Bonjour mes petits dasuyres mignons !
Au programme de ce chapitre, l'entraînement, avec ses complications et son lot de discussions !
Bonne lecture ! :)
Chapitre 22
– Viens là, Biscuit, l'attira Magnus contre lui.
Il était assis au bord du terrain, et malgré le fait qu'elle connaissait que peu cet homme presque encore plus étrange que tout le reste de cette nouvelle vie, elle se laissa entrainer dans son étreinte.
Sa présence avait un pouvoir rassérénant étrange, mais confortable.
– Pourquoi m'appelles-tu comme ça ? demanda-t-elle.
Au centre, Jace avait donné un bâton à Alec, et lui expliquait que tous les coups étaient permis, pour lui. Max saurait parer. En revanche, le jeune garçon avait interdiction de viser la tête d'Alec, ou autre endroits sensibles (tous les hommes de la salle traduisirent sans souci l'euphémisme par « testicules »), et il devait y aller progressivement, pour évaluer son niveau et laisser le temps à ses muscles de retrouver les réflexes.
– Parce que je t'ai toujours appelé comme ça, depuis toute petite.
– Depuis... l'enfance ?
Appuyée contre Magnus, la jeune femme ne pouvait pas voir le visage de ce dernier, mais elle le sentit hocher la tête, et de lui caresser les cheveux, tendrement. Dans un geste qui lui fit monter les larmes aux yeux, lui rappelant sa mère, bizarrement. Magnus n'était pourtant pas plus vieux qu'elle.
– Je suis tellement désolé de tout ce que tu traverses, Clary... Perdre deux fois la mémoire, ça ne devrait être permis à personne ! Alec, il la récupérera, j'en suis sûr. Mais toi, c'est si différent...
Il y avait quelque chose de douloureusement réconfortant d'écouter Magnus. Il disait sincèrement les choses, sans compromis, sans enrobage, et pourtant avec douceur.
– Comment ai-je perdu ma mémoire, la première fois ? C'était les Anges aussi ?
On lui avait expliqué plein de choses, mais les détails se perdaient dans la multitude d'informations. On lui avait narré le Cercle, sa mère qui avait décidé de fuir le monde obscur pour la protéger, la double vue qu'elle avait conservée, et le jour où elle avait percuté Jace, faisant basculer sa vie, mais c'était les grandes lignes.
– Non, répondit Magnus le cœur lourd. C'était moi.
Il n'ajouta rien, se concentrant sur Alec qui évoluait au milieu de la pièce. Max était un excellent combattant, et il y allait doucement, sous les yeux appréciateurs de Jace. De temps à autre, par un geste discret, il donnait une indication au jeune garçon pour qu'il tente une feinte plus subtile, ou un mouvement plus rapide. Alec parait les coups les uns après les autres avec grâce, et tentait même d'en porter. Il n'avait rien perdu de son talent. Quelques semaines d'entraînement avec Jace, et il retrouverait son niveau, même Magnus pouvait le dire. Ses muscles avaient diminué, du fait du coma, mais en sortant de l'hôpital, sur les bons conseils des Oubliés, il avait entraîné son corps.
Il faudrait sans doute lui réapprendre les runes, leur utilisation, comment user efficacement d'une rune de vitesse en plein combat, et quelques mouvements peu instinctifs au Terrestres (qui n'avaient ni leur souplesse, ni leur détente, ni leur agilité), mais il redeviendrait ce qu'il avait toujours été, c'était évident.
Clary, qui avait porté son attention sur le combat elle aussi, en revint finalement à Magnus. Elle attendait qu'il parle, qu'il s'explique, mais il ne disait plus rien, et elle voulait comprendre.
– Pourquoi tu as dit ça ? Comment ça pouvait être toi ? Je ne comprends pas !
Elle se redressa de la posture avachie contre lui qu'elle avait adopté, s'arrachant à cette main qui lui gratouillait la tête et démêlait ses mèches doucement. Cela lui rappelait trop le peu de souvenirs qu'elle avait de sa mère, et ça faisait mal.
Magnus la regarda tristement, droit dans les yeux.
– Ta mère, je la connaissais bien. C'était quelqu'un de bien, vraiment. Ils t'ont dit que Valentin était ton père, n'est-ce pas ?
Elle hocha la tête, encore désolée de savoir que son géniteur avait posé tant de problèmes dans ce monde ci. Et ce n'était rien à côté de son frère. Niveau famille, elle n'était pas ravie d'avoir appris la vérité sur ses origines.
– Valentin n'était pas mauvais. Pas au début. Il croyait en ses idéaux. Tu as étudié parmi les Terrestres, tu as entendu parler de Hitler, lors de la deuxième guerre mondiale.
Elle hocha la tête derechef, en grimaçant. L'idée de comparer son géniteur, qu'elle avait rencontré, dont elle n'avait aucun souvenir, à un dictateur responsable d'un génocide lui déplaisait profondément.
– Ils avaient en commun qu'ils étaient persuadés, sincèrement persuadés, de faire cela pour le bien de l'humanité. Ton père croyait réellement que les Créatures Obscures, comme moi, étaient dangereuses et devaient être éradiquées. Ta mère voulait la paix, pour ses enfants. Elle y croyait aussi, qu'il fallait éliminer les créatures dangereuses. Jusqu'au moment où elle a pris peur des expériences qu'il a mené sur toi et ton frère.
– L'injection de pur sang angélique ou démoniaque en nous...
– Exactement. Elle a voulu te protéger, et pour ça a décidé de se fondre dans le monde des Terrestres. Elle a renoncé à ses runes, et pour te protéger, m'a demandé de prendre ta mémoire. Je ne voulais pas, mais elle a insisté. J'ai pris tes souvenirs, et je les ai confiés à un démon-mémoire.
Clary l'écoutait, fascinée.
– Quand tu es tombée sur ce monde, littéralement, nous avons essayé de te la rendre, mais... il y a eu un problème et les souvenirs de ton enfance ont disparus à jamais. Je suis désolé pour ça.
– Ce n'était pas ta faute, répondit-elle immédiatement, posant sa main sur son bras en signe d'apaisement.
Magnus ne répondit rien, regarda de nouveau le combat de son amant et de son jeune frère. Clary n'y vit qu'un moyen de reprendre ses esprits de cette douloureuse conversation. Elle ne pouvait pas savoir que Alec, en brisant le cercle parce qu'il refusait d'assumer son homosexualité (et les sentiments qu'il avait alors pour Jace), avait perdu les souvenirs de Clary.
– Tu étais si petite, quand je t'ai pris ta mémoire. Mais je t'appelais déjà comme ça, Biscuit. Je ne sais plus pourquoi. Parce que tu devais être à croquer, ou quelque chose comme ça. Tu étais une enfant adorable ! C'est resté, depuis.
Clary hocha la tête, satisfaite d'avoir eu la réponse à sa question. Elle comprenait mieux cette sensation d'apaisement presque parental, lui évoquant sa mère, qu'elle ressentait en sa présence. Il n'y avait pas d'ambiguïté dans leur relation, Magnus l'avait connue enfant. Soudain, quelque chose lui traversa l'esprit.
– Mais Magnus... quel âge as-tu ? Si tu connaissais ma mère, déjà à l'époque ?
À sa grande surprise, le sorcier éclata de rire.
– Personne ne t'a dit que les Sorciers vivent plusieurs centaines d'années ? Nous sommes aussi immortels que les vampires ! Mais on ne demande pas son âge à un gentleman, ça ne se fait pas, la taquina-t-il en lui tapotant le nez. Mais sache que ça se compte par centaines.
Au centre de la pièce, la bataille faisait rage. Sur les instructions de Jace, qui tournait autour du combat à la manière d'un arbitre, Max ne retenait plus vraiment ses coups, et il usait de toutes ses ressources, à l'exception de ses runes, pour tenter de toucher son frère. Alec répondait coup sur coup avec une agilité surprenante. Sa force physique brute, du fond de son âge, était supérieur à celle de son cadet, et plusieurs fois il obligea Max à reculer sous la puissance de la frappe qu'il portait.
Tels deux danseurs, encadrés par Jace, ils sautillaient d'un point à un autre, comme si la gravité n'avait pas de prise sur eux. C'était un spectacle fascinant à regarder. Alec était en sueur, et ce n'était pas sans rappeler à Magnus un autre combat, dans un autre temps, si lointain que ça paraissait une autre vie, dans ce même lieu.
– STOP ! ordonna soudain Jace.
C'était trop tard. Max avait enfin vu une ouverture, et il avait envoyé son bâton d'entraînement à pleine puissance contre le flanc d'Alec. Le bruit résonna, sourd, avant de disparaître, englouti par le cri de douleur d'Alec, qui en lâcha aussitôt le sien.
Max, totalement surpris d'avoir réellement touché son ainé, s'immobilisa dans le même mouvement, lâchant son arme. Magnus bondit sur ses pieds, s'approchant d'Alec, qui se tenait le flanc, le souffle coupé. Il ne supportait pas de voir son amant souffrir.
Il n'était pas médecin, mais il savait guérir et analyser les plaies superficielles.
– Aucune côte cassée, diagnostiqua-t-il en posant doucement ses mains à l'endroit de la blessure, poussant délicatement les paumes d'Alec. Probablement froissé, peut-être une côte fêlée. Tu veux que je te guérisse ?
Alec, peinant à retrouver sa respiration, s'essuya le front en sueur de la main.
– Pourquoi tu poses la question ? Fais-le ! grimaça-t-il de douleur.
Magnus échangea un regard avec Jace, qui reprit.
– Tu n'es pas sérieusement blessé, Alec. On ne fait pas intervenir un sorcier pour des blessures sans gravité pour ça. Magnus pourrait te réparer en un clin d'œil et tu n'aurais plus aucune douleur, oui. Mais ce n'est pas comme ça qu'on procède. Les chasseurs d'ombre se soignent eux-mêmes quand ils le peuvent. Le processus est simplement plus long. Mais ça apprend aussi à gérer la douleur.
Il tendit à son parabatai une stèle, la sienne. Celle d'Alec était portée disparue dans le tremblement de Terre. Izzy, entre deux obligations directoriales, travaillait à en refaire une à son grand frère. Elle n'aurait délégué cette tâche à personne d'autre.
– Tu sais où se trouve ta rune de guérison ?
Alec hocha la tête. C'était même la seule qu'il connaissait vraiment, quand Magnus la lui avait montrée.
– Alors vas-y.
Il lui colla dans les doigts le petit bâtonnet. Lentement, Alec releva son T-shirt. Son flanc fleurissait déjà d'un très large hématome.
Alec hésita. Il savait qu'il devait retracer, même vaguement, le dessin de la rune, mais il n'avait jamais réellement fait montre d'un talent pour le dessin.
– Au moins, ça, ça te sera facile Clary, tu dessines déjà tellement bien que tu vas même les sublimer voire en créer de nouvelles ! lança-t-il avec humour.
Il dessinait la rune dans le même temps, se concentrant tant sur ce qui se passait et sur ce qu'il ressentait quand la rune s'activait qu'il ne vit pas les regards figés de Jace, Magnus et Alec. Clary, en revanche, rit vaguement en s'approchant de lui, curieuse de voir ce qui se passait. Sous leurs yeux fascinés, le bleu commençait déjà à refluer. Pendant ce temps, les six autres yeux s'échangeaient des paroles muettes. Alec ne pouvait pas avoir dit ça par hasard. Ils avaient expliqué beaucoup de choses aux deux amnésiques, mais n'étaient pas entrés dans tous les détails. Clary et Alec savaient simplement que la jeune femme, pour tuer son frère et restaurer la paix et l'harmonie dans le monde, avaient usé de ressources qu'elles savaient interdites, et contre lesquelles on l'avait mise en garde. Volontairement, ils l'avaient tenue dans l'ignorance qu'il s'agissait de runes inédites, créées par elle. Inconsciemment, ils avaient tous à l'esprit que l'Enclave, par la voix d'Aline, tolérait ce qui se passait actuellement à l'Institut de New York parce que les Anges n'avaient pas réagi. Nul ne savait ce qui se passerait si les entités supérieures desquelles ils découlaient décidaient d'agir.
Dans l'intervalle, il ne fallait donner à Clary aucune raison d'agir en dehors du chemin bien tracé de tout Shadowhunter. Et qu'elle n'imagine surtout pas être capable de créer des runes.
Fort heureusement, elle avait pris la plaisanterie d'Alec pour ce qu'elle était : une plaisanterie, et ils n'y pensaient déjà plus.
– Alec n'a pas dit ça au hasard, murmura Jace dans un souffle inaudible.
– Une partie de sa mémoire subsiste, et il y a bien plus accès qu'il ne le croit, répondit pensivement Magnus. Il ignore juste que c'est sa mémoire. Alec ? ajouta-t-il plus fort.
L'interpellé se retourna vers lui, souriant, extatique. La sensation de l'activation de la rune, cette sensation merveilleuse de sentir le pouvoir de leur sang angélique se répandre en soi, faire guérir les plaies. Il avait l'air plus heureux qu'un gamin le jour de Noël, et le cœur de Magnus fit une embardée. Ce sourire, cette flamme dans les yeux, il aurait été si facile d'oublier que ce n'était pas à 100% son Alec, tant la ressemblance était parfaite.
– Tu veux bien t'entraîner avec moi ? Juste un instant, promis. Ensuite Clary sera toute à toi, Max, jura-t-il.
Jace fronça les sourcils, mais ne dit rien. Max haussa les épaules.
– Euh, pourquoi pas, répondit Alec, manifestement surpris par la demande.
D'un claquement de doigt, les vêtements de Magnus furent remplacés par d'autre. Débardeur noir moulant, pantalon de sport. Le regard d'Alec se voila sensiblement. Magnus hocha la tête lentement. Il n'avait aucune envie de se battre. L'expérience n'allait pas durer longtemps.
Ils se mirent en garde, chacun armé de son bâton. Volontairement, Magnus se plaça sur un côté, plutôt que parfaitement au centre. Les spectateurs, relégués à peine plus loin, ne commentèrent pas ce choix hasardeux. Magnus porta le premier coup. Faible, droit, Alec n'eut aucun mal à le parer. Comme prévu, cela le surprit.
– Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-il.
Il avait bien conscience qu'il y avait autre chose qui se tramait qu'un simple entraînement.
– « Je t'ai dit de ne pas flirter avec moi », répliqua Magnus, tentant de changer sa voix pour coller au plus près à celle de son amant.
La réaction de ce dernier fut immédiate. Il lâcha son bâton, précipita ses mains en direction de ses tempes, ferma les yeux à s'en fendre les paupières, comme en proie à une violente migraine. Quand il les rouvrit, ses joues étaient écarlates, et il laissa glisser son regard vers un poteau proche. Revint à Magnus. Puis au poteau. Ses joues s'enflammèrent un peu plus.
De toute évidence, dans le pêle-mêle que la phrase avait fait remonter en lui, il y avait aussi la suite de cette scène, dans sa chambre de Directeur de l'Institut, ce qui avait été une partie de jambes en l'air épique.
Magnus, doucement, lui sourit.
– Par l'Ange, Magnus, grogna Jace en comprenant. Dans la salle d'entraînement ? Y'a des gamins dans cet Institut ! Vous avez des chambres pour ça !
Le sorcier n'eut pas le temps de répliquer à son beau-frère qu'ils étaient bien plus sages qu'il ne voulait le croire. Alec avait avancé, et plaqué une main sur le torse de son amant. Comme ce jour-là, il fit reculer Magnus vers le poteau. Et comme ce jour-là, il embrassa passionnément son compagnon. Et comme ce jour-là, Magnus s'oublia tout entier dans ce baiser, dans cet amour débordant, ce désir violent qu'il avait de lui, intact malgré les années passées ensemble et les difficultés qu'ils avaient traversées et qu'ils traversaient encore.
Il se retint néanmoins de glisser ses mains sous les vêtements d'Alec. Ils avaient des témoins. Il était déjà assez dur comme ça — au sens propre. Et c'était difficile à cacher, et à contenir l'excitation qui était la sienne.
– Garde cet esprit. Chambre, maintenant, lui murmura Alec à l'oreille, après avoir rompu le baiser, haletant.
Le sourire de Magnus aurait pu illuminer la ville tout entière. C'était une vraie victoire, un vrai souvenir.
– Franchement Magnus, t'avais besoin de faire ça ? le railla Jace. C'était bien le bon moment pour ça ?
Rougissant, Alec se détacha de son amant, baissant les yeux pour faire face à son instructeur.
– Le meilleur moment, répondit le sorcier d'un ton tranquille. On était dans les mêmes conditions, il fallait en profiter.
Il n'ajouta pas, pas devant Max, combien le fait qu'Alec récupère ce genre de souvenirs étaient précieux. Max avait quatorze ans. Il avait parfaitement compris les allusions, savait ce qu'était le sexe, et ne doutait pas que son frère et Magnus pratiquaient très régulièrement. Pour autant, il ne réalisait sans doute pas que le fait qu'Alec se souvienne, se souvienne réellement et pas parce qu'on le lui avait affirmé, que Magnus et lui couchaient ensemble, emplis de sentiments puissants, était quelque chose de fondamental à l'équilibre du couple.
Magnus savait qu'Alexander avait besoin de temps. Mais ne plus pouvoir l'entendre dire je t'aime était une torture. Ce genre de souvenir pouvait les aider à y revenir, et Magnus ne se priverait jamais de les faire remonter à la surface.
Ils se mirent en place pour la suite. Jace resta au centre pour surveiller le futur entraînement de Clary et Max, Magnus et Alec s'installèrent à même le sol, sur le côté.
Le cœur du sorcier bondit quand Alec, d'autorité, s'installa contre lui, dans ses bras. Fragile et délicat, ils avaient récupéré un bout d'eux, aujourd'hui. Doucement, Alec massait sa hanche encore douloureuse. La rune ne guérissait pas tout, et encore moins instantanément. Elle ne faisait qu'accélérer un processus déjà rapide dû à leur sang divin. Alec avait encore une légère gêne.
Avec douceur, Magnus remplaça la main pâle par la sienne, couleur caramel. Dans la lumière des bougies et de la lumière qui inondait la pièce de touches de couleur par les vitraux, Magnus prit un instant pour admirer le contraste de leurs peaux.
– Pain d'épice au miel dans du lait.
La voix d'Alec le ramena à leur surface.
– C'est ce qu'on dirait, non ? Du pain d'épice et du lait. Nous. Et notre fils est bleue comme une myrtille, comme dirait Jace ! Joli patchwork de nourriture !
Pour la myrtille, Alec n'avait pas de mérite : Jace surnommait leur fils ainsi, et il l'avait fait en présence d'Alec depuis plusieurs jours, demandant des nouvelles de son filleul sous ce sobriquet mignon.
En revanche, le reste de la comparaison avec la nourriture n'était pas inédite, mais personne n'en avait parlé à Alec. Pas depuis ces derniers jours, en tout cas.
– Oui, c'est quelque chose que tu m'as déjà dit un jour, lui répondit le sorcier. Que tu aimais que ma peau soit différente de la tienne, parce qu'ainsi, tu savais qu'on était fait pour être ensemble, puisque le pain d'épices était fait pour être plongé et savouré avec du lait. Tu avais le lyrisme facile, ce jour-là.
Alec laissa échapper un étranglement de rire gêné. Le fait que le pain d'épice plonge dans le lait était une métaphore relativement évidente.
– Tu ne t'en souviens pas, n'est-ce pas ? demanda Magnus doucement.
Son compagnon secoua la tête, désolé.
– Ce n'est pas grave. Pourtant, tu as vraiment dit quelque chose de similaire un jour. Ça veut dire que si toi-même, tu répètes tes propres phrases, ça ne te ramène rien. Par contre, si JE cite une de TES phrases, comme je l'ai fait tout à l'heure, ça marche. C'est plutôt intéressant à savoir, non ?
– Tu as une capacité à voir les choses du bon côté assez bluffante, lui répondit Alec.
Magnus lui sourit doucement en réponse.
– Des décennies, des siècles d'expérience. On ne peut pas tout voir en noir. Clairement, tu n'as jamais été l'optimiste de notre couple, il a fallu que je me batte pour ça.
– Je ne me suis pas battu pour nous ? demanda ingénument Alec.
Magnus se mordit la lèvre, sans répondre. Un instant, il observa Clary qui se débattait contre Max, sous le regard attentif de Jace. La jeune femme ne retrouvait pas ses réflexes avec la même facilité d'Alec, mais c'était compréhensible : le sang d'ange d'Alec et ses capacités de Shadowhunter lui avaient été enseigné au même titre que savoir marcher. La formation de Clary avait été beaucoup plus brève et était intervenue plus tard. Magnus pouvait deviner qu'elle allait s'en vouloir de ne pas être capable de parer tous les coups de son assaillant, qui avait l'intelligence et la maîtrise de s'arrêter à quelques centimètres de sa peau afin de ne pas la blesser à chaque fois qu'il passait sa garde. Il faudrait sans doute que le Sorcier signale à Jace de la réconforter et lui assurer que, dans les circonstances qui étaient les leurs, Clary était parfaite. Sans aucune formation sportive, elle était beaucoup plus douée qu'une Terrestre. Jace n'était pas psychologiquement assez fin pour comprendre qu'il devrait prendre les devants pour apaiser les tourments de sa copine, il se bornerait à comprendre qu'elle allait mal sans savoir pourquoi. Magnus se promit de le lui dire.
Puis seulement, il répondit à Alec.
– Si, tu t'es battu pour nous. A partir du moment où tu as commencé à y croire, tu t'es battu. Comme personne ne s'était jamais battu pour moi. Ce n'est pas pour rien que tu es le seul et unique que j'ai épousé.
Il avait tenté de paraître léger, mais Alec se détacha de lui pour mieux le regarder.
– Pourquoi... pourquoi quand tu en parles, alors que... que c'est un truc bien, toi, moi, tous les deux, hein, ça paraît si terrible ?
Il était inquiet, mais surtout perplexe. Magnus ne pouvait pas le blâmer. Sa mémoire était un champ vide. Il avait du mal à faire coïncider entre elles les informations qu'il apprenait et les souvenirs qu'il récupérait.
Mais le Sorcier, depuis la découverte de l'amnésie de son amant et surtout la décision conjointe avec Catarina de lui faire revenir ses souvenirs, avait eu le temps de réfléchir à ce qu'il pourrait rendre à son amant. Quelles phrases, quels fragments de discours pourraient ramener le passé dans l'esprit de son compagnon. Et il avait trouvé tant de combat, tant de disputes, tant de débats et tant de difficultés qu'il avait peur.
Mais si lui aimait Alec et savait pourquoi il se battait, pourquoi il se battrait éternellement, l'homme qui lui faisait face n'était pas son époux, ne l'était plus. Il allait devoir ré-endurer tant de souffrances pour retrouver sa vie, et Magnus avait cela en horreur.
De plus, répondre à ses questions honnêtement signifiait lui déclamer son amour, et il savait qu'Alec avait du mal à l'entendre.
– Alexander... Toi et moi, c'est un truc bien. C'est même mieux que bien, en fait. C'est incomparable. Mais ça n'a pas toujours été facile et évident, ni pour toi, ni pour moi, et on a dû lutter et souffrir au passage. Et savoir que tu ne t'en souviens pas... et que tu vas devoir revoir toutes ces difficultés pour réapprendre notre relation n'est pas quelque chose qui me plaît.
À son immense surprise, Alec lui renvoya un éclatant souvenir, plein d'optimisme.
– Oui, mais les difficultés, c'est ce qui fait l'intérêt du couple et qui permet de se rendre compte des raisons de se battre et de la joie que ça procure non ? Alors j'ai hâte d'apprendre toutes nos difficultés !
Il avait l'air si naïvement convaincu de ce qu'il disait que Magnus, le cœur battant, le crut.
– Hé les amoureux ! Vous avez fini de vous regarder comme des merlans frits ! Clary, fais une pause, Alec, reviens ici !
La voix de Jace les tira de leur discussion, et les joues d'Alec se teintèrent aussitôt d'un rouge soutenu. Il était si adorable, bafouillant et gêné comme aux premiers stades de leur relation, c'était drôle à observer.
Sans répondre, il se releva et se dirigea vers Jace, qui lui jeta à dessein un poignard séraphique. Sans difficulté, Alec le rattrapa, avec un immense sourire de fierté.
Clary remplaça Alec à la place à côté de Magnus. Elle avait l'air contrariée et chiffonnée, et Magnus se dit qu'il aurait dû faire psy, dans cette vie.
– Dis-moi ce qui ne va pas, Biscuit, demanda-t-il.
Prochain chapitre le Me 09/09 !
Reviews, si le coeur vous en dit ? :)
