Bonjour mes petits pangolins d'amour ! Aujourd'hui au programme, un peu de Clary, un Magnus plus flamboyant, et un inconnu dans un bar...

Bonne lecture !


Chapitre 6

– Ok. Tiens-toi bien, promis ?

Magnus, flamboyant et maquillé, haussa un sourcil face à la requête de Jace, alors qu'ils se tenaient sur le seuil de l'appartement de Clary.

– Voyons, je suis toujours sage.

Jace grimaça. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Magnus aussi clinquant, pantalon cintré, chemise légèrement ouverte, cheveux dressés et striés de couleur pourpre, vernis rouge sombre, doigts tintinnabulant de ses bagues. Seule la main gauche était épargnée : il ne portait que son alliance à l'annulaire, comme tous les jours depuis deux ans.

– Mouais... On va dire ça. Izzy, j'espère que tu nous entends bien. On y va.

En si peu de temps, la jeune femme, aidée de son compagnon, n'avait réussi qu'à trouver et faire fonctionner un micro unilatéral. Accroché au revers de la veste de Jace, elle entendait tout ce qui se passait, mais ne pouvait pas communiquer en retour.

D'un geste assuré, Jace pressa la sonnette, qui fit résonner un ding-dong appréciateur.

– Dix mois et toujours pas la clé de chez elle ? Oh, Jace, tu ne sais pas t'y prendre, le taquina Magnus.

La plaisanterie était une défense fermement érigée de son angoisse à l'idée qu'aujourd'hui, il allait peut-être retrouver son homme.

– J'arrive ! répondit une voix derrière le battant, avant que le shadowhunter n'ait eu le temps de répliquer quoi que ce soit à son beau-frère.

– Oublie pas que ce n'est plus vraiment Clary, souffla-t-il simplement, rapidement, avant que la clenche ne s'abaisse et que la porte tourne sur ses gonds.

– Hey ! le salua chaleureusement Clary.

– Hey chérie ! lui répondit aussitôt Jace en avançant pour l'enlacer.

Un éclair de douleur aussi inattendu que violent traversa le corps de Magnus, et il dut s'accrocher au mur, s'écorchant au passage, pour ne pas chanceler. Il y avait, dans le regard de Clary, et dans celui de Jace, brutalement métamorphosé, une évidence à couper le souffle. Cette évidence qui avait été la leur, avant, à Alec et lui. Le manque de son compagnon n'était pas une douleur fantôme. C'était un trou béant dans sa poitrine.

– Tout va bien ? lui demanda la voix douce de Clary, toujours si prête à aider son prochain, offrir son aide.

Sa souffrance devait vraiment se lire sur son visage. Même Jace avait l'air préoccupé.

– Vous voulez un verre d'eau ? proposa Clary. Je vous en prie, entrez ! Installez-vous ! Les amis de Jace sont mes amis... c'est tellement rare qu'il m'en présente !

Elle émit un rire léger, tout en disparaissant dans son appartement, Jace et Magnus sur ses talons. Elle riait, mais la critique envers son petit-ami était sincère. Peut-être ne serait-il pas si difficile de la faire parler, usant de son envie de mieux connaître son copain.

L'appartement de Clary était petit, mais confortable et chaleureux, à l'image de sa propriétaire.

– Je sais que c'est minuscule, s'excusa-t-elle en apportant son verre d'eau à Magnus. Mais la vue et la lumière...

Elle se tourna vers la fenêtre et les toits New Yorkais. Magnus devait reconnaître que pour une artiste, le soleil couchant sur les toits de la ville devait être particulièrement inspirant, et les grandes baies vitrées étaient presque aussi belles que son loft à Brooklyn, à ceci près qu'il n'y avait pas de balcon.

La patte d'artiste de Clary était partout, et l'appartement sentait un peu la peinture et le dissolvant.

– Aucun souci, la rassura Magnus. C'est très joli. C'est toi qui as peint tout ça ?

Tournant la tête, il désignait les toiles qui garnissaient la pièce un peu partout.

– Oui, merci beaucoup, rosit Clary.

Les yeux de Magnus tombèrent soudain sur un paysage qu'il aurait reconnu être mille. Edom et sa noirceur, Edom et ses démons. Clignant des yeux, par crainte d'avoir mal vu, il entraperçut la toile juste derrière, à moitié cachée. On n'en voyait qu'un bout, des vitraux d'une église, un parc à proximité. Même avec si peu d'éléments, Magnus identifiait l'Institut. Il se retourna vers Jace, le sonda du regard.

Très lentement, presque imperceptiblement, ce dernier hocha la tête. Les peintures de Clary étaient pleines des souvenirs qu'elle n'avait plus.

– C'est si rare que Jace me présente ses amis ! reprit Clary avec le sourire. Magnus c'est bien ça ! Drôle de prénom !

– Je suis indonésien d'origine, même si cela ne vient pas de mon pays, sourit-il. Mais effectivement, mon prénom est peu commun. Il a quelques centaines d'années.

Jace ricana bêtement, arrêta bien vite devant les sourcils froncés d'incompréhension de sa petite amie, qui ne voyait pas ce qu'il avait de drôle.

– Je suis ravi de te rencontrer enfin, Jace ne parle que de toi ! enchaîna Magnus.

– J'aimerais pouvoir en dire autant à ton égard, mais Jace ne parle jamais de personne !

Jace eut un pauvre sourire d'excuses à l'égard de sa copine, posant une main affectueuse et rassurante sur son bras, sans rien dire pour se défendre. Jace, au demeurant, n'avait jamais parlé de Clary à quiconque depuis dix mois que les deux jeunes gens étaient ensembles, mais Magnus en connaissait bien assez de la jeune femme pour donner le change de la conversation s'il le fallait.

– Tu vas pouvoir me dire plein de choses gênantes sur lui ? demanda Clary avec un sourire amusé.

– Désolé, pour ça tu vas devoir traiter avec son frère et sa sœur. Je ne le connais pas depuis assez longtemps pour ça !

– Tu connais toute la famille ? accusa le coup Clary.

Une pierre tomba dans l'estomac de Magnus. D'une certaine manière, il était de la famille, lui aussi. Il avait accolé le nom de son mari au sien lors de leur mariage.

– Oui, acquiesça-t-il en n'y laissant rien paraître. Je suis le mari de son frère.

– Oh !

Comme on pouvait s'y attendre de la part de Clary, elle ne parut pas choquée ou dégoûtée.

– C'est vrai que le mariage homosexuel est reconnu dans tous les états des Etats-Unis maintenant ! Ça doit être tellement plus agréable pour vous !

Elle avait dit cela avec une féroce conviction, et Magnus songea qu'il n'avait aucune idée de quand avaient pu être légalisé les mariages de même sexe aux Etats-Unis. Pour ça, l'Enclave avait du retard. Ils avaient été obligés de tolérer celui d'Alec, et enhardi par l'exemple de celui rapidement devenu leur Inquisiteur, de nombreux couples avaient cessé de se cacher et rien n'était plus puni, même si les lois n'étaient abrogées. Alec avait comme cheval de bataille les mariages mixtes entre créatures obscures et Shadowhunter, il en avait oublié d'abroger les décrets qui empêchaient les relations homosexuelles. Magnus se promit de lui en parler dès que possible.

– Les lois ne changent pas toutes les mentalités, hélas, répondit-il poliment.

En plusieurs centaines d'années d'existence, et une vie d'hédoniste goûtant aussi bien aux plaisirs féminins que masculins, Magnus avait son lot d'anecdotes plus ou moins drôles ainsi que plus ou moins tragiques. Les insultes, voire les coups, avaient pu être son quotidien parfois, surtout quand il traînait dans les coins réservés aux Terrestres. Les créatures obscures ne disaient rien. Elles agissaient différemment.

– Vous avez connu des difficultés ? interrogea la jeune femme, curieuse et pleine d'empathie.

– Eh bien... disons que la famille de ton cher et tendre n'a pas toujours été tendre, justement. Y compris lui, d'ailleurs, au début.

– Hé ! se défendit Jace. J'ai toujours été du côté d'Alec ! C'est juste qu'avec les parents, ce n'était pas forcément évident et...

La conversation démarra à partir de là. Il était étrange que cela soit Alec, le sujet premier qui les avait amenés ici, qui parvienne à lancer les discussions entre eux, mais Magnus choisit d'y voir un signe positif.

Clary était gentille, détendue. Ils avaient parlé peinture, droit des femmes, de son envie de visiter Paris et ses musées et ses artistes de rue, de son petit boulot de serveuse, et de prof de dessin particulier pour une jeune fille très talentueuse, parce que l'art ne payait pas encore son loyer, de ses amis de la fac d'art, de ses projets, de son prochain week-end avec son groupe d'amis.

– Justement, à ce propos, lança Magnus, j'avais une question. Jace a dit qu'il y avait un homme avec les mêmes tatouages que lui, sur les dernières photos...

– Oui ! C'est drôle non ? Je n'avais jamais vu ces motifs, pas comme le tribal qu'on voit partout ! J'imagine que j'y fais seulement attention maintenant que je connais Jace, mais qu'il doit y avoir partout !

Magnus sourit doucement, des décennies de pratique, une habitude féline. Mettre en confiance, paraître inoffensif, comme un chaton ronronnant.

– Pas forcément. Jace t'a dit que mon époux était propriétaire d'un salon de tatouage spécialisé dans ce type de tatouage ? C'est d'ailleurs lui qui les a faits à Jace.

– Non, j'ignorais !

Jace leva les yeux au ciel face au mensonge de Magnus, dans le dos de Clary.

– Du coup, ça pourrait être un ancien client. On aime bien les retrouver, discuter avec eux, voir si la couleur tient bien et qu'il ne faut pas refaire la pigmentation... ça t'embêterait de nous présenter ?

Magnus envoya à la jeune fille un sourire éblouissant, quasi magique. Jace hocha la tête, appréciateur. Clary était de toute manière déjà totalement séduite par cet homme excentrique, mais si poli, qui connaissait les peintres français, et l'avait charmée par quelques mots de la langue de Molière.

– Non, avec plaisir ! D'ailleurs, je les vois ce soir, et d'après ce que j'ai compris d'Alexis, je crois qu'il sera là ! J'avais proposé à Jace de venir, mais il était occupé ce soir... comme toujours.

Le reproche était clair, et Magnus avait presque envie de hurler sur Jace. S'il n'avait pas systématiquement esquivé les soirées avec les amis Terrestres de Clary, peut-être auraient-ils retrouvé Alec depuis bien longtemps !

– Eh bien Jace va se libérer ce soir, j'en suis sûr ! Compte sur nous ! Je suis disponible, il faut juste que je passe un coup de fil pour régler quelque chose.

Ce faisant, il quitta l'appartement, ne pouvant pas vraiment s'isoler dans le petit studio, dégainant son téléphone comme un alibi. Sur le palier, il rangea aussitôt son téléphone pour rédiger un message de feu. La réception avec Alicante était aussi terrible qu'à Edom.

La réponse d'Aline ne se fit pas attendre, avec quelques reproches au passage, dont Magnus ne tint pas compte. Ramener Alec était l'urgence !

Puis il reprit son téléphone, et contacta Izzy.

– J'ai tout entendu, dit cette dernière à peine la conversation enclenchée. Pour une fois, Jace ne mentait pas, il était de patrouille, j'ai réorganisé le planning. Je vais le libérer et vous pourrez aller à cette soirée.

– Il va t'envoyer un SMS, réponds-lui, histoire de blanchir l'information, que Clary entende son téléphone sonner, proposa Magnus.

– Ça marche. Magnus ?

– Oui.

– J'y crois.

– Moi aussi, murmura le Sorcier. Moi aussi.


Ils passèrent la fin de journée avec Clary, dans l'attente de la fin de la journée, et du fameux rendez-vous. Clary se changea, Jace haussa les épaules quand elle lui reprocha de toujours porter sa veste en cuir, et Magnus décréta qu'il était bien assez chic comme ça, provoquant le rire de la jeune rousse.

L'envie de retrouver Alec primait sur tout le reste, mais Magnus devait admettre que Jace faisait preuve d'un self-control impressionnant. Voir Clary rire, être jolie et pétillante, était un vrai crève-cœur. Elle était tellement plus qu'une jolie fille écervelée avec un don un crayon à la main, qui galérait pour être reconnue comme artiste, et qui sortait boire des bières le soir avec ses amis. Cette femme avait créé des runes, privilège angélique. Cette femme les avait tous sauvés en détruisant son frère. Cette femme avait du pur sang angélique dans les veines.

Elle méritait tellement mieux, sans le jugement si cruel des Anges.

Ils partirent avec Clary, prirent le métro comme de vrais Terrestres.

– Tu n'as pas d'abonnement non plus ? s'étonna-t-elle. Jace non plus ! Et il n'a jamais de tickets !

– J'aime marcher, mentit Magnus. Et je travaille à côté de chez moi, je ne prends pas souvent le métro...

Le sorcier en avait pourtant déjà fait l'expérience au cours de sa vie, mais il décréta de nouveau que c'était la dernière fois. Bruyant, sale, et si lent, par rapport à l'efficacité d'un portail !

Ils arrivèrent enfin au bar illuminé, dans une petite rue de Brooklyn, pas si loin du loft.

– Tout le monde a l'air d'être arrivé ! commenta Clary en apercevant un groupe attablé, alors qu'elle poussait la porte.

Magnus et Jace se précipitèrent à sa suite, le cœur battant.

Le bar ressemblait un peu au Hunter' Moon, les créatures obscures en moins. C'était plutôt chaleureux, avec un billard dans un coin, des banquettes, et une barmaid plutôt jolie. Dans un coin, proche des fenêtres, un groupe plutôt bruyant accueillit Clary avec des cris de joie, et elle s'empressa de les rejoindre, trop heureuse de leur dire la bonne nouvelle : elle avait réussi à amener son copain « fantôme », que personne n'avait jamais vu, au point que tous la taquinaient à ce sujet.

Mais Jace et Magnus n'écoutaient déjà plus, comme paralysés. Attablé devant une bière, un grand sourire aux lèvres, un bras négligemment passé autour de la taille d'un grand blond, le corps couvert de tatouages runiques, relevant les yeux et croisant le regard du sorcier, Alec était là, à moins d'un mètre d'eux. Ils l'avaient retrouvé.

Magnus mit une seconde à le comprendre. Peut-être deux. Ce fut terriblement court, et terriblement long à la fois, et il songea que la vie était putain d'ironique.

Jace, de toute évidence, ne comprit pas, lui.

– Alec, murmura-t-il, un peu trop fort, un peu trop de trémolo pour le rôle qu'ils étaient censés tenir.

Magnus, dans une seconde pensée brutale, songea que cela serait plus horrible et plus dur pour Jace encore. Il ne méritait pas ça.

– ALEC ! hurla Jace en s'approchant à grands pas, avant que le sorcier n'ait pu songer à le retenir, à l'attraper.

Les amis de Clary sursautèrent, se retournèrent vers lui, surpris, avant de reposer leur regard sur Clary, lui demandant muettement ce que son petit ami fabriquait, au juste. Gênée, Clary ne savait quoi répondre, rosissant de honte. Elle si fière de présenter enfin son homme à ses amis, se trouvait subitement très gênée par son comportement.

– C'est moi qui tu appelles ? demanda l'un deux en se retournant vers Jace.

Il était souriant, aussi blond qu'Alec était brun, aussi bronzé qu'Alec était pâle, aussi vierge de marques qu'Alec était bardé de runes et de cicatrices. Et il avait son bras autour de la taille d'Alec.

Magnus avança vivement, posant son bras sur Jace, le suppliant muettement de ne rien dire. À les écouter sans les voir, à l'autre bout du micro, Izzy devait être au bord de la syncope.

Mais Alec, leur Alec, regardait cette agitation comme tous les amis de Clary. Avec le regard vide de sens et d'incompréhension. Avec le regard de quelqu'un qui ne savait pas. Avec le regard d'un amnésique.

Ses yeux ne pouvaient mentir, et Magnus se demandait comment ils avaient pu ne pas envisager cette solution. La perte de son époux avait été si difficile qu'il avait refusé de réfléchir à pourquoi il ne revenait pas à la maison, une fois libéré de l'hôpital Terrestre. Il avait refusé d'y réfléchir, parce qu'il avait eu cette dispute idiote ce matin-là, et puis toutes leurs angoisses de couple, et il avait eu peur qu'en y réfléchissant, il réalise qu'Alexander voulait partir. Mais il avait eu tort de douter. Jamais Alec ne l'aurait abandonné, lui et sa famille, leur famille. Alec n'était pas rentré parce qu'il n'avait aucune idée de où et auprès de qui il devait rentrer.

Magnus le connaissait par cœur et même mieux que cela. Ses yeux ne mentaient pas. Ils se posaient sur Magnus et Jace comme s'ils avaient été deux inconnus croisés par hasard dans un bar, et non son mari et son parabatai.

– Arrête, Jace. Il ne sait pas. Regarde-le.

La phrase doucha Jace d'un seul coup, et Magnus le sentit flancher, à deux doigts de la rupture. L'homme était un Shadowhunter, un héros de leurs guerres, un instructeur respecté, le parabatai de leur Inquisiteur. Il était une sorte de légende, et son arrogance naturelle se complaisait dans les regards admiratifs des jeunes Shadowhunter, un moyen comme un autre de continuer à vivre après que Clary lui a été arrachée.

Mais perdre Alec, son frère, son autre moitié, son bout d'âme, de la même manière qu'il avait perdu la femme de sa vie, dans la destruction d'une chose aussi bassement humaine que la mémoire, c'était intolérable.

– NON ! NON ! Non ! Je ! Magnus, NON !

Clary était écarlate de gêne, face à la scène incompréhensible à ses yeux que son petit ami lui jouait. Tous les regards étaient braqués sur eux, de ses amis aux autres clients en passant par les serveurs et la barmaid.

– Euh, Clary, ils vont bien, tes amis ? demanda une jeune femme brune assise autour de la table.

La jeune rousse n'avait aucune réponse à lui apporter.

Jace reposa le regard sur Alec, son Alec, qui soutint son regard, vaguement intrigué par cet étranger qui le fixait de manière presque indécente.

– On se connaît ? tenta-t-il, avec un sourire, essayant de détendre la lourde atmosphère.


Prochain chapitre Me 24/06 !

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