Bonjour mes petits dasuyres mignons !
Au programme de ce chapitre, Simon et sa soeur, et un peu d'amour paternel.
RaR anonymes - Guest : eh bien, quelle déclaration d'amour, merci beaucoup xD Mais ne t'en fais pas, il n'est pas question d'abandonner cette fic, elle est déjà intégralement écrite ! Tout ce que j'ai à faire, c'est quelques clics pour uplaoder le chapitre à partir de mon téléphone, quand dans un élan de retour à la réalité, je réalise que je dois publier ! (je trouve d'ailleurs que je ne m'en tire pas trop mal, j'ai pas encore oublié une seule fois !) J'espère que la suite te plaira, merci beaucoup pour la review :)
Bonne lecture ! :)
Chapitre 19
L'assistance resta médusée, mais aussi vaguement gênée. Bien sûr, ils étaient tous très fiers de l'intelligence d'Alec sur le sujet. Il avait bien retenu les leçons qu'on lui avait dispensées sur le monde obscur, et en avait tiré des conséquences très justes. Sa réflexion était donc très pertinente. Mais pour autant, ils savaient aussi que sa mère était un sujet sensible pour Simon, et l'absence de tact avec lequel Alec venait de dire tout ça était assez flagrante.
Alec parut se rendre compte qu'il était fixé, et rougit.
– Pardon... Je... j'ai dit une bêtise, ou... une maladresse ? ajouta-t-il en voyant l'expression de Simon, blessé. Je... je suis désolé, je ne voulais.
Simon se racla bruyamment la gorge, un moyen de chasser son émotion. Magnus aurait voulu intervenir, dire que ce n'était rien, qu'Alec ne pouvait pas deviner quand et comment Simon était devenu un vampire, mais ce n'était pas à lui d'offrir cette absolution-là à son mari. Et puis de toute manière, l'ingénuité de Clary à vouloir corriger l'amnésie de sa mère lui avait déjà bien fait du mal. Il fallait que le jeune homme se reprenne.
– Non, ce n'est rien, sourit faiblement Simon. Ma mère est bien ma mère biologique. Je suis né, au contraire de vous tous, Terrestre. J'ai rencontré Clary durant notre enfance, et nous avons été les meilleurs amis du monde depuis.
Le sourire qu'il adressa à la jeune femme était brillant et sincère. Les sentiments qu'il avait pu avoir pour elle, et elle pour lui, étaient enterrés depuis longtemps au profit de l'amitié solide et puissante qui était la leur. Qui avait été la leur. Clary ne parvint qu'à grimacer pour lui répondre. Même de cela, elle ne se souvenait pas.
– Quand Clary a été entrainée dans tout ça, ce qu'on vous a raconté...
– La guerre, Valentin, le monde obscur, la coupe mortelle, etc. récita Alec fièrement.
– Exactement. Je l'ai suivie. Je me suis retrouvé vampirisé à ce moment-là. Mais je...
Clary étouffa un cri, qui interrompit Simon. Elle semblait à la fois furieuse et désespérée.
– Qu'est-ce qui ne va pas ? lui demanda Jace, perplexe.
– Mais c'est... c'est cette situation ! C'est TELLEMENT injuste ! Je ne suis pas d'accord ! Je veux dire, Simon a été entraîné là-dedans PAR MA FAUTE ! Je suis tellement, tellement désolée pour ça, Simon ! Mais tu étais mon ami, avant, n'est-ce pas ? Et pourtant, quand on m'a pris ma mémoire, on m'a pris Simon aussi, et donc une partie de mon enfance, parce qu'A CAUSE DE MOI, il n'était pas Terrestre et on ne pouvait pas le laisser dans mon enfance, parce qu'on n'aurait pas pu justifier que je ne le voyais plus ! ça me paraît tellement... tellement...
Elle en perdait ses mots, et Jace la prit aussitôt dans ses bras, pour la calmer et la réconforter. Simon détourna le regard. Clary s'était déjà excusée, plusieurs fois, de l'avoir emmenée dans sa vie surnaturelle, et de tout ce qu'il avait dû endurer pour elle. Depuis il le vivait bien. Il n'avait plus la marque de Caïn, était heureux avec Isabelle. Mais entendre cette Clary amnésique s'excuser encore avait quelque chose de bouleversant. Et puis cette manière de s'indigner, de réclamer une forme de justice, c'était elle, c'est « Fray », comme il l'appelait autrefois.
– Je t'en ai sans doute voulu d'être devenu vampire, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui, reprit-il.
Ce faisant, il attrapa la main d'Izzy et la pressa contre la sienne, dans un symbole évident. Sans ça, il n'aurait jamais rencontré la femme qui partageait sa vie.
– Pour le reste, je suis d'accord avec toi, c'est injuste. Mais c'est ainsi. Il faut qu'on vive avec, hélas.
– Nous ferons de notre mieux pour te rendre la mémoire, promit Jace. A toi comme à Alec. Le savoir théorique ne vaut pas la connaissance pratique. On fera tout ce qui est en notre pouvoir.
Il aurait voulu jurer qu'ils y arriveraient, mais il se refusait de faire une promesse qu'il n'était pas certain de tenir. La mémoire d'Alec dépendait de son traumatisme inconscient. Celle de Clary de la volonté angélique.
– Toujours est-il, reprit Simon pour en revenir au sujet, qu'une fois devenu vampire, pour la protéger, je n'en ai pas parlé à ma mère. Ni à ma sœur. Le secret est primordial, alors je n'ai rien dit. Mais... mais les choses ont dérapé, un jour. Et elles ont su. Et Rebecca... ma sœur. Elle l'a accepté. Elle s'en amuse. Mais ma mère...
Sa voix se brisa légèrement, mais il poursuivit vaillamment.
– Elle n'a pas pu le supporter. Elle n'a pas pu supporter de me voir comme un monstre. Alors... Je lui ai pris sa mémoire. J'ai altéré ses souvenirs. Et pour elle, je n'existe plus. Je suis mort. Mort comme mon père.
– C'est... terrible, souffla Clary. Je me souviens de ta maman, elle ne mérite pas ça.
Sa déclaration fit sursauter tout le monde. Entendre Clary prononcer le mot « souviens » sans négation et adjoint au premier pronom personnel, c'était surprenant. Sa mémoire était plus trouée qu'un gruyère suisse.
– Ne croyez pas que j'ai récupéré des éléments, les détrompa-t-elle. Simplement les Anges n'ont pas touché à mon enfance, et même si l'importance que Simon ou Luke avaient pour moi ont été gommés pour n'en garder qu'une image floue, la douceur de ta maman quand on venait jouer chez elle, je m'en souviens. Enfin, avec la même précision qu'on se souvient de son enfance.
Ils acquiescèrent en silence. Ce n'était même pas une avancée pour eux, mais la pensée était quand même réconfortante de savoir que la douceur de son enfance n'avait été arraché à Clary comme le reste.
– Je te remercie de ta sollicitude. Sans doute est-ce terrible pour ma mère, mais je t'assure qu'elle en souffre moins que de savoir que je suis une créature surnaturelle se nourrissant de sang. Toujours est-il que Becca est encore plus vexée que maman ait oublié. Alors, elle essaye.
– Elle essaye quoi au juste ? s'horrifia Jace.
Simon grimaça. Il savait que le plan à long terme de sa sœur n'était pas très compatible avec la culture du secret des Shadowhunter. Il n'avait cependant jamais eu le cœur de l'arrêter. C'était sa manière à elle de gérer le deuil qu'elle devait faire de son frère l'humain, au profit du vampire, et pour survivre à la mascarade qu'elle jouait auprès de leur mère, désormais affaiblie et malade.
– Elle essaye de parler de moi à maman en bien. Son plan est de lui faire se souvenir et accepter que j'étais un enfant charmant et adorable, que je n'ai pas changé en grandissant, que j'étais toujours son Simon. Et donc que même lorsque j'étais un vampire, je les ai fréquentées sans qu'elles s'en rendent compte, ce qui est bien la preuve que je suis toujours le même. À terme, j'imagine qu'elle veut faire accepter l'idée que non, je ne suis pas mort. Et que je suis un vampire et que ça ne change rien.
Les réactions furent assez diverses. Jace, de toute évidence, condamnait fermement un tel projet délirant. Alec et Clary, ne connaissant pas vraiment Simon, compatissaient simplement à sa situation qui leur rappelait la leur. Magnus se désolait que, encore et toujours, le Monde Obscur puisse séparer des enfants de leurs parents, se remémorant sa propre mère. Un coup d'œil à Maryse lui apprit qu'elle pensait exactement la même chose que lui. Catarina, patiente et neutre, attendait.
Et puis tous, lentement, se tournèrent vers Izzy, seule réellement habilitée à réagir.
– Chéri... murmura-t-elle en se tournant vers son compagnon. Tu sais que ce n'est pas crédible, et très dangereux pour nous, ce genre de plan ? Que Rebecca sache est déjà une fleur qui t'est faite. Je...
– Je sais. Tu devrais en référer à l'Enclave. Est-ce que tu peux ne pas le faire ? Je vais convaincre Becca d'arrêter sa folie. Je peux la convaincre. Elle avait besoin de temps pour digérer, et c'était sa manière de le faire. Et puis manifestement, parler de moi faisait du bien à ma mère. C'est d'ailleurs là où je voulais en venir, Maryse. À plusieurs reprises, j'ai évoqué à Rebecca des souvenirs d'enfance qui m'ont profondément marqué. Parfois, ma sœur était de la partie, et on se rappelait avec plein de détails des trucs qui nous semblent hyper importants. Pourtant, quand elle essayait d'en parler avec maman... c'était souvent à peine si elle s'en souvenait. Par contre, elle racontait des scènes qu'elle jugeait marquantes et importantes dans notre construction, dont ma mémoire n'a gardé aucune trace. Alors...
Il prit une profonde inspiration en regardant mère et fils, mais fut incapable de continuer. Ce fut Catarina, en sa qualité de médecin, et qui avait suivi le raisonnement du jeune vampire qui poursuivit.
– Alors il est possible que les souvenirs que Maryse t'évoquera pour stimuler ta mémoire et t'aider ne te rappelle rien, puisqu'il ne s'agira pas d'évènement majeurs pour ton inconscient. En conséquence, tu pourrais ne jamais récupérer ton enfance. Et donc des certitudes comme le fait que Maryse est ta mère.
La mère de famille détourna le regard. Elle savait que l'option existait. Mais ça n'en faisait pas moins mal. On avait dit à Alec qu'elle était sa mère, et il l'avait cru, et il s'efforçait d'agir en tant que tel. Mais il y avait, quelque part dans son regard, l'absence de véracité de ce lien. Ce qui se créait entre une mère et son enfant, a fortiori puisqu'Alec était son aîné, était indescriptible. Un lien, un inconscient plus puissant que tout au monde. Au-delà d'une rune de parabatai ou d'alliance. Une connexion que nul ne pouvait détruire.
Sauf l'amnésie. Le traumatisme et la perte de mémoire subséquente avait brisé cette connexion. La lueur dans les yeux d'Alec n'avait plus la pureté du lien qui avait pu les unir.
Et toutes les histoires du monde ne sauraient le recréer. Seule la libération de sa mémoire pouvait le faire. Et même si Alec retrouvait ses souvenirs de sa vie d'adulte, cela n'y suffirait pas. C'était dans son enfance, quand le monde était manichéen et que seule l'amour maternelle valait le coup de se battre, que cela se créait.
– Je suis désolé, déclara soudain Alec.
– De quoi ? demanda bravement Maryse en relevant la tête, surprise.
– De si ça ne revient pas. Si je ne peux plus jamais savoir avec certitude que tu es ma mère. Car je le sais... Mais je ne le SAIS pas.
– Ne t'excuse pas. Tu n'y es pour rien. Personne n'y est pour rien.
– Mais tu en souffres, releva Alec.
Maryse soupira longuement.
– Oui. Et je te souhaite de connaître cette souffrance un jour. Parce qu'être parents, c'est souffrir pour ses enfants comme je le fais aujourd'hui. Et actuellement, tu ne sais plus avec certitude que tu es l'un des pères de Maxie.
Elle désigna l'enfant, qui s'était endormi dans les bras de son Shadowhunter de père.
– Peut-être que tu ne te souviendras plus jamais que tu es mon fils, mais sur tous les Anges, je prie pour que tu réapprennes jusque dans tes tripes que tu es le père de cet enfant merveilleux. Et qu'un jour, ça te fasse souffrir, parce que la souffrance te rendra vivant, heureux, fier de lui, et c'est ce qu'il y a de plus beau en tant que parents.
Sa déclaration emphatique plongea l'assemblée dans une grande émotion. Maryse n'était peut-être plus Shadowhunter, mais elle méritait encore la stature et le charisme qui était le sien.
– Merci, s'étrangla à moitié Alec en oubliant comment respirer et parler en même temps.
– Bien, reprit Catarina après un instant de silence. Pour Clary, je vais continuer mes recherches, voir si je trouve quelque chose qui pourrait nous aider. Pour Alec, dès demain, nous commencerons le nouveau processus. Je voudrais être là lors de la première fois, pour noter les réactions, ce qui en découle. Tout cela est expérimental. Nous ajusterons au fur et à mesure. Quelqu'un a des objections ?
– Oui, répliqua Alec. Pourquoi pas maintenant ?
La sorcière lui jeta un regard désabusé.
– Parce que je suis épuisée, mon chou. Que tu as un bébé dans les mains, ton fils, et que je ne risquerais pas sa santé sans savoir comment tu vas réagir. Parce qu'il est tard. Parce que Izzy va devoir en référer à l'Enclave.
– Pourquoi à l'Enclave ? intervient soudain Magnus sourcils froncés.
Izzy, qui discutait à voix basse avec Simon pour régler ce problème avec sa mère et Becca, se redressa quand le regard noir de Magnus l'y obligea.
– Pourquoi Cat' devrait en référer à l'Enclave pour ça ? répéta-t-il.
– Parce que Alec est un shadowhunter, jusqu'à preuve du contraire. Et que les soins médicaux dont il a besoin, fut-ce un suivi psychologique avec Catarina, sont soumis comme tous les soins à l'approbation de l'Enclave.
Elle détourna le regard, refusant d'affronter la colère qui enflait lentement comme un ballon dans le corps de son beau-frère.
– Je te demande pardon, Izzy ? Si l'Enclave dit non, les frais médicaux d'Alec ne seront pas assurés ? On n'aura pas le droit ?
– Le droit, si. Mais Cat' est une sorcière et à ce titre, chaque service qu'elle nous rend doit être rémunéré. Si l'Enclave n'est pas d'accord, elle ne pourra pas être payée pour ses services. Et si l'Enclave refuse, je ne pourrais pas payer pour ces soins, aussi nécessaire que cela nous semble-t-il.
Catarina s'empressa de dire que s'il le fallait, elle était prête à travailler gratuitement, si c'était pour Alec et Magnus. Le Sorcier se mit à maugréer dans sa barbe à propos de l'administration et de ses fléaux, et combien on gagnerait en efficacité à simplifier tout ça, non mais.
– Pas d'autres remarques ? demanda Catarina. Non ? Bien. À demain alors, et on verra par la suite.
Sur ce, elle se prépara à quitter la pièce, suivie par tous les autres qui s'égrainaient pour rejoindre leur occupation classique.
Ne demeurèrent bientôt plus que Magnus et Alec, et bien sûr Maxie endormi profondément dans les bras de son père.
– Ne te pas trop de pression pour retrouver ta mémoire, Alexander ?
Ce dernier secoua la tête, désolé.
– Je ne me mets pas de pression, marmonna-t-il en retour. Qu'est-ce que tu t'imagines, au juste ?
Magnus sourit bêtement.
– Je te connais par cœur, Alec. Tout ce que tu fais doit être parfait. Mais pas là.
Alec se figea légèrement, ce que Magnus perçut immédiatement.
– J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? demanda le sorcier.
Alec grimaça.
– Non, ce n'est pas de ta faute... c'est juste que tu dis me connaître par cœur, quand moi je ne peux pas te répondre. Je ne te connais pas du tout. Tu es un étranger. C'est... gênant. Je me sens tellement désolé de ne rien pouvoir te répondre quand tu dis ça.
Avec attendrissement, Magnus contempla son époux. Il ne pouvait pas nier que les « Je t'aime » sincères et profonds d'Alec lui manquaient, tout comme l'éclat de ses yeux quand il le regardait. Mais quelque part sous la surface nébuleuse de cet être nouveau, il reconnaissait son amant, et cela lui réchauffait le cœur.
– Tu sais, c'est typiquement toi, ça, dit-il en le rejoignant sur le canapé, qu'Alec n'avait pour l'instant pas quitté.
– Quoi ?
– T'excuser, alors que c'est toi qui souffres le plus ici. Bien sûr que j'ai mal quand je vois dans tes yeux que tu ne me reconnais pas vraiment, pas comme avant. Mais ce que tu dois endurer est mille fois plus douloureux que ça. Et pourtant, tu es celui qui s'excuse, celui qui est désolé pour moi, celui qui s'en veut pour quelque chose que tu ne contrôles pas. C'est typiquement toi. Tu es l'aîné de ta fratrie, tu le sais ça ?
Alec hocha la tête. Il s'en souvenait.
– Tu as toujours été comme ça, à protéger tes cadets, à être celui sur qui on comptait, le protecteur, le confiant, le meneur. Jamais tu ne te plaignais, plus jeune. Tu prenais sur toi pour laisser Izzy et Max vivre plus librement. Quand tes parents ont adopté Jace, alors même que vous aviez le même âge, tu as continué à assumer ce rôle, et tu as protégé Jace autant que possible. Bien sûr, tu as appris à être égoïste, par la suite. JE t'ai appris à être égoïste, du moins notre relation l'a fait parce que tu t'es battu pour nous. Mais au fond, tu es encore ce profond altruiste qui fait passer le bonheur des autres avant le sien. Alors tu vois, tu es bien l'homme dont j'ai les souvenirs, l'homme que j'ai épousé. L'homme avec qui j'ai un enfant.
Magnus, durant sa tirade, s'était lentement rapproché de son compagnon, jusqu'à sentir sa chaleur contre sa peau. Ils n'étaient séparés que par quelques centimètres, et Alec l'avait laissé faire, hypnotisé par la grâce féline des mouvements de cet homme. Pour finir, il lui désigna l'enfant à la peau bleue qui dormait dans les bras de son Dad. Totalement apaisé, en sécurité, le petit garçon ronflait du sommeil du juste.
– Il est tellement étrange, murmura Alec. Je ne me souviens pas plus de lui que de toi ou des autres, mais j'ai quand même la sensation que mes mains savent comment l'aimer, le tenir, assurer sa sécurité. Et je ne me sens bien que si sa respiration est à l'unisson de la mienne.
Magnus, dans un geste lent et délibéré, inclina la tête pour finir sa course sur l'épaule d'Alec, qui le laissa faire. S'envoyer en l'air comme ils l'avaient fait à plusieurs reprises, c'était bien, mais il était également important que les gestes tendres du quotidien ne soient plus perçus comme une agression pour l'amnésique Shadowhunter.
– C'est normal. Tu étais très flippé, quand il est arrivé. Je crois que le fait qu'il soit sorcier jouait beaucoup. Tu es né Shadowhunter, tu as grandi Shadowhunter, tu as vécu Shadowhunter. Inconsciemment, je pense que tu te mettais davantage de pression parce que tu ne connaissais rien d'autre que cet univers et tu avais peur de ne pas savoir t'occuper d'un bébé sorcier. Tu voulais tout le temps dormir avec lui. Enfin, plus précisément, qu'il dorme avec nous, justement pour entendre sa respiration... Mais il a quand même appris à dormir seul, dans sa chambre, dans son berceau ! À ce sujet, il va falloir que je le récupère et le ramène à la maison pour aller le coucher !
Alec acquiesça, légèrement triste, presque inquiet. Lâcher ce petit bout d'humanité lui paraissait déjà être un déchirement.
– Je pourrais t'écouter parler pendant des heures... confessa-t-il, presque sans rougir. Même si ça ne m'évoque rien, je trouve fascinante la relation que nous avions, l'homme que tu dépeins et qui était moi...
Magnus se mordit la lèvre. Sa relation avec Alexander avait été loin des idylles romantiques. Elle était émaillée de souffrances, de disputes, de ruptures, de difficultés. Alec n'en voyait pour l'instant que le bon côté de l'iceberg. Mais Magnus n'avait pas cœur à réduire en miettes ses croyances et ses espérances. Avec un peu de chance, il le retrouverait assez tôt, en même temps que sa mémoire.
De toute manière, Alec enchaîna.
– Je peux venir avec toi ? Si tu rentres dans ton appartement, je veux dire notre appartement. Je voudrais vraiment y aller !
C'était également, pour Alec, une excuse pour ne pas lâcher immédiatement l'enfant.
– Non, refusa doucement Magnus. Ta journée a déjà été bien chargée, et je ne veux pas en rajouter davantage. Reconstruire ta mémoire sera probablement un processus long et compliqué, il est inutile de griller des étapes. Je te promets que tu pourras venir bientôt, mais pas ce soir. Tu as besoin de repos.
Alec céda, lui tendant le petit garçon en signe de reddition. Magnus le récupéra précautionneusement, et le cala contre son épaule, d'un geste témoignant une certaine habitude.
– Un soir, je t'emmènerai dîner, également. Quand Aline ou Izzy pourront garder Maxie. J'ai un souvenir très vif de la cuisine de l'Institut, et je refuse de te laisser trop longtemps dans cet enfer culinaire !
Alec rit avec lui. Cela au moins, il le comprenait parfaitement ! À sa sortie de l'hôpital, n'ayant aucune mémoire, ses papilles gustatives étaient capables de lui dire ce qu'il aimait ou non, mais pas vraiment de différencier un bon d'un mauvais plat. Il n'avait plus d'élément de comparaison, qui s'étaient envolés en même temps que le reste. Heureusement, ses quelques semaines passées avec les Oubliés lui avait réappris le goût des bonnes choses, et il pouvait ainsi objectivement dire que la cuisine de l'Institut était terrible. Dans le mauvais sens du terme.
– C'est probablement parce qu'ils ont Izzy à leur tête, ils s'alignent à son style de cuisine inimitable !
Magnus se figea. Il était en train de rassembler les affaires de Maxie à une main, l'autre tenant l'enfant, quand les mots d'Alec le transpercèrent sur place. Il ne fut pas le seul. Alec aussi s'immobilisa, les yeux écarquillés.
– Pourquoi as-tu dit ça ? demanda calmement Magnus.
La cuisine d'Isabelle était célèbre dans tout l'Institut, mais sa réputation s'arrêtait là. Alec ne pouvait pas en avoir entendu parler quand il vivait loin d'eux.
– Je... je ne sais pas, murmura le jeune homme, qui semblait autant effrayé par cette phrase sortie de nulle part qu'excité. C'est sorti tout seul...
– Tu as des images qui te reviennent en même temps ?
Alec prit le temps de réfléchir à la question, interrogeant son cerveau.
– Non, trancha-t-il. C'est juste un sentiment qui est arrivé comme ça, et que j'ai eu besoin de le dire. Je suis déso…
Il s'interrompit devant l'air espiègle, mais vaguement réprobateur, de Magnus. À ne pas en douter, et défiant toute logique, Alec serait le papa cool et Magnus le moralisateur, pour leur fils plus tard.
– C'est une avancée comme une autre, et j'en suis très heureux. On y arrivera, j'en suis sûr. Je peux créer un portail ici ? Tu sauras te balader dans l'Institut, seul ?
– Oui, répondit Alec sans une hésitation.
Il avait plutôt bien retenu le plan des locaux.
– Et je te promets que je n'essaierais pas de te suivre pour aller dans l'appartement. Premièrement parce que je respecte ce que tu m'as dit. Deuxièmement parce que je ne sais pas trop ce que c'est un portail, alors je vais éviter de me mettre en danger dans un truc sans en maîtriser la destination ! Y'en a comme ça qui se sont retrouvés Allée des Embrumes et qui ont eu des problèmes.
Achevant de rassembler toute ses affaires et tout tenir à une main, Magnus sourit largement.
– Je suis ravi que tes Oubliés aient quand même décidé de te faire lire Harry Potter ! Tu auras un cours détaillé sur la magie ultérieurement, promis !
– Tu sais quoi ? J'ai lu ça quand j'étais encore hospitalisé, au début. J'ai dévoré les bouquins, j'ai adoré. Je connais ça par cœur. Mais maintenant que je connais un vrai sorcier, et l'envers du décor, bizarrement ça me parait tellement fade !
Magnus explosa de rire, à tel point qu'il craignit de réveiller Maxie avec les soubresauts de sa poitrine.
– Il faut donc que je me prévoie de te faire voir Star Wars ou le Seigneur des Anneaux tant que tu es amnésique, du coup ? Parce qu'effectivement quand je t'ai fait découvrir tout ça, tu as trouvé ça sympa, mais bon, complètement de l'amateurisme par rapport à ce que toi, tu faisais tous les jours. Sans mémoire, peut-être que tu comprendras ENFIN pourquoi ce sont des chefs-d'œuvre !
Il rit encore, rejoint par Alec dans l'hilarité, avant de parvenir à se calmer.
Puis l'instant plus tard, d'un pas assuré, en traversant le couloir et s'évapora purement et simplement, comme si c'était parfaitement normal. Un instant de plus et hop, Alec se retrouva seul.
Prochain chapitre le Sa 29/08 !
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
