Bonjour mes petits pangolins mignons ! Aujourd'hui au programme, des explications, des révélations, et un premier dérapage...

Bonne lecture ! :)


Chapitre 9

– Il y a eu un tremblement de terre au nord du pays. Je le sais parce qu'on me l'a dit, mais je ne m'en souviens pas. On m'a trouvé, très proche de l'épicentre, à moitié enseveli, inconscient et avec de nombreuses fractures. J'ai été transféré à l'hôpital, puis rapidement au Mount Sinaï Hospital, ici à New York. J'étais toujours dans le coma. Je l'ai été plusieurs jours, puis je me suis réveillé sans rien reconnaître. Les médecins et la police ont demandé mon nom, mais je ne savais rien. La police a dit qu'elle avait diffusé un avis de recherche avec mes caractéristiques dans les petites villes proches du tremblement de terre, mais personne ne s'était présenté. Les médecins ne n'aimaient pas. Dans leurs dossiers, je m'appelais John Doe, l'inconnu. J'ai gardé le John. J'ai été rapidement remis sur pied, sans que les médecins comprennent pourquoi. Et puis Alexis est venu me rendre visite à l'hôpital.

Magnus tressaillit. Jusque-là, l'histoire corroborait avec ce qu'ils avaient établi.

– Lui et ses amis. Ils sont des Oubliés. Ils voulaient m'aider.

– Des oubliés ?

– Ouais. Comme moi. Ils sont trois à avoir eu un accident, à l'âge de quinze ans, et avoir tout oublié. Et personne n'est venu les réclamer, n'a signalé leur disparition. Ils se sont créés tout seuls, après ça. Ils ne savent même pas si avant l'accident, ils se connaissaient. Mais ils étaient dans le même bus, et se sont retrouvés dans la même situation après coup. Alors ils ont monté une association, les Oubliés. Pour les gens comme eux et moi. Qui se réveillent amnésiques, et qui n'ont personne pour les aider. L'hôpital les contacte dans des cas comme le mien.

Magnus trouvait l'intention louable en soi. Qui de mieux que quelqu'un qui avait connu la même angoisse pouvait comprendre la terreur qui devait animer un humain se réveillant dans un monde sans plus avoir de repère ?

Cependant, il lui avait semblé que l'Alexis en question n'était pas aussi doux qu'on pouvait le croire. La suite des propos d'Alec le lui confirma.

– Alexis dit que si personne n'a signalé notre disparition, c'est que notre ancienne vie ne valait pas le coup, ni les gens qu'on fréquentait alors. On se redonne un nom, se recréé un monde, une identité, et on réapprend à vivre. Je ne savais pas où aller, quand l'hôpital m'a mis dehors. Je ne pouvais pas payer les factures, je n'avais pas d'assurance, et les frais médicaux s'élevaient à des milliers de dollars. Médicalement, les médecins n'avaient aucune raison de me garder, et chaque seconde que je passais là-bas leur coûtait de l'argent, ils me le faisaient sentir. Les Oubliés s'occupent de cas comme moi. Alors ils m'ont accepté chez eux, ici.

– Et très vite, dans le lit d'Alexis, grinça Magnus.

Alexander baissa les yeux, comme fautif, mais le sorcier savait que sa jalousie était déplacée. Il ne pouvait reprocher à son amant amnésique d'avoir connu un autre homme. Il aurait déjà dû être heureux de ne pas avoir à expliquer à Alec qu'il était gay, et de tomber sur un amnésique homo refoulé. Mais c'était plus fort que lui, l'idée qu'il ne soit plus le seul homme au monde à avoir profité du corps d'Alexander (et à le faire dans le futur, Magnus voulait être son premier, son dernier, son seul et unique) le dérangeait profondément.

– On est ensemble depuis ma sortie de l'hôpital, oui. Il m'aime, assuma-t-il en regardant Magnus droit dans les yeux.

Les mots firent mal au sorcier. Mais lui donnèrent aussi de l'espoir « il m'aime », affirmait-il. Pas « JE l'aime », ou « on s'aime ». Les sentiments du pudique Alexander n'étaient pas être pas aussi certains.

– Et Clary ?

– C'est une Oubliée aussi. Mais son cas est différent. Elle n'a pas eu d'accident, elle ne s'est pas retrouvée à l'hôpital. D'habitude les nouveaux membres, comme moi, c'est par l'hôpital qu'on les rencontre. Mais Clary, elle s'est retrouvée paumée dans la rue. Les policiers qui ont enquêté ont retrouvé son nom, et son adresse. Mais d'après les voisins, et tout, sa mère était morte et personne ne l'avait vue depuis genre deux ou trois ans. Et puis elle réapparaît d'un coup, comme ça. Elle peint, pour aller mieux. Parfois des trucs super sombres. Alexis pense qu'elle a été enlevée, torturée, violée, un truc comme ça, et qu'elle s'en est échappé miraculeusement, mais sa mémoire a tout bloqué. Mais sinon, elle est comme nous. Amnésique, sans passé, personne qui la recherche.

Magnus bondit intérieurement d'effroi en entendant l'hypothèse de l'absence de Clary. Si Jace entendait ça, il s'étranglerait. Mais, au demeurant, l'idée se tenait, quand le monde obscur n'existait pas. Et c'était même mieux, pour protéger leur secret, qu'ils s'imaginent de telles horreurs plutôt que de suspecter du paranormal.

– Et ton amnésie ? demanda Magnus pour être sûr de bien tout cerner.

– Amnésie rétrograde. J'ai tout oublié d'avant l'accident, mais rien ne cloche dans mon cerveau. Je n'oublie pas ce que j'ai fait depuis que je me suis réveillé. Les médecins avaient du mal à délimiter le périmètre de mon amnésie.

– Pourquoi ?

– Eh bien, en temps normal, il y a différents stades à l'amnésie rétrograde. Celle totale est la pire, parce que s'habiller, faire des lacets, utiliser une fourchette, savoir que l'eau mouille, que le feu ça brûle, tout ça est parti. Blanc complet, comme un enfant. Il faut apprendre tous les mots, tous les concepts, tout décrire, tout expliquer, parce que dire "attention il pleut, n'oublie pas ton parapluie" n'a aucun sens pour un amnésique total qui n'aura aucune idée ce qu'est la pluie ou un parapluie.

Magnus hocha la tête. Cela devait être en effet effrayant.

– Sinon, c'est plus ou moins avancé, il y a des gens qui connaîtront tous les éléments du quotidien, sont capables de vivre sans danger pour eux et les autres, à ceci près qu'ils ignorent qui ils sont. Certains auront encore les capacités professionnelles qui étaient les leurs, souvent quand c'est lié à un travail manuel, mais les médecins m'ont aussi parlé d'un cas d'un homme qui était maître de conférences en mathématique avant son amnésie, et il était toujours capable de calculer de tête des trucs super complexes sans pouvoir pour autant savoir comment il faisait, parce qu'il avait oublié comment et qui le lui avait appris !

– Et toi ?

– Moi... c'est particulier. Je me souvenais des choses, des trucs du quotidien, manger, dormir, me changer, faire mes lacets, lire, écrire, compter, ce genre de tests qu'ils font à l'hôpital. Mais je ne savais pas me servir de l'argent. Ni comment on élisait le président, dans ce pays. Je ne savais même pas qui était le président, en fait ! Ni ce qu'étaient les trucs qu'ils appelaient réseaux sociaux, ou bien d'autres détails comme ça, et les médecins trouvaient ça bizarre. Mais je n'étais pas dangereux pour moi-même ni pour les autres, alors ils devaient me laisser sortir... Mais parfois, je regarde les choses, et je ne les connais pas.

Il s'excusait presque, et Magnus mourrait d'envie d'aller se jeter dans ses bras. Pour le réconforter, mais aussi parce qu'il ne pouvait pas être plus heureux ! L'amnésie dont souffrait Alec ne paraissait pas si grave. Les Terrestres n'avaient pu lui présenter que les socles de LEUR vie courante, mais il y avait de l'espoir pour que, si on lui remettait une stèle entre les mains, il sache de nouveau activer et tracer des runes ! Ce qu'il ne savait pas, c'était sans doute ce qu'il n'avait jamais su ou presque. L'argent Terrestre n'était presque jamais utilisé, à part en mission.

Alec avait « simplement » oublié qui il était, sa famille, ses amis et son monde. Une fois réhabitué à son monde, tout serait beaucoup plus simple, Magnus en était persuadé.

– A ton tour, réclama Alexander. Je t'ai dit tout ce que je savais de moi-même. À toi d'en faire autant.

Il regardait Magnus droit dans les yeux, et ce dernier soutint le regard. Il remporta la bataille, Alec baissant les yeux le premier, non sans en profiter pour observer Magnus, et continuer de le déshabiller du regard. Il devait croire que le Sorcier ne s'en rendait pas compte, mais quand il s'agissait de son mari, Magnus savait tout et voyait tout.

– Eh bien... attaqua bravement Magnus. J'imagine que ce que j'ai à te dire aurait été plus évident si nous étions de nuit sur une île au large de l'Angleterre, que j'avais un parapluie rose, et que je t'apportais un gâteau au glaçage rose te souhaitant un joyeux anniversaire avec des fautes d'orthographe.

Simon lui avait conseillé de se rattacher à quelque chose qu'Alec pourrait connaître, comme une œuvre de fiction. Leur monde avait inspiré bien des auteurs, conscients ou non de ce qu'ils écrivaient. Se rattacher à une œuvre connue permettrait à Alec de mieux appréhender le concept, plutôt qu'entendre de but en blanc que les créatures obscures existaient. Simon avait précisé à Magnus qu'il aurait été bien plus enclin à croire en l'existence de Hobbits, à cause de Tolkien, parce que le lecteur passionné en lui avait eu envie d'y croire en lisant les mots de l'auteur.

Malheureusement, Alec ne connaissait que peu d'œuvres Terrestres, même si Magnus avait remédié à bien des manquements, notamment cinématographiques. Magnus avait tenté le tout pour tout. Même s'il savait que ça, Alec l'avait lu et adoré, rien n'était dit que ce souvenir avait survécu à l'accident et l'amnésie. Mais, à sa grande joie, il constata que son amant avait parfaitement saisi la référence.

– Quoi, tu veux m'annoncer que je suis un sorcier ? ricana-t-il, incrédule.

– Toi, non. Moi en revanche, oui. Mais tu le savais déjà. C'est écrit sur ma carte, celle que tu as trouvé dans ta poche et qui t'a permis de m'appeler.

Alec ouvrit des yeux ronds, hébété, mais ne hurla pas au mensonge et au délire. Il regardait Magnus comme s'il était un peu fou, mais pas totalement. Comme si, au fond de lui, il y avait quelque chose – son sang angélique – qui lui hurlait de croire.

– Les sorciers, ça n'existe pas. Ta carte est juste un délire, tu dois être prestidigitateur, ou un truc comme ça.

Mais sa propre voix était hésitante, manquait d'assurance.

– Tu n'es pas un Oublié, Alexander, répondit Magnus de sa voix chaude et calme, pleine d'assurance tranquille. Je suis vraiment désolé pour tes amis, que personne ne les ait cherchés, mais ce n'est pas ton cas. Tu es un néphilim. Tu étais en mission, avec ton petit frère et d'autres gamins, quand tu as été porté disparu. Nous t'avons cherché dès que nous avons pu, mais les Terrestres – c'est ainsi que nous nommons tous ceux qui ne sont pas nous – t'avaient trouvé avant nous. Et nous n'existons pas, officiellement, dans le monde Terrestre. Nous n'avons pas pu te chercher par leurs moyens, mais nous n'avons jamais perdu l'espoir de te retrouver. Et c'est ce que nous avons fait. Nous t'avons retrouvé. Personne ne t'a oublié. Tu manques à plus de gens que tu ne peux le croire. Tes parents, ta famille, tes amis, tes employés... et à moi et ton fils plus que tout.

Hypnotisé, Alec écoutait Magnus parler, voulant désespérément croire en ses mots. Il ne s'était jamais senti totalement comme Alexis et les autres. Eux s'étaient tous parfaitement adapté à leur vie sans mémoire. Alec avait toujours cru qu'il y avait quelqu'un qui le cherchait. Il avait toujours voulu y croire, et cet homme magnifique, exceptionnel, au regard brûlant posé sur lui, lui disait les mots qu'il avait attendus sur le même ton qu'il prononcerait le plus pur et le plus indécent je t'aime.

– Je...

– Je peux t'apporter toutes les preuves que tu veux de ce que j'affirme.

– Si tu es sorcier, tu peux faire de la magie ?

– Bien sûr.

Dans un claquement de doigt, Magnus fit apparaître la fumée bleue habituel au bout de ses doigts, puis joignit ses mains, et souffla dessus, en direction du plafond. Il se mit aussitôt à neiger dans la pièce, une neige douce et tendre qui se posait sur les cheveux d'Alexander et s'accrochait à ses mèches avant de fondre magiquement sans faire d'eau. Un flocon s'attacha sur un cil, et Magnus dut faire appel à tout son self-control pour ne pas se jeter sur son amant. Les grands yeux bleus purs d'Alex étaient ouverts, la bouche rouge et arrondie de surprise, la peau pâle et les pommettes teintées de rouge. Avec ses cheveux noirs en bataille, il était un tableau de maître et il appartenait à Magnus.

– C'est... impossible.

– Je peux faire ce que tu veux. Tu n'as qu'à demander. Tu as faim ? Soif ?

– Parce que si je voulais manger des gaufres belges, tu me les ferais apparaître ? demanda-t-il, un peu goguenard, toujours méfiant.

– Bien sûr.

Un nouveau claquement de doigt et l'odeur chaude de gaufre de liège envahit la pièce. Magnus avait senti son cœur avoir un raté en entendant la demande d'Alec. Durant leurs congés, ils avaient fait le tour du monde en portail, et Alexander avait développé une passion folle pour les gaufres belges, qu'il avait ensuite appris à faire pour leur petit déjeuner en famille.

Alec toucha la nourriture du bout du doigt, le retirant vivement quand il constata que c'était chaud, éberlué.

– Tu peux la manger. Ce n'est pas une illusion.

– C'est impossible...

Mais son ton laissait clairement sous-entendre qu'il y croyait. Qu'il doutait de moins en moins.

– Raconte-moi ! Je suis comme toi ?

Magnus sourit. L'air d'enfant impatient, cet air de pur bonheur, de candeur, si typiquement Alec, c'était si difficile de lui résister.

– Non, tu n'es pas Sorcier. Notre monde se divise en deux catégories. Les créatures Obscures, sorciers, vampires, fées et loups. Et les shadowhunter, néphilims de leur état, nés du sang de l'Ange, protecteurs de notre monde aux yeux des Terrestres, et y exerçant la loi. C'est ce que toi, tu es. Tu as guéri beaucoup plus vite parce que dans ton sang coule du sang angélique. De manière générale, vos capacités sont toutes améliorées : guérison, vitesse, force, agilité, vision... Vos runes viennent améliorer le tout.

Alec l'écoutait religieusement, fasciné. Tout son corps, tendu vers Magnus, fébrile, indiquait qu'il y croyait cœur et âme, que les mots du sorcier trouvaient un écho profond en lui.

– Puis-je faire une expérience ? demanda Magnus.

– Tout ce que tu veux.

Lentement, Magnus tendit la main vers Alec, et se saisit de son poignet. Ce dernier se laissa faire, sans réticence, mais plus tendu qu'un instant auparavant. Parce qu'il avait encore quelques craintes, quelques doutes naturels pour un esprit cartésien ? Ou parce que, comme Magnus, il avait senti le crépitement qui grandissait sous sa peau au contact de leurs deux mains ensemble ?

– N'aie pas peur. Et fais-moi confiance.

Et sans préavis, Magnus entailla avec une lame la peau du poignet en une estafilade peu profonde, et pas grave, mais néanmoins douloureuse, et qui se mit aussitôt à saigner.

– Hé ! s'écria Alec, tentant de se dégager par réflexe.

Mais Magnus était tout aussi fort que lui, et Alec n'avait pas ses habitudes de Shadowhunter. Il n'eut aucun mal à le garder dans sa poigne.

– Fais-moi confiance et prends-ça, ordonna-t-il.

De sa main qui ne tenait pas celle d'Alec, il lâcha le poignard et plongea dans sa poche pour en sortir une stèle, qu'Alec prit sans discuter, fasciné par l'objet. Assuré qu'il ne s'enfuirait pas dans la salle de bains désinfecter la plaie qui saignait toujours doucement, Magnus le relâcha, puis prit dans ses mains celle d'Alec, qui tenait la stèle, et le guida doucement vers sa rune de guérison. Alec tressaillit quand il souleva son T-shirt, mais ne le repoussa pas le moins du monde.

Puis lentement, la main d'Alec, guidé par Magnus, passa sa stèle sur la rune sur son flanc, juste au-dessus de celle parabatai de Jace. Et se mit à briller, sous le hoquet de surprise d'Alec.

La plaie sur son bras se referma aussitôt.

– C'est... c'est... c'est... bégaya Alec.

Quelle sensation cela pouvait faire de ressentir une rune et son pouvoir pour la première fois ? se demanda Magnus, sans oser formuler sa pensée à voix haute. Les jeunes Shadowhunter grandissaient dans l'attente de leur première rune, et avant cela les apprenaient par cœur. Ils avaient tous hâte de s'en servir, passaient leur stèle dessus pour les activer à la première occasion, mais tout en ayant parfaitement conscience de qui ils étaient, et ce qui allait se produire.

Alec n'en avait aucune idée. Il avait fait confiance à Magnus, et il avait dû sentir sa peau se renfermer et la douleur disparaître sans préavis. Il ne restait que le sang sur son bras, qui ne tarderait pas à sécher. D'une main tendre, Magnus l'essuya, se moquant de se salir au passage. L'air émerveillé d'Alec qui regardait son bras valait bien le coup de se tâcher un peu.

Le regard d'Alec revint à Magnus, le fixant, les prunelles luisantes d'un éclat magnifique. La joie, l'émerveillement, le bonheur. Une part de lui continuait de ne pas y croire, mais l'autre le submergeait totalement, cette sensation merveilleuse de faire partie de quelque chose, d'être lié à des gens qu'ils ne connaissaient pas encore, mais qui faisait partie de ce monde, de SON monde. Alec, malgré sa validation du discours d'Alexis, avait toujours eu envie de ne pas être un oublié, avait voulu qu'on le retrouve. Et plus qu'une personne, il retrouvait un peuple tout entier.

C'était trop de joie, et c'était cet homme merveilleux qui le lui avait offert. Cet homme qui se prétendait son mari et portait une alliance similaire à celle qu'on avait rendu à Alec à sa sortie de l'hôpital, avec ses maigres possessions personnelles : le téléphone était brisé, carte SIM incluse, et ses vêtements étaient soit poisseux de sang, soit coupés en morceaux par les médecins. La seule chose qui le rattachait réellement à sa vie d'avant, c'était cette bague qu'il n'avait plus osé porter à son doigt. Cette bague qui trouvait sa jumelle sur la main d'un homme qui le regardait, et qui tenait toujours son T-shirt relevé pour mettre à nu un des tatouages d'Alec – non, une rune. Il avait appelé ça une rune.

Magnus ne l'avait pas lâché. Il aurait dû le faire, il le savait, mais il en était incapable. Une de ses mains était posée sur le poignet qu'il avait entaillé plus tôt, et qui était désormais exempt de blessures, l'autre tenait relevé le fin T-shirt blanc d'Alec, et laissait apercevoir son torse. L'hôpital l'avait sans doute bien amoindri, mais il avait dû recommencer à se muscler depuis, parce que ses formes parfaites étaient toujours là. Et surtout, il ne le lâchait pas du regard, et Magnus soutenait l'intensité des prunelles sans ciller.

Il aurait dû le lâcher, s'éloigner, reprendre le contrôle de la situation. Mais il en était incapable. Il était à demi-démon, certes, mais il n'était aussi rien qu'un homme désespérément amoureux de son mari, qu'il n'avait pas vu ni touché depuis plus de huit semaines. Ça faisait long, comme abstinence. Magnus savait qu'il aurait dû faire taire les images luxurieuses que son cerveau générait, faire taire ses envies indécentes, reprendre le contrôle de son corps couvert de chair de poule et qui commençait à réagir.

Il aurait dû, mais il en était incapable. Parce qu'il lui semblait lire le même désir dans le regard d'Alexander, et il ne pouvait pas se tromper, parce qu'il le connaissait mieux que lui-même. Sauf que ce n'était pas Alexander son mari, qui se tenait devant lui, mais Alexander l'amnésique. Pas l'homme capable de lui embraser les reins d'un regard et de lui faire comprendre qu'il avait envie de lui là-maintenant-tout-de-suite-sur-le-plan-de-travail-de-la-cuisine, mais l'homme sans mémoire qui était en couple avec un autre.

– On est mariés, murmura Alec.

Ce n'était pas une question, pas un souvenir, juste une constatation. Pour se dédouaner de ce qui s'apprêtait à se produire. Parce qu'ainsi, il ne pouvait pas tromper son copain, pas avec son mari, puisqu'il était marié avant.

Le procédé était odieux, et ne changerait rien à la douleur d'homme trompé que ressentirait Alexis s'il l'apprenait, ni à la douleur de la culpabilité d'Alec, et Magnus se détesta quand il répondit :

– Oui.

Mais il ne pouvait pas tenir. Plus tenir. Il avait besoin de ça aussi désespérément qu'Alec, et avant même qu'il ait eu le temps d'y penser, les lèvres d'Alec s'écrasèrent sur les siennes dans un baiser violent.


Prochain chapitre Me 15/07 !

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