Bonjour mes petits dasyures mignons !

Au programme de ce chapitre, Magnus et Alec au réveil, Alec et Clary au petit-déjeuner, Magnus et Maryse qui discutent...

Bonne lecture ! :)

Chapitre 26

Quand Alec se réveilla, le lendemain matin, il s'étira et constata qu'il était seul. Il sourit bêtement. Clary ne risquait pas de dormir seule dans sa chambre, ces derniers jours avaient prouvé que non seulement elle n'en avait pas envie, mais en était incapable. L'amnésie d'Alec était un coup dur de l'existence, ce qu'elle traversait aurait mis à terre n'importe qui, sauf elle. Elle se battait admirablement, même si elle faiblissait parfois. Et elle avait besoin de ne pas dormir seule pour ne pas sombrer.

Le fait qu'elle n'ait pas rejoint Alec dans la vie ne pouvait signifier qu'une seule chose : ses excuses à Jace s'étaient bien passées, et même mieux que bien. Alec pouvait difficilement la juger pour ça. Le sexe ne pouvait pas être la solution à tout, mais parfois ça aidait.

Il sortait du lit en se faisant la promesse d'aller parler à Clarissa pour savoir comment elle allait et comment ça s'était passé quand un bruit à la porte le tira de ses pensées.

– Bonjour, Alexander.

La voix de Magnus était incomparable, et la chaleur qu'elle dégageait inévitablement fit bêtement sourire le jeune homme, en se retournant vers l'homme sur le pas de la porte.

Le sorcier était flamboyant, c'était le seul mot possible pour le décrire. Alec avait du mal avec le noir réglementaire qu'il voyait toujours partout autour de lui. Magnus était un arc-en-ciel. Littéralement et métaphoriquement.

– Tu es seul, ce matin ? Dois-je conclure de l'absence de Clary l'explication sur l'absence de Jace pour venir m'accueillir en arrivant avec son filleul ?

Alec eut un petit rire en hochant la tête.

– Je ne sais pas pour Clary... ça ne nous regarde pas, voyons ! rit-il. Maxie est là ?

– Oui, Helen et Aline n'étaient pas disponibles pour le garder... Maryse va s'en charger, mais elle avait rendez-vous avec son comptable ce matin, alors je l'ai laissé à Izzy et Simon pour quelques heures...

Alec hésita, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, la referma. Il trouvait agréable de découvrir Magnus sur le pas de sa porte au réveil, de discuter naturellement avec lui en s'habillant, sans honte et sans gêne. C'était même tout l'inverse, puisqu'il avait bien remarqué le regard du sorcier quand il avait ôté son T-shirt qui lui servait de pyjama pour en mettre un propre. Alec n'a pas l'habitude d'être regardé comme ça. C'était flatteur.

– Ne te censure pas avec moi, Alexander. Dis-moi ce que tu veux.

– Tu n'as pas envisagé de... me le confier ? proposa-t-il. Quand personne ne peut le garder.

Le regard de Magnus, qui avait clairement dérivé beaucoup trop bas sur les hanches d'Alec qui enfilait un jean, redevint plus sérieux et le fixa.

– Non. Je ne l'ai pas envisagé, et je ne compte pas le faire. Il ne s'agit pas de te faire confiance ou non, je sais que tu ne lui feras pas de mal. Mais tu es là depuis moins d'une semaine, Alexander. Nous avons peut-être fait des progrès, mais ta mémoire est encore un champ de mines anti-personnelles qui auraient toutes explosées. Maxie n'est pas seulement un bébé, c'est aussi un sorcier, et toi tu n'es pas redevenu un shadowhunter, tu ne saurais pas comment réagir à certaines situations. De plus, t'imposer cet enfant dont on t'affirme qu'il est le tien sans fondement me paraissait terriblement prématuré pour ton équilibre psychologique.

Alec hocha la tête, convaincu. Il se sentait presque bête d'avoir demandé.

– De plus... ajouta Magnus sur un ton plus doux, le but de le faire garder, c'est que je puisse passer du temps avec toi. Si c'est toi qui le gardes, l'effet est complètement raté !

– Mais tu n'as pas... je ne sais pas, de boulot ? Sorcier, c'est ta qualification, comme moi je suis shadowhunter. Mais tu as dit que mon métier c'était jesaisplusquoi à l'Enclave, non ? Tu ne travailles pas, toi ?

Magnus pouffa légèrement en imaginant les consuls de l'Enclave entendre leur Inquisiteur, dont ils attendaient ardemment le retour, parler de jesaisplusquoi pour désigner le job je plus haut de leur hiérarchie. Il fallait qu'il raconte ça à Aline et Jace, juste pour voir leurs têtes. Ce serait drôle.

La question d'Alec n'était pas dénuée de sens, mais en référait à ce qu'il connaissait. Dans le monde des Terrestres, il fallait avoir un boulot quotidien, gagner sa vie, etc. Si Magnus aimait l'argent et le luxe, il n'avait en théorie pas besoin de travailler pour subvenir à ses besoins. La magie en faisait beaucoup.

– Si, j'ai un job. Je suis Grand Sorcier d'Alicante. Mais j'ai mis mes activités en sommeil, ces derniers temps. La mission qui me retient ici me paraît nettement plus importante.

– ... Moi ? réalisa Alec.

Il en rougissait déjà. Magnus s'était approché de lui, et sentir la chaleur irradier de son corps si près était une douce torture.

– Oui, toi. Évidemment, toi. Bizarrement, retrouver mon mari est ma priorité dans la vie. C'est si surprenant ?

Clairement, il était taquin, et Alec trouvait cela aussi adorable que sexy.

– J'ai envie de t'embrasser, verbalisa-t-il.

Il savait que sa relation avec Magnus était assez chaotique, il se souvenait de beaucoup de choses et trop peu tout à la fois, et le fait qu'ils s'envoient un peu trop souvent en l'air n'aidaient pas vraiment, sinon à relâcher la pression de leurs corps.

– J'adorerais cela... répondit Magnus en approchant encore plus près. Mais on sait comment ça finit...

Le regard d'Alec devint vitreux. Magnus percuta un instant trop tard. Mais de toute évidence, Alec n'avait pas récupéré de souvenirs, il bataillait seulement. Alors il ajouta :

– « Elle est juste derrière la porte ! Donc je ne peux pas embrasser mon copain ? On sait comment ça finit... »

Avec soulagement, Magnus vit Alec y réagir, et avec tristesse, il le vit en souffrir. Si chaque remémoration lui vrillait le crâne ainsi, il allait finir accro aux anti-douleurs. Avec douceur, il fit assoir son amant sur le lit, apaisant la douleur par la magie, l'accompagnant dans l'épreuve.

Quand Alec se redressa, le regard clair, il eut un regard penaud pour son compagnon.

– Désolé, je ne l'ai pas vu venir...

– C'est moi qui m'excuse, Alexander. Je n'ai pas réfléchi que ça pouvait t'évoquer quelque chose... Je dois faire plus attention à tout ce que je dis ! C'est de ma faute, pas de la tienne.

– Qui était dans l'appartement ? Il y avait quelqu'un. Mais la porte était fermée, et je n'ai pas vu, et d'autres bribes sont revenues mais...

Alec s'interrompit.

– Mais ? relança Magnus.

– Mais c'est flou. J'ai eu des visions d'une glace ? De balades, d'un parc ? Mais je ne vois pas le personnage central. Ça ne peut pas être Maxie, il est trop petit !

Magnus lui sourit doucement.

– Ton inconscient sait qu'il s'agit d'un enfant. Et tu as raison, ce n'est pas Maxie. C'est Madzie. La différence est subtile, j'en conviens. Madzie est la fille de Catarina, qu'elle a adoptée. C'est une petite sorcière, elle aussi. Elle a bientôt dix ans aujourd'hui. Elle était plus jeune, à l'époque. C'est intéressant. Comme dans le souvenir principale, Madzie n'était pas présente physiquement, mais elle était au cœur de la conversation, ton inconscient a ramené les autres souvenirs qui lui sont liés, mais sans arriver à fixer son image !

– Je trouve ça déprimant, soupira Alec.

– Pas de défaitisme, Alexander ! Tout ce qui nous aide à comprendre le mécanisme de ton amnésie est bon à prendre ! Allez viens, tu vas être en retard !


Lorsqu'ils rejoignirent Clary au petit déjeuner, elle était assise seule mais elle était rayonnante. L'apercevant de loin, Alec sourit, heureux de la savoir heureuse.

– Magnus... commença-t-il sans savoir comment formaliser sa pensée.

Son compagnon venait spécialement pour lui, et il ne savait pas comment lui dire qu'il avait besoin d'être seul. Heureusement, le sorcier était nettement plus fin et doué que lui en relations humaines.

– Tu veux parler seul à seule avec Biscuit ? devina-t-il. Je te laisse sans problème, de toute manière la nourriture ici ne me donne pas envie...

– Tu n'y manges pas, releva Alec. Tu te contentes de m'accompagner pour faire la conversation.

– Désolé, mais il est hors de mes compétences d'ingérer quoi que ce soit qui vienne d'ici ! J'ai déjà assez donné !

Alec lui renvoya un regard interrogateur. Magnus songea qu'il ne lui avait jamais parlé de la perte de sa magie, de son appartement. Et de tellement d'autres choses de leurs relations. Il avait l'habitude de se concentrer uniquement sur les bons côtés. Mais il avait conscience qu'ils ne pourraient pas toujours tout édulcorer.

– Je te raconterai, mais pas maintenant ! File voir Biscuit, moi je vais dénicher Jace histoire de voir si je peux l'embêter un peu... A tout à l'heure !

Il disparut d'un pas décidé, surpris qu'Alec ne lui interdise pas d'aller taquiner son parabatai. Puis surpris d'être surpris. C'était pourtant normal : Alec n'avait pas retrouvé ce lien si particulier avec son frère d'âme, et ne râlait pas sur Magnus quand il embêtait Jace.

Alec s'assit à côté de Clary, qui sursauta. De toute évidence, elle ne l'avait pas entendu arriver, perdue sur son petit nuage.

– Alors, tu n'es pas revenue dormir dans ma chambre, hier soir ? lui demanda-t-il avec un grand sourire.

– Oh, euh, oui, je...

Elle s'interrompit, rosissant.

– Ah non hein, tu ne peux pas venir pleurer sur mon épaule et ne rien me raconter le lendemain !

– Tu veux quoi comme niveau de détail ? le taquina-t-elle à son tour.

– Pas à ce point-là ! rit-il. Vous vous êtes réconciliés ?

Elle lui sourit.

– J'ai fait ce que tu as dit... je lui ai parlé. Longtemps. Je crois que je me suis beaucoup énervé, en fait. J'ai pleuré, crié. Il est... Je crois qu'il a peur, Alec. Tu devrais lui parler aussi.

D'un regard interrogateur, Alec l'invita à développer sa pensée.

– C'est toi qui me l'as dit : il m'a perdue, puis il t'a perdu, puis il nous a retrouvés sans vraiment nous retrouver. Son univers ne repose plus sur rien. Pendant que tu t'attelles à récupérer ta mémoire et batifoler avec Magnus, j'ai un peu traîné de ci de là... Ce monde est très cadré et hiérarchisé.

– J'avais remarqué.

– Je ne crois pas que tu réalises à quel point. D'une certaine manière, leurs vies sont toutes tracées, claires et précises. Le combat, la défense, les démons... si tu entendais à quel point leur vocabulaire est limité et tellement centré ! Et de ce que j'ai compris, ça a énormément évolué ces dernières années, à cause de tous les évènements qu'ils nous ont dit.

Dès leur arrivée, on leur avait brossé un portrait des dernières guerres et évolutions, tout depuis l'irruption de Clary dans leur monde.

– Jace, il avait sa vie tracée aussi. À l'époque, tu en faisais partie, mais pas moi. Puis je suis arrivée et tout a été bouleversé, mais il avait tracé ce nouveau plan de vie, avec moi. Et boum, nouveau changement... Je crois... je crois que ses convictions profondes sont assez bouleversées. Il ne sait plus où il va. On a passé dix mois ensemble, avant. Mais d'un coup, tout a changé. Il n'a plus besoin de s'esquiver pour venir me voir, plus besoin de me mentir. C'est un peu comme si on avait emménagé ensemble du jour au lendemain, sans l'avoir prévu... C'est dur pour lui, et le fait que je ne lui parle pas réellement de comment je vivais tout ça n'a pas aidé...

– La communication, hein, y'a que ça de vrai !

Elle lui sourit, rayonnante de bonheur. Pendant un instant, Alec put se mettre à sa place. Et ressentit la jalousie qu'elle devait éprouver. En cet instant, elle était beaucoup plus intégrée et au fait de ce nouveau monde que lui. Si elle ressentait en permanence une once de l'éclair de jalousie qui venait de le traverser, pas étonnant qu'elle craque parfois. Elle était beaucoup plus forte qu'on ne pouvait le croire, et ce à tous les niveaux.

– Oui, comme tu dis ! Il m'a exprimé ce qu'il vivait, et je lui ai dit comment moi j'appréhendais tout ça ! Je pense qu'il n'avait pas la moindre idée de tout ce que je ressentais !

– Le lot commun de tous les hommes, se désola Alec. C'est bien connu que ces idiots d'hétérosexuels n'y connaissent rien en femmes, c'est pour ça que j'ai choisi d'être gay, c'est tellement plus simple !

Ils explosèrent de rire, à la grande surprise des gens autour d'eux.


Lorsqu'ils rejoignirent Jace dans la salle d'entraînement, Magnus était avec lui, et le shadowhunter avait l'air nettement plus détendu que ces derniers jours. Le même air rayonnant que celui de Clary s'affichait sur son visage, et Magnus les revit, quelques jours plus tôt à peine (mais qui lui semblaient une éternité), sur le pas de l'appartement de la jeune femme. Quand elle était leur seul lien fragile pour espérer retrouver Alec, et qu'il s'était fait la réflexion de l'évidence qui animait ces deux-là.

De toute évidence, ils s'étaient retrouvés, et Magnus en était ravi pour eux. Et d'après le regard appréciateur d'Alec, il était content aussi. Les situations étaient différentes, et au fond Magnus n'enviait pas le couple de Clary et Jace, mais il aurait aimé qu'Alec le regarde de la même manière. Le regarde comme avant, et pas seulement quand ils s'envoyaient en l'air ou lorsqu'Alec récupérait un souvenir. Dans ces moments-là, parfois, pour un bref instant, les yeux du véritable Alexander, de son époux, se posaient sur lui. Magnus les aurait voulus rivés en permanence sur sa personne.

– Allez, échauffement ! Au pas de course, ordonna Jace. Puis cinquante pompes, et ensuite on continuera de renforcer vos muscles. Ensuite si vous êtes sages, il y aura du tir à l'arc et des poignards.

De bonne grâce, Alec et Clary s'exécutèrent et s'élancèrent autour de la pièce, Magnus se décalant.

C'était le nouveau rythme qui allait dicter leurs journées, désormais. L'entraînement avec Jace, puis l'apprentissage des tout le savoir théorique des shadowhunter, et en fin de journée, la récupération des souvenirs d'Alec, supervisée par Catarina, ou à défaut Magnus et un médecin shadowhunter, l'infirmière ne pouvait pas forcément se libérer tous les jours.

Tandis qu'il regardait son amant courir sous les ordres de Jace, complaisant et obéissant, Magnus songea à ce qu'il lui avait dit plus tôt. Magnus avait lâché l'intégralité de ses responsabilités à Alicante quand Alec avait disparu, et qu'il l'avait cherché désespérément, et maintenant qu'il était revenu, le cerveau aussi vide qu'un désert, il n'y avait pas remis les pieds pour travailler.

Aline, en sa qualité d'Inquisitrice par intérim, était relativement tolérante avec lui, et toutes les demandes officielles de l'Enclave se portaient sur d'autres sorciers aussi compétents que lui. Mais sa clientèle était aussi privée, et ils n'allaient pas attendre éternellement. Les Shadowhunter n'étaient pas connus pour leur patience et leur compréhension. Or Alec n'avait pas besoin de lui, pas la plupart du temps. Izzy et Jace lui prévoyaient, à lui et Clary, un programme relativement dense. D'un commun accord, ils avaient choisi de faire leur apprentissage ici à l'Institut de New York, et juste tous les deux, plutôt que les envoyer à l'Académie d'Idris. Déjà, ils n'étaient pas certains qu'ils puissent y pénétrer, puisque ni l'un ni l'autre n'étaient réellement shadowhunter. De plus, même si leurs connaissances des mondes des Anges et des Démons étaient largement en deçà de celles d'un gamin de huit ans, les envoyer à l'Académie aurait juste été humiliant. Deux adultes, dont leur Inquisiteur dont ils apprenaient le parcours, le nom et les exploits, parmi les enfants shadowhunters ? Personne n'aurait voulu de cela.

Même l'entraînement physique au combat ne pouvait pas se faire avec les autres apprentis que Jace, en sa qualité de maître d'armes. Là encore, l'âge et le physique des apprentis de Jace différaient beaucoup trop de ceux de Clary et Alec, sans compter l'aspect honteux qui en serait ressorti.

Izzy bataillait depuis deux jours pour refaire les plannings, revoir les missions de Jace et son emploi du temps, employer un enseignant pour leur apprendre l'histoire...

Magnus avait offert son aide, mais la directrice avait décliné. Magnus n'était pas assez objectif.

– Parce qu'un enseignant Shadowhunter le sera, tu crois ? avait persiflé Magnus en réponse.

– Non. Même si j'essaye d'en choisir un qui accepte de venir tous les jours enseigner la base à nos deux amnésiques qui soit le plus neutre possible. On a de la chance qu'Alec ait été Inquisiteur, tu le sais, ça ? De nombreux Shadowhunter se sont ouverts. Toi et Simon, et même Luke quand il aura du temps, vous pourrez leur faire le complément côté sorcier, vampire et loup-garou.

Magnus avait cédé, de mauvaise grâce.

De fait, il n'avait réellement rien à faire dans la journée de son compagnon. Même les souvenirs, en fin de journée, qu'ils allaient s'employer à lui faire revenir, ne l'impliquaient pas forcément. Surtout pas au début. Là encore, Izzy bataillait ferme en termes organisationnels. Elle avait lancé un vaste appel aux Shadowhunter et aux Créatures Obscures pour quiconque avaient des souvenirs marquants avec Alec. Même la Reine des Fées avait répondu présente, et il fallait désormais, pour espérer offrir un retour de sa mémoire à Alexander, le faire dans l'ordre le plus chronologique possible. Ainsi, Izzy organisait les sessions de son frère en apprenant la vie de celui-ci.

Magnus n'apparaissant dans cette existence qu'après la majorité du jeune homme, et avant cela, il n'aurait qu'un rôle de soutien pour son compagnon et ses migraines.

– À quoi tu penses, Magnus ?

La voix de Maryse le tira de ses pensées. Concentré sur leur apprentissage, Clary et Alec, en sueur, ne faisaient pas attention à eux.

– Déjà là ? salua-t-il chaleureusement sa belle-mère en l'enlaçant. Maxie est avec Simon et Izzy. Donc avec Simon. Vu qu'Izzy se tue à la tâche.

– Je vais passer le récupérer en partant, je voulais juste voir...

Elle n'acheva pas sa phrase, mais son regard se perdit sur les deux apprentis combattants, qui faisaient siffler des lames séraphiques dans l'air. Magnus avait peut-être perdu l'amour de sa vie, mais il n'arrivait même pas à savoir comment faisait Maryse. S'il perdait Maxie... la pensée était intolérable. Il ne pouvait même pas respirer décemment quand il y songeait.

Et elle avait toujours eu tendance à traiter Clary comme sa fille, auparavant. Magnus ne pouvait que la comprendre d'avoir besoin de faire un détour, de vérifier qu'ils étaient là, qu'ils allaient bien, que ce n'était pas un rêve, qu'ils n'allaient pas disparaître à nouveau sans un mot.

– À quoi pensais-tu quand je suis arrivée ? Tu me paraissais bien négatif...

– A une réflexion très pertinente de ton fils.

– Evidemment, toutes les réflexions de mon fils sont pertinentes, c'est mon fils, répliqua Maryse en riant.

– Qui a dit que je parlais d'Alec ? Ça aurait pu être Jace ! s'amusa le sorcier.

Maryse leva un sourcil moqueur.

– Venant de ta part ? Ça ne peut qu'être Alec ! Et de toute manière, Max et Jace sont aussi mes enfants, de toute manière. De quoi s'agissait-il ?

– Pas faux... reconnut le sorcier. Il m'a parlé de mon job et... je ne sers à rien, ici, pour une grande partie de la journée. J'ai déjà passé suffisamment de temps loin de mon boulot et de Maxie. Je vais reprendre mon poste, je pense. Peut-être dans une sorte de mi-temps.

– Alec fait des progrès quand tu es là, releva la mère de famille.

Magnus lui sourit tendrement.

– Regarde-le. Il n'a pas besoin de moi, présentement...

Maryse reporta son attention sur le centre de la salle d'entraînement. Alec ne l'avait même pas vue entrer. Lui et Clary étaient totalement concentrés sur ce qu'expliquait Jace. Pour un bref instant, Maryse reconnut son fils. L'enfant qu'elle avait élevé, si sérieux, si déterminé, si mature. Bien sûr, vivre avec Magnus l'avait changé, ouvert. Mais il restait au fond de lui ce petit garçon très sérieux qui voulait être un grand frère parfois pour Izzy, pour Max. Qui voulait plaire à sa famille plus que tout. Il avait simplement décidé d'assumer ses désirs, et son amour pour les hommes et pour un homme en particulier, mais sa place d'Inquisiteur, il ne la devait à personne d'autre que lui-même et son respect des règles. Même s'il les faisait évoluer, c'était son sérieux qui faisait de lui un bon Inquisiteur.

C'était douloureux de le reconnaître en cet instant et de savoir que, paradoxalement, c'était parce qu'il n'était pas pleinement son fils qu'il suivait ses leçons avec exemplarité.

Maryse en revint à Magnus, prête à lui expliquer pourquoi, durant un instant, elle s'était perdue dans la contemplation de son aîné et de ses souvenirs, mais elle n'eut rien besoin de dire. Au regard qu'il posait sur elle, Magnus savait exactement les pensées qui la traversaient.

– C'est vrai, reconnut finalement Maryse. Il n'a peut-être pas besoin de toi en permanence...

– Il ne doit PAS avoir besoin de moi, corrigea Magnus. Il a peut-être perdu la mémoire, mais c'est un adulte. Je ne peux pas être là à le couver... avec ou sans souvenirs, il détestera ça. Et puis...

Il hésita, s'interrompit. Se perdit dans le vague, regardant son amant. Une pichenette de Maryse le ramena à la surface, l'obligea à continuer.

– Et puis le temps nous est compté. Il nous reste quatre mois pour lui rendre la mémoire. Au-delà... Aline...

– Oh par Raziel, jura Maryse. Je n'y avais plus pensé. Aline ne peut être Inquisitrice par intérim que durant six mois. S'il ne récupère pas sa mémoire et son poste d'ici là...

– Les Consuls et les Directeurs d'Institut organiseront un nouveau scrutin pour désigner leur Inquisiteur. Alec perdra son job. Je ferais mieux d'avoir le mien à ce moment-là.

– Aline a une chance d'être élue et conserver sa place, à ton avis ?

Le sorcier haussa les épaules.

– Impossible à dire. Ça fait deux mois que je ne m'intéresse plus vraiment à la politique d'Alicante, pour être honnête. La politique d'Alec est très progressiste, parfois trop. Son... statut. Notre mariage, notre fils, ses aventures à Edom, la guerre avec Valentin... il appartient à l'Histoire de vos pairs.

Maryse grimaça. Les shadowhunters n'étaient plus vraiment ses pairs. Magnus ne le remarqua même pas.

– Du coup, il est très difficile de le critiquer en face, et il arrive à faire bouger les choses, les gens, les lignes. Aline est beaucoup plus fragile. Tant qu'elle est par intérim, elle peut continuer à avancer les projets qu'elle et Alec avaient induit... Seule, ce serait plus compliquée.

Maryse réalisa que le dead-line pour rendre sa mémoire à Alec prenait réellement une importance vitale. Personne ne reviendrait sur certains des Accords que son fils avait signés, et personne ne lui enlèverait la validité de son mariage avec Magnus, ou l'adoption de son fils. Mais certains shadowhunters avaient encore des idées bien arrêtées, et pourraient faire régresser tout le chemin parcouru par Alec depuis qu'il avait obtenu son poste.

– Magnus... Si tu penses à ça, et au fait qu'il vaudrait mieux que l'un de vous ait toujours un travail dans quatre mois... c'est que tu penses que nous n'arriverons pas à lui rendre sa mémoire à temps ?

Les yeux de Magnus, qui s'étaient de nouveau détourné de la matriarche pour observer son amant, revinrent à elle. Plus graves, plus noirs et plus lourds qu'elle ne les avait jamais eus. L'insondable gravité des prunelles pétrifia Maryse.

– Soyons lucides... il récupère des souvenirs au compte-goutte. S'ils sont forts, cela l'épuise. Il ne peut pas, en quatre mois, récupérer vingt-quatre ans de vie complète. On peut espérer un déclic, qui romprait totalement le barrage mental de son traumatisme, mais sinon... il ne sera que des fragments, des morceaux de lui-même. A moins de lui raconter chaque seconde de son existence, mais ce serait impossible, et beaucoup trop long. Totalement irréalisable. Et si la barrière mentale ne se brise pas... je crains qu'il ne redevienne jamais totalement comme avant. Je n'ai parlé de cela à personne, pour l'instant, et surtout pas à lui mais... c'est une possibilité que je n'arrive pas à exclure de mon cerveau.


Les mots funestes de Magnus hantaient encore Maryse quand elle récupéra son petit-fils auprès de Simon, qui s'amusait avec lui d'un plaisir enfantin et joyeux. Dans le bazar de leurs vies, Simon était une bouffée d'oxygène et de simplicité. Pourtant, lui aussi devait avoir ses démons. Clary avait toujours été sa meilleure amie, et il l'avait perdue lui aussi. Ce constat brisa le cœur de Maryse. Ils avaient tous tellement perdu, et l'idée qu'ils ne retrouvent pas tout était terrifiante.

– Comment pourrais-tu grandir sans ton père, s'il ne sait pas qu'il est ton père ? interrogea Maryse à l'attention de l'enfant.

Maxie, dans toute son innocence, lui répondit en gazouillant. Conformément aux ordres de Magnus, elle avait ramené l'enfant avec elle au loft de Brooklyn. Son employé gardait la boutique, aujourd'hui. Les affaires marchaient bien. Mais la matriarche appréciait aussi ses moments privilégiés avec son sorcier de petit-fils. Il était difficile de ne pas succomber au charme de ses grands yeux bleus.


¨Prochain chapitre le Me 23/09 !

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