Le temps a bien passé, sept ans plus précisément. Tout pile, depuis la mise en ligne du premier chapitre !
Je ne pensais jamais reprendre cette histoire, mais récemment une personne a ajouté une de mes histoires à ses favoris. Ça m'a fait drôlement bizarre, je vous l'avoue. J'avais 14 ans quand j'ai publié le premier chapitre de cette histoire, j'en ai maintenant 21.
Pour ceux qui attendaient, peut-être, une suite, la voici.
Pour les nouveaux ? Bienvenus mes loulous. Plongez dans Blue Lily !
PS: Vu que le temps a clairement bien passé, je compte faire une bonne review des deux premiers chapitres, dès que je le peux.
La pluie n'avait toujours pas cessé depuis qu'il était rentré chez lui. Bien qu'il avait franchi le pas de sa porte il y avait de cela quatres heures, Takao n'avait toujours pas réussi à fermer les yeux. Il fixait son plafond, les yeux rivés vers les ombres que la ville projetait dans son appartement. Les ombres commençaient progressivement à s'effacer. La transition entre la nuit et le jour se lançait.
Mais les pensées de Takao étaient irrémédiablement tournées vers la scène qui s'était déroulée alors qu'il devait quitter le bar, une fois son service fini. Tournées vers une particulière image qui avait remué son coeur.
Kasamatsu était sorti afin d'escorter un client éméché, et était revenu avec quelqu'un dans un encore pire état.
Il avait porté jusqu'à leur salle de pause un homme blond tuméfié, au bord de l'inconscience. Alexandra l'avait tout de suite aidé à l'installer confortablement, tandis que Takao était allé fouiller tous les tiroirs à portée de main, en vain. Il avait juré, puis s'était dirigé vers le bar, oscillant entre les tables et évitant les pieds des chaises retournées sur les tables. Le bar était l'endroit où il pensait trouver de quoi faire. Son regard scanna les étagères puis vint se poser sur le bar lui-même. Un renfoncement abritait une boîte en bois noir, surmontée d'une petite croix rouge.
- Bingo ! s'exclama-t-il, soulagé d'avoir enfin pu trouver la trousse de premier secours.
Son enthousiasme ne dura pas bien longtemps, malheureusement.
Une fois le couvercle soulevé, la boîte dévoila son misérable contenu. Une trentaine de centimètres de gaze, trois sparadraps et une bouteille de désinfectant au quart peine.
Il la referma, la cala sous son bras, et rejoignit les trois autres.
Takao commença par pester.
- Qui est l'idiot qui a pas refait les stocks ?
Kasamatsu se retourna vers lui, et lui envoya un regard menaçant.
- Regarde moi comme ça autant que tu veux. Ça va pas faire avancer les choses… Aah… Arrête ça, continua Takao en lui faisant un geste de la main.
Pour la bonne forme, Kasamatsu le regarda deux secondes de plus, puis détourna son attention. Le brun tendit sa main vers le chanteur.
- Il n'y avait vraiment plus rien dedans ?
- Non. (Il lui donna la boîte, avant de reculer.) Mais ce ne sera pas suffisant…
Takao prit enfin le temps de détailler l'individu qui était allongé sur le canapé. Ses yeux étaient clos, et il n'aurait de toute façon pas pu les ouvrir entièrement aux vues des cocards qu'il arborait.
Mais il était conscient.
C'était déjà ça.
Sa tête bougeait lentement, comme s'il essayait de suivre ce qui se passait dans la pièce. Sa cage thoracique se soulevait et s'abaissait lentement. Sa respiration était sifflante. Ses mains tremblaient, mais il ne faisait rien pour les bouger. Il était tout bonnement immobile.
Takao se demanda s'il avait utilisé toutes ses forces pour traverser le bar.
Si Kasamatsu comptait le déplacer une nouvelle fois, il ne pourrait compter que sur lui-même. Ou bien sur un de ses employés. Mais clairement pas sur le blond.
- Il ne saigne pas, je crois, commença Alexandra. C'est bon signe non ?
- Pas forcément, lui répondit Kasamatsu en soulevant le t-shirt trempé du blessé. À l'extérieur il n'y a que des traces de coups mais… Il pourrait très bien avoir une hémorragie interne.
Alexandra grimaça, et se passa la main sur le visage. La perspective d'avoir peut-être un mourant sur leur canapé la rendait visiblement anxieuse. Takao ne pouvait pas dire qu'il ne se sentait pas comme elle. Le type avait l'air mal en point. Vraiment mal en point.
Si on lui avait dit qu'il s'était fritté avec un camion, il l'aurait cru sans aucun souci.
C'était dire.
La barmaid repris la parole.
- Kasamatsu. On ne peut pas le laisser ici. Il est peut-être en train de clamser, là. Faut qu'on l'emmène aux urgences !
Elle poussa vers l'arrière une mèche de cheveux qui tombait sur son visage.
- Le déplacer est une mauvaise idée…
- Je suis d'accord avec ça, coupa Takao.
- Mais oui, il faut qu'il se fasse soigner. L'hôpital est la seule solution.
Le blond eut un mouvement, léger, mais que tous perçurent. Sa main se leva juste assez pour agripper celle de Kasamatsu. Il s'arrêta de désinfecter la plaie sous ses doigts, surpris par le soudain mouvement. Le premier délibéré depuis qu'ils l'avaient installé là.
- Ne faites pas ça, je vous en prie, supplia la voix étranglée. Pas d'hôpital.
Le blessé serra la main de Kasamatsu. Pas assez pour lui faire mal, mais assez pour avoir toute son attention. Il se pencha vers lui, les sourcils froncés, visiblement rendu perplexe par cette requête.
- Je suis moins d'accord avec ça, reprit Takao.
Kasamatsu lui lança un regard qui le suppliait de toutes ses forces de garder sa bouche close. Il redirige sa tête vers celle du blessé, et enchaina par un simple « Pourquoi ? »
- Ils me trouveront. Ce sera mort, ensuite. Je serais mort. Ils vont me buter, enchaîna lentement le jeune homme.
Chaque pause qu'il était obligé de prendre leur laissait digérer ce qu'il disait. Le poids de ses mots était imposant. Takao le détailla une nouvelle fois du regard. Pas de collision accidentelle, tout était de main humaine… ou presque. La forme de certains hématomes laissait deviner l'implication d'objets peu sympathiques. Le chanteur grimaça en imaginant de quoi étaient capable ceux qui avait fait cela. Qui plus est, s'ils comptaient finir le travail si jamais ils retrouvaient le blondinet. Il ne souhaitait pas le découvrir personnellement. Ça ne serait pas joli…
Takao grimaça, tant par les images que lui envoyait son imagination que par ce qu'il risquait d'advenir du blond s'il restait comme ça, sur ce minable canapé. Il s'ebouriffa les cheveux tandis qu'il arpentait nerveusement le fond de la pièce.
- On arrête les conneries, et on appelle quelqu'un, okay ? Si ça se trouve, il est en train de clamser, et nous on reste là comme des branquignols à se tourner les pouces-
- J'ai l'air de me tourner les pouces, imbécile ? interrompit Kasamatsu en levant ses mains qui tenaient la gaze.
- Bah, à vrai dire, commença le chanteur avant de se faire interrompre par quelqu'un d'autre.
Alexandra se mit entre les deux hommes, leur bloquant respectivement la vue. Elle lança un regard menaçant à Takao, puis jeta un œil par-dessus son épaule.
Fichtre, qu'est-ce qu'ils avaient tous à vouloir le tuer du regard ce soir.
- Tu connais par un docteur, à tout hasard ? questionna la barmaid, finissant par se tourner à nouveau complètement vers l'alité.
Non. Vraiment personne… La seule solution c'est l'hôpital j'en ai bien peur.
Les méninges de Takao tournaient à plein régime, essayant de dégoter une solution. La tension dans la voix du blessé avait été si palpable qu'il avait tendance à croire ce que le jeune homme avait avancé. Il était terrifié, Takao pouvait le sentir même depuis l'autre bout de la pièce.
Réfléchit, réfléchit, tête de nœud. tout un tas de neurones pour pas grand chose, allez !
Et la réponse lui vint-
- Je connais un vétérinaire ! Un ami !
Alexandra et Kasamatsu se tournèrent vers lui, et la perplexité pouvait se lire clairement sur leurs visages. Immédiatement, une veine de colère apparu sur le front du patron du bar.
- On a l'air d'avoir un clebs sur le canapé ? Mais je vais le virer, je vais vraiment le virer, marmonna le brun, progressivement plus désespéré que énervé.
- Arrêtez de tirer cette tête, c'est pas une si mauvaise idée non ? C'est obligé de s'y connaître en anatomie pour exercer… Il pourra voir si y'a rien de grave, non ?
La réponse cinglante ne vint pas, et Takao continua à fixer Kasamatsu. Ugh ? Surprenant… Ce dernier réfléchissait. Il prenait en compte sa proposition. Un pas en avant, un ! Il fallait battre le fer tant qu'il était encore chaud.
Le chanteur n'attendit pas de réponse de son boss, et sortit son téléphone. Une, deux, et trois sonneries plus tard, on décrocha de l'autre côté du combiné.
Un soupir s'échappa des lèvres de Takao.
Première étape: franchie.
Les étapes suivantes furent moins simples.
Plus ardu en effet; convaincre son ami Miyaji. Une tâche loin d'être simple. Bien qu'il soit dans un quartier proche du leur, les basses qui se faisaient entendre au téléphone ne laissaient pas de doute sur les activités du vétérinaire. Takao avait dû batailler et négocier comme un forcené pour arracher Miyaji aux plaisirs de la nuit. Il avait peut-être aussi dû faire des promesses qu'ils ne pouvaient se permettre… Son cerveau calculait déjà le prix des tournées de shot qu'il allait devoir payer à son ami.
En plus de cela, Miyaji lui avait aussi extorqué le paiement du taxi jusqu'au Blue Lily. Qu'est ce qu'il ne fallait pas faire pour sauver la vie d'un inconnu à deux doigts de passer l'arme à gauche… Haha…
Il pouvait entendre son compte en banque pleurer d'ici.
Mais l'état du blond était bien trop préoccupant. Depuis qu'il était revenu dans la pièce, le blond affichait un air encore plus mal en point. Bien qu'il ne se soit absenté de la pièce qu'une quinzaine de minutes, le blessé arborait frissonnements et fine pellicule de sueur sur son front.
Il envoya un message à Miyaji.
« Dit au chauffeur de se grouiller. Il fait une tête bizarre. »
Pas plus de cinq minutes plus tard, on toqua à la porte du bar. Takao fut celui qui rejoint l'avant pour ouvrir au vétérinaire. Bien que ses vêtements soient débraillés, et que l'odeur de l'alcool puisse se sentir sur lui, ses yeux étaient sérieux.
- Où ?
- Dans la salle de pause. Au fond, à droite… La porte est ouverte, répondit avec une pointe de nervosité Takao.
Miyaji n'attendit pas sa réponse pour le dépasser, et traverser le restaurant. Dehors, le chauffeur attendait toujours qu'on le paie. Le chanteur s'avança, et régla la facture.
Le temps qu'il revienne, l'autre blond était en train d'examiner le presque mourant.
- Il ne va pas y passer, annonça-t-il aux autres tandis qu'il pressait index et majeur sur les côtes du jeune homme.
Bon, le non-mourant, plutôt.
Ce dernier émit un gémissement de douleur, son visage se contorsionnant. Mais Miyaji continua son examen en dépit de la plainte. Il prit son pouls du mieux qu'il pouvait, et fit un rapide check-up.
- Je pense qu'il a sûrement une côte cassée… Oh. Peut-être deux, finalement. Il y a clairement un traumatisme crânien, vu les coups qu'il s'est pris, donc c'est à surveiller. Comme ses côtes, il soupira. Honnêtement...
Le vétérinaire se tourna vers Kasamatsu, puis Alexandra. Il vint gratter sa nuque, l'air mitigé.
- Vous devriez vraiment l'emmener voir un médecin. Takao m'a dit qu'il ne voulait pas mais… (Il fit un signe de main vers l'autre blond.) Son état doit être surveillé, et il faudrait faire des examens pour être certain de son état.
Rapidement une nouvelle plainte se fit entendre, et le blessé tenta de bouger, avant d'abandonner. Puis de réessayer. On aurait dit qu'il voulait se lever et partir loin de cette suggestion qui faisait redoubler l'intensité de ses tremblements. Takao se rapprocha des autres, lui qui jusque-là avait observé depuis l'encadrement de la porte. Alors qu'il allait prendre la parole, son regard croisa celui de Miyaji. Son ami enchaîna.
- Mon beau-frère tient une clinique privée, je peux lui demander de l'ausculter. C'est un véritable médecin, pour le coup. Ce serait mieux, en plus il a le matos. Pas besoin de l'emmener à l'hôpital civil.
Un poids se retira lentement de l'assemblée, un certain soulagement se lisait sur leurs visages à tous. Cependant le blond gardait son air inquiet et sa nervosité. Mais il était bien trop fatigué pour protester. Un consensus s'établit alors, et Kasamatsu reprit la parole. Il avait l'air hésitant.
- Ton beau frère… Est-ce qu'il peut l'ausculter tout de suite ?
Miyaji secoua négativement la tête en se relevant.
- Il va falloir attendre demain, malheureusement. Je ne pourrais pas vous accompagner, mais… (Il sortit de sa poche son téléphone, et pianota sur l'écran.) Voilà son numéro.
Le téléphone de Takao sonna, et il sortit à son tour son téléphone. Le brun remercia son ami, puis ce dernier leur indiqua la marche à suivre lorsqu'ils contacteraient le médecin.
Peu après, il quitta le bar.
Le vétérinaire les avait aidé à déplacer le blessé jusqu'à l'appartement de Kasamatsu, au-dessus du Blue Lily. Pendant que le blessé était allongé dans la chambre d'amis, les trois autres s'étaient retrouvés dans la salon pour faire un rapide débrief de la dernière heure. Kasamatsu avait accepté de laisser le blond dormir ici pour la nuit, mais était clairement réticent à le laisser passer plus de temps que purement nécessaire chez lui. Takao pouvait le comprendre. Si effectivement des hommes étaient après lui, et étaient près à le chercher dans les hôpitaux… Passer sur le corps de Kasamatsu ne semblait pas bien intimidant. Alexandra avait proposé de l'héberger chez elle une nuit de plus, si c'était nécessaire.
Takao, lui, n'avait rien suggéré. Son appartement était bien trop petit pour accueillir n'importe qui d'autre que lui. La question était réglée sans que sa morale s'en mêle. Mais évidemment, elle s'en était mêlée d'elle-même.
Néanmoins, le sort du blessé le tracassait. Il était incapablede rester de marbre, même si mettre de la distance entre cet individu et son attirail de problèmes aurait été la plus judicieuse chose à faire.
Les minutes passèrent, et le micro-onde de Yukio affichait clairement deux heures du matin, à présent. C'était l'heure de partir, pour les employés. Alors qu'ils se levaient pour prendre le chemin de la sortie, Takao décida de faire un bref détour par la chambre d'amis de son patron.
Kasamatsu l'aurait sûrement fait une fois qu'ils se seraient éclipsés mais… Takao voulait vérifier une fois encore qu'il respirait encore. Son patron lui envoya un regard perplexe auquel il ne répondit pas, et entra dans la sombre pièce. Les rideaux avaient été tirés, et la lumière envahissante de Tokyo s'en retrouvait étouffée. La quiétude de la pièce avait quelque chose de déstabilisant, mais il continua à avancer.
Un rayon qui filtrait par l'embrasure entre la fenêtre et le rideau lui apporta la réponse qu'il était venu chercher. La cage thoracique du blond se levait et se baissait sans accro, régulièrement.
Ouf.
Mais alors qu'il se retournait pour rentrer chez lui, un bruit le fit sursauter. Une lumière étrangère éclairait maintenant la pièce. C'était un téléphone. Plus précisément, c'était le téléphone du mystérieux blessé. L'écran était brisé, résultat de son altercation, mais pas illisible. La curiosité du chanteur eut raison de lui.
Un, deux, trois pas et il était devant la table de chevet.
La lumière éclairait toujours la pièce, et maintenant le visage de Takao.
C'était une notification de message.
Ah.
Elle était illisible, bloquée à cause des paramètres de confidentialité.
Alors qu'il allait se reculer, son regard capta la petite photo de l'émetteur.
Son cœur fit une embardée.
Sa respiration aussi.
Directement, il jeta un coup d'œil au blond. Ses sourcils se froncèrent, alors qu'il recula, troublé.
Sur le téléphone, il avait vu une photo de l'homme aux yeux émeraudes. Ses traits lui étaient revenus avec la force d'une gifle. Son regard avait la même intensité, le même magnétisme.
C'était lui.
C'était lui, Takao en était certain.
En espérant vous retrouver rapidement pour le chapitre 4 !
N'hésitez pas à me retrouver sur mon twitter dianxiava, ou à laisser un ptit commentaire, ça ferait chaud au coeur.
