Bonjour mes petits pangolins mignons !

RaR anonyme - sur le chapitre 13 - ShadowVslight : Bonjour, merci de ton enthousiasme, je suis ravie que cela te plaise :D Comme indiqué sur le premier chapitre, ça en fait 40 tout rond + trois bonus qui n'ont pas grand chose à voir, mais qui seront publiés ici pour que j'évite de m'éparpiller ;) Merci, pour la review, j'espère que la suite te plaira :)

Au programme de ce chapitre, une discussion sur l'oreiller, des explications, et... un souvenir ? ;p

Bonne lecture ! :)


Chapitre 15

Alec n'était pas seul depuis dix minutes, assis au bord du lit sans trop savoir comment se comporter dans cette pièce dont il ne se rappelait rien, quand on gratta doucement à sa porte.

– Entre, répondit-il.

Il ne doutait pas vraiment de qui il s'agissait, et, en effet, l'image de Clary s'imprima dans l'encadrement peu après.

– Tu te sens bien ? lui demanda gentiment Alec.

Elle portait un pyjama sobre et neutre, parfaitement taillé. Qui, pour ce qu'Alec en savait, correspondait à ses goûts, à ce qu'elle aurait porté habituellement. Il n'avait jamais été trop versé dans la mode.

– Je ne sais pas, répondit la jeune femme en tordant les mains. Tu crois vraiment qu'on peut leur faire confiance ? C'est tellement... bizarre, tout ça.

Alec tapota la place à côté de lui, et elle vint aussitôt s'assoir contre lui, au bord du lui. Elle posa sa tête sur son épaule, en recherche de réconfort.

Clary n'était pas la seule fille de leur groupe d'ami, et elle ne ressemblait pas vraiment à Alec, mais c'était la personne dont il s'était toujours senti le plus proche. Pourtant, il ne l'avait vu qu'une poignée de fois, depuis sa sortie de l'hôpital. Mais il avait toujours aimé ses peintures, son appartement. Il se sentait inexplicablement attiré par elle, par quelque chose au fond d'elle qu'il ne savait pas nommer, qu'il n'aurait pu expliquer.

– Je fais confiance à Magnus, oui. Je suis sûr qu'il dit la vérité.

– Qu'est-ce que vous avez fait, tous les deux ? interrogea-t-elle.

Le silence et les joues brûlantes de gêne d'Alec furent une réponse éloquente.

– John ! Non ! s'exclama-t-elle. Comment tu as pu...

– Alec, la corrigea celui-ci. Je ne me suis jamais habitué à John, au fond. Je ne me souviens pas m'appeler Alexander, mais je préfère. Ça sonne mieux.

Clary hocha la tête, promettant muettement de faire un effort.

– Mais pour te répondre, oui, on l'a fait... parce que ça m'a paru la seule chose à faire. Clary, tu me connais, je n'aurais pas trompé Alexis sur un coup de tête pour un plan cul. Mais Magnus... sa présence est submergeante.

– Ce mot n'existe pas, Alec, appuya-t-elle pour montrer qu'elle s'essayait à ce nouveau prénom.

– Il devrait exister. C'est celui qui décrit le mieux Magnus. Du moins pour moi. Il était là, et j'avais l'impression qu'il était tellement tout que je ne pouvais pas faire autrement.

– Tu l'aimes ? interrogea Clary, profondément sincère.

– Je ne le connais pas.

– Et alors ? Tu sais... je ne suis toujours pas convaincue que ce qui se passe ici n'est pas l'œuvre de déments, mais la première fois que j'ai vu Jace, je crois que je l'aimais déjà. Ça m'avait fait peur, à l'époque. C'était juste un mec accoudé à un poteau à une expo, qui avait fui en me voyant et que j'avais poursuivi. Et quand je l'ai rattrapé, une part de moi hurlait que je l'aimais. Ce n'était pas rationnel, ce n'était pas sain, ce n'était pas logique. Je ne le connaissais pas. Alors j'ai fait taire cette partie de moi, et ensuite on a commencé à sortir ensemble... et tout à l'heure, quand il a dit qu'on était ensemble, avant... ça m'a rassurée. C'est bête, hein ? Mais je me suis rappelé la violence des sentiments que j'avais eus pour lui avant même de le connaître, et ça m'a rassurée. Je me suis dit que je n'étais pas folle. Que si ça venait de quelque part, alors je n'étais pas folle.

– Je comprends.

– Alors tu aimes Magnus ? Il a l'air gentil. Excentrique et bizarre. Mais gentil.

– Je ne sais pas, fut la réponse la plus honnête que Alec put dire. Mais j'ai envie de le découvrir.

Il y eut un instant de silence, durant lequel Clary se blottit davantage contre son ami.

– Qu'est-ce qu'on va devenir ? demanda-t-elle finalement.

Elle voulait exprimer par-là : est-ce qu'un jour tu retourneras à la coloc ? Est-ce que je retournerai à mon appartement ? Est-ce qu'on va être considéré comme des personnes disparues de nouveau ? Est-ce qu'ils parleraient encore à ceux qui avaient été leurs amis durant ces années (pour Clary) ou semaines (pour Alec) ? Est-ce qu'ils resteraient pour toujours dans cet étrange église, immense et si bien aménagée ?

Alec fut plus lyrique que les problèmes très terre à terre de la jeune femme.

– Je n'ai pas tout compris, mais Magnus a dit que j'avais du sang d'ange, alors peut-être que je suis censé devenir un ange ?

Clary le regarda avec des yeux ronds, et incrédules. Alec, réalisant que personne ne lui avait rien expliqué de ce que Magnus lui avait brièvement narré, entreprit de lui résumer la situation. Elle refusa d'y croire, abasourdie. Une infime parcelle, au fond d'elle, espérait encore une explication rationnelle et plus plausible. D'accord, ils étaient dans un lieu que personne ne voyait, entouré de gens pour la plupart tatoués de partout de la même manière, et l'un d'entre eux faisait de la magie. Mais les Anges et les Démons, le conflit millénaire du Bien et du Mal, vraiment ? C'était presque insensé.

Malheureusement, Alec n'avait pas l'objet dont Magnus avait usé, hier, pour le passer sur ses runes. Il avait essayé de les tracer avec ses doigts, mais il avait constaté que ça ne marchait pas du tout. Il ne pouvait pas le montrer à Clary, du coup, et ils devaient se contenter de spéculer.

– Je peux dormir ici avec toi ? demanda finalement Clary, vaincue par le sommeil.

– Je n'ai qu'un lit, la prévint Alec en désignant le matelas double sur lequel ils étaient toujours assis.

– Je ne pense pas que ça posera de problème. Sauf si tu ronfles.

– Hé. Je ne ronfle p...

Alec n'acheva pas sa phrase. Il avait déjà prononcé ces mots. Sur ce ton. Pas ici, ailleurs. Pas à Alexis, qui ne s'en était jamais plaint.

Un éclair traversa sa tête. Du soleil, un peignoir, une tasse de café, un homme faussement souriant. Magnus. La vision se troubla, se délita, s'échappa presque. Alec la retint, se força à se concentrer dessus. Un matin où il était seul. Où il était inquiet. Où Magnus essayait d'échapper à ses questions, à lui croire que tout allait bien.

L'effort de mémoire était douloureux, épuisant. Alec ne voyait pas les détails, était incapable de dater l'événement. L'homme de ce souvenir flou et fugace paraissait exactement le même qu'aujourd'hui. À la coupe de cheveux près, cela aurait pu être hier.

– Ça va ? lui demanda Clary, inquiète de l'air de souffrance qui traversait son visage malgré ses yeux clos.

– Oui, oui, lui répondit faiblement Alec. Je crois... je crois que j'ai eu une réminiscence. Un souvenir ?

– Oh ! Ce serait formidable !

Elle était sincère, entièrement sincère. Jalouse, également. Forcément. Elle aurait aimé savoir, elle aussi. Lever le voile sur les années qui lui manquaient. Elle avait conscience cependant que leurs situations étaient radicalement différentes. Amnésie d'identité rétrograde pour Alec, il lui manquait toute sa vie, jusqu'à son nom, et était dans cette situation depuis quelques semaines. Amnésie traumatique pour elle, elle n'avait perdu que quelques années de son existence, mais vivait avec ce manque depuis deux ans au moins.

– Je n'en suis pas vraiment sûr, c'est flou. On ferait mieux de dormir, maintenant.

Ils se préparèrent rapidement pour la nuit, et s'allongèrent sous les draps, se tenant à une distance respectable loin de l'autre, un peu bêtement. Alec ne risquait pas d'être intéressé par la jeune femme.

– Hé, Clary ? appela-t-il soudain dans le noir après quelques minutes de silence.

– Oui ?

– Je suis heureux que tu sois là. On va pouvoir affronter tout ça ensemble.

– Moi aussi.

– Bonne nuit, Clarissa.

– Bonne nuit, Alexander.


– Tu crois qu'on devrait être jaloux ?

La voix de Magnus sembla tirer Alec du sommeil qui grommela et s'agita, paupières toujours fermées.

– Je ne sais pas, répondit une autre voix. Tu es jaloux ?

Alec papillonna vaguement des yeux, les referma. Le décor qu'il avait brièvement aperçu n'était pas celui qu'il connaissait, et son esprit avait besoin de retourner au calme du repos pour rassembler ses idées. Se souvenir d'où il était, et pourquoi. D'à quel point son avenir tout entier avait été bouleversé la veille au soir.

À côté de lui, les voix continuaient toujours de débattre.

– Moi ? Pas le moins du monde. Ta copine n'aura jamais les attributs pour intéresser Alec.

– La réciproque est entièrement vraie.

– Ce qui est rigolo est de les voir s'entendre aussi bien. On n'aurait pas parié là-dessus, avant.

– C'est pas faux. Mais n'est-ce pas fantastique, mon très cher beau-frère, déjà que tu trouvais que tu me voyais trop souvent chez toi à cause d'Alec, tu te rends compte maintenant que tu ne pourras plus jamais te débarrasser de moi ? Frère de ton mari, parrain de ton fils, conjoint de la meilleure amie de ton mari.

– Ah, merci de me faire penser à rajouter des charmes anti-chasseurs d'ombre arrogants, ça devrait suffire à assurer ma tranquillité !

Alec ouvrit péniblement les yeux, ajustant sa vision pour découvrir Magnus et Jace dans l'encadrement de la porte, se chamaillant gentiment. Alec avait retenu son nom, mais il était bien le seul. Il avait rencontré trop de gens hier.

– Bonjour Alexander, le salua gaiement Magnus.

Il était encore plus coloré et flamboyant que les fois précédentes où Alec l'avait vu (les deux derniers jours en fait, mais cela lui semblait être bien plus long), et son sourire charmeur fit rougir l'homme. Jamais il n'avait rougi pour un sourire. Il n'avait jamais senti ses reins s'embraser simplement pour un sourire. Et pourtant c'était l'effet que cet homme lui fait.

– Bonjour... Magnus. Jace, salua-t-il, un peu bafouillant.

Un immense sourire éclaira le visage de l'homme blond, quand il réalisa qu'Alec savait qui il était.

– Nous débattions du fait de savoir si nous devions être jaloux de vous retrouver dans le même lit, le taquina Magnus en désignant la forme toujours endormie aux côtés d'Alec.

Clary peinait à sortir du sommeil, elle aussi.

– Oh non ! Non non non, il ne s'est rien passé, juste, elle est venue dormir, je... se justifia Alec.

Il fut récompensé par des éclats de rire bruyants, qui achevèrent de réveiller la jeune femme, qui se redressa en frottant ses yeux.

– Ne t'en fais pas Alec, aucun de nous n'a de doute ! Tu n'as jamais été intéressé par Clary, et vice-versa ! Je dirais même qu'au début, tu ne l'aimais vraiment pas beaucoup ! rit Jace.

Alec chercha, creusa dans sa mémoire le souvenir de sa rencontre avec Clary, mais rien ne venait, sinon celle, si récente, lors de leur mise en contact par les Oubliés.

– Petit déjeuner ? proposa Magnus. Ensuite, nous serons à votre disposition pour tout vous expliquer et répondre à vos questions.

D'un claquement de doigt qui fit sursauter légèrement Clary, mal réveillée, un petit déjeuner gargantuesque apparut dans la pièce, soudainement très encombrée par toute la nourriture, et diverses boissons.

– À table ! décréta le Sorcier, tirant à lui une chaise (elle aussi apparue à l'instant, tout comme la table sur laquelle s'étalaient les victuailles).


Une matinée complète d'explications les avait laissés complètement groggy, et épuisés. Les Anges et les Démons, Alicante et Edom, les Shadowhunter et les Créatures Obscures, toute la mythologie de base de ce monde nouveau avait déjà été difficile à digérer.

Par-dessus, il avait fallu expliquer les liens familiaux, et Alec s'était retrouvé avec un papier et un stylo à dessiner des schémas et des arbres généalogiques pour s'y retrouver, surtout quand ils en étaient arrivés à l'hérédité de Jace.

Ils avaient rajouté à cela la dernière guerre obscure, Valentin, Jonathan et Lilith.

– C'est parce que j'ai tué mon frère et sauvé le monde que j'ai été punie ? Bannie de ce monde ?

Quelque part au cours des heures passées ensemble, les dernières réserves de Clary avaient volé en éclats, et elle avait totalement et entièrement adhéré à ce qu'elle appelait la veille encore « fable délirante ». Et de toute évidence, elle avait bien du mal à accepter pourquoi elle avait dû renoncer à ce monde qui était le sien. Jace lui avait expliqué, longuement, comment elle avait – littéralement – percuté leur monde, et avait découvert l'envers du décor. Il avait narré la mort de sa mère, hélas, et combien, rapidement et efficacement, Clary était devenue une redoutable guerrière, le sang coulant dans ses veines ne saurait mentir.

Mais la jeune femme n'avait pas sa mémoire. Et de son passé, il ne subsistait rien, et surtout pas le respect dû aux Anges, qu'elle agonissait de propos de plus en plus inventifs.

– Biscuit, tu devrais arrêter de dire ça. Jace va nous faire une crise cardiaque, à ce rythme.

La jeune femme venait d'achever une phrase qui narrait par le menu avec force noms d'oiseaux ce qu'elle pensait de Raziel, et Jace paraissait au bord de la syncope. Il n'était pas le seul. Ils s'étaient installés dans la salle d'entraînement de l'Institut, ayant prévu de montrer aux deux amnésiques le maniement des armes, des lames séraphiques et des stèles, et de nombreux curieux passaient dans le coin. Max avait raconté à ses amis que son frère était rentré à la maison, et la rumeur s'était répandue comme une traînée de poudre. Ils avaient tous, en outre, vu leur Inquisiteur sur le pas de la porte la veille. Le fait qu'il soit resté était la preuve que tout rentrerait bientôt dans l'ordre.

La présence de Clary, en revanche, laissait plus sceptique. Comme tout shadowhunter ayant eu un cours sur la guerre qui les avait opposés à Jonathan, ils respectaient et glorifiaient la jeune femme. Mais elle avait été punie par les Anges eux-mêmes. Et ils ne s'opposaient pas à leurs créateurs.

Aussi, quand leurs oreilles curieuses venaient tout à fait inopinément chercher une lame pour partir en mission (et il leur fallait celle-là précisément, pas celles de l'armurerie) et qu'ils entendaient Clary insulter les Anges, les visages se paraient de surprise et de dégoût.

– Je suis assez d'accord avec Clary, intervint Alec. Je veux dire, c'est complètement stupide, d'être puni pour une bonne action. Ça n'encourage pas à suivre les préceptes de vos fichus Anges.

Jace manqua de s'étouffer. Il bégaya, s'étrangla avec sa propre salive, fut incapable d'aligner trois mots.

– Stop, décréta Magnus alors que Alec semblait sur le point de reprendre. Pas ici.

L'entraînement attendrait. Le sorcier les entraîna rapidement loin des oreilles indiscrètes. Izzy était seule dans son bureau, quand ils y débarquèrent. Ils y étaient déjà passés, dans la journée, quand ils avaient fait le tour des locaux (Alec avait fait un plan sommaire. Il avait peur de se perdre. Magnus et Jace avaient vainement tenté de ne pas être blessés par cette potentialité, alors qu'Alec aurait normalement pu arpenter ces couloirs les yeux fermés), aussi la jeune femme fut-elle surprise de les voir revenir.

– Un problème ? demanda-t-elle en se levant, quand Jace referma la porte derrière lui.

– Simplement un besoin d'un endroit sans oreilles indiscrètes. Ton frère vient d'insulter les Anges, tout comme Clary, l'informa Magnus.

– QUOI ? Alec, Clary, vous ne pouvez pas faire ça ! C'est risqué ! Par Raziel !

– Je ne vois pas pourquoi je devrais respecter quelque chose que je ne vois pas, ne comprends pas, et qui m'a volé ma vie sans aucun autre motif que celui d'avoir sauvé le monde ! s'exclama la jeune rousse, furieuse.

Jace secoua la tête, désolé, mais paradoxalement heureux de voir la femme qu'il aimait aussi semblable à ses souvenirs, flamboyante et entêtée, qui avait défié les Anges au mépris de tout, plus d'une fois.

– Nos croyances ne sont pas différentes des Terrestres qui croient en Dieu, quel que soit le nom qu'il lui donne, selon les religions, intervint Magnus. Je conçois que cela puisse être difficile à appréhender pour vous, et aucun de nous ne pourra vous donner d'explications sur la punition de Clary, sinon que les Anges ont eu peur de sa puissance. Mais ici, dans ce lieu, vous ne pouvez pas insulter et mépriser trop ouvertement vos Créateurs. Ce sont eux dont vous descendez, et leur sang coule dans les veines de tous ceux que vous croiserez. Par respect pour eux, il vous faut vous abstenir de dire certaines choses.

Clary paraissait toujours butée, le visage renfrogné, mais elle hocha la tête, indiquant qu'elle ferait de son mieux. C'était le mieux qu'ils pouvaient espérer. Lui faire changer d'avis semblait parfaitement impossible.

Mais Alec, lui, restait circonspect.

– Mais tu ne respectes pas les Anges, toi, pourtant, accusa-t-il Magnus.

Le Sorcier détourna le regard, mal à l'aise.

– Non. En effet. Pas comme les Shadowhunters. Je n'ai pas de sang angélique, et je suis né d'un Prince de l'Enfer. Je n'ai pas de respect à leur montrer.

Bizarrement, avouer de nouveau à Alec qui était son père avait été excessivement simple. Magnus avait tant craint cette étape de leur relation, la première fois. Asmodée n'était pas le dernier des démons, et son nom avait de quoi susciter la crainte. L'idée qu'Alec se détourne de lui pour cette raison, aussi absurde soit-elle (et ressemblant si peu à l'âme noble d'Alexander), avait angoissé Magnus des jours durant. Dans cette réécriture de leurs vies, Alec n'avait aucune connaissance de qui était Asmodée. Il comprenait les mots, entendait les concepts, hiérarchisait les puissances et avait une idée très factuelle de ce qu'il en était, mais il ne le comprenait pas réellement. L'aveu avait alors été beaucoup plus simple à faire.

– Mais je sais qu'ils existent, reprit Magnus. Je comprends que les Terrestres qui n'ont pas de foi, les athées notamment, puissent réagir comme vous. Mais les Anges, les Démons supérieurs, le Paradis et l'Enfer sont réels. Bien réels. Je ne descends pas des Anges, c'est vrai, et ne dois aucunement me conformer à leurs directives. En revanche, je sais qu'ils existent, et je réponds à l'Enclave, qui régit notre monde pour nous protéger. Et même si je peux en effet dire sans trop de souci que la décision de punir Clary était absurde, je ne me permettrais jamais de les insulter pour autant.

– Je comprends... soupira Alec. Mais c'est difficile, sans croire réellement à leurs existences.

– Tu crois bien à nous, nos capacités, les pouvoirs de Magnus, intervint Isabelle. C'est pareil.

– Non. Parce que tout ça, je le vois, je le constate réellement... Si on pouvait voir, les voir vraiment...

Jace et Izzy échangèrent un regard horrifié.

– On ne convoque pas les Anges comme ça ! s'exclamèrent-ils ensemble, ou du moins ce fut l'idée générale qui ressortit de leur joyeuse cacophonie.

– Et il est absolument hors de question d'aller à Edom, ajouta posément Magnus. De toute manière, tu n'y survivras pas.

– Je croyais qu'on y était déjà allé ? Pour te chercher ? Tu as dit que j'étais venu te chercher !

Izzy jeta un regard moqueur à Magnus, qui rougissait légèrement.

– Il a bonne mémoire, pour un amnésique, quand il s'agit de retenir des trucs qui te concernent, dis donc !

Jace, toujours prêt à taquiner son beau-frère, en rajouta une couche.

– Magnus a même dit, je cite, que rien n'aurait pu empêcher Alec de venir le chercher pour l'épouser en bonne et due forme, même un monde où son sang l'empêchait d'entrer ! Je suis sûr que ça, tu l'as beaucoup mieux retenu que nos cours théoriques sur les différentes runes, pas vrai, Alec ?

Ce fut donc à Alec le tour de rougir, désormais, ce qui était un aveu en tant que tel. À force d'être appelé par ce nom, il s'y était totalement habitué, au cours de la journée, et il n'y avait plus ce léger temps de latence entre les phrases qu'on lui adressait directement, et ses réactions, le temps qu'il réalise qu'on parlait bien de lui. Il pouvait donc librement et rapidement prendre une jolie teinte écrevisse tandis qu'il détournait le regard.

– Oui, tu es déjà allé à Edom, mais grâce à une alliance runique avec une Créature Obscure, pour mêler vos pouvoirs. Alliance qui ne peut plus avoir lieu, la rune étant désormais inutilisable, faute de la personne qui la pratiquait, exposa le Sorcier.

Il ne précisa pas que l'auteure de la rune en question était juste là. Clary n'avait pas besoin de l'entendre directement. De plus, elle apprenait extrêmement vite les leçons de leur passé, et était parfaitement capable de se douter du sous-entendu.

– Mais nous sommes mariés, insista Alec. C'est une forme d'alliance ! Pourquoi ça ne marcherait pas ?

Ce disant, il tritura entre ses doigts la bague qu'il portait toujours au cou. Il ne l'avait pas remis à son annulaire, incapable d'assumer la porter, mais refusant pour autant de s'en séparer. Cela blessait Magnus, bien sûr, sans qu'il n'en dise rien.

– C'est une alliance, lui assura Magnus. Mais cela ne te permet pas d'avoir de mon sang. Ni mes pouvoirs. Tu ne survivrais pas à Edom. De toute manière, tu es amnésique, il est hors de question que tu ailles te balader dans le moindre cercle de l'Enfer, fin de la discussion.

Le sorcier avait parlé plus sèchement qu'il n'aurait voulu, inquiet par l'idée stupide de son époux de vouloir rencontrer des démons et aller se balader en bas, pour la science. Il comprit aussitôt que c'était une erreur. Il connaissait Alec par cœur, amnésique ou non, et il avait beaucoup de mal à supporter d'être infantilisé. Surtout par Magnus, et ses centaines d'années d'existence, d'expérience. Alec avait toujours été l'aîné de ses frères et sœur, le protecteur, celui qui savait quoi faire et quoi dire. Qui rassurait Jace qui dissimulait de lourdes angoisses derrière son arrogance affichée, alors même qu'Alec était lui-même pétri d'insécurités. Qui consolait Izzy qui brisait des cœurs de peur de se faire briser le sien, alors même qu'Alec n'avait jamais eu de relations amoureuses et n'y connaissait rien. Qui berçait Max en lui faisant des promesses illusoires sur les disputes de leurs parents, qui cesseraient bientôt, alors que lui-même n'y croyait pas.

Être traité comme un enfant l'agaçait au plus haut point, depuis toujours, il avait endossé le rôle du sachant, pas celui à qui on donnait des ordres.

– Pardon ? grimaça-t-il. Tu n'as aucun ordre à me donner ! Je ne suis pas un enfant, Magnus !

La phrase, déjà entendue dans la bouche d'Alec, fit mal à Magnus. Mais ce ne fut rien à côté de la réaction d'Alec, qui, à peine prononcé, chancela, pâlit, porta une main à sa tempe.

– « Alors cesse d'agir comme si tu en étais un », répondit Magnus, réagissant aussitôt.

Ce n'était pas réellement ce qu'il souhaitait répondre, mais c'était ce qu'il avait dit, un jour de dispute, et il avait vu juste : à ses mots, le regard d'Alec se voila encore un peu plus, grimaçant comme sous l'effet d'une forte migraine.

– Tu t'en souviens ? murmura Magnus. Ça t'évoque quelque chose ?


Prochain chapitre le Sa 15/08 !

Reviews, si le coeur vous en dit ? :)