Bonjour mes petits dasyures mignons !

RaR :

Guest sur le chapitre 9 (qui verra donc sa réponse dans loooongtemps) : Merci pour l'enthousiasme, je suis ravie que tu aimes ! Alors oui, pour te répondre, en terme de mémoire, Alec ET Clary ont tout perdu leur passé. Mais Clary, deux fois de suite, elle a perdu tout son passé et a appris à se construire comme ça. Alors que Alec a tout perdu durant quelques semaines, il n'a pas eu le temps de reconstruire toute une vie, donc abandonner les relations forgées durant ses quelques semaines est moins dur que Clary, pour qui ça fait plusieurs années et qui s'était faite à l'idée d'avoir perdu toute sa vie antérieure ;)

ShadowVSlight (chap 23) : En effet, nul n'est parfait sur l'orthographe, surtout sans bêta ^^ On ne voit plus ses propres fautes, à force de relire ^^ Pour ta conception du happy end et de la fin que tu voudrais voir, je prends bonne note. Mais clairement, c'est pas MA conception du happy-end (c'est vrai quoi, si 90% des personnages sont vivants, c'est déjà pas mal ! Et je parle pas de leur état psychologique...), donc je ne peux rien promettre... ;p Merci pour la review, j'espère que la suite te plaira ;)

Au programme de ce chapitre, le début de la dernière partie, des explications scientifiques, et du Alec-Clary !

Bonne lecture ! :)


PARTIE 3

Chapitre 25

En fin d'après-midi, ils retrouvèrent Catarina dans le bureau directorial, pour ses conclusions. Parfaitement reposé, Alec se sentait mieux. Il appréciait avoir retrouvé des souvenirs, mais se sentait encore toujours profondément incomplet. Des images éparses ne faisaient pas une mémoire complète.

De nouveau, tout le monde les attendait, et même si Alec pouvait comprendre le besoin qu'avait sa famille de savoir ce qu'il avait, cette pression était relativement désagréable.

En entrant dans la pièce, suivi de Magnus, il remarqua que Clary était là, et se tenait ostensiblement loin de Jace, bras croisés. Ils n'avaient pas pu discuter tous les deux depuis l'épisode de la salle de bains, et il était évident que la jeune femme n'allait pas bien. Il se promit de lui en parler plus tard.

Simon n'était pas là, mais Luke accompagnait Maryse.

Était également présente une femme dont Alec ne se souvenait pas du nom. Mais elle portait Maxie, entre ses bras, et Magnus récupéra son fils en la saluant chaleureusement.

– C'est Aline, Alec. Inquisitrice par intérim, marraine de notre fils.

L'amnésique hocha la tête : c'était la femme qui était arrivée par un portail, le premier soir de son arrivée ici. Il remettait les pièces en place.

Dans les bras de Magnus, Maxie babillait avec joie, heureux de retrouver son père. Mû par l'instinct, Alec s'approcha, et l'enfant tendit ses bras vers lui. Sans la moindre crainte, Magnus le lui tendit, et Alec le prit contre lui, émerveillé.

– Dad', prononça distinctement l'enfant, les yeux écarquillés de joie.

– Il ne parle pas ? demanda Alec.

– Pas vraiment... il est encore jeune, puis il est sorcier. Cat' m'a expliqué que les enfants sorciers comme elle, conscient de leurs pouvoirs dès leur plus jeune âge, ont un retard de développement certain. C'est comme ces enfants qui naissent dans une famille dont les parents parlent deux langues différentes... Comme ils ont deux langues à assimiler, et même si ça va devenir entièrement naturel pour eux, ça prend généralement plus de temps pour qu'ils apprennent à parler... En l'occurrence, Maxie ne parle qu'une seule langue, mais en plus de la motricité classique aux enfants, aux gestes qu'il peut faire et à l'environnement qu'il découvre, il apprend sa magie instinctive... du coup, ça a tendance à ralentir son développement dans les autres domaines. Notamment parce qu'il peut très bien se faire comprendre à coups de magie parfois, donc d'instinct, il ne voit pas pourquoi il apprendrait à parler. Et puis, bien sûr, l'un de ses pères a disparu pendant plusieurs semaines et il ne comprend pas pourquoi tu n'es pas rentré à la maison.

Magnus avait dit cela doucement, sans jugement. Alec ne pouvait pas être considéré comme responsable de cet état de fait.

– Mais il comprend très bien les choses, par contre, hein Maxie ? Tu me montres ta bouche, Maxie ?

Riant, sans hésitation, l'enfant leva la main vers le visage d'Alec et colla ses doigts contre sa lèvre.

– Et le nez ? Et les yeux ?

Le bambin et ses gestes aléatoires attrapaient le visage d'Alec en riant, extatique, sous les injonctions de son papa. Alec, ébahi, le laissait faire en riant. Les mains de l'enfant collaient un peu, mais il sentait le bébé. Sa peau bleue tranchait sur celle blanche de son père, et ses cornes semblaient suffisamment pointues pour blesser, mais il était objectivement adorable.

– Hem, loin de moi l'idée de vouloir vous interrompre dans votre charmant tableau familial, mais j'ai une garde qui commence dans trente minutes, annonça Catarina.

Leur petite bulle de bonheur explosa et ils se retournèrent, confus, vers leur public silencieux.

– Tu travailles trop, Cat', décréta Magnus. On t'écoute.

Elle lui sourit, à deux doigts de lui tirer la langue, avant de reprendre la parole.

– Bien. Les examens, tant magiques que médicaux, tendent à dire que tes souvenirs sont bien présents, et ton cerveau y réagit normalement quand on les active. Ici, la seule chose de perdue est ta mémoire à long terme. Plus précisément, ta mémoire dite épisodique.

– C'est à dire ? interrogea Izzy.

– La mémoire épisodique, rétrospective ou prospective, s'oppose à la mémoire sémantique, celle qui concerne les connaissances générales, par exemple que ceci s'appelle un bureau, ceci une fenêtre, etc. La mémoire épisodique rétrospective, celles des souvenirs du passé, est celle de bloquée chez Alec. Sa mémoire épisodique prospective va très bien : il se souvient sans aucun problème de ce qu'il doit faire dans le futur.

Le concerné hocha la tête.

– La mémoire fonctionne toujours en trois temps, qui font agir diverses zones du cerveau : l'encodage, le stockage ou la consolidation et la récupération.

– C'est ce dernier point qui nous pose problème, releva Jace.

– En fait, non, poursuivit Catarina. Oui, bien sûr, c'est le problème majeur. Alec ne parvient pas à récupérer seul ses souvenirs, il n'y a pas accès. Dans ce cadre, c'est le lobe temporal qui intervient normalement. Or, d'après les analyses, quand on te dit des choses qui te font des réminiscences, même si ton lobe temporal a plus de mal, il travaille normalement.

Elle leur désigna des images sur un écran, scanners de cerveau, illuminés dans certaines zones.

– Ici, désigna-t-elle, c'est ton lobe temporal. Et là, ton lobe frontal. C'est lui qui te provoque des migraines. Quand on cherche un souvenir, en gros, ton lobe frontal fait le boulot et va piocher dans la banque de données des souvenirs du lobe temporal. C'est pour ça que tu as mal au crâne : ta banque de données est nettement moins accessible, et la recherche est plus difficile. A gauche, c'est ton cerveau Alec. A droite, celui d'un homme lambda qui se rappelle ses dernières vacances. Regardez.

Elle appuya sur un bouton de l'ordinateur, et la modélisation des cerveaux se mit à bouger et clignoter. Celui de droite s'allumait brièvement, rapidement, là où celui d'Alec se colorait de jaune, puis d'orange et finalement de rouge, pendant beaucoup plus longtemps.

– La couleur indique l'effort, les stimuli que reçoit ton cerveau : tu vois combien il a cherché plus longtemps, plus difficilement. Et au final, il n'arrive même pas à retrouver le souvenir en question : il en ramène plusieurs. La simulation ici, c'est celle quand Magnus a prononcé ses serments de mariage. Or tu ne t'es pas rappelé QUE de cet instant, n'est-ce pas ?

Alec opina. Il ne se souvenait pas simplement de lui et Magnus sous un dais, à se promettre de se chérir pour le reste de leurs existences, mais il y avait en vrac plusieurs bouts de souvenirs de la journée qui étaient revenus.

– Ta mémoire force pour retrouver ses souvenirs, et elle ramène en vrac tout ce qu'elle peut, lorsqu'elle accède enfin au lobe frontal. C'est à cause de l'encodage.

– La première étape, intervint Izzy, histoire d'être sûre de bien suivre.

– Exactement. L'encodage, c'est généralement le job du lobe frontal aussi. Le problème, c'est le processus est propre à chacun. Vous avez déjà eu du mal à retenir certaines choses, sans savoir pourquoi ? Des choses qui ne veulent absolument pas rentrer dans votre mémoire ?

– Oui ! Je me trompe tout le temps entre les runes d'insensibilité au feu et d'invisibilité ! s'exclama Max. Pourtant, elles ne se ressemblent pas... mais je n'arrive pas à les retenir !

Catarina hocha la tête en direction du jeune garçon.

– Ou mon incapacité à retenir les proportions du gâteau au chocolat que j'ai fait invariablement à l'anniversaire de chacun de mes enfants, quatre fois par an pendant vingt ans au moins... proposa Maryse en riant.

– Exactement. On a tous des tas d'exemples de ce genre, des règles de grammaire aux tables de multiplications en passant par des prénoms, des itinéraires, des recettes, n'importe quoi, en fait. C'est plus fort que nous, même en essayant mille fois, on ne retient pas, alors que se souvenir... de la couleur de la robe de la fille devant nous dans la file d'attente trois ans plus tôt, ça on va le faire inconsciemment. C'est le problème de l'encodage : on ne sait pas très bien pourquoi, parfois, il refuse d'intégrer des souvenirs. La consolidation, c'est le rôle de l'hippocampe, c'est lui qui associe l'évènement et en créé un souvenir dans le lobe temporal. Si l'hippocampe va bien, c'est souvent la faute du lobe frontal si on ne retient pas quelque chose. Chez les personnes hyper mnésiques, ou mémoire photographique, c'est plutôt l'inverse : tout ce qu'ils voient, qu'ils le veuillent ou non, est encodé et consolidé par un hippocampe trop efficace, et ils retiennent absolument tout.

– Où veux-tu en venir, Cat' ? interrogea Magnus.

Considérant que cela faisait plusieurs siècles qu'il arpentait cette terre, il savait que les sorciers avaient instinctivement une bien meilleure mémoire que les simples terrestres, puisqu'il leur fallait conserver des souvenirs beaucoup plus nombreux, et il connaissait globalement les théories et explications scientifiques sur le sujet[1].

– Oui, pardon. Ce que je veux dire, c'est que nous ignorons comment fonctionne l'encodage d'Alec. Lui-même ne le maîtrise pas, en fait. Du coup, nous n'avons aucunement la connaissance de quelles sont les informations dont il va se souvenir ou non, lesquelles ont réellement été encodés ou non. Pas plus que nous ne savons comment cela a été consolidé, c'est à dire comment les liens ont été fait entre ses différents souvenirs.

– C'est comme Vice-versa, en fait.

La réflexion d'Alec les sidéra tous. Mais de toute évidence, seuls Catarina, Clary et Simon comprirent réellement de quoi il s'agissait.

– Le film ? De Disney ? Avec Tristesse et Joie ? Avec la mémoire à court terme et à long terme, et les îles des personnalités ? précisa Alec à leurs airs incrédules.

– Ahah ! exultait Simon. Pour une fois que les terrestres ont un temps d'avance !

– Je l'ai vu aussi, précisa Clary. Tu veux dire que les îles de la personnalité créent des liens entre les souvenirs, c'est ça ?

– Oui, d'après ce que dit Catarina et le film... eh bien si on me fait remonter un souvenir lié à Magnus, d'autres liés à l'évènement viennent avec parce que mon hippocampe les a tous consolidés ensemble. Comme l'île de la famille, par exemple.

Cat' avait une petite fille et elle avait vu le film douze fois au moins, après elle avait cessé de compter. Ça la changeait de Raiponce et de La Reine des neiges. Elle trouvait la comparaison d'Alec très pertinente, et tant pis si personne ne les comprenait !

– C'est exactement ça. La conclusion de tout ça...

Elle fit une pause.

– C'est que ton cerveau fonctionne parfaitement. On le savait déjà, bien sûr, mais j'espérais pourquoi identifier magiquement plus précisément pourquoi ton lobe temporal bloque en temps normal, puis d'un coup délivre plein d'informations quand on l'y oblige. Le but était de le stimuler ensuite par la seule magie, sans phrases déclencheurs, pour t'aider... mais pour l'instant c'est impossible : ton processus de récupération des souvenirs est rigoureusement identique à quelqu'un qui se remémore quelque chose normalement — elle désigna l'écran — sauf que tu mets plus de temps, et que tu as besoin d'un déclencheur. Donc... pas de changement. Le protocole est simple : te dire des phrases, te faire revenir des éléments, enregistrer par les électrodes autant que possible les réponses de ton cerveau... et c'est tout.

C'était décevant, bien sûr. Ils auraient voulu qu'après cette première journée de tests, Catarina propose une solution miracle, mais il n'y en avait pas.

– Plus on te fera remonter de données, et plus ton cerveau y répondra, plus j'aurais d'éléments pour essayer de trouver une solution, d'affiner la source du blocage de ton cerveau, nuança la jeune infirmière.

Alec lui sourit bravement. Elle faisait de son mieux. Ils faisaient tous de leur mieux.

– Merci Catarina, décréta-t-il. Merci du fond du cœur.

Et il était sincère.


Le soir-même, Alec ne fut pas surpris, une fois de plus, d'entendre toquer à la porte de sa chambre et de voir entrer Clary.

– Tu sais que tu as une chambre à toi ? la taquina-t-il.

Il voulait simplement dégeler l'ambiance, mais il comprit immédiatement que la jeune femme n'y était pas sensible.

– Hey... Clary, ça va ? demanda-t-il doucement en se relevant pour aller la prendre dans ses bras.

L'absence d'ambiguïté dans leur relation, et le fait qu'ils vivaient cette expérience ensemble lui permettait cette familiarité qu'il ne se serait jamais permise quand ils étaient encore tous les deux des amis parmi les Oubliés.

– Et toi ? répliqua-t-elle en s'éloignant avant qu'il ne la touche. Magnus a encore refusé que tu ailles chez lui, chez vous, dans votre précieux petit cocon d'amour ?

L'animosité de ses propos était claire, mais totalement incohérent avec ses yeux. Sa bouche disait quelque chose, son âme une autre. Et même si les propos faisaient mouche, Alec préféra se concentrer sur la souffrance qu'il lisait dans ses prunelles.

– Il ne l'a pas proposé, en réalité, et j'ai préféré ne pas le lui redemander. J'ai eu mon compte d'émotions pour la journée, répondit-il d'une voix neutre. Et ça paraît être ton cas aussi. Si tu veux en parler, il n'y a pas de problème, mais si tu m'en veux, ce sera difficile de te réconforter si je suis la source de tes ennuis.

Elle soupira profondément. Au fond de lui, Alec savait pertinemment ce qui n'allait pas, et l'ambivalence des sentiments qu'elle avait pour lui, le besoin de son amitié et la jalousie irrationnelle qu'elle ressentait.

– Pardon, j'ai été odieuse... Excuse-moi. Je peux rester ?

– Je ne t'ai jamais mise dehors Clary, je ne vais pas commencer maintenant. Tu t'es disputé avec Jace ?

– Oui...

– Pourquoi ?

– Pour une raison stupide, un truc débile. Je me suis trompé de chemin dans l'Institut, j'ai fait demi-tour un petit peu vite, j'ai trébuché, j'ai failli m'étaler par terre... et Jace m'a rattrapé. Et au lieu de lui dire merci, je l'ai envoyé promener en disant qu'il n'avait pas besoin d'être sur mes talons en permanence comme un chien, et que je pouvais me débrouiller sans lui... il l'a assez mal pris.

Elle s'assit lourdement sur le lit à côté d'Alec.

– C'est plutôt compréhensible, non ? releva doucement Alec.

Nouveau soupir.

– Bien sûr que oui. C'est moi qui aie lancé ça méchamment parce que j'étais agacée. Alors que lui me cherchait parce qu'il s'inquiétait de ne plus me voir après ta séance de remémorage à l'infirmerie.

Alec ouvrit de grands yeux étonnés. Il avait été épuisé par la session, et n'avait pas remarqué que la jeune femme était partie.

– Tu n'étais pas là ? Je croyais...

– Je suis partie, le coupa-t-elle. Désolée, mais c'était plus que je ne pouvais en supporter... la manière dont tu as regardé Jace, quand tu t'es rappelé... C'était déjà insupportable, mais ensuite tu as retrouvé Magnus et...

Il n'ajouta pas un mot, et Alec n'en demanda pas plus.

– Je suis jalouse, je le sais. J'essaye de ne pas te le faire peser.

– Et je t'en suis reconnaissant, répliqua Alec avec sincérité, pour lui montrer qu'il ne lui tenait pas rigueur de son éclat précédent.

– Mais c'est dur de te voir te retrouver en sachant que je n'en suis pas capable... J'apprends à faire le deuil de ma mémoire.

Alec posa doucement une main sur son épaule, la pressant en réconfort.

– Ne sois pas si négative, il y a peut-être une solu...

Mais il n'y croyait pas vraiment non plus, et s'interrompit de lui-même. Ils avaient tous les deux eu le même groupe d'amis, des amnésiques qui avaient reconstruit leurs vies à partir de rien. Ne pas trop espérer inutilement, ne pas donner des faux espoirs aux autres, ne pas prononcer de phrases vides de sens sans fondement, c'était ce qu'ils avaient appris à la dure en se créant une place dans ce groupe.

– Il n'y en a pas. En écoutant parler Catarina tout à l'heure, je l'ai bien compris. C'était médical, clinique, ça avait une explication. Si on n'était toujours que des simples humains, je suppose que je me battrais pour comprendre médicalement ce qui cloche dans mon cerveau. Mais je pense que les derniers jours nous ont bien prouvé que nous ne sommes pas des simples humains... Et je dois accepter l'idée que ma mémoire perdue résulte d'une intervention divine contre laquelle nul ne peut rien. Alors je fais mon deuil. J'aimerai dire que j'en suis à l'étape de l'acceptation, mais je crois que je suis surtout en colère !

Les dernières barrières de Clary cédèrent, et elle se laissa tomber contre l'épaule de son ami. Alec connaissait parfaitement les étapes. Il avait vu un psychiatre, à l'hôpital, et on le lui avait longuement expliqué qu'il devait faire le deuil de son ancienne vie. D'ailleurs, Alec avait un suivi psychologique obligatoire, et il était censé avoir un rendez-vous prochainement avec son thérapeute. Lui expliquer qu'il avait retrouvé son monde mais pas sa mémoire et qu'il allait se passer de ses services allait sans doute être une expérience intéressante ! Il faudrait qu'il en parle à quelqu'un, Jace ou Magnus.

– Donc... Il te reste le marchandage, la douleur, la reconstruction et l'acceptation. Ça va être sympathique, tout ça !

Il plaisantait, pour détendre l'atmosphère, et elle lui asséna un gentil coup de poing dans l'épaule.

– Clary... Je veux bien être là pour toi. Je serai là pour toi. Je veux bien être ton épaule pour pleurer, le visage à qui hurler ta frustration, le bras tendu qui te relèvera quand tu tomberas, et le sourire heureux quand tu auras vaincu. Mais...

Elle lui sourit avec reconnaissance, tout en ayant conscience qu'elle risquait de ne pas aimer ce qui allait suivre.

– Mais je ne peux pas être seul dans cette situation. Jace... Je ne le connais pas, Clary. Ne te méprends pas, avoir récupéré un souvenir de lui n'en fait pas mon frère. En revanche, j'ai appris aujourd'hui jusqu'au fond de mes tripes que j'avais confié ma vie à cet homme. Il est moi et je suis lui. Je n'aurais pas fait un truc pareil s'il n'était pas fiable, ça j'en suis certain. Il t'aime. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Il souffre, ça aussi ça se voit. Tu l'as attaqué injustement aujourd'hui, et à mon humble avis, il a du mal à démêler ce qui se passe en toi. Pour moi c'est facile, je suis comme toi. Imaginer ce que tu ressens est facile. Mets-toi à sa place : il t'a perdu. Il m'a perdu. Il nous a retrouvés. Et tu le repousses ?

Comme prévu, elle n'aimait pas ce discours. Parce qu'elle savait qu'Alec avait raison. Elle était injuste.

– Oui, mais...

– Mais tu voudrais qu'il te comprenne magiquement et qu'il pourvoie au moindre de tes désirs avant même que tu les exprimes en tapant dans le mille à chaque fois comme dans les téléfilms de Noël ?

Elle fit la grimace, manifestement outrée qu'il puisse la considérer comme une enfant gâtée, mais elle ne répliqua rien pour autant.

– Ça n'existe pas dans la réalité, ça. À la place, on a inventé un truc très bien qui s'appelle la communication. Explique-lui ce que tu ressens, ta colère, ta peine, ta jalousie... Il a besoin de le savoir.

– Monsieur est bien sage ! D'où te vient toute cette sagesse relationnelle ? Magnus fait des miracles ?

Ce fut au tour d'Alec de grimacer.

– Il en fait sans doute, mais ça, c'est Alexis qui me l'a appris. Il passait son temps à verbaliser ce qu'il ressentait et m'expliquait que je devais faire de même. Il disait justement que je ne communiquais pas assez. Et il avait raison. Au fond de moi, je lui taisais beaucoup de choses. Alors que j'ai la sensation de tout pouvoir dire à Magnus...

La jeune femme soupira.

– Tu es objectivement et péniblement niais dans ta relation, tu le sais, ça ?

Alec se contenta de rougir sans répondre. Il évitait pourtant d'étaler son bonheur sous les yeux de Clary, qui le vivait mal.

– Mais je sais que tu as raison... J'ai blessé Jace, aujourd'hui. Commencer par m'excuser ne me fera pas de mal...

Elle se releva d'un air décidé.

– Maintenant ?

– Maintenant, décréta-t-elle. Laissa ta porte déverrouillée, s'il te plaît. Si je veux revenir alors que tu dormiras... si ça ne te gêne pas ?

Alec eut un sourire sincère.

– Jamais, pour toi.


[1] FYI : pas moi ! Je brode allégrement des théories scientifiques sans forcément de fondement, pour le bien-être de l'intrigue ! Ce que je raconte sur les différentes zones du cerveau et souvenir en trois étapes est exact, mais je prends des libertés, ne me considérez pas comme un médecin ;)


¨Prochain chapitre le Sa 19/09 !

Reviews, si le coeur vous en dit ? :)