Bonjour mes petits pangolins mignons !
Au programme de ce chapitre, un peu de jalousie, Catarina, et des explications médicales.
Bonne lecture ! :)
Chapitre 18
Quand ils arrivèrent à l'infirmerie, Catarina était déjà là, ainsi que Clary et Jace, qui arrivaient à peine. Maryse était présente également, et sa présence sembla déconcerter Alec un bref instant.
– Ta mère, lui souffla doucement Magnus avant d'aller serrer Catarina dans ses bras.
La réaction d'Alec fut étrange. Gêné et penaud, incapable de savoir comment se comporter avec cette femme qu'il ne connaissait pas, mais qui l'avait pourtant mis au monde, il baissa les yeux... pour les relever, flamboyant de rage, une seconde plus tard. Bizarrement, voir Magnus dans l'étreinte amicale de son amie faisait naître en lui des sentiments de jalousie surprenants.
– Calme-toi, Alec. Magnus et Catarina sont amis de longue date, lui dit gentiment Maryse en posant une main douce sur son avant-bras.
Tout à leurs embrassades, Clary, Jace et Magnus n'avaient pas perçu l'éclair de jalousie, au contraire de Maryse.
– Désolé, je... commença Alec, embarrassé.
Il ne savait même pas comment poursuivre sa phrase. Désolé, je ne sais pas qui vous êtes ? Désolé, je ne savais qui elle était ? Désolé, je n'aurais pas dû réagir comme ça ? Désolé, je ne sais pas de quoi vous voulez parler ?
– Ne t'excuse pas. Je sais que tu ne sais pas qui je suis pour toi, du moins plus que théoriquement, lui dit doucement Maryse, répondant à une proposition non formulée. Je ne vais pas te mentir en disant que ça ne nous blesse pas, ça nous blesse tous.
– MAMAN ! l'interrompit Jace, abasourdi.
– Quoi ? lui répliqua la matriarche. Tu préfères lui mentir ? Tu crois qu'il ne s'en rend pas compte, de la souffrance que cela nous provoque de le voir nous regarder sans nous reconnaître ? Il le sait très bien !
Alec hocha la tête, avec un sourire triste. Il ne pouvait pas rater les regards douloureux posés sur lui.
– Je préfère être honnête, personnellement : oui, je suis blessée, en tant que mère, de voir dans le regard de mon enfant qu'il n'a aucune idée de qui je suis. Mais si je te le dis en toute franchise, c'est aussi parce que je suis persuadée qu'on peut te rendre la mémoire, et que ce ne sera qu'un mauvais souvenir, sans mauvais jeu de mots. En attendant, ce n'est pas te rendre service que de faire semblant de rien. Mais justement parce que cela nous blesse, nous allons tout mettre en œuvre pour te rendre ta mémoire dans les plus brefs délais.
Alec lui sourit, clairement touché par sa foi inébranlée en la possibilité d'un retour de sa mémoire.
– Merci, Mère, répondit-il maladroitement.
Il sut qu'il s'était trompé en voyant la grimace sur le visage de Jace, derrière Maryse. Mais cette dernière ne lui en tint pas rigueur, son cœur réchauffé par le simple fait que même si Alec ne se rappelait pas réellement qui elle était pour lui, il était prêt à faire l'effort.
– Juste Maman, ça suffira, je t'assure, lui dit-elle gentiment.
Alec lui sourit doucement, hochant la tête.
– Sur ce, faisons les présentations, reprit Maryse. Voici Catarina Loss, sorcière et médecin de son état, et une amie de Magnus. Qui va t'examiner, ainsi que Clary, pour tenter de circonscrire le périmètre de ta perte de mémoire.
– Enchantée, sourit Catarina en tendant la main vers Alec, qui la saisit et la secoua mollement. Mais Maryse exagère, je suis seulement infirmière dans cette vie, j'ai été médecin il y a longtemps, mais pour notre couverture dans le monde Terrestre, il faut toujours que j'en repasse par les études et c'est long !
Elle rit, comme tout le monde autour, à l'exception d'Alec.
– Amie de Magnus ? ne put-il s'empêcher de demander, sa crise de jalousie pas encore passée.
Magnus leva les yeux au ciel, mais un petit sourire venant trahir son expression. Une partie de lui était contente de la jalousie de son amant. En temps normal, cela l'exaspérait. La jalousie était souvent, voire toujours, l'expression d'un manque de confiance en soi, et d'une incertitude dans un couple, et c'était rarement une bonne chose. Alec en avait été l'incarnation parfaite pendant des mois, jaloux du passé de Magnus, pétri d'incertitudes et d'inquiétude. Leur mariage et toutes les difficultés qu'ils avaient traversé, avaient résolu bon nombre de problèmes à ce niveau-là.
Mais désormais, ils n'étaient plus vraiment un couple marié. Leur relation était tout sauf évidente, et les mots manquaient pour les décrire réellement. Alec ne se considérait absolument pas comme un époux, au contraire de Magnus. Mais l'Alec qu'il fréquentait n'était pas réellement son mari pour autant.
Alors la jalousie, dans cet étrange équilibre, sonnait comme quelque chose de positif. Alec avait encore un intérêt pour lui. Inconscient, et latent, mais un intérêt suffisamment fort pour qu'il doute de lui-même, de Magnus, et des gens qu'ils rencontreraient. Il avait de bonnes raisons d'être dans l'incertitude et le doute, amputé de la majeure partie de son passé.
– Juste une amie, oui, s'amusa Catarina. Nous n'avons jamais été plus, et n'avons jamais cherché à l'être, ça ne m'a jamais intéressée !
– Moi non plus, sans vouloir te vexer, se sentit obligé de préciser Magnus dans un sourire amical.
– Y'a que toi tu l'intéresses, mon joli ! les taquina Catarina.
Les mots percutèrent Alec, qui recula, soudain troublé, un voile noir devant les yeux. Les mots n'étaient pas ceux de Catarina, mais de Magnus, et des bribes de mémoire, dans un appartement dévasté, lui revinrent soudain : Magnus taquin, charmeur, sûr de lui, remettant Jace à sa place. Et il se souvenait de ses sentiments de l'époque : l'incompréhension, parce que personne ne l'avait jamais appelé comme ça et il doutait que quelqu'un le pense. La gêne, un peu. Le plaisir, surtout. Son cœur, beaucoup trop rapide pour juste deux petits mots.
– Alec ? l'appela Catarina, réalisant son malaise.
Magnus le perçut immédiatement aussi, et s'avança.
– Tu te souviens de quelque chose ? demanda-t-il doucement.
Alec hocha la tête affirmativement, sans répondre, encore perdu dans les images que cela générait en lui, essayant de faire le tri dans la multitude de sentiments qui l'avaient étreint alors.
– Il se souvient ? demanda Catarina, abasourdie.
Jace avait l'air également enchanté, et Maryse très émue, presque les larmes aux yeux. Seule Clary ne souriait pas. Elle ne pouvait pas en vouloir à Alec, pas de manière rationnelle. Mais l'envi était bien là, sentiment vicieux et rampant sous sa peau. Il se souvenait. Pas elle.
– C'était quelque chose que nous devions aborder avec toi, répondit Magnus alors qu'Alec reprenait pied avec la réalité. Mais oui... D'une certaine manière, il se souvient.
– De quoi ? Et comment ? interrogea aussitôt l'infirmière, s'approchant d'Alec, tendant la main instinctivement vers sa tête, comme si un examen clinique par palpation pouvait répondre à sa question.
Elle n'avait pas réalisé que son geste avait tout d'une agression pour le jeune homme, pour qui elle restait une inconnue. Alec bondit de surprise, se tendit, et fit un saut de côté. Directement à côté de Magnus, se collant contre lui, attrapant sa main, la serrant. Le sorcier, surpris dans un premier temps par ce geste, réagit aussitôt avec affection, trop heureux de voir à quel point le subconscient de son mari lui rappelait que l'endroit où il était en sécurité, c'était les bras de son époux.
– Pardon, Alec, je ne voulais pas t'effrayer, s'excusa Catarina.
– Je constate que certaines choses ne changent pas, sourit Jace en désignant leurs mains jointes.
– Désolé, s'excusa Alec à son tour. Je ne voulais pas réagir aussi vivement mais...
– Tu agissais déjà comme ça quand on t'approchait sans prévenir, nota Clary. Quand tu étais avec la bande des Oubliés. Je me souviendrai toujours que tu as failli casser le bras de Damien !
Alec baissa les yeux, honteux.
– Que s'était-il passé ? demanda Maryse.
À leur grand étonnement, ce fut Jace qui répondit. À l'époque, Alec venait de sortir de l'hôpital et Clary le connaissait peu, puisqu'il commençait à peine à fréquenter les amis de celle-ci. Elle avait donc, été témoin de cette scène, et l'avait raconté à son petit ami sans donner de noms ou de descriptions physiques, plus focalisée sur la violence dont celui qui s'appelait John à l'époque avait fait preuve que sur ses tatouages qui, plus tard, l'amènerait à réaliser que c'était les mêmes que Jace.
– Un mec de leur bande a voulu taquiner le nouveau en s'approchant dans son dos pour lui tapoter l'épaule pour lui dire bonjour et le faire sursauter... et Alec a eu le réflexe immédiat d'attraper le bras qui venait de le toucher, et le retourner... au risque de lui casser le bras ! Quand tu me l'as raconté, je ne savais pas que c'était Alec ! Mais maintenant que j'y pense, c'est logique... tu as tes réflexes de chasseur d'ombre.
– Je ne savais pas d'où ça me venait, marmonna Alec, honteux.
– Il va falloir tester ça aussi, nota Maryse. Jace, tu pourras t'en charger ? Il faut évaluer ce qui lui reste de réflexe...
Jace hocha la tête, tout à fait disposé à obéir à cet ordre.
– Tout à fait, acquiesça Catarina. Mais en attendant, il va me falloir te laisser t'examiner. Et répondre à mes questions. Tu as des souvenirs ?
Alec se balança d'un pied sur l'autre, mal à l'aise.
– Pas vraiment... Mais, à plusieurs reprises, en entendant certaines choses... ça me ramène des images à l'esprit. Et, après confrontation avec Magnus, ça semble être des vrais souvenirs.
– C'est une excellente nouvelle ! s'enthousiasma Maryse. N'importe quelle phrase, quels mots, dans n'importe quel contexte, dans n'importe quel lieu ?
Catarina valida les questions, qu'elle aurait posées elle aussi.
Alec hésita, jeta un œil à Magnus. Les images qu'il avait récupérées étaient plutôt fragiles, pour lui.
– A priori, il n'y a besoin d'être dans la même situation que précédemment... J'ai prononcé la même phrase qu'un jour, chez nous au petit déjeuner, alors que nous étions ici à l'Institut, et ça a ramené ses souvenirs.
– Ni les mêmes personnes, rajouta Alec. Hier Clary a dit quelque chose, par hasard, que Magnus m'avait dite... et ça m'a ramené tout pareil les choses.
– C'est plutôt positif, le félicita Catarina. Il va falloir circonscrire ce dont tu te souviens, ou non, à partir de quelques mots, et nous allons voir comment nous pouvons travailler à partir de ça. Mais en attendant, je vais t'examiner, ainsi que Clary, et vous faire l'équivalent d'une IRM, mais avec ma magie.
– J'ai déjà eu ces tests-là, protesta Alec.
– Moi aussi, rajouta Clary.
– Mais par les Terrestres, répliqua Jace. Cat' est sorcière.
– Ses méthodes et ses résultats vont différer, renchérit Magnus. C'est nécessaire pour nous.
L'idée de repasser des tests n'enchantait aucun des deux amnésiques, mais face à leurs conjoints respectifs, qui semblaient convaincus de l'utilité de telles vérifications, ils acceptèrent de s'y soumettre.
Avec une légère grimace, ils s'allongèrent chacun dans un lit, préparé pour eux.
– Ça va faire mal ? s'inquiéta Clary.
– Non, la rassura Catarina. Si vous ressentez la moindre douleur, c'est plutôt inhabituel, et vous devez me le signaler immédiatement. Ça pourrait être un élément intéressant. Allez, par qui je commence ?
L'infirmière avait été très professionnelle avec eux, dans son élément. Personne n'avait osé l'interrompre, et Magnus s'était vu gratifier d'un regard sombre quand il avait osé ouvrir la bouche, avant même qu'il n'ait eu le temps de proférer la moindre syllabe.
Elle avait commencé par les vérifications d'usage : tension, respiration, rythme cardiaque, prise de sang. Elle avait enchaîné par des examens somme toute classiques également : IRM, scanner, échographie, mais réalisés avec l'aide de la magie, ce qui changeait drastiquement la donne.
Enfin, individuellement, elle avait procédé à un examen clinique complet avec palpations, et questions sur leur profil psychologique.
Le tout avait pris plusieurs heures, et elle avait mis à la porte conjoints et familles. Maryse, plus âgée et plus rationnelle, avait accepté la sentence et s'était éloignée sans faire de difficultés. Jace et Magnus avaient fait plus de difficultés, mais avaient fini par se ranger à l'avis de la spécialiste. Jace était parti vaquer à ses occupations de maître d'armes de l'Institut, tandis que Magnus avait finalement accepté de rentrer chez lui, pour récupérer son fils. Maxie, trop heureux de jouir de la présence de son Papa, avait accaparé ce dernier plusieurs heures durant. Jusqu'à ce que finalement, un message de feu prévienne le Sorcier qu'il pouvait revenir pour écouter les conclusions de Catarina. Magnus avait aussitôt rassemblé les affaires de son fils, et en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire, il était de retour à l'Institut de New York, Maxie avec lui.
Rassemblés dans le bureau directorial, la réunion avait tout d'un examen de passage, et Clary et Alec étaient clairement mal à l'aise. Izzy était là, avec Simon, ainsi que Jace et Maryse. Magnus arriva avec Maxie, et la présence de l'enfant sembla détendre tout le monde.
– On attendait plus que toi ! le rabroua gentiment Catarina, sachant pertinemment que le temps qu'il avait mis à venir était entièrement dû à Maxie.
L'enfant, de manière quasiment magnétique, attirait Alec, qui s'approcha du cosy dans lequel le bébé, les yeux grands ouverts, fixaient celui qui ignorait comment être son père.
– Dada, baragouina Maxie en fixant Alec.
Il ne faisait aucun doute sur le mot qu'il essayait de prononcer, et il était difficile de passer à côté des émotions puissantes, mais très contradictoires, qui mugissaient en Alec. Celles de Clary, également, étaient faciles à décrypter. Une part d'elle souhaitant le meilleur à son ami... l'autre part se consumait de jalousie à l'idée de cette mémoire qu'Alec retrouvait plus facilement qu'elle, de cette famille qui l'attendait et lui tendait les bras.
– Je peux le prendre ? demanda Alec en désignant Maxie.
Oubliée la peur de l'enfant et de sa peau bleue, de ses petites cornes et de ses talents balbutiants de sorcier. Oubliée, l'angoisse de l'inconnu. Oubliée, la terreur irrépressible de se savoir le père de cet enfant sans s'en souvenir. Seule subsistait cette envie qui balayait tout le reste, ce besoin de tenir le bambin au creux de ses bras.
– Bien sûr, acquiesça Magnus. Fais attention à sa tête.
Il faisait confiance à l'instinct latent de son époux. Alec, doutant un peu de lui, s'approcha à pas lents du berceau, sous le regard attentif des autres personnes de la pièce, qui faisait semblait de ne pas le surveiller. En moins de temps qu'il ne le fallait pour le dire, il avait récupéré l'enfant au creux de ses bras, et contemplait les yeux et la peau bleus d'un air émerveillé, comme pas très sûr que tout cela était réel.
– Bien, commençons, les rappela à l'ordre Catarina, ramenant l'attention sur elle. Au rang des bonnes nouvelles, ni Clary ni Alec n'ont de lésions neuronales, ni de dysfonctionnements de leur cerveau. Les IRM et autres examens prouvent une activité cérébrale tout à fait normale.
Personne n'en doutait, mais tout le monde poussa un soupir de soulagement, y compris les deux concernés. Ça faisait du bien à entendre à voix haute.
– Pour Clary... poursuivit Catarina, c'est ce qu'il y a de bien nébuleux. Je suis désolée, mais clairement, ta mémoire est irrécupérable. Le pouvoir des Anges est trop fort.
Catarina, en bonne professionnelle de santé, habituée aux mauvaises nouvelles, avait pris sa voix d'infirmière : calme, posée, apaisante. Les médecins n'annonçaient pas les décès sur le même ton qu'ils affirmaient avoir réséqué toute une tumeur cancéreuse. Pourtant, malgré toute la technicité de Catarina, et malgré le fait qu'ils s'y attendaient tous, la nouvelle sembla les atteindre profondément.
Clary baissa les yeux, honteuse, déçue, blessée. Cela ne faisait que quelques jours qu'elle avait connaissance de ce monde, de son passé théorique, de sa vie, de la vérité sur ses parents et ses origines. Elle avait à peine eu le temps de se faire à l'idée de la foule d'informations qu'elle avait engrangées... et pourtant, elle se sentait confusément à sa place ici. Elle était là où elle devait être.
Alors oui, elle avait espéré, un minimum, qu'on pourrait lui rendre sa mémoire, son passé. Après tout, Alec se souvenait, lui. Mais l'espoir, souvent, n'existait que pour finir brisé, réduit en miettes, retourné à l'état de poussière.
– En réalité, pour être exacte, je pense que ta mémoire est parfaitement intacte, simplement inaccessible, poursuivit Catarina.
Jace fronça les sourcils, et il ne fut pas le seul.
– Je ne comprends pas ce que tu veux dire...
– C'est assez difficile à expliquer. On va passer à Alec, ce sera peut-être plus clair. Alec est médicalement parlant, un cas nettement plus banal que Clary. Tu souffres d'amnésie traumatique rétrograde. Cela veut dire que suite à un évènement traumatisant, soit pour ton esprit, soit pour ton corps, ton cerveau utilise l'oubli comme mécanisme de défense, et procède à la dissimulation des éléments au plus profond de ton esprit, afin que cela n'affecte plus tes actions récentes. C'est une mesure de protection instinctive, et diablement efficace : il n'y a aucun mode d'emploi pour revenir en arrière. Pour autant, aucune lésion physique n'étant à déplorer, tout ce qui se produit après l'évènement traumatisant est parfaitement conservé dans ton cerveau.
Catarina marqua une pause pour vérifier que son auditoire suivait le fil de ses pensées.
– Le traumatisme, dans ton cas, est facile à déterminer : le tremblement de terre était imprévisible, et d'après les dossiers médicaux des Terrestres qu'on a récupéré, n'importe qui serait mort dans un tel accident. Tes capacités t'ont sauvé. Mais plus que la douleur physique et les blessures, je pense que ton cerveau a dû s'inquiéter pour ton frère et ses amis, parce que tu te sentais responsable d'eux, parce que tu ÉTAIS responsable d'eux durant cette mission. Or ton corps avait besoin de se concentrer à 100% sur ta guérison pour te maintenir en vie, ou bien la nature t'aurait broyé. Le cerveau est un outil formidable : pour laisser à ton sang angélique la possibilité de faire son travail sans que ton esprit soit occupé à t'inquiéter pour d'autres que toi, il t'a totalement plongé dans le coma, et a emporté avec lui tes souvenirs. Seule comptait la nécessité de guérir ton corps.
Le raisonnement de l'infirmière les laissa pantois.
– Je ne suis pas sûr d'avoir réellement pensé à tout ça, osa timidement répliquer Alec.
– Bien sûr que non. Tu n'as rien pensé de tout cela consciemment. Tu n'imagines pas la vitesse de ton instinct de préservation. Ou plutôt si, en tant que Shadowhunter, tu pourrais le savoir, car votre vitesse et votre instinct est décuplé en temps normal. Mais la situation de risque a tout multiplié par mille. On pourrait presque dire que, pour te sauver la vie, ton sang angélique a décidé de sacrifier ta mémoire.
Le résumé les laissa perplexe, mais profondément soulagés. Contrairement à la jeune femme, ils n'avaient pas fait d'études médicales. Bien sûr, pour la plupart, ils étaient Shadowhunter, et de par leur métier naturellement guerrier, ils avaient des connaissances de base en soins, et ils maîtrisaient les iratzes. En revanche, aucun d'eux n'était en mesure de lire le dossier médical d'Alec établi par les Terrestres comme Catarina l'avait fait.
Ils avaient lu les ecchymoses, les os cassés, le sang perdu. Mais ce n'était qu'une description de faits. Cat', elle, était capable de les additionner et d'en tirer les conclusions. Et de leur exprimer à quel point Alec avait frôlé la mort, plus que jamais.
– La bonne nouvelle, poursuivit l'infirmière, c'est que ton cerveau ne détruit pas réellement tes souvenirs. Il les occulte, c'est tout. L'amnésie traumatique rétrograde est souvent réversible, ce qui est logique : ton cerveau a occulté ta mémoire pour une bonne raison, te protéger, à un instant T. Le danger n'est plus d'actualité, tu es donc en capacité de retrouver tes souvenirs. Il n'y a cependant pas de remède miracle pour ça, il faut trouver la clé. Et pour ça...
Elle s'interrompit de nouveau, regardant plus précisément Magnus et Alec, qui hochèrent lentement la tête, donnant leur assentiment pour qu'elle révèle que oui, le jeune homme avait déjà récupéré des bribes de souvenirs. Seuls Izzy et Simon, dans la pièce, n'étaient pas encore au courant de cet état de fait, mais il n'appartenait pas à Catarina de dire quoi que ce soit sans accord du concerné.
– Tu as déjà récupéré des bribes de souvenirs, sur la base de phrases déjà entendues Ta mémoire semble être auditive, ce qui a été confirmé par les tests que je t'ai fait passer, tout à l'heure.
– Je confirme, intervint Izzy, tandis que Jace soutenait son propos en hochant également la tête. Quand on était petits, Alec se souvenait toujours de ce que disait les parents et les profs... mais il avait du mal à retenir les runes, au début, parce que c'était visuel. Après, c'est devenu naturel. Mais oui, il a une mémoire auditive.
Catarina hocha la tête, avant de poursuivre.
– J'aimerais te dire qu'il y a un protocole à suivre et que tu vas retrouver la mémoire, mais ce n'est pas si simple. N'importe quelle phrase anodine peut réveiller des souvenirs en toi, et tu peux retrouver des pièces de ton passé ainsi. Pour autant, nous ne pouvons pas reconstruire l'intégralité de ta mémoire comme ça. Il est probable qu'un élément libère tout d'un coup, ou du moins de grosses parties et non simplement une scène ou deux. Il est cependant impossible de prédire ce qui te rendra tout. Je propose que chacun, vous cherchiez des souvenirs forts d'Alec, de choses qu'il vous aurait dit, que vous lui auriez dit, ou que vous auriez pu entendre ensemble. J'ai dit qu'il n'y avait pas de protocole miracle, mais on peut en établir un. Et chaque jour, ou chaque demi-journée, quelqu'un te dira quelque chose de précis, et on verra l'impact de ta mémoire.
Ils hochèrent tous la tête, tandis que Catarina balayait la pièce du regard, s'assurant que déjà, tous cherchaient dans leur mémoire (intacte) ce qui pourrait constituer des souvenirs forts pour Alec, susceptibles de le libérer de son amnésie.
– De préférence, je rajouterai que ce serait bien de faire ça pour ordre chronologique croissant. Je pense que ça peut aider.
– Donc on commencera par l'enfance, et plutôt avec moi, Jace et Izzy, nota Maryse. Désolée Chaton, tu ne vas pas récupérer les souvenirs de ton mari tout de suite.
Alec se tourna vers la femme qui disait être sa mère, et hocha la tête en souriant. Il avait toujours l'enfant dans ses bras, et elle posait sur le petit un regard tendre et doux. Qu'importait le sang, Alec pouvait sentir à quel point elle était la grand-mère de ce drôle de petit être à la peau aussi bleue que le ciel d'été. Commencer par son enfance lui paraissait relativement logique. Il lui semblait que comprendre qui il avait été enfant lui permettrait de mieux savoir quoi faire pour être père.
– J'ai une objection, intervint Jace. Je suis d'accord pour l'ordre chronologique, mais je pense que quelques souvenirs très forts, qui pourraient tout débloquer, pourraient être testés en premier.
Alec se désintéressa vaguement de la conversation. Être considéré comme un sujet d'étude n'avait rien d'agréable, même si c'était pour la bonne cause. Il préférait se perdre dans la contemplation du visage qui le fixait. Et qui commençait à peser lourd. Dans toute sa naïveté, Alec avait pris le bébé dans ses bras, et était resté debout depuis, persuadé que cela ne pesait rien. Ça paraissait à peine plus gros qu'un paquet de farine (bon, un gros paquet de farine, certes), et il était censé être un super guerrier entraîné et fort ! Pourtant, il sentait des crampes se former dans ses bras, et il refusait de risquer la vie de l'enfant, aussi préféra-t-il se diriger prudemment vers un endroit où s'assoir.
– Je peux le concevoir, accepta Catarina durant ce temps-là. As-tu déjà des exemples précis en tête ?
– Oui, justement, répondit Jace. Notre échange lors du marquage de notre rune parabatai... Mais également leur serment prononcé au mariage.
Magnus, touché par la prévenance de Jace, lui adressa un regard reconnaissant. L'idée lui avait clairement traversé l'esprit en premier, mais il avait ensuite hésité. Il voulait, de tout son cœur, réitérer les vœux qu'il n'avait prononcé qu'une seule fois dans sa vie, pour avoir l'impression d'épouser une seconde fois cet Alec enfin retrouvé. Mais l'angoisse que cela ne lui évoque rien lui avait ensuite tordu le ventre. Il voulait prononcer ces mots en voyant dans les prunelles de son mari la même flamme allumée que celle qu'il y avait à leur mariage. Cette flamme pour laquelle il se consumait depuis le premier jour, pour laquelle il aurait pu tuer – pour laquelle il avait tué, des démons, plus d'une fois – pour laquelle il pourrait mourir, pour laquelle il voulait vivre.
– C'est une option intéressante, en effet. On peut commencer par ça.
– Jusqu'à quel âge pouvons-nous remonter à ton avis, Catarina ? interrogea Maryse. Je me souviens bien des premiers mots de chacun de mes enfants, mais ils n'avaient rien de très original. Comme tous les enfants, ils ont commencé par papa et maman... Mais par la suite, ils ont réussi à sortir quelques perles qui nous ont marqué, leur père et moi ! Mais ils n'étaient pas bien vieux...
– Les premiers souvenirs d'un enfant normal remontent à l'âge de deux ou trois ans environ, intervint Simon. Mais il est probable que les évènements qui vous ont marqué quand il avait cinq ans ne sont pas forcément les mêmes que les siens... Ce n'est pas le traumatisme qui aura affecté sa mémoire, s'il ne se souvient pas.
– Comment tu sais ça ? demanda Izzy à son petit ami.
Ce dernier eut un sourire triste.
– Ce n'est un secret pour personne que...
Il s'interrompit soudain. L'expression qu'il venait d'employer n'était pas à prendre au pied de la lettre, mais voulait simplement dire que tout le monde dans la pièce était au courant de ce qu'il s'apprêtait à dire. Mais c'était faux. Alec et Clary ne savaient pas. Ou plus exactement, ne savaient plus.
– Pardon, se reprit-il. Ma mère est amnésique, expliqua-t-il aux deux amnésiques, justement.
– Comme nous ? s'exclama Clary. Il faut l'aider alors ! On peut peut-être travailler tous ensemble ! Toi... tu es un vampire, c'est ça hein ?
Se rappeler de cet état de fait n'était pas très compliqué. Simon n'était jamais loin d'Izzy, et il suçotait des poches de sang à intervalles réguliers, surtout après ses entraînements avec Jace.
– Ta mère est comme toi, alors ?
Ingénue Clary, qui ne fit que faire peser une très lourde pierre dans l'estomac de Simon.
– Non, corrigea soudainement Alec, à la grande surprise de tous. Ils nous ont dit que les Créatures Obscures étaient stériles. Ils ne peuvent pas avoir d'enfant. C'est pour ça que Magnus et moi avons adopté. Enfin, à l'exception du fait qu'on est deux hommes, bien sûr. Du coup, la mère de Simon, elle ne peut pas biologiquement pas être sa mère.
Prochain chapitre le Me 26/08 !
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
