Bonjour mes petits pangolins mignons ! Aujourd'hui au programme, Magnus qui souffre, Jace qui souffre, "Alec" qui hésite face à une certaine révélation...

Bonne lecture ! :)


Chapitre 7

La brûlure dans le sang de Magnus fut immédiate, et presque intolérable. Il n'avait eu aucun doute en le voyant, mais l'entendre était une confirmation presque aussi douloureuse qu'agréable. C'était sa voix, ses intonations, sa tonalité, son ton, sa douceur. Ça faisait tellement de bien à entendre que ça faisait mal. Ou bien cela faisait tellement de mal que cela faisait du bien ? Magnus avait la sensation que les deux sentiments coexistaient et se nourrissaient mutuellement. Il avait mal parce que c'était bon, et il était bien parce qu'il souffrait.

Mais pour Jace, ce fut la goutte de trop. Il gémit, un bruit désarticulé, un bruit d'animal blessé et agonisant, et ses jambes cédèrent sous lui, à deux doigts de s'évanouir.

Magnus, dans un réflexe, le rattrapa, le soutint, passant une main autour de sa taille. Comme la main de l'homme blond autour de la taille d'Alexander.

Clary laissa échapper un petit cru aigu, inquiet. Magnus devait reconnaître qu'il y avait de quoi. Il n'aurait jamais cru Jace, d'apparence si forte, capable de se briser physiquement à cause d'une douleur purement mentale.

– Alec, appela Magnus, d'une voix ferme, un peu désespérée.

Au fond de lui, il y avait cet espoir vain, celui que l'homme de sa vie reconnaisse sa voix, le reconnaisse lui, et fasse les trois pas qui les sépare, s'arrachant à ce Terrestre insignifiant qui croyait qu'Alexander était à lui, et l'embrasse comme avant.

Mais l'espoir n'existait que pour être déçu.

– C'est moi que vous appelez comme ça ? demanda le blond. Non parce que moi c'est Alexis. Personne m'a jamais appelé Alec. On se connaît ou quoi ?

Magnus n'eut pas le loisir de répondre. Clary essaya de récupérer un peu de logique à la situation.

– Mais non, ils voulaient rencontrer John !

– Moi ? demanda Alec, de sa voix d'Alec, avec le regard d'un homme dont le nom lui avait été donné de manière ironique.

John Doe. Les inconnus à l'hôpital, dans les morgues. Le nom des gens non identifiés. Le nom qu'il avait gardé.

– Pourquoi moi ? poursuivit-il.

Izzy les enguirlanderait plus tard, décréta Magnus. La situation était déjà un désastre, un peu plus, un peu moins...

– À cause de ça ! s'écria Magnus, un peu trop vivement, jetant presque son téléphone au visage d'Alec.

Rapidement, le sorcier avait sélectionné un cliché dans un dossier spécial de son flux de photos. Ces images lui servaient régulièrement de fond d'écran, et c'étaient ses préférées. Celle qu'il mettait sous le nez de son mari, en cet instant précis, les représentait tous les deux. Ils étaient enlacés, plus serrés que jamais, et même s'ils ne s'embrassaient pas, leurs visages proches s'effleuraient presque. Magnus ignorait, à ce moment-là, s'ils se murmuraient les serments d'amour et les promesses qu'ils venaient de prononcer officiellement devant le monde entier un peu plus tôt, ou bien s'ils s'échangeaient des phrases salaces à propos de la nuit de noces à venir. La soirée avait comporté autant des deux options. Le cliché avait été pris par Maryse alors qu'ils dansaient à leur mariage, et il émouvait toujours Magnus quand il le voyait. Il retombait amoureux d'Alexander à chaque fois qu'il voyait son visage de bonheur gravé sur l'image.

Sur la photo, on ne pouvait pas nier leur évidence. Cette évidence presque douloureuse que Magnus avait revue entre Jace et Clary un peu plus tôt dans la journée, et qui était le point d'orgue de leur bonheur, le jour de leur mariage.

Ils étaient tous les deux, en outre, très reconnaissables sur le cliché : la rune dans le cou d'Alec était parfaitement visible, et le profil de Magnus était bien net sur la photo.

La réaction d'Alec à la vue de l'image fut immédiate. Il se leva brusquement, se cognant contre la table, faisant trembler leurs verres. Le silence s'était fait autour de la table, tandis qu'ils avaient tous aperçus la photo que Magnus brandissait. Clary avait l'air horrifiée de s'être fait manipuler, et elle aurait probablement pu faire une scène à Jace, si ce dernier n'avait pas été un tableau si pitoyable, homme brisé qui ne tenait debout que grâce à Magnus.

Si Alec avait été sur une chaise, et non la banquette, il l'aurait probablement fait voler à terre en se levant si rapidement, mais il n'en tint pas compte, s'approchant, enfin, de Magnus. Attrapant son portable, sa main, voulant mieux voir.

Il n'était concentré que sur cela, sur le petit écran, absorbé par cette représentation de lui-même dont il ne se souvenait pas, et il ne fit pas attention au gémissement que Magnus eut la faiblesse de laisser échapper quand sa peau entra en contact avec celle de la main d'Alec. C'était son amant, aucun doute là-dessus.

– C'est moi ? demanda Alec dans un souffle, émerveillé, effrayé, relevant brièvement les yeux pour regarder Magnus, avant de replonger dans sa contemplation.

– Oui, grinça Magnus.

– Et toi ? ajouta le jeune homme.

– Tu crois vraiment que ce n'est qu'un accessoire de mode ? répliqua le sorcier en agitant sa main gauche sous le nez de son mari.

Main qui, depuis désormais deux ans, ne portait plus que son alliance, et pas d'autres bagues.

Alec se figea, puis, dans un geste lent, comme hypnotisé par la bague de Magnus, plongea la main dans son col de chemise. Il portait une chaîne, semblable à celle de Jace, plus fine sans doute. Caché sous ses vêtements, accroché à la chaîne, il y avait son alliance, le reflet exact et parfait de celle de Magnus.

– L'hôpital me l'a rendue, mais je ne savais pas...

Il était émerveillé, et regardait Magnus comme s'il était un dieu quelconque venu lui apporter la lumière, mais cette joie dans les prunelles chéries ne faisait que plus de mal encore. Pour Alec, Magnus n'était pas l'homme de sa vie, la raison de son existence. Juste une porte vers son passé. Il avait l'éclat de joie du vrai Alec au fond des yeux, mais pas l'étincelle d'amour qui l'animait invariablement quand il voyait Magnus.

– Mais qu'est-ce que tu racontes ? l'interrompit soudain le blond, Alexis.

Il s'était levé à son tour, se positionnant à côté de son copain. Son petit-copain, qu'il n'avait de tout évidence aucune envie de partager. Magnus haussa un sourcil. Si ce ridicule Terrestre pensait pouvoir le battre pour le cœur d'Alexander, il allait devoir apprendre le goût amer de la défaite. Qu'importait ce que cela lui coûterait, il se battrait. Il avait l'antériorité pour lui.

– Te laisse pas embobiner !

– Mais ils me connaissent ! défendit Alec. Ils peuvent me dire qui je suis !

– D'où t'as besoin de savoir qui t'étais avant ? Tu sais qui tu es maintenant ! Tu es avec moi, avec nous ! Comment tu peux croire leur baratin ! Marié, toi ? T'as vingt ans à peine, John, tu te vois marié à ce mec ? Ils essayent de t'arnaquer pour je ne sais quelle raison, c'est absurde.

Magnus ferma les yeux et souffla profondément, par le nez, tentant de se calmer. S'il rouvrait les yeux trop vite, ses pupilles jaunes et fendues provoqueraient un mouvement de panique. Mais son instinct de démon lui hurlait de démembrer ce sale petit arrogant et de lui passer l'envie de dire quoi faire et quoi penser à l'homme de sa vie.

Lorsqu'il fut sûr que ses prunelles avaient récupéré leur forme normale, il rouvrit les yeux, avec un sourire.

– Je ne vois pas très bien comment et pourquoi nous pourrions essayer de l'arnaquer. Je m'appelle Magnus. Et j'ai perdu mon mari dans un accident il y a maintenant presque sept semaines. Jace – il désigna l'homme à côté de lui – a perdu son frère. Une jeune femme magnifique a perdu son frère, un gosse de quinze ans également. Un père et une mère ont perdu leur enfant.

Il attendit un instant, hésitant. Dire qu'un peuple avait perdu un de ses dirigeants ne pourrait que le faire passer pour un fou. Alors il choisit une autre vérité, probablement blessante et impossible à croire, mais qu'il ne pouvait plus taire.

– Un petit garçon a perdu son Dad. Il l'attend désespérément. Nous t'avons cherché partout. Il faut que tu rentres à la maison.

Mais loin de convaincre Alec, ou mieux, de réveiller en lui les souvenirs enfouis de leurs nuits sans sommeil au rythme des hurlements de leur bébé si petit, des biberons et des cauchemars, cette idée ne le fit que reculer, dans le giron d'Alexis, qui sourit, goguenard.

– Papa d'un gamin ? Non mais n'importe quoi ! T'as pas vingt ans, mec, c'est absurde.

Fichu sang angélique qui ralentissait leur croissance, les conservait jeunes et en pleine forme le plus longtemps possible, qui faisait paraître Alec si jeune pour que les médecins Terrestres lui donne un âge bien inférieur au sien.

– Je peux te raconter toute ta vie. Je DOIS te raconter toute ta vie, poursuivit Magnus sans tenir compte de l'intervention du Terrestre.

Il avait plusieurs siècles, il n'allait pas s'abaisser à un combat de coq avec un coquelet mal dégrossi qui croyait avoir gagné le gros lot avec Alexander. La seule chose qui comptait pour Magnus, c'était d'établir un contact avec son mari. Il ne les écouterait pas ce soir. Ne les suivrait pas. Son existence entière était une page blanche, il était né six ou sept semaines auparavant en se réveillant du coma. Magnus ne savait pas quand et comment il avait rencontré ces gens, qui avaient eu l'heureux hasard d'être des amis de Clary, mais dans un monde entièrement vide et seul, nul doute qu'il s'y était accroché, s'était construit et défini en fonction d'eux. Y compris de cet Alexis vulgaire avec lequel il sortait.

Il ne connaissait rien d'autre. Il ne pouvait pas tout remettre en cause en une seconde. Mais tant que Magnus le regardait, ne le lâchait pas du regard, tant que les deux orbes saphir fixaient le sorcier, ce dernier gagnait du terrain, faisait briller l'envie, pointait les incertitudes.

– Je ne mens pas. Je n'ai aucune raison de le faire, Alexander.

– Alexander... répéta Alec, faisant rouler le nom sous sa langue avec cette exacte nuance qui était celle de Magnus quand il voulait faire rougir son amant.

Le cœur de Magnus bondit dans sa poitrine, si fort qu'il crut qu'il allait s'arracher de sa poitrine. Il devait voir Catarina, et rapidement. L'amnésie de Clary était une intervention divine, personne n'avait jamais tenté de la soigner. Mais Alec avait simplement été choqué lors d'un grave accident. Ses souvenirs étaient sans doute là, quelque part. N'attendant qu'un mot, un geste pour rejaillir.

– Alexander comment ? demanda-t-il, presque exigeant, suppliant.

Instinctivement, il glissa son doigt dans la bague autour de son cou, caressant une portion qui présentait des aspérités. Magnus savait parfaitement de quoi il s'agissait. AL MB. Leurs initiales étaient gravées dans le métal de leurs alliances. Cela avait fait beaucoup rire Alec quand il avait décrété que l'initiale de son prénom était suivie dans l'alphabet par l'initial du nom de famille de son époux, et qu'en miroir l'initial de son nom de famille était suivie par l'initiale du prénom de Magnus. Comme si leurs noms étaient faits pour se mêler.

– Lightw... commença à répondre Jace.

Ce dernier avait repris du poil de la bête, se tenait debout sans aide. Lui aussi fixait son frère, les yeux embrumés de larmes, trop vide pour ressentir quoi que ce soit. Le pire était sans doute de ne rien ressentir au niveau de sa rune, alors même qu'Alec était juste là. Sa main, d'ailleurs, était instinctivement posée sur sa hanche.

– Non, le coupa Magnus.

Le regard du dénommé Alexis posé sur eux était trop mauvais. Magnus le sentait parfaitement capable d'aller prendre un annuaire, ou de faire une recherche internet sur le nom d'Alexander. Et ne trouverait rien. Pas plus qu'à celui de Magnus Bane. Le sorcier espérait de tout cœur que Jace n'ait jamais donné son patronyme complet à sa dulcinée. Jonathan Christopher Herondale ne devait pas avoir plus d'existence qu'eux dans les bases de données Terrestres. Or cela ne servirait qu'à renforcer la conviction d'Alexis qu'ils n'étaient que des manipulateurs, des charlatans.

– Je pense que ça suffit pour une soirée. Merci pour votre accueil. Nous nous reverrons prochainement.

Toute l'assemblée, restée muette durant leurs échanges, fut surprise, y compris Jace, quand Magnus tourna les talons d'un air décidé et entraîna avec lui le Shadowhunter.

– À quoi tu joues ? lui siffla Jace, peu disposé à se laisser emmener.

Magnus ne lui répondit pas. Il savait ce qu'il faisait, du moins l'espérait-il. Il continua d'avancer, jusqu'à la porte ou presque. Là seulement, il s'arrêta, pivota, et se précipita sur Alec, toujours debout à côté de la table, toujours hébété. Il n'eut pas le temps de réagir quand Magnus l'empoigna par le haut de sa chemise, et colla leurs deux bouches l'une contre l'autre.

Magnus n'avait rien espéré. Aucune réponse, aucun retour. Tout ce qu'il voulait, c'était profiter de l'hébétement d'Alec pour lui glisser discrètement dans sa poche sa carte, mentionnant son numéro de téléphone. Petit rectangle blanc de papier lourd et coûteux doré de manière peu naturel, sa carte de visite était aussi classique que celle d'un avocat ou d'un expert en immobilier quelconque. A ceci près que celle de Magnus précisait bien sûr « Grand Sorcier d'Alicante », mais qu'importait. Il y avait son numéro. Alexander pourrait le contacter, sans que cet Alexis le sache, et ne puisse lui retourner la tête.

C'était le plan. Lui donner discrètement son numéro, puis partir, Le laisser revenir vers lui, laisser le besoin viscéral et humain de remplir les blancs de son existence faire son œuvre pour qu'il appelle Magnus.

Le sorcier n'avait pas prévu la réaction d'Alec. La manière automatique, sans aucun délai, avec laquelle il ouvrit la bouche, répondant furieusement au baiser, aspirant dans sa bouche la langue de Magnus.

Magnus voulait juste, dans une envie égoïste, retrouver la douceur de ses lèvres sur la sienne. Il n'avait pas prévu de redécouvrir le goût de sa langue, sa saveur parfaite.

Il hoqueta de surprise, de joie, de douleur.

Parce que le baiser ne dura que quelques secondes, avant qu'Alexis ne les sépare, repoussant Magnus avec vigueur et rage. Ce dernier chancela, manqua de tomber, se rattrapa à une table dont il fit voler à terre tout le contenu.

Le fracas fut énorme, leur petit groupe attirant déjà l'attention avant cela, ce fut pire encore.

– DÉGAGE CONNARD OU JE TE REFAIS LE PORTAIT ! COMMENT OSES-TU AGRESSER AINSI MON COPAIN ? SI JE TE REVOIS, T'ES MORT, MEC ! CASSE-TOI !

Même sans magie, Magnus aurait pu se débarrasser de l'inopportun sans difficulté. Il était musclé et athlétique, mais se méprenait sans doute totalement sur l'agilité et le talent pour le combat de Magnus, le cantonnant au rôle du gay tapette, plus intéressé par les vêtements que le body building.

L'idée que ce petit con puisse croire avoir gagné faisait fulminer Magnus, mais il préféra faire profil bas, et quitta le bar, emmenant Jace dans son sillage. Une ruelle et un portail plus tard, ils avaient traversé la moitié de la ville et étaient aux pieds de l'Institut.

– Magnus... commença Jace.

– Pas ce soir, le coupa-t-il.

Izzy devait avoir tout entendu, et elle n'allait pas tarder à débarquer pour obtenir des explications. Il n'en avait pas la force.

– Demain, promit-il.

Avant que le shadowhunter n'ait eu le temps de dire un geste, Magnus avait glissé dans un nouveau portail, se retrouvant à la porte de son loft, qu'il passa avec bonheur, se retrouvant chez lui, chez eux, à Alicante. La maison était sombre et silencieuse. Aline, qui avait gardé leur fils, elle ou Helen, comme toutes les fois où Magnus s'absentait pour chercher Alec, comprit à son visage qu'il valait mieux ne rien demander, et le laissa seul. Elle signifia simplement que son petit garçon dormait du sommeil du juste dans sa chambre, et quitta l'appartement, laissant Magnus seul avec sa douleur.

Incapable de faire autrement, il se glissa dans la chambre d'enfant, éclairée par une veilleuse en forme de coccinelle. Maxie dormait profondément dans sa gigoteuse. Magnus se perdit dans la contemplation de son visage si beau, si bleu qui ressortait violet à la lumière rougissante de la veilleuse.

Il s'installa dans un fauteuil proche du berceau. Et sans jamais cesser d'observer leur fils, à qui il avait promis qu'il lui rendrait son daddy, il s'endormit assis là.


Prochain chapitre Me 01/07 !

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