Bonjour mes petits pangolins mignons ! Aujourd'hui au programme, Izzy qui débarque, Jace qui souffre et le début d'un premier rendez-vous...

Bonne lecture ! :)


Chapitre 8

Izzy n'attendit pas vraiment une heure décente, le lendemain matin, pour frapper à la porte, et entrer de force. Magnus était déjà réveillé depuis bien longtemps. Il ne dormait plus vraiment depuis la disparition d'Alec, de toute manière. Et il avait la charge d'un bébé de quelques mois, qui faisait régulièrement des cauchemars. Le sommeil était devenu une option dans la vie de Magnus, comme tous les parents.

– Explique-moi ! exigea Izzy en croisant les bras sur sa poitrine, plus flamboyante et furieuse que jamais.

– Bonjour Maryse, bonjour Simon, salua Magnus sans tenir compte de sa belle-sœur en furie.

Isabelle avait ramené le reste de la famille dans son sillage, ou du moins une partie. Maryse et Luke étaient là, Simon également. Jace et Max brillaient par leur absence.

– Bonjour Magnus ! sourit Maryse en tendant les bras vers son petit-fils, qui gazouillait dans les bras de son père. Bonjour petit ange !

– Le petit ange a été un vrai démon cette nuit, grinça Magnus en tendant son fils à Maryse.

Il était parfois frustrant qu'elle réussisse là où Alec et lui-même échouaient, mais elle leur avait dit un jour : « trois enfants biologiques, et Jace par-dessus le marché ». Ils avaient reconnu que ça devait faire une sérieuse expérience. Le fait qu'il soit sorcier et incapable de dissimuler sa peau bleue pour l'instant ne lui posait aucun problème, et elle récupéra avec plaisir son petit-fils, qui se lova dans son giron avec joie. Entre autres débats et disputes, Alec et Magnus étaient morts d'inquiétudes d'être incapables d'offrir un équilibre à leur fils, en l'absence d'une maman, mais l'enfant ne manquait nullement de référence féminine et de douceur maternelle, grâce à Maryse.

Magnus se laissa tomber dans le canapé du salon, fermant brièvement les yeux pour une micro-sieste. Maryse et Luke s'installèrent à ses côtés, jouant avec Maxie. Isabelle était toujours plantée au milieu de la pièce, Simon essayant de la calmer et de l'amener à gentiment communiquer avec Magnus.

– Izzy, finit par appeler le sorcier. Ne t'énerve pas. Je sais ce que je fais.

– TU SAIS ! s'étrangla Izzy.

Maxie sursauta devant l'éclat de voix, et se mit à geindre, inquiet. Maryse le berça aussitôt, tandis que Magnus se rapprochait pour lui caresser ses cheveux bleus en un geste apaisant, ne supportant pas de l'entendre pleurer.

– Pardon, s'excusa Izzy, qui adorait son neveu et ne voulait pas lui faire peur.

Les pleurs s'espacèrent, mais Isabelle s'était calmé, et elle les rejoignit, tous regroupés autour de ce petit être qui les fédérait plus efficacement que n'importe quelle cause.

– Non, reconnut Magnus. Je ne sais pas exactement ce que je fais, et je ne suis sûr de rien, mais tu n'étais pas là hier soir. Tu ne l'as pas vu...

– Non, avoua Izzy. Mais j'ai vu l'état de Jace.

– Comment va-t-il ? demanda le sorcier.

– Il s'en remettra, pronostiqua Maryse, qui avait été mise au courant de la situation. Mais...

– ... je ne l'avais jamais vu comme ça, acheva Izzy. Il était encore plus détruit qu'après Clary. C'était...

– Effrayant, acheva cette fois Simon en passant son bras autour des épaules de sa compagne, dont l'échine venait de se couvrir de chair de poule.

Magnus hocha la tête. Lui aussi avait eu peur de l'état de Jace lors de la soirée, peur qu'il se brise irrémédiablement. Son absence ce matin-là était très symptomatique. Le connaissant, il devait être en train de s'entraîner pour oublier dans la fatigue et la douleur musculaire le reste de sa vie.

– Il ne sait pas qui nous sommes, Izzy. Il ignorait être marié, avoir un fils. Il ne sait rien de notre monde. Il a gardé sa Double-Vue, bien sûr, mais sinon, c'est un Terrestre.

– Comment cela a pu arriver ? demanda Luke. Il ne connaît pas les subtilités du monde Terrestre.

– Il est amnésique, pour eux. Tout ce qu'il ne connaît, tous les fonctionnements des machines ou les traditions qu'il ne connaît pas, il suffit de le mettre sur le compte de sa mémoire défaillante. Les Terrestres ont dû le récupérer dans le tremblement de terre. Les traitements ont détruit le lien avec Jace, ont brouillé son sang angélique. Il a guéri mille fois plus vite, et une fois en bonne santé, il a dû prendre l'identité par défaut qu'on lui avait donné à l'hôpital. Mais comme il n'était plus lui, la rune de Jace ne peut pas fonctionner. Il n'est plus Alec, et leur rune parabatai lie Alec et Jace. Or il n'est plus Alec, pas plus qu'il sait qui nous sommes. Il est ce que les Terrestres ont fait de lui.

L'idée, ainsi formulée, était glaçante, mais ils savaient tous que Magnus avait raison.

- Nous avons de la chance quand même, rappela Luke. Il ne s'est écoulé que quelques semaines. C'est très court pour devenir quelqu'un. Ce n'est pas comme si nous l'avions retrouvé après des années, marié à un autre, complètement intégré dans une nouvelle vie. Là, c'est encore un nouveau-né qui se cherche. Magnus lui a ouvert une porte, hier soir...

Le policier en lui savait de quoi il parlait.

– Exactement, confirma Magnus. Le brusquer, en présence de tout le monde, n'aurait servi à rien. Il a mon numéro. Il était intéressé, désespéré à l'idée de remplir les blancs de son existence. Il va m'appeler. Je l'ai intéressé.

– Ou bien ton corps l'a intéressé ? Tu comptais sur sa mémoire labiale pour lui rappeler le goût de tes lèvres ? s'amusa Izzy.

Magnus rougit.

– Je voulais juste faire diversion... Je l'ai embrassé sans sa permission, ça aurait pu être une agression, pour un amnésique. Je n'ai pas réfléchi, marmonna-t-il.

– Je doute qu'Alec puisse un jour t'accuser de l'avoir agressé ! répliqua Izzy.

Magnus s'apprêtait à répondre quand Simon prit la parole.

– Détrompe-toi, chérie. Techniquement, dans l'esprit d'Alec, Magnus était juste un inconnu rencontré quelques minutes plus tôt à peine, et il l'a embrassé sans son consentement. Il aurait très bien pu se sentir violé. Ou du moins agressé. C'est...

Simon n'acheva pas sa phrase. Le téléphone de Magnus venait de sonner. Ils se figèrent tous, tandis que le sorcier récupérait l'appareil dans sa poche, dans un geste lent. Le numéro affiché à l'écran portait l'indicateur de la ville de New York, et était inconnu, mais non masqué. Magnus l'apprit par cœur dans la seconde.

D'un geste, il intima le silence à tout le monde, de manière superflue car ils étaient déjà tous suspendus à ce son tintinnabulant. Même Maxie semblait être plus calme sur les genoux de sa grand-mère.

– Magnus Bane, j'écoute ? décrocha Magnus.

– Hem, bonjour, c'est John. Enfin, euh, Alexander ?

– Je sais qui tu es, Alexander. Je reconnais ta voix.

L'audace de Magnus fut récompensée par un raté dans la respiration de son interlocuteur.

– Je... Je voudrais te parler. J'aurais... des questions ?

– Je te dirais tout ce que tu veux. Quand tu veux.

– Cet après-midi ? Alex ne sera pas là, ni personne. Ce sera... plus simple.

Dans l'écouteur, Magnus entendait le bruit d'une douche par-dessus le chuchotis de l'homme de sa vie, qu'il devinait rougissant et hésitant. De toute évidence, Alec était incapable d'affronter celui qui était son petit ami pour assumer en face qu'il voulait revoir Magnus, et avait attendu qu'il soit occupé dans la salle de bains, mais c'était déjà un grand pas en avant. Il ne s'était même pas écoulé tout à fait douze heures.

– Cet après-midi ? hésita Magnus.

Y aller avec Maxie n'était pas une option. Or Aline avait une réunion de l'Enclave, et Helen y serait aussi. Elles ne pourraient pas garder l'enfant.

– Je me charge de le garder, si tu veux, proposa Maryse, comprenant ce qui gênait Magnus quand celui-ci posa les yeux sur son fils.

Magnus hésita. Il avait toute confiance en sa belle-mère, et même plus encore, mais Maryse était interdite de présence à Alicante, du fait du retrait de ses runes. Or la structure de l'appartement lui permettait à la fois d'être situé à New York et Alicante tout à la fois, et de passer indifféremment d'un endroit à l'autre, mais il était rattaché initialement et plus fortement à Alicante. Pour que Maryse garde l'enfant, et si elle était seule dans l'appartement, celui-ci devrait être rattaché à sa localisation de New York. Non seulement l'acte magique était épuisant, mais en plus il était brutal pour le petit bébé, certes magicien, mais encore bien jeune pour supporter une telle délocalisation.

– Je ne peux pas faire autrement, aujourd'hui, s'excusa Alec à l'autre bout du fil.

– Je peux rester avec elle, rajouta Luke.

Magnus hocha la tête, soulagé. Luke avait droit de séjour à Idris. Sa simple présence dans l'appartement suffisait à pouvoir justifier le rattachement de celui-ci à Alicante.

– Envoie moi l'heure et le lieu, répondit Magnus. Et je serais là, promit-il.

– Bien. A tout à l'heure.

Le bip indiquant qu'Alec avait raccroché résonna, et Magnus se fit la drôle de réflexion qu'Alec se montrait difficile à atteindre. Mais cette fois, le sorcier ne voulait plus jouer. Refaire tomber Alec amoureux de lui ne serait pas compliqué, de toute évidence, mais il voulait qu'il récupère toute sa vie, toute leur vie. Ce n'était pas un jeu. C'était une urgence vitale.


Convaincre le reste de la famille de ne pas accompagner Magnus n'avait pas été facile. Max et Izzy n'avaient cessé d'arguer qu'ils n'avaient pas revus Alec de leurs yeux, qu'ils voulaient être sûrs qu'ils allaient bien. Magnus avait dû leur interdire de le suivre, pour ne pas brusquer Alexander. Avec un peu de chance, il rentrerait à la maison sous peu, même si sa mémoire ne revenait pas immédiatement. Il ne pouvait pas être laissé dans le monde Terrestre éternellement.

– Qu'est-ce que tu vas lui dire ? demanda Jace. À propos de nous. De nos runes. De notre monde.

Magnus se mordit la lèvre. Il y avait songé, mais n'était pas sûr d'avoir pris une décision.

– J'en ai discuté avec Simon. Il m'a donné quelques clés pour mieux faire accepter tout ça. Mais je ne suis pas sûr que ça fonctionnera. Il n'est pas Terrestre depuis toujours, il n'en a pas les codes et les habitudes. Quelques semaines ne suffisent pas à le transformer. Hier... je pense que son corps se souvenait. Si on lui met une lame séraphique entre les mains, ça arrivera peut-être plus vite qu'on pense.

– Peut-être, répondit Jace, peu convaincu. Clary... elle m'a appelé plusieurs fois. Et écrit, aussi.

– Tu lui as répondu ?

– Non. Je ne sais pas quoi lui dire. Je vais la perdre, Magnus. Tu sais quoi ? Je pense que c'est juste un plan de Raziel pour me punir encore.

Magnus s'interrompit dans sa contemplation de lui-même, désireux d'être parfait pour retrouver Alec, pour regarder le parabatai de son mari.

– Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

– Eh bien, nous allons ramener Alec chez lui. On va lui rendre la mémoire. Je suis sûr qu'on y arrivera. Mais je ne pourrais jamais expliquer à Clary pourquoi cet homme qu'elle connaît sous le nom de John a subitement disparu de la surface de la Terre, depuis le jour où on a souhaité le rencontrer. Elle me posera des questions dont je n'aurais pas les réponses. Elle insistera. Je ne pourrais rien lui raconter, elle se lassera de mes mensonges et mes non-dits, et elle partira. Et je la perdrais de nouveau. C'était déjà le cas, ça fait dix mois qu'on est ensemble et elle commençait à être agacée de mes silences.

Magnus ne répondit rien. Il avait bien remarqué qu'effectivement, sous son sourire et ses blagues, la jeune femme était agacée plus qu'autre chose. Les propos de Jace sonnaient douloureusement prophétiques.

– Les Anges ont effacé la mémoire de Clary pour l'éloigner de notre monde. Je n'ai pas pu m'y résoudre et j'ai recommencé à la fréquenter. Et si tout se passe comme je viens de le dire, je la perdrais définitivement cette fois, et les Anges seront satisfaits...

– Et si tu pouvais répondre à ses questions ? demanda Magnus. Si tu cessais de lui mentir. Elle te voit, même sous l'effet de ta rune, n'est-ce pas ?

– Oui, mais...

– Donc elle a récupéré sa double Vue. C'est peut-être un signe pour la réintégrer de nouveau à notre monde. Le début de la fin de sa punition ?

Jace secoua la tête, lentement.

– Je l'ai cru aussi. Sauf qu'elle m'a vu pour la première fois il y a un an, et il n'y a eu aucune évolution depuis. Pas la moindre. Je ne crois pas ça possible.

– Et si tu lui racontais tout ? insista Magnus.

– Tu es une créature obscure, répondit le shadowhunter, sans méchanceté aucune, juste un état de fait. Nous sommes des néphilims. Nous n'allons pas contre la volonté angélique. Jamais.

La voix de Jace ne souffrait d'aucune contestation. Lui si rebelle et l'esprit libre, était incapable d'envisager désobéir à Raziel, c'était inconcevable avec le sang qui coulait dans ses veines. Mais Magnus, lui, n'était pas tenu d'en répondre à ces fichus anges. Il ne recevait d'ordres de personne. Depuis la mort d'Asmodée et Lilith, et la destruction d'Edom, il était ce qui se faisait de plus puissant parmi les créatures obscures, fils du roi des ténèbres. Peut-être que lui pouvait agir.

Mais d'abord, Alexander.

– Je dois y aller. J'ai rendez-vous avec Alexander dans cinq minutes.

Jace hocha la tête, et ils quittèrent tous les deux la chambre du Sorcier pour rejoindre le salon, où Maryse et Luke s'amusaient avec le petit Maxie.

– Papa ! s'écria l'enfant en apercevant son père.

C'était le seul mot qu'il prononçait réellement clairement. Le reste du temps, il baragouinait des syllabes sans queue ni tête, ce qui n'empêchait pas de tenir avec lui de longues conversations passionnantes, où il riait aux éclats. Même Papa, parfois, était pas très clair, n'était qu'une succession de pa-pa-pa-pa-pa indéfinie. Magnus souffrait qu'il soit incapable de dire Dad. Pourtant, à sa manière, il souffrait de l'absence de son autre père, Magnus le savait. Cette situation était d'autant plus intolérable que Maxie souffrait, comme tous les bébés de son âge, de l'angoisse de la séparation. En clair, il avait du mal à accepter que son père ne soit plus dans son champ de vision et parte. Il apprenait encore que partir ne voulait pas dire abandon, et que son Papa revenait toujours, mais comme son Dad était parti pour ne pas revenir, c'était devenu pire encore.

– Hey, Myrtille, s'accroupit Magnus à côté du tapis de jeu où son fils était installé. Je vais chercher ton Dad d'accord ? Il rentrera bientôt à la maison. Je te le promets. Je ferais n'importe quoi pour ça. Parce que même s'il a tout oublié, ton Dad et moi, on t'aime tous les deux très fort, le plus fort du monde. Dad ne le sait plus, mais il nous aime tous les deux. Et toi, il ne faut jamais que tu l'oublies. Tu es l'enfant le plus aimé de la Terre, et bientôt nous serons tous réunis.

L'enfant écoutait, l'air très intéressé, comme s'il comprenait ce que pouvait dire son père, et au fond Magnus était sûr que c'était le cas. Les enfants étaient bien plus intelligents que ce que les adultes voulaient bien croire.

Il embrassa son fils sur le haut de son crâne, avant que Maryse ne récupère son attention, permettant à Magnus de s'éclipser en toute discrétion, la gorge nouée. Jace le suivit dehors.

– Je rentre à l'Institut. Tu me fais un portail ?

En franchissant la porte, ils étaient revenus à New York.

– Prends le métro ! répliqua Magnus avec un sourire, avant d'ouvrir son propre portail et disparaître dedans.


Il atterrit à quelques mères de l'adresse qu'Alec lui avait donné, dans une ruelle déserte comme New York, merveilleuse New York, en comptait des dizaines. Une bénédiction pour le monde obscur qui se cachait des Terrestres. Et probablement aussi une raison au taux de criminalité.

L'estomac serré d'angoisse, le sorcier se dirigea vers l'adresse indiqué, dans un petit immeuble sans rien de spécial. Il sonna, entendit presque aussitôt la voix d'Alec dans l'interphone, qui lui indiqua de monter au dernier étage. Il poussa la porte cochère et s'engagea aussitôt dans l'escalier, montant quatre à quatre.

Il était pile à l'heure, et quand il atteignit le dernier palier et vit l'homme de sa vie dans l'encadrement d'une porte, toutes ses angoisses s'envolèrent. Rien de mal ne pouvait arriver quand il était en compagnie de cet homme. Il en était certain.

– Tu es... le salua Alec, le détaillant de haut en bas.

Magnus sourit discrètement. Alex faisait plus que le regarder. Il le déshabillait du regard. Il avait toujours aimé ce à quoi Magnus ressemblait, et ce dernier fut heureux de tous les efforts qu'il avait faits. Même sans mémoire, Alec se souvenait de ça, de son goût pour l'apparence de Magnus.

– Tu es magnifique, aussi, Alexander, répondit-il avec un doux sourire.

Et il en pensait chaque mot. Il avait déjà vocalisé à plus d'une occasion à quel point il aimait la tenue de combat des Shadowhunter, et ils avaient eu à plus d'une reprise des séances de sexe torride quand Alec rentrait de mission, parce que le combo cuir plus Alec attaquait un peu trop les neurones de Magnus.

Mais le reste du temps, son amant était un soldat, habitué au noir de leur tenue et peu habitué à des fioritures.

Alors voir son amant dans un jean bleu clair, tombé bas sur ses hanches, pieds nus et T-shirt blanc tendu sur les muscles, c'était un spectacle inédit et douloureux pour son self-control.

Le délicieux rougissement qui colora les pommettes d'Alexander, en revanche, était très habituel et Magnus sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Son Alexander était là, toujours là, sous la surface.

– Entre, l'invita Alec sans répondre, se décalant de l'ouverture. Tu veux quelque chose à boire ?

Magnus prit ses aises, observa les lieux. L'appartement n'était pas spécialement grand, mais le couloir de l'entrée desservait plusieurs pièces, portes fermées, et donnait immédiatement sur un grand salon, et cuisine ouverte. Et à voir le bazar qui y régnait, plusieurs personnes vivaient ici. Il fut surpris qu'Alec parvienne à évoluer dans un tel foutoir de vêtements et chaussettes sales qui traînaient, tasses à café abandonnées de ci de là, du matériel de dessin et de peintures et des livres un peu partout. Même ce qui était rangé sur les étagères était en bazar, empilés à la va-vite sans logique. Alec était maniaque. Alec était Shadowhunter. Jamais il n'aurait laissé traîner un T-shirt sur le dossier du canapé, sauf si c'était parce que Magnus venait de lui enlever pour lui faire l'amour sur ledit canapé. Mais après les câlins, Alec remettrait le T-shirt, ou le rangerait dans leur chambre, ou irait le porter dans le panier de linge sale. Irrémédiablement.

– Mon cocktail préféré ? répondit-il à la question avec un sourire mutin.

Alec, qui s'était avancé en direction de la cuisine, se retourna.

– Comment le connaîtrais-je ?

– Parce que nous sommes mariés.

– Au cas où ça t'aurait échappé, je ne m'en souviens pas, c'est seulement ce que tu affirmes.

– Peu importe. Dis quelque chose, la première idée qui te vient.

Très sérieusement, Alec réfléchit, dans un air de concentration adorable.

– Mo... mojito ? essaya-t-il au hasard, mais secoua immédiatement la tête. Non. Quelque chose de... bleu ? Blue Lagoon ?

Magnus ne put empêcher son sourire de monter jusqu'aux oreilles. C'était totalement faux, bien sûr, mais la manière dont il avait dit bleu prouvait qu'il y avait des sacrés restes de sa mémoire. Enfoui dans son subconscient devait subsister des traces du jour où Magnus lui avait dit qu'il préférait les Blue Monday entre tous, parce que les cocktails bleu glacier lui rappelaient les yeux de l'amour de sa vie.

– Pas tout à fait, mais c'est bleu, oui, en effet. Blue Monday. Mais de toute manière, je n'en veux pas, il est trop tôt pour ça.

– C'est happy-hour quelque part dans le monde, répliqua Alec. Clary dit toujours ça.

Le sorcier sentit sa bouche s'arrondir de surprise. Il y avait quelque chose dans l'inconscient de Clary aussi. Quelque chose à sauver, pour elle aussi ?

Alec lui tendit une eau gazeuse, quelque chose d'aussi sage et pourtant pétillant que lui, que Magnus accepta avec gratitude, se sentant la gorge sèche et de nouveau nerveux comme à son premier rendez-vous avec le shadowhunter. Parce qu'Alexander venait de faire le choix de s'installer à côté de lui dans le canapé, pas si grand que ça, au lieu d'en face. Et il était très près. Presque trop près. Magnus voulait juste se jeter dans ses bras et s'y oublier totalement, réconforté par son odeur et sa présence.

– Donc... tu me connais, attaqua bravement Alec.

– Oui.

– Tu es sûr que c'est moi ?

Magnus eut un léger rire.

– Si tu en doutes, je peux te décrire ton corps avec précision. Avec toutes tes runes et toutes tes cicatrices, et toutes tes caractéristiques, des pieds à la tête. Oui, je suis sûr. Je te reconnaîtrai entre mille, les yeux fermés s'il le fallait.

Alec rougit de nouveau, baissant les yeux, comme peu habitué qu'on lui dise ce genre de mots avec l'assurance tranquille qu'avait Magnus.

– Alors... comment on s'est rencontrés ? Qui je suis ? exigea Alec.

Magnus hésita.

– Dis-moi plutôt comment tu en es arrivé là, ce qu'il s'est passé. Pour que je puisse mieux cerner quoi te dire et comment.

Alec hocha la tête, inspira, et commença son récit.


Prochain chapitre Me 08/07 !

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