Bonjour mes petits kiwis ! Aujourd'hui au programme de ce chapitre, la deus ex machina que j'aime le plus au monde fait son show...

RaR des anonymes :

ShadowVSlight (sur le chapitre 37) : Pff ! Comme si jouer avec du sang était dangereux à la santé, voyons xD Merci pour la review ! (Les Oubliés se font oublier, lol)

ShadowVSlight (sur le chapitre 38) : Roh ça va hein, Eros/Soré n'est qu'un Être Suprême, c'est trois fois rien, comme si ça pouvait mal tourner ! Mais c'est sûr que la surprise du mariage, c'est raté, encore que... Jace a pas encore vraiment percuté, hein xD Merci pour le cucurbitacée, je suis ravie de le savoir xD Merci pour les reviews et j'espère que la suite et fin te plaira ! (puisque la prochaine fois que je ferai mes RaR, ce sera dans deux chapitres donc après la fin !)

Bonne lecture !

Chapitre 39

– Alexander, ce n'est pas ce que tu crois, le détrompa aussitôt Magnus, tandis qu'Alec reculait, le cœur broyé par la douleur.

– Je confirme, indiqua Éros. Quoi que tu penses, tu as tort.

– Tort ? murmura Alec, complètement oublieux de tout ce qui n'était pas Magnus. Tu connais la reine Soré. Tu as déjà fait ton vœu. Tu n'as jamais épousé personne avant moi, mais je ne suis pas ton âme-sœur ? En quoi ai-je to...

Il n'acheva pas sa phrase. L'être avait de nouveau levé le doigt et réduit le jeune homme au silence.

– Tu as tort en tout, et je n'ai vraiment pas l'envie de perdre mon temps. Tu connais la chanson, Magnus, et les conséquences du pacte que nous avons passé. Tu as pris un engagement.

Soré ne parut pas bouger, pourtant l'instant d'après, elle avait attrapé Alec par le bras, et le tenait avec une telle force qu'il ne songeait même pas à lutter. Le contact de la peau nu de son poignet avec le bras de l'être suprême le brûlait de chaud et de froid tout à la fois.

Il braqua son regard dans celui de Magnus, et ses pupilles furent soudain jaunes et fendues, comme celle du Sorcier. Alec avait beau savoir que cela n'était qu'une conséquence de ce que son imaginaire dictait, il n'en était pas moins terrifié. Même respirer lui était douloureux, et il sentait que le reste de sa famille et ses amis étaient dans la même situation. Même si Soré ne les contraignait pas physiquement, ils étaient littéralement dans l'incapacité de bouger le petit doigt. Chaque respiration, qui soulevait et abaissait leur poitrine, était douloureuse.

– Pour lui, Magnus. Vie ou Mort ?

La voix de l'Être Suprême n'avait plus rien à voir avec son ton chantant et bienveillant, avec son amusement et son rire. C'était tranchant comme le métal, froid comme les Pôles, brûlant comme l'Enfer, le tout à la fois.

– Mort.

La réponse de Magnus avait fusé sans le moindre délai, et un cri de panique échappa à Izzy. La part rationnelle de son être savait que jamais le sorcier ne ferait le moindre mal à Alec, jamais il n'ordonnerait sa mort, la question et sa réponse la terrorisait. En cet instant, il était heureux que Simon soit un vampire, et qu'il soit résistant. La main qu'elle tenait entre les siennes aurait été broyée depuis très longtemps s'il avait été humain.

Sans ciller, de son autre bras, sans lâcher Alec, Soré attrapa Magnus.

– Pour toi, Magnus. Vie ou Mort ?

Un sanglot déchira la gorge du sorcier. Alec ne supportait pas de le voir pleurer, et les larmes silencieuses qui glissaient lentement sur ses joues le détruisaient aussi certainement, voire plus, que la poigne de fer qui bridait ses mouvements.

– Soré, je t'en prie, je... implora Magnus.

– Vie. Ou. Mort. Maintenant.

– Ton paiement ne peut dépasser ce que nous sommes en mesure d'offrir, pas vrai ?

– Correct. VIE. OU. MORT.

Magnus détourna le regard. Il refusa de répondre en regardant Alec dans les yeux. C'était au-delà de ses capacités. Il prenait le pari le plus risqué de sa vie.

– Mort, murmura-t-il dans un murmure inaudible.

Il attendit la souffrance, la douleur, le sentiment de perte. Il avait déjà vécu ça. Il ne l'avait alors pas supporté, et en était arrivé à des extrémités qu'il ne voulait plus jamais connaître. Mais c'était différent aujourd'hui. Il avait un mari, il avait un fils, il ne buvait plus. Même s'il avait tort, même s'il s'était trompé en jouant sa vie et son avenir à pile ou face, il s'en sortirait.

– Bienvenue dans la mortalité, lui sourit Eros en les relâchant subitement.

Sur leurs poignets, là où elle les avait tenus, subsistant une sensation de brûlure, et une marque. Une rune. Inédite, jamais référencée. Unique. Qui le marquait tous les deux.

Magnus, refusait d'y croire, hébété, claqua des doigts. La fumée bleue se matérialisa aussitôt au bout de ses phalanges.

– Je... bégaya-t-il.

Il n'eut pas le temps d'en dire plus qu'Alec l'avait attrapé, enlacé, comme vérifiant que tout allait bien en même temps qu'il semblait vouloir l'étouffer dans un seul mouvement.

– Mortalité ? murmura Clary. Magnus ? Il ne peut pas être mortel sans magie, c'est...

L'être explosa de nouveau de rire, brisant l'oppressante ambiance.

– Impossible ? Mais rien n'est impossible pour moi ! s'amusa-t-elle. Magnus, tu croyais vraiment que huit cents années de magie dans ton sang allaient s'effacer comme ça ? Que je te demanderai ta magie comme paiement contre le don de mortalité ? Je ne peux rien sur tes dons ! Asmodée est né de mon sang, et il me doit obéissance, tout comme un chacun, créatures obscures et shadowhunter, démons et anges, mais je ne peux rien contre sa puissance qu'il t'a donnée. Huit cents ans à être magique, ça ne s'efface pas comme ça ! Au fil du temps, ta magie va sans doute s'épuiser, ne pas revenir aussi rapidement qu'avant, te fatiguer... Mais je gage que pour les soixante ou quatre-vingts prochaines années, tu resteras le sorcier que tu as été !

Elle avait l'air sincèrement ravie de son petit effet, et les contemplait narquoisement. S'amusant grandement du soulagement intense et de l'amour transcendant qui se peignaient peu à peu sur leurs deux visages, pressés l'un contre toi, terrifiés mais soulagés tout à la fois.

L'immortalité de Magnus avait toujours été un sujet épineux. Savoir qu'il ne vieillirait pas, qu'il resterait figé dans sa vingtaine quand Alec gagnerait les trente, quarante, cinquante. Leur écart d'âge visuel deviendrait alors gênant. Ils ne pourraient plus sortir dans le monde terrestre sans passer pour un père et son fils, et non un couple. Alec l'avait accepté, parce que demander à Magnus de renoncer à sa magie était un trop grand sacrifice. Il aimait son mari, même sans magie, mais il l'aimait heureux. Magnus se sentait incomplet, sans magie, et certainement pas assez heureux. Qu'il ait fait le pari de choisir la mortalité sans garantie que cela n'allait pas lui ôter sa magie était une perspective vertigineuse.

– À ton tour, Alec ! chantonna Éros. Fais un vœu, j'ai le pouvoir de l'exaucer !

À la grimace amusée de Simon, et celle très fière d'elle de Soré, il y avait une blague là-dessous, que seule Clary dut percevoir aussi. Les shadowhunters n'étaient pas assez versés en culture humaine.

– Moi ? s'ébahit Alec. Pourquoi ?

L'être leva les yeux au ciel.

– À ton avis ? Magnus, il y a quatre cents ans de votre temps, m'a appelée. Sauf que son âme-sœur, il ne l'avait pas trouvé. J'étais de bonne humeur, cette fois-là, du coup j'ai accepté sa requête d'un vœu pour le futur : à notre prochaine rencontre, il devrait choisir entre l'immortalité et la mortalité pour lui et son âme-sœur. Il était entiché d'un Terrestre, à l'époque. Et il ne voulait pas le perdre pour l'éternité...

– Tu aurais pu m'offrir l'immortalité ? demanda Alec, frissonnant face à la possibilité.

– Bien sûr que oui, répondit l'être.

– Pourquoi tu ne l'as pas demandé ? Pourquoi TE rendre mortel à la place ? s'ébahit Alec en se tournant vers son mari.

– Pour Maryse, pour Jace, pour Clary, pour Izzy, pour Max, pour Robert... Jamais je ne te demanderai de souffrir de leur perte alors que tu restes figé éternellement.

Alec ne répondit rien. Rien de verbal, du moins. Il embrassa Magnus comme si sa vie en dépendait, comme s'ils n'étaient pas bloqués depuis bien trop longtemps dans une pièce avec le dernier Être Suprême, comme s'ils n'avaient pas de publics.

Éros, cependant, ne manifesta pas la moindre gêne à les observer, contrairement aux autres qui détournèrent le regard. La pudeur ne faisait pas partie des émotions qu'elle semblait pouvoir ressentir, mais aucune impatience ne transparaissait non plus dans son comportement. Il se contentait d'attendre.

Quand, enfin, les deux hommes se séparèrent, ils étaient rougissants de honte, mais tellement heureux qu'il était difficile de leur en vouloir.

– À ton tour, donc. Tu m'as appelé, donc tu dois faire un vœu. C'est la règle.

– Donc Clary aussi, pourra faire un vœu ?

– C'est ça. Et Jace aussi, s'il le veut, puisqu'il est là à cause de Clary.

– Mais pas nous ? interrogea Izzy, vaguement vexée.

C'était comme s'entendre dire que ses frères avaient trouvé leur âme-sœur respective, mais pas elle.

– Bien sûr que non. Vous n'y êtes pas obligés. Vous ne m'avez pas appelé.

Du geste, Magnus apaisa Izzy. Ce n'était pas parce qu'ils jouaient de chance jusque-là qu'il fallait trop pousser. Éros n'avait aucune raison de leur faire du mal, mais il restait un Être Suprême, et ses actions étaient guidées uniquement par la logique qui lui était propre. Ils étaient chanceux que Clary et Jace soient âmes-sœurs et donc dans le périmètre de son pouvoir. Ils étaient chanceux que Magnus et Alec le soient aussi, qu'il n'ait pas perdu sa magie au passage.

Appeler Soré était une prise de risque énorme. Magnus avait été fou de le faire, quatre cents plus tôt. Il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait, et il avait milité pour faire tomber dans l'oubli l'existence même de l'Être Suprême après coup. À l'époque où on en parlait encore régulièrement, les mêmes histoires horribles circulaient : des amoureux, naïfs et stupides, l'avaient appelé, alors qu'ils n'étaient pas destinés à l'autre. Si l'être acceptait de venir, ce qui n'était pas garanti, ils pouvaient alors faire un vœu, qui se retournait contre eux, irrémédiablement, de la plus horrible des manières. Finir en Enfer était une voie plus douce que Magnus avait choisi mille fois plutôt que les histoires qu'on racontait. Jeune et naïf, il avait celui-ci failli se brûler les ailes, et avait fermement pris la décision de ne plus jamais faire appel à l'être.

Si Alec lui avait parlé de son projet, il aurait tout fait pour le détourner de cette idée, quitte à ce qu'Alec le quitte de dépit, persuadé que Magnus refusait de croire qu'ils étaient des âmes-sœurs. Si lui en était persuadé, il aurait pour toujours refusé de prendre le risque de le vérifier auprès de l'Être le plus puissant de tous les temps.

Alors il valait mieux conseiller à Izzy de faire profil bas, et ne rien réclamer. Ou elle et Simon pourraient le payer très cher.

– Je sais ce que je veux, décréta soudain Alec, le visage grave.

– Je t'écoute. N'oublie pas, tu ne peux connaître le prix à l'avance. Mais tout a un prix, tout à un équilibre. Aujourd'hui ou dans mille ans, tu le paieras.

Alec hocha la tête, conscient des risques.

– Magnus vient de renoncer à son immortalité. Alors notre fils, Maxie... Maximilien, sorcier de son état, va un jour se retrouver seul et sans famille. On voulait... Je voulais que ma famille me survive. Que Magnus ait toujours Maxie pour penser à moi, même après ma mort, et que Maxie ait pour toujours un père, au moins un. Sauf qu'il n'aura jamais ça. Alors je veux qu'il ait le choix. Pas aujourd'hui, il est trop jeune. Mais je veux qu'un jour, quand il sera en capacité de décider seul, il puisse choisir entre devenir mortel comme nous, ou conserver son immortalité.

Soré contempla intensément Alec, qui se sentait se liquéfier sous l'intensité des prunelles — devenues rouges et flamboyantes — braquées sur lui.

– Vous avez le chic pour me pondre de ces trucs, vous... Et vos gosses, c'sera pire, c'quand même dingue, marmonna Soré. Accordé. Mais vraiment, 'faites des vœux pas funs, j'peux même pas faire un truc cool, quoi, qui se voit, qui s'entend, avec des explosions, des paillettes, que'que'chose d'fun, quoi !

L'être avait l'air tellement bougon qu'ils avaient presque envie de s'excuser de penser à leur futur, et non demander quelque chose d'immédiat, de clinquant ou de visuel. Elle ne leur en laissa pas le temps, se détournant d'eux, comme s'ils l'ennuyaient désormais, pour regarder Clary.

– Bon, à toi Biscuit. Ton vœu ?

Clary regarda Alec, puis Jace, le cœur battant. Elle savait exactement ce qu'elle voulait, mais elle doutait. Et surtout, elle ne sentait pas de le demander de but en blanc, sans rien expliquer à son compagnon.

– Je... Jace... Tu veux m'épouser ?

Ce n'était pas vraiment ce qu'elle avait prévu de dire, mais les mots étaient sortis avant qu'elle ne puisse les retenir. Et manifestement, Soré trouvait subitement la situation follement amusante. Sa manière de passer d'une émotion à une autre, comme un enfant qui ne saurait pas se contrôler, qui pleure quand il est triste, et sourit quand il est heureux, était bizarrement réconfortante. Flippante, quand on savait que l'être avait le pouvoir d'anéantir l'humanité d'un claquement de doigt si l'envie lui prenait, mais le voir s'enthousiasmer pour ce qu'il plaçait au centre de son pouvoir, l'amour entre deux êtres, cela convainquit Clary de prendre un instant avant de formuler son vœu.

Jace la regardait, abasourdi, la bouche ouverte, ne sachant que répondre. Magnus leva les yeux au ciel, et seul Alec l'entendit commenter que, Par Edom, comment il avait fait à ce stade pour ne toujours pas comprendre ce que Clary lui préparait ?

– Tout est prêt, annonça Clary. Ça devait être une surprise. Ta surprise. Juste après ma cérémonie de marquage des runes, j'allais te demander de m'épouser. Et si tu avais dit oui, on aurait célébré la cérémonie sur le champ. J'étais prête pour ça.

Elle se désigna de la main, sa robe blanche et vaporeuse, légère et épousant ses formes. Magnus avait veillé à ce qu'elle ne ressemble pas à une meringue.

– Avec ou sans mémoire, avec ou sans passé, j'ai choisi ce monde et je t'ai choisi toi, poursuivit Clary. Je voulais... Je voulais que cette demande te prouve mon engagement envers toi, qu'importe le reste, qu'importe la punition que pourrait m'infliger les Anges, encore et encore. Je n'ai pas de souvenirs, tu le sais bien. La première fois que je t'ai vu, c'était à une expo, et tu me regardais. Ça aurait dû me faire flipper. Un mec que personne ne semble voir qui fixe une fille et s'enfuit quand elle essaye de lui parler, on appelle ça un psychopathe, normalement, et on appelle les flics. Pas moi. Moi...

– Tu m'as suivi, tu m'as rattrapé, murmura Jace, en faisant un pas dans sa direction.

– Je savais ton nom, à ce moment, poursuivit Clary, la voix vibrante d'émotion. Je sais aujourd'hui que tu as cru que c'était le début, que j'allais me rappeler... Mais ça n'a jamais été le cas, je ne me suis jamais rappelé de rien. Mais ça a été le début. Le nouveau début. Et je voulais qu'aujourd'hui, qui marque mon nouveau début parmi les shadowhunters, soit de nouveau une étape dans notre relation.

Jace s'apprêtait à répondre, faisant un pas supplémentaire, ses yeux vairons brillant d'émotions. Clary avait l'air au bord des larmes également, et sa voix tremblait. Magnus, pragmatique, et soudain inquiet à l'idée que Izzy n'ait pas usé de maquillage suffisamment résistant, claqua discrètement des doigts. Il était hors de question de gâcher la perfection du visage de Clary avec des larmes.

– Ce qu'on a fait, Alec et moi, aujourd'hui, on n'avait aucune garantie que ça marche. On était complètement dingues, je crois bien. Je ne pensais absolument pas que ça allait... que ça allait nous prouver qu'on est fait l'un pour l'autre. Parce que c'est ça que ça veut dire, n'est-ce pas, Reine Soré ? Si tu accèdes à nos vœux, c'est que nous sommes...

Elle n'arrivait pas à prononcer le mot âmes-sœurs à voix haute. Cela lui paraissait presque trop délirant, trop parfait, trop mielleux. Fort heureusement, Éros ne s'embêtait pas d'autant de cérémonial, et lui répondit de sa voix presque froide et clinique :

– Âmes-sœurs, oui. Ce qui vous donne la possibilité de faire un vœu, et de le voir exaucé, chacun de vous. Ceux qui m'appellent indûment sont dans l'obligation de le faire, et n'aiment vraiment pas le résultat. Vous pouvez aussi choisir de ne rien demander, mais l'option est irrévocable pour toujours. Et bon, bien sûr, quand je suis de bonne humeur, on contourne le système pour décaler dans le temps la réalisation d'un vœu, et ça marche aussi.

– Quelles sont les limites de votre pouvoir, Reine Soré ? interrogea Jace, nettement plus respectueux que tous les autres, dans sa manière de s'adresser à l'être suprême.

Les possibilités paraissaient infinies. Bannir les démons à tout jamais, les empêcher pour toujours de remonter d'Edom (ce qui les mettrait au chômage définitif). Permettre à tous les vampires de marcher au grand jour, comme Simon. Exiger l'égalité entre toutes les créatures. Éradiquer la maladie chez les Terrestres, ou bien la guerre.

Des envies, profondément altruistes et pour le bien des siens et du monde en général, coexistaient avec rage dans son cœur avec celles profondément égoïstes qui ne servaient que son propre intérêt.

– Je ne peux pas influer sur les Terrestres qui ne seraient pas amoureux d'un amour pur, précisa Éros. Mon sang est celui des Démons et des Anges, et seul sur eux je peux assurer ma domination. Même si je le voulais, je ne pourrais rien faire pour des Terrestres. Je ne peux pas non plus changer la moindre pensée. Si mon sang et mon statut les obligent à obéir, je ne pourrais jamais changer les mentalités de quiconque.

– Mais vous allez pouvoir lui rendre sa mémoire ? demanda confirmation Jace.

– Si elle le demande, oui. Clary ?

Clary hocha lentement la tête.

– C'est ce que je veux, oui. Mais je veux que tu comprennes, Jace, que même si je n'avais pas récupéré ma mémoire, même si notre tentative avec Alec avait échoué, ça n'aurait rien changé au programme de la journée. Je n'ai pas besoin de ma mémoire pour t'aimer, et je n'ai pas de passé, alors je te choisis comme futur, toi et la famille que j'ai découverte ici, que je veux devenir ma famille. Avoir ma mémoire... ce serait un bonus. Un bonus qui me permettrait d'être à égalité avec toi, dans notre relation. C'est pour ça, plus que tout, que je veux récupérer ma mémoire. Mais je ne veux pas que tu penses que je veux t'épouser parce que je vais retrouver ma mémoire, ou que...

– Tu as si peu confiance en moi ? l'interrompit Jace.

Cela eut le mérite de stopper net Clary dans sa litanie embrouillée et incohérente. Elle essayait de faire comprendre à Jace la portée de ses sentiments, et soit il avait compris tout de travers, soit elle s'était très mal expliqué.

– Quoi ?

– Pour te sentir obligée de m'expliquer ce qui se passe et me rassurer sur tes sentiments, tu as si peu confiance en moi ? Tu penses vraiment que je ne suis pas à même de comprendre que quoi qu'il se passe, avec ou sans mémoire, je sais que tu m'aimes ? En qui n'as-tu pas confiance ? En toi, en moi, en l'amour que je te porte, en ma capacité à comprendre les choses ?

– Probablement tout ça à la fois, commenta l'Être Suprême. Les émotions mortelles, c'est si pénible et fouillis, vous devriez voir le bazar qu'il y a dans votre tête parfois, c'est terrible !

Il avait retrouvé son ton bienveillant, ou du moins sans froideur, mais ses propos étaient globalement glaçants. Ils ressentaient chez lui toute la distanciation qu'il pouvait y avoir entre un humain et un Être Suprême.

– Pardon, s'excusa Clary à l'adresse de Jace. J'imagine que l'angoisse de cette journée me fait un peu perdre la tête...

Jace lui sourit doucement, s'approchant un peu plus. Si lui découvrait tout sur le moment, il pouvait raisonnablement comprendre que l'organisation d'un mariage surprise mette les nerfs à vif.

– Oui, je le veux. T'épouser. Avec ou sans mémoire. Je...

Il hésita, d'autant que si ses amis semblaient faire semblant de ne pas écouter intensément pour leur laisser de l'intimité, Éros n'avait clairement pas la même prévenance, et ses yeux étaient si clairs qu'ils paraissaient parfois blancs, comme inexistants.

– Je n'aurais pas eu le temps de t'offrir une bague de fiançailles, du coup. Mais Imogene... elle m'avait donné la bague familiale des Herondale, celle de ma mère. Je trouvais de mauvais goût de t'offrir celle que je pensais être des Wayland, mais sur laquelle Valentin m'a abusé toute ma vie, et qui est celle des Morgenstern... Théoriquement, elle te revient de droit, mais bon...

La grimace de Clary était éloquente sur le sujet. Ce qui la rattachait à Valentin et Jonathan, même sans souvenir, ne l'intéressait pas le moins du monde. En épousant Jace, elle voulait épouser son monde, et la famille Lightwood, et celle des Herondale si on lui en laissait la possibilité.

– Tu espérais m'offrir une bague ? demanda-t-elle, n'osant y croire.

– Non, répondit doucement Jace. Pas après que tu as perdu la mémoire, et que tu es partie. Tant que je ne pouvais rien t'expliquer de notre monde, de qui j'étais, te demander de m'épouser aurait été délirant. Puis Magnus a ramené l'Alec amnésique ici, avec toi dans ses bagages, et l'Enclave a autorisé que tu restes... J'ai recommencé à y croire, lentement, mais je n'osais pas vraiment... Mais ça n'a plus d'importance, pas vrai ? Parce qu'on va se marier ? Pour de vrai ? Aujourd'hui ?

Toute sa retenue vola en éclats quand Clary acquiesça, et il se précipita pour enfin la prendre dans ses bras, pendant qu'elle se mettait à pleurer de joie.

Izzy écrasa une larme sur sa joue, et Magnus, dans un élan de bonté, rajouta de l'étanchéité au maquillage de tout le monde, y compris le sien.

– C'est une belle journée pour vous, commenta Soré. Peux-tu formuler officiellement ton vœu, désormais ?

Jace relâcha Clary, et le reposa par terre, l'ayant carrément soulevée dans sa joie pour la serrer contre lui.

– Oui, pardon, Reine Soré. Je voudrais récupérer la mémoire qui m'a été indûment arrachée auparavant.

Elle jeta un coup d'œil à Magnus, qui hocha la tête d'appréciation. Sa formulation était claire et correcte. On ne savait jamais quel coup tordu pouvait faire l'être à leurs dépens.

– Ah bah voilà, ÇA c'est du vœu avec lequel je peux faire quelque chose de rigolo ! C'est parti ! Bibidi bobidi bou !

Elle rit, manifestement très amusée de sa blague à laquelle, une fois encore, les shadowhunters ne comprirent rien. Clary et Simon, cependant, lui sourirent avec amusement, bien que l'être n'ait rien en commun avec Marraine la bonne fée. Sur un mouvement de mains de l'être, ils virent soudain se former des souvenirs. Magnus avait déjà expérimenté le processus, de voir les images du passé danser autour de lui, mais pour les autres, c'était quelque chose d'inédit et surprenant, d'autant que, encore et encore, la bulle pleine d'images, et d'où s'échappait des sons et des odeurs, enflait, enflait, et enflait encore. Une vie entière résumée en des milliers et de milliers d'images tournoyantes.

– Plonge dans ta mémoire, Clarissa, ordonna l'être suprême, de son ton métallique.

La bulle avait pris tellement de place à côté d'eux qu'elle remplissait la pièce, sans les toucher. Inspirant profondément, Clary n'eut qu'un faire un pas pour entrer dedans. La bulle explosa aussitôt, comme du savon, pénétrant dans l'esprit de la jeune femme, ne laissant autour d'eux que des éclats de lumière.


Prochain chapitre le Sa 07/11 !

Reviews, si le coeur vous en dit ? :)