Bonjour mes petits dasyures mignons !
Au programme de ce chapitre, trois souvenirs fondamentaux, un peu de jalousie, et la fin de la partie 2 ! ;)
Bonne lecture ! :)
Chapitre 24
Alec ne revit pas Magnus avant de pénétrer dans l'infirmerie, à l'heure du rendez-vous avec Catarina. Il était resté avec Clary tout ce temps, et il angoissait un peu, en entrant dans la pièce où tout le monde les attendait. Pas seulement à cause de ce rendez-vous médicalo-psychologique, mais aussi de recroiser Magnus. Alec n'arrivait pas à penser à lui comme son mari, ou son compagnon. Il s'en voulait vaguement pour ça, mais dans son esprit, ce terme se référait à Alexis. Il avait peut-être fréquenté les Oubliés pendant peu de temps, mais pour lui cela avait été son seul repère. D'après ce que lui avait dit Magnus, ils étaient ensemble depuis plusieurs années. Ça n'aurait rien dû vouloir dire, quelques semaines avec un autre, mais cela avait été quelques semaines en continu. Alec n'avait littéralement jamais quitté Alexis. Ils avaient vécu ensemble depuis le début, tout fait ensemble, chaque seconde de sa nouvelle existence.
Et ça comptait. Et d'une certaine manière, cela lui manquait. Il aimait savoir qu'il appartenait à quelque chose d'important, ce monde étrange et effrayant, avoir l'explication de ses tatouages. Il aimait avoir manqué à quelqu'un, qu'on l'ait cherché intensément, avoir une famille. Il aimait que Magnus l'aime, même si cela l'effrayait aussi, parfois.
Mais il n'aimait pas Magnus en retour. Ni même ceux qui étaient sa famille. Il se sentait incapable d'avoir de tels sentiments pour ceux qui lui restaient des inconnus ou presque. Il n'avait pas grandi avec sa sœur, n'avait pas échangé des serments avec son frère adoptif, n'avait pas appris à se battre à son cadet. Il n'avait pas les souvenirs nécessaires pour créer les sentiments.
– Bonjour Catarina, bonjour tout le monde, salua-t-il en arrivant.
La jeune femme avait la peau bleue, manifestement affairée à des choses qu'il ne comprenait pas. Dans la pièce, on n'attendait plus qu'eux, et Alec se sentit gêné de tout le comité. Outre Clary et lui, la pièce comptabilisait sept personnes : Magnus, Jace, Maryse, Max, Izzy, Simon, et bien sûr Catarina. Ça faisait beaucoup de public.
– Installe-toi, Alec, ordonna Catarina en lui désignant le lit.
Il haussa les sourcils, gêné. Il avait déjà récupéré des bribes de mémoire, et jamais cela n'avait nécessité qu'il soit allongé. Il n'avait pas réalisé, jusqu'alors, pourquoi ils avaient rendez-vous à l'infirmerie de l'Institut et non dans n'importe quelle pièce pour discuter.
– Je... hésita-t-il, incertain sur ce qu'il voulait dire.
– Je dois regarder ton cerveau en même temps. Ça peut nous aider, expliqua patiemment Catarina.
De toute évidence « regarder son cerveau » impliquait sa magie, ainsi que les outils technologiques médicaux haut de gamme à proximité.
– C'est obligé ? demanda-t-il en regardant les électrodes qui attendaient à côté du lit. Parce que j'ai déjà récupéré des souvenirs... et je n'ai pas eu besoin de ça. Rien qu'aujourd'hui, Magnus m'a dit deux fois des trucs, et ça a marché, et je n'ai pas besoin de ça...
Catarina reporta son attention sur Magnus, qui détourna le regard d'un geste nonchalant.
– Magnus, le protocole, ça te dit quelque chose ? demanda-t-elle, exaspérée.
– On était dans les mêmes circonstances, plaida le Sorcier. Ça ne pouvait pas faire de mal ! Et ça a marché, ajouta-t-il avec une mimique arrogante.
– Faut-il que je t'aime, Bane, pour te supporter depuis tant de siècles ! répliqua Catarina en levant les yeux au ciel.
Mais elle n'était pas réellement fâchée, comme l'affection de son ton le laissait clairement sous-entendre.
Alec, lui, se tendit. Parce qu'il ne supportait pas que quelqu'un d'autre dise si facilement à Magnus qu'il l'aimait ? Parce que lui en était incapable ? Parce qu'il était jaloux ? Il ne savait même pas lui-même exactement.
Avec douceur, Catarina revint à lui.
– Ça nous aidera à circonscrire les zones de ta mémoire, qui réagissent quand tu te souviens. Si nous parvenons à comprendre exactement comment ça se passe, on pourrait espérer la stimuler différemment pour libérer le blocage psychologique qui est le tien.
– Stimuler... ?
– On ne t'enverra pas des électrochocs sous le crâne, promit l'infirmière. Par magie, ça peut être différemment.
Ce faisant, Alec obéit aux ordres de la jeune femme et s'installa, couché, gisant comme un malade, au milieu de tous les autres. Il se sentait comme une bête de foire, vulnérable et misérable, tandis qu'elle lui collait les pastilles des électrodes sur le front.
– Je ne suis pas vraiment sûr de comprendre comment ça peut marcher, reprit-il.
– La magie ? Ce serait très difficile de t'expliquer.
– A fortiori que tu n'es pas sorcier, intervint Magnus. C'est comme si un shadowhunter essayait de m'expliquer le fonctionnement d'une rune parabatai, les sentiments que ça provoque, le lien que cela créé. Tu me l'as expliqué plusieurs fois, Jace aussi.
Le concerné acquiesça.
– Mais je ne peux pas comprendre. Je ne pourrais jamais le comprendre. Tu ne pourras jamais comprendre la magie comme un magicien natif. Et dis-toi que même moi qui comprend la magie, je ne comprends même pas forcément l'impact médical de ce que fait Cat', alors contente toi de lui faire confiance.
Magnus se tut, ravalant les sentiments contradictoires que cela ramenait en lui. Les souvenirs de la perte de sa magie et l'impact que cela avait eu sur sa relation avec Alexander étaient des images encore à vif pour lui.
– C'est propre à l'humain, de toute façon, avait repris Maryse. Aucun homme ne pourra jamais connaître le sentiment de porter un enfant, de le mettre au monde, de l'allaiter, par exemple. Nos différences ne viennent pas forcément de notre sang et de nos origines.
Si Alec et Clary ne comprirent pas réellement les propos sous-jacents, les autres y réagirent. Magnus souriait, ému, à sa belle-mère, Izzy entrelaça ses doigts avec ceux de Simon, Jace prit la main de Clary pour la presser.
– Bien. Tu es prêt, Alec ? Les appareils sont en place.
Catarina claqua des doigts et une fumée, semblable à celle de Magnus mais différente tout à la fois, apparut à l'extrémité. Ayant déjà été examiné par la jeune femme ainsi, Alec ne broncha pas.
– Je suis prêt. Par quoi on commence ? Je vous écoute !
– Trois souvenirs, si tu tiens le choc. Maryse, Jace et Magnus. Ils se sont mis d'accord sur trois éléments importants de ta vie : ton enfance, le discours de la cérémonie parabatai, et ton serment de mariage. Ça te paraît acceptable ?
Alec ne répondit rien. Catarina n'attendait pas réellement son assentiment, de toute manière. Ils avaient tous conscience que cela faisait beaucoup d'un seul coup, mais Maryse, Jace et Magnus n'en avaient pas démordu. Les trois évènements étaient fondamentaux dans la vie du jeune homme, et il avait besoin de ça.
– Bien allons-y. Maryse ?
Inconsciemment, ils s'étaient tous placés en cercle autour du lit où gisait Alec. Magnus, de lui-même, était venu se placer à côté de la tête du lit. Même si Alec ne pouvait pas s'en souvenir, Magnus lui savait parfaitement qu'il avait séjourné dans ce lit, la magie de Lorenzo le tuant lentement, et son amant souffrant de le voir inanimé. Même sans en comprendre les raisons, Alec était reconnaissant de sa présence. Maryse, à cet instant, était pile face au lit, et fit un pas en avant, brisant le cercle.
– L'un de mes souvenirs le plus fort de toi quand tu étais petit, c'est quand Robert, ton père, et moi t'avons annoncé que tu allais avoir une petite sœur. Mais tu n'avais que dix-huit mois, tu marchais déjà très bien, mais tu parlais très mal. Tu as parlé très tard, en fait, par rapport à Izzy et Max. Ça s'est d'ailleurs toujours confirmé : tu as toujours été un taiseux par rapport à tes frères et sœurs.
Alec sourit bravement. Cela ne lui évoquait rien, bien sûr, mais l'indicible amour maternel qui se dégageait des propos avait quelque chose de réconfortant et d'agréable. Ce sentiment d'appartenance à une famille qui réchauffait le cœur.
De toute évidence, les propos étaient vrais, quand il vit le sourire, presque une grimace, d'Isabelle, comme si elle s'excusait muettement d'avoir été trop bavarde quand son frère se taisait.
– Tu ne disais rien dit de très clair à l'époque, mais quand on t'a expliqué qu'on allait avoir un bébé, tu as dit Non. Juste non, très clairement et très précisément, et ton visage de l'époque... Mais bien sûr, même avec ta mémoire, cela tu ne peux pas t'en souvenir. Du coup, j'en ai choisi un autre. Tu as deux ans et deux mois. Ta petite sœur vient de naître, et tu la rencontres pour la première fois. Nous vivons alors à Idris, là où tu es né et a grandi également.
Alec hocha la tête pour montrer qu'il avait compris le contexte. Après concertation, pour les souvenirs d'enfance les plus vieux, ils avaient choisi de les contextualiser et les dater, puisque même si Alec récupérait la mémoire, celle de l'enfance était toujours plus fragile.
Maryse inspira profondément, un peu incertaine. Bizarrement, Alec se sentit mieux à l'idée qu'il n'était pas le seul à être gêné dans cette pièce. Dire, en tant qu'adulte, des mots enfantins presque sortis de nulle part, devait être une expérience bizarre.
– « Alexander, voici ta petite sœur, Isabelle. Viens dire bonjour. NON, mais mamaaaan, ch'peux pas, connais pas par'ze coeur les runes ! »
Elle marqua un temps d'arrêt, correspondant à l'incrédulité des parents Lightwood face à la réplique de leur aîné.
– « Chuis pas assez grand pour lui apprendre les runes, je connais pas, j'peux pas ! »
Personne ne se moqua de l'accent enfantin exagéré de Maryse, qui correspondait aux hésitations de son aîné à l'époque. Bien que sa grammaire eût toujours été parfaite, son élocution n'avait jamais suivi.
La réaction d'Alec, de toute manière, les intéressa beaucoup plus. Comme toujours, il sentit ses tempes vriller de douleur, et il y porta instinctivement les mains, fermant les yeux sous la douleur. Catarina fut la seule à ne pas se pencher en avant d'inquiétude, laissant d'une main sa magie analyser les réactions d'Alec, de l'autre pianotait sur l'écran tactile qui recevait en temps réel les réponses du cerveau d'Alec.
Tous, retenant leurs souffles, attendirent qu'Alec rouvre les yeux, ce qui finit par faire, difficilement. Il savait, devant leurs airs impatients, qu'il devait dire quelque chose, mais la peur de les décevoir le paniquait.
– Je... commença-t-il, balayant l'assistance du regard.
Il y avait tant d'attente peints sur leurs visages. Seule Clary lui paraissait plus neutre, plus douce, simplement là pour le soutenir sans jugement, sans attente.
Autour de sa main droite, retombée sur le matelas, il y eut soudain une chaleur et Alec y glissa le regard. La main de Magnus reposait la sienne. Sans rien attendre en retour. Sans rien exiger.
– Ça... n'a pas été comme les autres fois. Avant, c'était comme... c'était des images, des sons, des sentiments, des odeurs. Ce n'était pas forcément très net, mais plus que maintenant. Là... c'était très flou. Je... je ne me souviens pas de visages, ou d'un bébé... Je me souviens d'une odeur. D'antiseptique, de propre, presque écœurante.
Maryse hocha la tête. L'odeur de l'hôpital d'Idris.
– J'ai ressenti... je ressens... une inquiétude, je voyais des runes, plein de runes. Peut-être un livre ?
Il se mordit la lèvre. C'était flou, agaçant, rageant.
– Alec, c'est normal. Tu avais à peine deux ans, tes souvenirs sont forcément difficiles à ce moment-là. Tu nous as sidérés avec ton père en disant cela, et les jours qui ont suivi, tu as passé tout ton temps à lire le livre des runes pour toutes les retenir et tu les dessinais partout, alors même que tu ne savais pas lire et que tu ne savais pas à quoi elles correspondaient. Tu n'étais pas très intéressé par Izzy au départ. C'est venu bien plus tard, quand elle s'est mise à jeter ses peluches de son lit. Tu les lui rapportais. Toujours. Ça la faisait rire, alors elle recommençait, et tu allais les chercher invariablement. Sinon avant, tu ne percutais pas très bien que tu étais son grand frère. Tu te souviens des runes, je pense que c'est la seule chose qui devait t'obséder avec ton esprit d'enfant. Ça me paraît... normal.
La mère de famille se tourna vers Catarina, qui regardait toujours ses écrans, avant de revenir à eux.
– Je suis d'accord avec elle. Tu as saisi l'essentiel du souvenir, c'est ce qui compte. Ne sois pas trop dur avec toi-même. Ça te provoque des migraines, n'est-ce pas ? Sur une échelle de 1 à 10, dix correspondant à la douleur la plus intense, comment qualifierais-tu celle-ci ? Et les précédentes ?
Alec réfléchir, se massant les temps d'une main. Il gardait la main de Magnus dans l'autre. C'était plus un réflexe que de la réelle douleur. Il avait senti Catarina atténuer l'effet, quand il avait commencé à parler.
– Je dirais trois en temps normal, et quatre pour celle-ci, mais... Les médecins, euh, les terrestres, à l'hôpital ?
Il hésita, ayant bien compris qu'il s'agissait d'un sujet délicat.
– Ils posaient ce genre de question et... ils disaient que mes réponses étaient très basses par rapport aux traumatismes que j'avais. Que mon seuil de résistance à la douleur était sans doute très élevé.
– Ce n'est pas surprenant, intervint Jace. Ton corps et ton sang restent ceux d'un Shadowhunter. Tu récupères beaucoup plus vite qu'un terrestre, et nous sommes entraînés à gérer la douleur pour continuer à nous battre...
La sorcière hocha la tête. Elle avait suffisamment frayé avec des néphilims pour savoir cela, et que le chiffre d'Alec était faussé par son inconscient.
– Tu te sens assez bien pour continuer ?
– Ouais. Ça va aller.
– Très bien. Jace ?
Maryse, instinctivement, recula pour réintégrer le cercle, et Jace avança. La main de Magnus resta contre celle d'Alec. Cette fois, Jace ne contextualisa pas, mais il n'y en avait pas besoin. Alec savait qu'il s'agissait de la cérémonie parabatai.
– « Ne me presse pas de te laisser partir, ni de me retourner loin de toi. Car où tu iras, moi aussi j'irais. Et où tu demeureras, je demeurerai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera le mien. Où tu mourras, je mourrai, et j'y serai enterré. Que l'Ange me traite dans toute sa rigueur, si autre chose que la mort venait à me séparer de toi. »
Alec arracha sa main à celle de Magnus par réflexe, pour les poser de nouveau contre sa tête. La douleur était plus intense, plus vive, mais les images plus claires également. S'il ne sentit pas les larmes couler sur son visage, perdu dans la récupération de ses souvenirs, tous les autres le virent et s'en affolèrent. Alec ne pleurait pas. C'était une image choquante. Izzy, par instinct, se saisit de la main de Simon pour y trouver du réconfort. Elle n'aimait pas avoir l'image de son frère qui souffrait et pleurait. La dernière fois qu'elle l'avait vu ainsi, la capitale d'Idris était en flammes et Alec voyait l'amour de sa vie partir pour Edom et refermer la faille pour tous les sauver, sans véritable espoir de retour. Ce n'était pas des souvenirs auxquels elle aimait repenser, et elle réalisait soudain qu'Alec allait devoir en repasser par là. Par là et par tout le reste : la lutte pour son homosexualité, l'opposition à leurs parents, les risques, les batailles, les ruptures avec Magnus, les cicatrices, les blessures, la perte de Jace, Elle n'avait jamais aussi peu envié la situation de son aîné qu'en cet instant.
Max, dont le cheminement mental était plus simple du fait de son âge, se blottit contre sa mère. Son frère était son Inquisiteur et son modèle absolu.
Magnus avait l'impression de se briser. Et avait l'envie de briser Jace, probablement un peu, parce que les souvenirs de celui-ci faisaient pleurer Alec.
Haletant, le jeune homme finir par rouvrir les yeux, se redressant et retrouvant une respiration décente.
– Six, répondit-il à la question que Catarina n'avait pas posée. Peut-être sept. Je ne sais pas notre âge, mais on était jeunes. On était ici, je veux dire dans une pièce de l'Institut, il y avait du feu, et... et...
Les doigts d'Alec se posèrent instinctivement sur son flanc gauche. La droite avait retrouvé la main de Magnus, sur le matelas. Maladroitement, il posa sa paume sur sa rune parabatai. Jace fit de même, sans cependant ne rien ressentir. Ce lien qui s'était brisé sans vraiment l'être lors de l'amnésie d'Alec n'était pas revenu.
Selon les probabilités et suppositions qu'ils avaient pu faire, cela était dû au fait que la rune liait Alec et Jace, mais qu'Alec avait beau répondre à son nom, vivre à l'Institut et récupérer des bribes, il n'était pas lui.
– C'était... c'était...
Alec cherchait ses mots, mais n'en trouvait pas. Il regardait juste Jace avec un air d'adoration indéfini, comme s'il le reconnaissait, vraiment. Isabelle, involontairement, se mit à en être jalouse. De toute évidence, Alec venait réellement de retrouver quelque chose de puissant à propos de son frère de cœur, d'âme. C'était d'autant plus douloureux pour la jeune femme qu'elle n'avait jamais ressenti cela, et n'en avait jamais eu envie. Avant Clary. Avant que les Anges ne leur arrachent Clary. Dès lors, Izzy avait fait son deuil de vivre cela un jour. Max y était passé. Les liens qu'il avait noué avec Tim, à l'Institut de Chicago avaient été indéfectibles, et quand ils étaient officiellement venus à New York, ils avaient souhaité la cérémonie et ne le regrettaient pas depuis. De toute évidence, le jeune homme comprenait ce qu'Alec redécouvrait et Izzy était donc doublement jalouse : de son frère qui ne se souvenait pas d'elle, mais de Jace, et ces sentiments d'attachement profonds qui lui resteraient pour toujours incompris.
Par-dessus l'épaule de Max, le bras de Maryse se tendit et se posa sur l'épaule de sa cadette. Sans un mot, juste par un bref échange de regard, les femmes Lightwood se comprirent. Maryse n'avait jamais eu de parabatai. Et son fils aîné la regardait toujours comme une étrangère.
– C'était indescriptible, finit par dire Alec, sans être capable d'en dire plus.
– Je veux bien le croire, ajouta Catarina. Ton cerveau s'est plus illuminé qu'un feu d'artifice !
– C'est bon signe ? demanda Magnus.
L'infirmière haussa les épaules sans répondre. Il était trop tôt pour le dire.
– Tu te sens de poursuivre, ou tu préfères une pause ?
– Un instant, réclama Alec. C'est... je ne sais pas comment l'expliquer, mais j'ai des images qui reviennent, et c''est plutôt dur de tout trier... Il y a du sang, aussi. Parfois. Sur toi, Jace.
Le concerné explosa de rire. Tuer des démons et rentrer couvert de sang avait été un truc banal de leurs existences, il était difficile de faire correspondre cela à un seul souvenir.
Alec ne dit rien de plus, mais continua de regarder son parabatai. Avant de jeter un regard inquiet à Magnus, puis de nouveau à Jace, puis de nouveau sur Magnus. Puis il regarda résolument le mur, conscient que personne ne pouvait passer à côté de ses mouvements, tous le fixant, et trouvant cela étrange. De toute évidence, il y avait quelque chose en lui qui pointait et qu'il n'arrivait pas à verbaliser. Ou qu'il n'osait pas verbaliser.
– Je vais me chercher à boire. Izzy, tu m'accompagnes ? lança soudain Magnus. Comme ça permet de faire une pause !
Si sa remarque les fit tous sursauter, ils n'eurent pas vraiment le temps de réagir, et avant d'avoir eu le temps de dire ouf, Izzy se retrouva entraînée dans le couloir par un Magnus en grande forme. Ils ne dépassèrent jamais le couloir de l'infirmerie, une fois à l'abri des oreilles indiscrètes.
– Qu'est-ce qu'il te prend, Magnus ?
– J'ai besoin que tu répondes franchement à une question, Iz'. Je sais que les parabatais ne doivent pas tomber amoureux. Mais Alec, à l'époque... il l'était ? De Jace ? Il l'était quand je vous ai rencontrés, mais je ne sais pas de quand cela datait.
Poser la question lui coûtait, mais s'il avait correctement interprété les regards de son mari, celui-ci avait aussi récupéré ses sentiments d'alors pour Jace. La jalousie n'était pas quelque chose que Magnus avait l'habitude de pratiquer, et il s'en voulait, mais il devait être sûr.
Il n'y eut aucune surprise sur le visage d'Izzy, simplement de la compassion. Elle aussi avait remarqué.
– Je ne crois pas qu'il n'ait jamais été amoureux de Jace. Il l'aimait, oui, mais jamais comme il t'a aimé, comme il t'aimera quand il s'en souviendra. Il découvrait son homosexualité et Jace était son monde, c'est pour ça qu'ils se sont liés comme parabatai. Mais oui, il vient probablement de retrouver les sentiments nébuleux qu'il avait pour Jace à l'époque.
– Bien.
Il ne dit rien de plus, se contentant d'inspirer bruyamment.
– Magnus... commença Izzy.
– Allons lui rappeler qui il aime le plus. Allons lui rappeler notre mariage.
Et d'un pas conquérant, il s'en retourna dans l'infirmerie, Isabelle sur les talons.
Personne ne fit de commentaires sur le fait que sa pause avait été bien courte, et qu'il revenait sans rien à boire. D'un signe de tête, Catarina fit savoir qu'elle était prête pour la suite. Alec acquiesça aussi. Magnus reprit d'autorité sa place près d'Alexander, sa main dans la sienne, et ne détourna pas le regard pour prononcer ces serments. Là encore, il n'y avait pas besoin de contexte :
– « L'amour que j'ai pour toi est un amour qui n'a pas de limite. Aussi bien dans la joie que dans la tristesse, dans la maladie et la santé, je t'aimerai comme mon égal, et nous protégerai par-dessus tout. Je partagerai avec toi mes sentiments les plus sincères. Et quand tu parleras, je t'écouterai. Je te rattraperai quand tu tomberas. Et quand tu t'élanceras, je t'aiderai à atteindre les plus grandes hauteurs. Magnus Bane. Alexander Gideon Lightwood. Je suis, et je serai toujours ton mari aimant. »
Cette fois, Magnus ne le laissa pas arracher sa main à la sienne, et l'accompagna à ses tempes et, magiquement, apaisa la migraine qui venait d'exploser sous le crâne de son amant. Il y eut des larmes, de nouveau, sur les joues d'Alec, mais elles ne durèrent pas. Il ne regarda pas le reste de sa famille. Il ne regardait que Magnus. S'il avait eu un air d'adoration ébahi en contemplant Jace, ce n'était rien face au sourire qu'il offrait à Magnus. Incapable de respirer, de parler, de faire autre chose que de regarder les iris noires de son amant, de se remémorer ses traits, son bonheur, le dais sous lequel ils se trouvaient, la reconnaissance de leur mariage, leurs danses, leur soirée, leur dîner, leur nuit de noces, leurs costumes noirs, sa chemise blanche. Cela pulsait à toute vitesse sous son crâne, trop d'images qui fusaient et un seul sentiment. Un bonheur violent, terrifiant, qui le clouait sur place, une sensation d'avoir enfin tout ce qu'il avait désiré dans l'univers. C'en était effrayant. Il récupérait son mariage, l'assurance qu'il aimait cet homme.
Il ignorait encore pourquoi il l'aimait. Ils n'avaient pas de premiers baisers, de premières fois, de disputes, de premiers je t'aime, de fous rires, d'épreuves et d'embûches.
Sur ses joues, malgré son sourire, ses larmes recommencèrent à couler. Dans son cœur, assombrissant l'éclat de joie, il y avait la crainte et le doute.
– Respire, Alexander, ordonna doucement Magnus. Tu vas faire une crise d'angoisse et risque l'hyperventilation, sinon. Je sais que ça fait beaucoup. Je ne sais pas exactement ce qui se passe sous ta tête, mais ça doit être intense. Ne dis rien, juste respire et assimile lentement les informations.
– Je confirme, lui parvint la voix presque lointaine de Catarina. Nous avons validé notre théorie, mais Alec a besoin de repos. Nous ferions mieux de sortir.
Sans un mot, tous obéirent à l'ordre de l'infirmière. Maryse entraîna ses deux enfants biologiques avec elle, Simon suivit naturellement Izzy, Catarina leur emboîta le pas. Jace, trop heureux de voir son frère heureux, s'attarda un peu, une seconde de plus, avant de partir également. Ce fut seulement à ce moment-là qu'il remarqua que Clary n'était plus là. Et il ne savait pas depuis combien de temps elle avait disparu.
Une fois tous partis, Magnus tendit précautionneusement la main vers le visage de son amant et caressa sa joue humide. Alec le laissa faire, fermant les yeux sous la caresse.
– Si tu veux que je parte également, tu n'as qu'un mot à dire, informa-t-il
– Non... souffla Alec. C'est juste...
Il s'interrompit.
– Tu n'es pas obligé de parler si tu ne veux pas.
– C'est juste effrayant. De retrouver des sentiments que j'ignorais avoir, tout en ne sachant toujours pas d'où ils proviennent.
– Je comprends, murmura doucement le sorcier. Nous avions besoin de faire un test sur des souvenirs forts, mais Cat' a raison. On va y aller doucement, désormais, et chronologiquement. Ce sera plus simple ainsi pour toi.
– Je veux dormir, chuchota Alec. Je suis fatigué. Tu peux rester ?
– Je ne vais...
Magnus s'interrompit. « Je ne vais nulle part » était une phrase qu'ils avaient prononcée tous les deux. Faire remonter de nouveaux souvenirs à un Alec éprouvé n'était peut-être pas la meilleure idée.
– Je reste là, promit-il à la place.
Il s'éloigna un instant du lit, juste pour prendre une couverture et l'étendre sur son amant. Bizarrement, ce dernier se tourna soudain sur le côté, lui présentant son dos, et glissant au bord du lit. Magnus savait reconnaître une invitation quand il en voyait une. L'instant d'après, il se glissait dans le lit, dans le dos d'Alexander, l'entourant de ses bras et jetant sur eux la couverture.
– Magnus ? murmura Alec.
– Chut. Dors. Tu parais épuisé. On n'est pas obligé de discuter.
– Non, mais je voulais juste te dire... ce que tu as entendu, avec Clary, dans la salle de bains...
Magnus leva les yeux au ciel, sans que son compagnon ne puisse le voir.
– Je n'étais pas censé être là, Alexander. Je n'ai rien entendu, donc, puisque c'était comme si je n'étais pas là. Je n'ai rien entendu de Clary, ni de toi. Point final.
La réponse dut rassurer Alec. Sans ajouter un mot de plus, perdu dans l'odeur du bois de santal que dégageait Magnus, il sombra dans le sommeil, épuisé par la session qu'il venait de vivre.
FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE
Reprise le Me 16/09 !
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