtemps pour que la rune ne leur soit de la moindre utilité. Magnus n'arrivait pas à le pister. Il pouvait être n'importe où, et pour une raison inconnue, il ne rentrait pas à la maison.
Dix ou douze jours, et plus personne ne cherchait réellement. Magnus ne sortait plus de chez lui. Izzy oscillait en permanence entre s'énerver après Jace, ou bien fondre en larmes dans les bras de son frère, tout en pensant qu'elle préfèrerait être consolée par l'autre. Maryse elle-même avait cessé de demander des nouvelles. Quelle importance ? Il n'y en avait pas.
Bizarrement, le seul vraiment affecté et impliqué même des jours après, ce fut Max. Et le reste de ses camarades, drainé par la fureur et la peine que le jeune garçon semait dans son passage.
– T'AS PAS LE DROIT IZZY ! C'EST ALEC ! TU DOIS LE RETROUVER ! JE NE SUIS PAS D'ACCORD !
Il explosait régulièrement de colère, souvent à l'encontre de sa sœur, lui ordonnant de retrouver son grand frère. La fureur n'était qu'un prétexte pour ne pas faire face à la douleur. Max se sentait responsable de la disparition de son frère, ne se pardonnait pas son comportement, était persuadé que tout était de sa fête.
Et aussi celle de Tim, son partenaire et parabatai, puisque c'était à cause de lui qu'Alec était venu les récupérer et s'était retrouvé au plus fort du séisme, alors que les deux ados fuyaient à toutes jambes pour éviter les remontrances et, ils l'ignoraient, la faille sismique qui allait littéralement s'ouvrir sous leurs pieds peu de temps après.
Les deux ados avaient failli en venir aux mains en public, à l'Institut, ou plus exactement aux armes.
– C'EST TA FAUTE ! avait hurlé Max. SI TU SAVAIS ÉCOUTER LES ORDRES, MON FRERE SERAIT ENCORE EN VIE !
– Parce que toutes les fois où tu désobéis mais c'est pas grave, t'en fais quoi ? Ça aurait pu être toi, cette fois ! Je suis pas coupable ! avait répliqué Tim.
Ils avaient sorti leurs lames respectives et s'étaient presque jeté l'un pour l'autre, si Jace ne s'était pas jeté au milieu.
– Ça suffit ! Si vous voulez vous battre, il y a des règles, et cela se fait aux poings et sur un tatami, à l'entraînement !
Izzy n'avait pas été franchement pour, mais de l'avis général de tous les spectateurs présents ce jour-là, la combat avait valu le détour : seulement les poings, aucune arme. Et aucune logique. L'expression de deux ados apeurés, se sentent coupables, ne sachant pas exprimer leur sentiments si simples et si complexes.
Les spectateurs, officieux, craignant de se faire disputer par Izzy s'ils traînaient trop à proximité de la salle d'entraînement, avaient été nombreux. La directrice avait simplement réussi à faire interdire les paris, qui lui semblaient malsain.
Max et Tim s'en étaient sortis avec des bleus, des bosses, et des larmes. Pas de douleur physique. Au cours de leur combat, ils s'étaient insultés, hurlé dessus, avaient exprimé toute leur colère et leur frustration. Ils s'étaient écroulés dans les bras de l'autre, au final, en larmes, sous le regard approbateur de Jace et les sourcils froncés de Izzy.
– Pardoooon ! avait sangloté Tim en serrant son parabatai contre lui. C'est de ma fauuuuute !
Max n'était guère dans un meilleur état.
– Noooon, avait-il hoqueté, c'est la mienne... Où que tu ailles, je vais, je suis ton ombre, j'aurais dû être là, on aurait dû éviter de faire des bêtises.
Ils formaient un drôle d'imbroglio de bras et de jambes, de yeux rouges et de nez qui coule, au centre de la salle d'entraînement.
– Je ne vois vraiment pas en quoi ça a aidé, commenta Izzy à l'intention de son frère, au fond de la pièce, regardant le spectacle des deux ados.
– Il n'y a rien de pire que se fâcher avec son parabatai, répondit Jace, philosophe. Ils avaient besoin de se retrouver. Ça leur permet de se défouler, de relâcher la pression, la culpabilité...
– Bien un truc de mecs, marmonna Izzy.
– Et ça ressoude leur lien parabatai, acheva Jace sans tenir compte de l'intervention de sa sœur. Pour qu'ils n'oublient jamais la qualité du lien.
La voix du jeune homme se brisa sur le dernier mot, tandis qu'il portait instinctivement la main à son flanc, sur le tatouage presque mort. Une rune n'était pas un dessin, pas simplement un joli décor. Or désormais Jace avait l'impression de vivre avec un poids mort au quotidien. Comme ces amputés qui ressentaient des douleurs fantômes dans le membre qu'ils avaient perdu. Pour Jace, c'était la même chose. Sauf qu'il ne lui manquait physiquement aucun bout de son corps, simplement un lien mort et pesant.
Sans s'en rendre compte, il dessinait du bout du doigts le tracé de sa rune, le connaissant par cœur, sans avoir besoin d'y réfléchir. Izzy n'osa rien demander. Elle connaissait la réponse, et n'aimait pas l'entendre à voix haute.
– Maman ? On va le retrouver, Alec, hein ?
Max avait des examens médicaux de routine, plusieurs jours après, et sa mère ne le lâchait plus d'une semelle. Elle avait perdu un fils. Elle refusait d'en perdre un deuxième, même s'il n'y avait aucun risque. Le jeune homme était retourné sur le terrain et sur le tatami d'entraînement. Il allait bien, comme ses camarades. Ils étaient les seuls à continuer à aller régulièrement à l'hôpital, se couvrir de leurs charmes, et de passer en revue les pièces et les lits en cherchant Alec.
– Je l'espère, chéri, je l'espère, fut la réponse la plus honnête que Maryse pouvait lui donner.
Perdre un enfant pour un parent était probablement ce qu'il y avait de pire. Il n'y avait pas de mot pour décrire cela. L'enfant qui perd ses parents est un orphelin. Le parent qui perd son enfant reste un parent. Le parent d'un fantôme, d'un souvenir. Maryse n'arrivait pas à s'y résoudre.
Mais elle, comme les autres, devait lutter pour ce qui lui restait. Ses trois autres enfants. Magnus, qu'elle avait adopté, d'une certaine manière. Sa famille.
Prochain chapitre Me 10/06 !
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