Préambule :

Outre le côté ludique, cette fic est également un exercice. Chaque chapitre illustre ce que Campbell a démontré dans la théorie du monomythe, à savoir que toutes les histoires, tous les mythes universels, quels que soient leurs origines, comportent des étapes communes, celles du « Voyage du Héros ».

Pour les apprentis écrivains, le voyage du héros est un bon entraînement au récit. George Lucas s'est basé dessus pour écrire « Star Wars », que l'on retrouve ce même schéma dans les Disneys et autres films d'aventures à succès… C'est une recette qui a fait ses preuves.

Le voyage du héros, c'est quoi ?

C'est avant tout une quête. Le héros quitte son environnement ordinaire et confortable pour s'aventurer dans un monde inconnu plein de défis. Il est confronté à des obstacles qu'il doit surmonter pour, littéralement, atteindre son Graal, son objectif. La quête est avant tout personnelle, propre à chaque héros. Le héros grandit et évolue, passant continuellement du désarroi à l'espoir, de la faiblesse à la force et de la folie à la sagesse. Il y a évolution. Le héros sort métamorphosé de cette quête.

Dans les Petits Meurtres, les personnages sont comme des héros de bande dessinée : ils sont figés dans leurs rôles, atemporels, caricaturisés jusque dans leurs façons de s'habiller, de se comporter selon des schémas identiques d'un épisode à l'autre. L'exemple le plus parlant : Laurence dans son éternel costume bleu (tels Tintin ou Spirou) avec son emblématique Facel Vega bordeau, ou son appartement où pas le moindre objet n'est déplacé depuis 5 ans. On retrouve les mêmes caractéristiques chez Marlène, double de Marylin à qui elle emprunte le look et les vêtements, chez Alice avec son éternel foulard autour du cou, sa chemise à carreaux, son jean et ses ballerines, et sa piaule pourrie. Tous les trois condamnés pour l'éternité à ne pas évoluer, pire, à rester seuls, parce que c'est la solitude qui cimente leur relation hors norme.

Et d'un épisode à l'autre, peu de références à ce qui s'est passé auparavant, comme si le passé des personnages était gommé à chaque nouvelle enquête. On repart à zéro dans l'éternelle rivalité entre Laurence et Avril et dans l'attirance de Marlène pour son patron. La caractérisation des personnages est pourtant ce qui leur donne de la profondeur et les rend vivants (Merci à ces merveilleux acteurs).

Pour ma part, j'ai décidé de les faire vivre justement sur le papier. Ça veut dire les faire sortir de leur monde ordinaire pour les confronter à des obstacles, les malmener, leur faire vivre des peines, mais aussi des joies, changer leurs visions, les faire avancer vers un objectif.

Ils sont au service de l'enquête dans la série, laissons les devenir acteurs de leurs propres histoires dans nos fics.

Et maintenant, bonne lecture !

Chapitre 2 : Le refus de l'aventure

Avril fut à l'heure et resta interloquée quand Laurence vint lui ouvrir… La joue gauche du policier était affreusement balafrée. Elle resta un moment hypnotisée par l'entaille à essayer de comprendre ce qu'il lui était arrivé depuis le matin.

« Ben dites donc, elle vous a pas loupé la minette qui vous a fait ça !… Une ex qui n'a pas apprécié d'être larguée et remplacée aussi sec ? »

Laurence leva les yeux au plafond et secoua la tête.

« C'est du maquillage, triple buse ! » Dit-il, irrité. « Bon, vous entrez ou pas ? »

Elle obtempéra, passa devant lui et s'avisa à cet instant qu'il portait un costume trois pièces inhabituel, gris foncé à petites rayures fines, croisé sur le devant. L'ensemble lui conférait une classe folle et une élégance qu'auraient enviée bien des mannequins sur un podium… Un Borsalino noir trônait sur la console de l'entrée et n'attendait plus que son propriétaire.

« Woah ! C'est différent comme tenue, mais ça vous va... »

Alice aperçut alors une jeune femme qui déposait un baiser sur les lèvres de Laurence, avant de passer devant elle, telle une nymphe sortie des bois, un large sourire sur ses lèvres rouges et pulpeuses…

« ... comme un gant... » Finit-elle, avec surprise.

La journaliste ne put s'empêcher d'observer la maquilleuse des pieds à la tête. Du même âge qu'elle, cette fille était vraiment une belle plante brune, sexy en diable dans sa courte blouse rose moulante qui ne cachaient rien de ses longues jambes… Alice inclina la tête sur le côté avec un sourire, après que la jeune femme eut quitté l'appartement.

« Joli petit lot... » Remarqua Alice ironiquement à l'adresse de Laurence.

Laurence secoua lentement la tête devant la réaction admirative d'Avril. Maintenant qu'il savait qu'ils chassaient le même gibier tous les deux, il ne cachait pas sa désapprobation. Il eut la preuve qu'elle le taquinait quand elle se mit doucement à rire.

Il se contenta de la dévisager froidement. Avec sa balafre qui lui donnait un air cruel, il était vraiment flippant...

« Oh, arrêtez d'être aussi sinistre, vous me foutez les jetons. »

« Tant mieux. Ce sont les détails qui font toute la différence… Venez. »

Elle le suivit jusqu'à la chambre où elle trouva une robe et quelques accessoires posés sur le lit.

« Habillez-vous et ne trainez pas. Nous avons un MO à voir ensemble. »

« Un quoi ? »

« Un mode opératoire… »

« Ah ?… Oui, Chef ! Bien, chef ! »

Il lui lança une estocade meurtrière avant de quitter la pièce pour la laisser se changer.

« On va se marrer… » Murmura-t-elle ironiquement pour elle-même en soupirant.

Alice observa la jolie tenue aux motifs colorés. C'était une petite robe trapèze à bustier, cintrée à la taille avec une ceinture, rembourrée au niveau de la poitrine, comme elle put le constater dans la psyché quelques minutes plus tard.

Indéniablement, c'était la bonne taille… En parlant de ça, comment Laurence avait-il deviné ses mensurations ? Le mieux était encore de croire qu'il avait demandé à Marlène. Plutôt que de s'appesantir sur la question, elle admira un instant ses formes, satisfaite de l'effet obtenu et constata que les bas - des vrais, en soie - lui faisaient des jambes fabuleuses. Il ne lui restait plus qu'à se maquiller soigneusement et à discipliner ses cheveux roux pour les tirer en arrière en un chignon. Quand elle fut enfin prête, elle quitta la chambre, satisfaite, pour le rejoindre au salon.

Son entrée ne laissa pas Laurence indifférent. Surpris, le commissaire se figea littéralement et cligna des yeux en l'observant des pieds à la tête. Devant cet examen attentif, Avril tourna sur elle-même avec un grand sourire et le laissa admirer le résultat incontestablement gratifiant.

« Alors, comment vous me trouvez ? »

« Je commence à croire que ce n'était pas une bonne idée. »

Le tout dit sur un ton désagréable et en se détournant d'elle, comme s'il n'en avait rien à faire. L'enthousiasme d'Alice fut immédiatement douché et elle éprouva un élan de colère envers la goujaterie de cet homme. Il s'affairait à vérifier son arme à feu et ne la vit pas serrer les poings dans son coin en refoulant des envies de meurtre.

« Avril, je vais vous expliquer ce qui nous attend, mais avant, je veux votre parole que vous ne vous lancerez pas dans des initiatives malheureuses... » Il la regarda à nouveau. « … Si je vous dis de faire quelque chose, vous le faites sans réfléchir. Ça devrait être dans vos cordes, ça ? »

« Arrêtez de me prendre pour une demeurée, Laurence, et dites-moi ce que vous projetez de faire. »

« Infiltrer une réunion de beaux-mecs. J'ai arrêté ce matin Ricky Gueule d'Amour au saut du lit… »

« Ricky Gueule d'Amour ? » Répéta-t-elle, en écarquillant les yeux.

« Oui, on l'appelle comme ça dans le Milieu. C'est un surnom ridicule pour un vil proxénète et un individu abject. Bref, il est sensé être ce soir à un rendez-vous entre caïds... J'y vais à sa place. »

Avril le dévisagea avec incrédulité.

« Mais vous êtes malade ! Et s'il y a des gens qui le connaissent ? L'imposture va être démasquée ! »

« Il y a peu de chance que cela se produise. Les journaux ne sont pas au courant de son arrestation et Ricky ne joue pas encore dans la même catégorie que ceux qu'il doit rencontrer. »

Alice montra clairement qu'elle n'aimait pas cette idée.

« C'est extrêmement dangereux. Pourquoi vous faites ça ? »

« Pour en savoir plus sur un casse que ses acolytes veulent monter... Ricky est ambitieux et veut s'emparer d'un nouveau business en évinçant ses petits camarades. Vous croyez qu'il va bien gentiment leur demander la permission ? »

« Euh… Laissez-moi deviner : il va faire parler la poudre ? »

« En effet. »

Avril regarda Laurence insérer un revolver dans un holster placé sous son bras gauche. À sa connaissance, c'était la première fois qu'elle le voyait armé.

« Vous êtes sûr que c'est une bonne idée ? » S'inquiéta la jeune femme. « Vous faites plutôt dans la non violence… »

Alice prit soudain conscience que c'était un trait de caractère qu'elle appréciait chez lui, en plus de son sang froid et de son courage.

« C'est un accessoire indispensable pour jouer mon rôle de crapule. Si ça devait mal tourner, j'aurai peut-être à m'en servir, même si ça me déplaît. »

« Et le mien consiste à quoi faire ? »

« Vous êtes la potiche nunuche, follement amoureuse de son grand caïd. »

« Je vous demande pardon ? »

Laurence se mit doucement à rire devant l'expression soufflée d'Avril.

« En réalité, vous ouvrez grands vos yeux et vos oreilles, et vous observez... » Comme Laurence la voyait qui se renfrognait, il ajouta : « … Avril, c'est important. Vous assurerez nos arrières quand nous serons à l'intérieur. Et soyez convaincante ! Vous êtes ma poule, comme vous aimez si bien le dire. Agissez comme tel, montrez que nous sommes intimes. »

« Vous voulez dire que je peux vous appeler mon chaton ? »

Laurence serra la mâchoire et la regarda avec l'envie de l'étrangler. Elle soutint calmement son regard en souriant malicieusement.

« N'en faites pas trop non plus. » Grinça-t-il.

« Dommage... »

Si ce n'était aussi dangereux, elle aurait aimé le titiller davantage. Elle reprit :

« J'le sens pas, votre truc… »

« Avril, j'ai déjà mené des missions d'infiltrations sous couverture. Le tout, c'est d'être dans son rôle à fond. Même vous, vous n'allez pas me reconnaître… »

Son commentaire ne rassura pas Avril pour autant. Il soupira.

« Je ne vous exposerai pas si je pouvais faire appel à quelqu'un de plus expérimenté et dont c'est le métier. Malheureusement compte tenu du temps imparti et de la nécessité d'agir vite, je fais avec ce que j'ai sous la main, c'est-à-dire vous. »

« Mais vous croyez que je ne vais pas faire l'affaire. »

« Honnêtement ? Si vous faites tout foirer, on va se retrouver ensemble pour l'éternité dans la même boîte en sapin. »

« Charmante perspective… »

« N'est-ce pas ? Rien que cette idée… »

Il fit un rictus dégoûté. Avril serra les dents et lui lança un regard noir.

« Vous n'êtes pas obligé d'être en permanence désobligeant. C'est vous qui avez fait appel à moi, je vous rappelle. »

« Ne me le faites pas regretter alors. Pas d'imprudences : Ne vous éloignez jamais de moi sauf si l'on ne peut pas faire autrement. N'ouvrez la bouche que lorsqu'on vous parle. Pas de bavardages inutiles qui attirent l'attention sur vous. Moins vous en dites, mieux ce sera. »

« Ok, chef. »

« Vous êtes prête ? »

« Non, mais je ne pense pas que ça fasse une grosse différence. »

« Ça va aller, Avril. Je serai là pour parer à toute éventualité. »

Ce n'était pas la première fois qu'ils jouaient un rôle tous les deux et il savait que la journaliste pouvait donner le change sinon il ne lui aurait pas proposée de le faire, surtout dans ces conditions. C'était plutôt le caractère imprévisible de la jeune femme qui inquiétait le policier. Laurence aurait bien voulu afficher un plus grand optimisme mais il était prêt à parier que rien ne se passerait comme prévu…

A suivre…