Bonjour mes petits dasyures mignons !
RaR anonyme - ShadowVslight (chap 19) : Merci pour ta review ! Je suis ravie que cela te plaise, et effectivement, j'essaye de rendre un peu justice à Clary (et à Alec) au travers de cette fic, donc j'espère que ça te plaira... Quant au happy-end, moi je veux bien le promettre, mais mes lecteurs n'ont pas toujours la même opinion que moi de ce qu'est un happy end ;p C'est vrai quoi, tuer mes personnages peut être considéré de ma part comme un happy-end parfois xD J'espère que la suite ne te decevra pas ^^
Au programme de ce chapitre, le début de l'entraînement, le choix des armes, et une grande réalisation...
Bonne lecture ! :)
Chapitre 21
Après un solide petit-déjeuner, les trois amis se retrouvèrent dans la grande salle d'entraînement, qui ressemblait beaucoup plus à une église que tout le reste du bâtiment.
Assis sur un côté, Magnus était là, discutant avec le jeune Max.
En l'apercevant, Alec marcha avec détermination vers lui, et lui planta un baiser rapide sur les lèvres en guise de bonjour, à la grande surprise du sorcier.
– Tu ne cesseras jamais de me surprendre, Alexander, répliqua-t-il par réflexe, amoureusement.
Il réalisa ce qu'il avait fait en voyant son amant chanceler, et plaquer ses mains sur ses tempes. À plusieurs reprises, il avait prononcé cette phrase. Magnus ouvrait des portails à travers le monde entier et emmenait son compagnon dîner sur toute la planète sans aucune difficulté, mais Alec mettait toujours plus de forme et d'efforts pour surprendre son amant. Plus d'une fois, Magnus avait été charmé par la simplicité et pourtant la justesse des surprises de son Alexander, que ce soit pour dîner, pour sortir au cinéma des terrestres, ou pour offrir à Magnus une soirée-massages. Évidemment que c'était relié à de forts souvenirs pour Alec et sa mémoire auditive !
Lui avait simplement dit ça par habitude, comme toujours quand Alexander lui préparait une surprise.
– Ça va, Alec ? demanda Max, qui avait bondi sur ses pieds, prêt à tout pour aider son grand frère.
Le jeune garçon ne cessait pas de s'en sentir coupable, et c'était ce dont Magnus et lui étaient en train de discuter. À quatorze ans, Max ne pouvait pas porter un poids si lourd sur ses épaules. Aussi terrible que cela soit, l'amnésie n'était la faute de personne. Alec assumait sa mission en aidant Max et Tim, et même si c'était leur désobéissance qui avait conduit aux évènements en chaîne.
– Ça... va, oui, souffla soudain Alec en se redressant.
Lentement, ses mains quittèrent les tempes qu'elles pressaient pour redescendre, tandis que le jeune homme clignait plusieurs fois des yeux. Jace et Clary ne manquaient rien de la scène, pourtant Alec ne regardait que Magnus.
– Tu... m'as dit ça un jour parce que je t'avais fait un cadeau. Un porte-bonheur rouge ?
Le cœur de Magnus se gonfla de joie.
– L'onomirarmi, oui. Je l'ai toujours avec moi.
Pour prouver ses dires, il l'extirpa de sa poche pour le montrer à Alec, qui le contempla avec surprise de le voir si exactement semblable aux images qui venaient de traverser son esprit. Récupérer des bribes de mémoire était une expérience vraiment surprenante.
– Je t'aimais, à ce moment-là, rajouta-t-il. C'est ce dont je me souviens, du moins. Je te donnais ça parce que je t'aimais et que je voulais que tu le saches. On était ensemble depuis longtemps ? demanda-t-il naïvement.
Magnus en resta abasourdi. Bien sûr, il savait qu'Alec ne pouvait pas dater ses souvenirs. Bien sûr, il était tout à fait possible que la situation actuelle pollue en partie les ressentis d'Alec quand il récupérait des souvenirs. Il n'en restait pas moins que si c'était vrai, Alec était amoureux de lui bien avant qu'il ose lui avouer.
– Non. C'était le début de notre relation, lui avoua Magnus.
Alec rougit doucement, comprenant qu'une telle confidence était surprenante. Magnus ne savait pas quoi ajouter, et ce fut Jace qui le sauva.
– Au boulot ! On a du travail ! Vous parlerez plus tard !
Clary et Alec hochèrent la tête, et se dirigèrent vers le centre de la pièce, en suivant Jace.
– Maxie ? demanda néanmoins Alec en se retournant, ne voyant le petit sorcier nulle part.
– Avec sa grand-mère, lui répondit Magnus. Il va bien, aucun doute là-dessus !
Alec hocha la tête, rassuré. Voir Magnus lui faisait du bien, tout comme contempler cet enfant si étrange et pourtant attachant. Même sans se souvenir avec certitude que c'était le sien, Alec se sentait très proche et attaché à ce petit être à la peau bleue.
– Bien, annonça Jace. Première étape, choisissez vos armes.
D'un large geste du bras, il montra un meuble sur lequel étaient posés un certain nombre d'armes diverses et variées. Alec et Clary hésitèrent en se rapprochant. Ils ne voulaient pas désobéir, mais ils étaient perplexes. L'un et l'autre, dans la vie qui avait été la leur jusque-là, n'avait eu recours à des armes. Clary avait pu se faire emmerder dans le métro, et désirer une arme de poing, juste pour faire peur, mais jamais elle n'avait réellement projeté de s'en servir contre quelqu'un. Ce n'était qu'un fantasme de pouvoir, comme cela arrivait à tout à chacun. S'imaginer plus fort que tout le monde, invulnérable, ne rien risquer, c'était un fantasme plutôt commun. Chez la jeunesse américaine, cela s'accompagnait souvent d'une envie de posséder un flingue. C'était rarement suivi d'effets. Et quand ça l'était, c'était souvent avec des conséquences désastreuses et mortelles.
– Comment sommes-nous censés choisir ? demanda Alec. Je ne sais même pas ce que sont tous ces trucs. Je ne sais pas me battre, je n'ai jamais pratiqué d'art martial de ma vie.
– Ne dis pas ça, s'amusa Magnus qui s'était rapproché. Tu étais très doué.
– Moi aussi ? interrogea Clary.
– Toi aussi, Biscuit. Pas de la même manière d'Alec, mais qui faisait des dégâts, ça c'est certain.
– Choisissez à l'instinct, répondit Jace. Ce dont vous avez envie. On verra ensuite. Ce sont toutes, de toute manière, des lames séraphiques. Elles réagiront à votre sang d'ange. Elles sont la meilleure preuve que nous ne vous mentons pas.
Il avait son ton grave et sérieux d'instructeurs des jeunes Shadowhunter, et Clary le contempla un bref instant, surprise de découvrir cette nouvelle facette de son copain. Vivre ainsi lui faisait découvrir un tout nouveau Jace, et pas seulement à cause de la levée des secrets qui les empoisonnaient jusque-là.
Alec, expérimentalement, referma la main sur une épée angélique. Il bondit presque aussitôt en arrière, la lâchant instinctivement. La manière dont la lame brillait l'avait surpris.
– Lames séraphiques, répéta Jace. Elles ne s'activent et ne peuvent être utilisés que par quelqu'un ayant du sang d'ange dans les veines.
– Que se passe-t-il sinon ? demanda Alec, avide de savoir.
Du regard, Jace fit un discret signe à Magnus, qui le comprit et obéit immédiatement. Il s'approcha, et sans la moindre hésitation, attrapa une épée. Il n'y eut aucune réaction. Ni rejet, ni acceptation. La lame ne s'activa pas comme elle le ferait avec du sang de Raziel.
Clary et Alec, fascinés, le regardaient faire.
– Ça ne veut pas dire que ce n'est pas dangereux, expliqua Magnus en passant son pouce sur la lame.
Une goutte de sang y perla aussitôt. Même ainsi, le fil de la lame était aussi affûté qu'un rasoir. Apaisant la douleur de la blessure en suçotant son doigt, Magnus agita l'autre main d'un geste discret, et la petite écorchure disparut grâce à la magie. Pour les deux amnésiques, c'était presque aussi bluffant.
– Ça coupe toujours, et ça trancherait la gorge ou les jambes d'un Terrestre sans aucun effort. Par contre, pour éliminer un démon, même inférieur, ce serait à peine un chatouillement pour lui. Tenu par une main angélique, ça s'enfonce dans une créature obscure comme dans du beurre ! lança fièrement Jace.
Clary était de nouveau en train d'étudier leurs options sur la table, cherchait avec quoi elle pourrait aimer se battre, elle la (presque) toujours pacifiste.
Alec, cependant, avait toujours les sourcils froncés, en pleine concentration.
– Je ne suis pas sûr de comprendre. Pourquoi devrions-nous tuer, frapper, « enfoncer nos lames comme dans du beurre » des créatures obscures ? Je croyais que Magnus en était une !
Sa tirade les stupéfia tous. Ce combat-là, c'était leur Alec et personne d'autre qui l'avait toujours mené. C'était impressionnant, un bref instant, de retrouver derrière la carapace de l'amnésique, leur Inquisiteur. D'ailleurs, Alec se tenait très droit, les mains croisées dans son dos, dans une posture qui n'était pas sans rappeler sa condition de chef des chasseurs d'ombres. Magnus était bluffé par les souvenirs de son amant qui remontaient (alors même qu'il n'était pas amnésique, lui) quand il le voyait ainsi. Il en retombait presque aussitôt amoureux.
– C'est à dire que... attaqua bravement Jace une fois l'hébétude passée. Je ne suis pas sûr que ça soit le moment, en fait. D'abord l'entraînement, le développement physique. Ensuite, on t'expliquera toute la politique et les relations entre nous et le Monde Obscur. C'est assez complexe, marmonna Jace.
Ses deux nouvelles recrues l'entendirent, mais eurent la décence de ne pas réagir.
– Moi je prendrais ça, indiqua brutalement Clary, pour alléger l'atmosphère.
Il y eut un immense silence dans la salle, où les sons se répercutaient pourtant beaucoup. Jace le rompit d'un raclement de gorge.
– C'est bien. Bon choix. Et toi, Alec ?
Clary n'était cependant pas dupe, et elle insista.
– Il y a un problème ? Qu'est-ce que tu ne me dis pas, encore ?
L'agacement dans sa voix était clair. Les mensonges avaient été leur lot quotidien, et elle ne le supportait plus.
– Rien de grave, apaisa Jace. Je te réponds quand Alec aura choisi. Alec ?
Le jeune homme reporta son attention sur la multitude de choix posé devant lui, se mordant les lèvres de frustration. Il n'avait aucune idée de ce qu'il voulait. Il n'y connaissait rien. Un sabre court, courbé ? Une épée ? Un poignard ? Toutes les lames se ressemblaient, pour lui. Il connaissait des mots, mais aurait été incapable de différencier un cimeterre d'un fleuret, s'il l'avait fallu. À peine savait-il que les lames courtes étaient des poignards, et encore. Avec un peu de chance, il y avait des subtilités dans la sémantique dont il n'était pas familier.
Il balaya de nouveau la table recouverte d'armes en tout genre. Ses yeux s'arrêtèrent sur un arc. Il n'y avait pas de flèches présentes, et Alec repoussa cette idée. Il lui semblait que Jace leur avait dit de choisir une lame. L'arc n'avait pas de lames. Ce n'était pas un choix offert.
En désespoir de cause, un peu au hasard, il referma sa main sur une épée qui lui paraissait banale, de taille et de poids moyen.
Jace ne broncha pas, et Alec eut la désagréable sensation d'avoir échoué à un test qu'il ne savait pas être en train de passer.
– Bien, reprit l'instructeur tandis que les deux recrues se plantaient devant lui, lames à la main. Ce sont vos choix, donc. Intéressant. Nous avons un panel d'armes très variés, en tant que Shadowhunter. En théorie, nous les maîtrisons toutes, et nous pratiquons également à mains nues, dès notre plus jeune âge. Cependant, en grandissant, il n'est pas rare que nous préférions une arme plutôt qu'une autre. Moi, j'utilise ça.
Il leur présenta une arme blanche, épée un peu plus longue que celle d'Alec, plus large également.
– Izzy, par exemple, aime son fouet. Vous voyez le bracelet d'argent qu'elle porte au poignet droit ?
Clary acquiesça avec ferveur, Alec se contenta d'un regard vaguement perdu. Il n'avait absolument pas fait attention à ça. Sans doute l'avait-il vu sans même s'en rendre compte. Il penserait à regarder plus tard.
– Eh bien une fois déployé, c'est un fouet en adamantium. C'est son arme de prédilection.
Jace, de nouveau s'éclaircit la gorge, comme pour se donner du courage pour ce qui allait suivre. Son regard hétérochrome se posa sur Clary, et il poursuivit.
– Toi... tu es arrivée très tard dans notre monde, tu n'as pas été formée à l'intégralité des armes, mais tu avais quand une préférence. Pour... pour ce que tu tiens entre les mains. Deux poignards longs. Ce sont... ce sont les tiens, en fait. Ils sont gravés à ton nom. Je les avais gardés en sécurité, et non pas à l'armurerie... Désolé, je ne voulais pas te piéger, mais je n'ai pas pu m'empêcher de les mêler au reste... et tu les as choisis.
L'émotion dans la voix de Jace était douloureusement palpable, alors même qu'il ne regardait que Clary, comme si le reste du monde n'existait même pas. Il avait raison d'espérer, d'une certaine manière. L'expérience le lui prouvait : l'inconscient de Clary avait choisi, sans hésitation, ses lames. Pas juste son arme fétiche (il en existait d'autres similaires présentées, Jace y avait veillé avec le sentiment de se montrer quand même un peu déloyal), mais les siennes. C'était un signe que la mémoire détruite par les Anges avait une chance de se reconstruire.
Clary ne répondit rien à sa déclaration, n'ayant aucune idée de ce qu'elle pourrait bien dire après ça. Entre ses mains, le poids et la fermeté des gardes lui paraissaient vaguement familier, mais cela ne lui rappelait rien pour autant.
– Quant à toi, Alec... commença à reprendre Jace.
– Attend, le coupa Magnus.
S'étant tenu jusqu'alors en retrait, le sorcier avança, sous les regards furieux de son beau-frère qui détestait qu'on sape son autorité en l'interrompant.
– Alexander, qu'est-ce que tu voulais réellement choisir ? demanda Magnus, peu affecté par l'air noir de Jace.
Le susnommé rosit délicatement, gêné.
– Je... Ça. C'est une lame, comme demandé. Non ?
Il désignait ce faisant l'arme qu'il tenait entre les mains.
– Tu devais choisir une arme, rappel Magnus. Pas forcément une épée.
Une lueur s'alluma dans le regard d'Alec, qui se retourna vers la table. Revint à Jace. Se retourna de nouveau. En revint à Magnus.
– Je voulais l'arc, je crois, murmura-t-il. Mais...
L'immense sourire lumineux de Magnus le fit s'arrêter dans sa phrase.
– Ton arc fétiche a été perdu dans le tremblement de terre, annonça Jace, la voix vibrante d'émotion. Mais oui, tu étais le meilleur archer de notre génération.
Alec se retourna de nouveau, puis d'un air convaincu, alla chercher l'arc, jouant avec entre ses doigts. Il se sentait attiré par cet instrument, sans pouvoir l'expliquer, et sans vraiment savoir comment l'utiliser. Ce n'était pas simplement un bout de bois vaguement arrondi avec une corde, comme il aurait pu l'imaginer à l'âge de cinq ans pour jouer avec des copains dans les bois (si toutefois il avait eu une enfance de ce genre, ce qui non seulement n'était pas le cas, mais en plus ne s'en souvenait pas), mais une véritable œuvre d'art ouvragée, plutôt solide.
– On t'apprendra à tirer, promit Jace en lui souriant.
– Maintenant ? réclama Alec.
Il avait gardé dans l'autre main l'épée séraphique, et il la posa au sol pour tenter de bander l'arc, sans flèche évidemment, il n'en avait pas. Il fut surpris de la résistance de la corde tendue, et de la difficulté que c'était de la tendre. Une fois relâché, les projectiles devaient filer à une vitesse impressionnante.
À côté de lui, Clary faisait siffler ses poignards en les faisant tournoyer autour d'elle dans des mouvements improvisés, mais étonnamment harmonieux.
– Non, rit Jace en abaissant lentement l'arc d'une main. Ce serait un peu dangereux. Pareil pour toi, Clary. Arrête ça ou tu vas blesser quelqu'un.
Les deux amnésiques furent déçus, et ils l'exprimèrent clairement.
– Mais ! s'opposa Clary. Si ça se trouve, on se souvient instinctivement ! Laisse-nous essayer !
– Pas avant d'avoir vérifié si effectivement vous avez des souvenirs instinctifs ! Et pour ça, vous allez me poser vos armes létales avant qu'on se fasse mal.
Déçus, mais obéissants, ils s'exécutèrent, mettant de côté lames et arc.
– Qui veut commencer ? demanda Jace.
– Commencer quoi ? répliqua prudemment Alec.
Du doigt, Jace désigna Max, qui s'était installé au milieu du tatamis d'entraînement, deux longs bâtons à la main. Sagement, il attendait.
– L'entraînement. Ne vous fiez pas à son air angélique — il rit de sa propre blague, suivi par les autres — ni à son âge, Max est un excellent combattant. Je l'entraîne depuis deux ans, quand il s'est établi dans cet Institut après avoir été formé à celui de Los Angeles. Cependant, il n'a pas ma force physique, ni mes réflexes, ceux de tout Shadowhunter adulte et confirmé. Un combat contre lui sera un meilleur test pour évaluer vos réflexes, votre instinct, ce que votre corps a conservé des méthodes de combat. Les bâtons peuvent faire mal, mais ils ne peuvent pas tuer.
– Je suis là en cas de besoin, ajouta Magnus en faisant danser la fumée bleue de sa magie au bout de ses doigts pour appuyer son propos. Vous avez vos runes de guérison.
Il y eut un instant de flottement. Alec avait porté la main à son flanc, se souvenant très bien de la sensation incroyable que cela avait représenté pour lui d'activer une rune pour la première fois. Et pas seulement parce que les mains de Magnus, dont il ne savait pas grand-chose à l'époque, le touchaient. Le sentiment était indescriptible. Ça diffusait une énergie, une chaleur dans l'intégralité de son corps, un sentiment de puissance, d'exaltation, de concentration sur soi-même tout en ayant une conscience accrue de l'environnement. Cela avait été incroyable, et il lui tardait de recommencer, mais il se souvenait clairement du stylet que Magnus avait utilisé, et Alec n'en possédait pas. En outre, il n'était pas totalement idiot, et ne serait jamais lancé là-dedans au hasard : chaque tatouage avait une signification, et tant qu'il ne les connaîtrait pas, il ne ferait rien, par prudence.
Clary, par contre, contemplait la peau de ses mains, pâle comme le reste de son corps, sa carnation en accord avec la rousseur de ses cheveux de feu. Sa peau vierge des cicatrices qu'arboraient les autres.
– J'avais des runes, avant, murmura-t-elle.
Ce n'était pas une question. C'était un constat qui venait de la frapper, et Magnus se maudit pour avoir parlé trop vite. La dernière fois qu'il avait vu la jeune femme, c'était à son mariage avec Alec, et elle était couverte de tatouages comme tous les chasseurs de la pièce. Depuis, elle avait été absente si longtemps qu'il avait oublié son image. Si le lendemain du mariage, elle était reparue sans aucune rune, habitués à la voir avec, ils auraient sursauté et réagi à cette image incongrue. Mais elle avait disparu, et elle leur revenait des années après.
La nouvelle Clary 2.0 était celle en face d'eux, et il n'y avait pas eu de choc de voir sa peau vierge. Mais dans l'inconscient de Magnus, elle était shadowhunter et aurait dû porter des runes.
Il était probable que la jeune femme ait déjà, inconsciemment, eu cette révélation, mais cela semblait l'atteindre réellement en cet instant.
– Oui, répondit Jace avec douceur, en lui prenant les mains.
Du doigt, lentement, il retraça celle qu'elle portait avant sur les bras. Clary baissait les yeux, honteuse, incapable de croiser le regard de son petit-ami. Max détourna le regard, se passionnant pour les vitraux qu'il avait vu mille fois. Alec recula d'un pas, cherchant les yeux de Magnus pour rester fixé sur lui.
– Je suis désolée, reprit Clary à voix basse, tremblante.
– De quoi ? lui répondit Jace sur le même ton. Ce n'est pas ta faute. Les Anges te l'ont repris.
– Parce que je ne me souviens pas. Je n'ai jamais été tatouée, percée, ce n'est pas mon genre. Je n'arrive même pas à m'imaginer comme ça. Sur vous, ça paraît tellement... cohérent, logique, sensé ! Même sur Max !
Elle désigna le jeune garçon du doigt, qui poursuivit sa contemplation des carreaux de couleur comme s'ils étaient la chose la plus fascinante au monde. Il avait le plus grand respect du monde pour son grand frère de sang, mais aussi pour son grand frère d'adoption. Et dans les deux cas, à quatorze ans, la dernière chose dont il avait envie c'était d'entendre leurs histoires de cœur. À cet âge-là, et a fortiori pour un Shadowhunter, les sentiments étaient une nébuleuse dont il ne voulait pas entendre le moindre mot. Avant tous ces évènements, Magnus s'était déjà fait la réflexion qu'il trouvait le jeune garçon un peu trop chasseur d'ombres sur les bords : rigide et fermé, Enclave et honneur, et tout le tintouin que récitait Alec à l'époque et qui l'avait poussé à demander Lydia en mariage.
Magnus n'avait jamais eu le temps d'aborder le sujet, au final, et la terre s'était ouverte et avait avalé la mémoire d'Alec en même temps que son corps, avant de rendre seulement le deuxième, brisé mais vivant.
Inconsciente de la gêne du jeune garçon, ou bien tout simplement incapable de s'arrêter de laisser échapper son trop plein d'émotion, Clary poursuivit.
– Si je l'avais croisé dans la rue, j'aurais probablement trouvé qu'il était trop jeune pour ressembler à un tatoué flippant, j'aurais peut-être critiqué son look et ses parents avec mes copines, pleine de bienpensance que je pensais être ! Mais aujourd'hui, en le voyant, ici et maintenant, je ne trouve pas ça choquant ! C'est normal ! C'est ce qu'il est, ce que vous êtes tous !
Magnus se retint d'ajouter que non, pas vraiment, pas lui, mais il comprenait l'idée globale : ça faisait plusieurs jours qu'elle évoluait à l'Institut, les runes étaient devenues sa norme. Ça, et les habits noirs. L'Institut faisait cet effet là quand on y passait trop de temps, on oubliait qu'il existait d'autres couleurs. La preuve, Alec l'amnésique qui portait des vêtements blancs ou bleus était aujourd'hui en noir, comme pour mieux se fondre dans la masse. Heureusement qu'il y avait Izzy qui relevait le niveau ! Magnus se promit d'être toujours plus flamboyant encore que d'habitude, ces prochains jours. Il ne fallait pas que son amant en revienne à ses mauvaises habitudes.
– Mais moi, NON ! Je ne suis pas comme ça ! Je... Je ne le serai jamais ! Je ne peux pas !
La voix de la jeune femme se brisa sur le dernier mot, et si on avait pu voir ses yeux, derrière la frange de ses cheveux qui faisaient un rideau, tête baissée, on les aurait assurément trouvés plein de larmes. Elle avait simplement peur, diagnostiqua Magnus. On lui promettait monts et merveilles, qu'elle appartenait à ce monde, qu'elle en était même une héroïne incomprise, et elle doutait. C'était logique, mais malheureusement, il n'y avait que peu de réponses à apporter, et Jace avait la bonne réaction : Sans rien dire, il s'était contenté de serrer la jeune fille dans ses bras, lui apportant le soutien dont elle avait besoin pour faire passer la crise.
– Tu sais, moi non plus je n'ai pas l'impression d'être comme eux.
Clary ouvrit de grands yeux baignés de larmes, regardant Alec comme s'il était un extraterrestre.
– On n'a jamais parlé de ça mais... quand je me suis réveillé à l'hôpital, j'étais comme ça.
Il se désigna tout entier, incluant forcément les runes noires de sa peau dans cette description. Il parlait de toute évidence autant pour lui-même que pour calmer Clary, mais il regardait clairement Magnus, et chacun l'écoutait respectueusement.
– C'était déjà bizarre de se réveiller amnésique, mais c'était pire encore de ne pas savoir d'où venait ces marques, la signification qu'elles avaient. Je veux dire, si j'avais eu une date, j'aurais pensé à un anniversaire, une rencontre, un mariage, une naissance. Si j'avais eu un prénom, j'aurais pensé à un parent, un frère ou une sœur, un conjoint, un meilleur ami, un enfant. Si j'avais eu un motif particulier non abstrait, j'aurais pensé que c'était quelque chose qui comptait pour moi. Tout ça m'aurait donné un point de départ pour apprendre à me connaître moi-même. Mais je n'avais rien. C'était juste des signes sans logique, sans fondement. Ça ne m'apprenait rien sur moi-même, sauf que j'étais bizarre. Qui irait se faire tatouer un truc comme ça sur le côté du cou, franchement ?
Il désigna sa rune de défense, en vague forme de Z barré, sur son cou.
– Je sais que c'est grâce à ça que vous m'avez retrouvé, mais pour moi ce n'était rien. Ça ne m'apprenait rien sur moi. C'était juste devenu un élément neutre de mon physique, ce n'était pas différent que d'avoir les yeux bleus. Savoir que ça a une utilité, ça m'a scié, totalement... Mais pourtant, Clary, je n'ai pas la sensation d'être comme eux, de savoir quoi en faire. J'ouvre encore parfois des grands yeux surpris quand j'en croise un qui a des marques a des endroits bizarres, comme le dos de ses mains. Je ne suis pas sûr d'en être capable, fondamentalement. J'ai l'impression que je ne serai jamais comme eux. Je te comprends, Clary, je te le promets. Mais je veux essayer. Pour ne rien regretter. Alors essaye avec nous !
La jeune femme, lentement, hocha la tête d'acceptation. Jace, qui ne l'avait pas lâché jusqu'alors, desserra doucement son étreinte autour d'elle. En cet instant, il était heureux qu'ils fussent deux amnésiques et non pas un. On aurait pu croire que deux, c'était deux fois plus de boulot pour tout leur apprendre et qui existait, mais c'était faux : à deux, ils s'épaulaient mutuellement et tissaient entre eux un lien indéfectible.
– On va peut-être commencer par toi, Alec ? proposa Jace.
Il ne dit pas que c'était pour laisser à Clary le temps de reprendre ses esprits, mais c'était clair pour tout le monde, y compris pour elle, et elle hocha la tête de remerciement, avant de quitter le centre de la pièce.
Prochain chapitre le Sa 05/09 !
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
