Chapitre 3 : Le grand saut dans l'inconnu
Mais que diable venaient-ils faire dans cette galère ? se demanda Alice Avril. Présentement, elle marchait au bras de Laurence, un air morve sur le visage à l'image de la suffisance affiché par Ricky Gueule d'Amour, encadrés par deux armoires à glace. Leur patron était sans doute allé les chercher dans des foires, tellement les coutures de leurs costumes semblaient prêtes à craquer… Eux non plus ne rigolaient pas, et cela ajouta à sa tension.
Il ne fait pas bon croiser le chemin du Gitan, lui avait glissé Laurence dans la Simca Présidence noire qui les emmenait sur le lieu de leur rendez-vous. Ricky était craint dans le Milieu et avait la réputation d'être un proxénète impitoyable, cruel et ambitieux. Avril jeta un œil vers son compagnon qui, incontestablement, en jetait avec son visage fermé, dur et arrogant… La gueule de l'emploi, aurait-elle aimé plaisanter pour l'asticoter, mais ce n'était ni l'endroit, ni le moment.
Le couple fut introduit dans un grand salon où des hommes s'étaient réunis autour d'une table de billard. Ils fumaient tous de gros havanes en jouant et en discutant tranquillement. L'un d'entre eux se détacha du groupe et vint à leur rencontre en lui tendant la main.
« Ricky, bienvenue, je suis Jacques Prizzi. Je vous remercie d'avoir répondu à mon invitation. Je n'étais pas sûr que vous alliez venir. »
« Notre ami commun a su trouver les mots justes pour me convaincre. »
« Cipriani ne se joindra pas à nous ce soir malheureusement. Il a eu un empêchement de dernière minute. »
Et pour cause, pensa Laurence avec sarcasme. En ce moment, son comptable et lui sont entendus par les brigades financières à ma demande. Les roulettes procurent de confortables revenus qu'il devient difficile de camoufler à force.
« Laissez-moi vous présenter à nos compagnons. Voici Pierre Tourneur, notre faussaire… »
« J'ai beaucoup entendu parler de vous, Ricky. »
« En mal, j'espère, sinon ça n'a aucun intérêt… »
« Evidemment. »
« Et voici Marc Bernardin… »
Laurence eut un sourire sinistre et serra la main du célèbre gangster spécialisé dans les casses de banque.
« On ne présente plus le Lyonnais. Je suis très admiratif de vos méthodes. »
« Merci. Ravi également de faire votre connaissance, Ricky. Voici mon second, Emile Dussart... »
Emile Dussart, dit La Carpe… Il portait bien son surnom celui-là. Les flics avaient beau l'arrêter, jamais il ne parlait. Si Bernardin était la tête pensante, Dussart était le roi de l'organisation. Tous les deux formaient une équipe redoutable de braqueurs. Si je pouvais mettre la main sur ces deux-là, se dit Laurence avec envie.
Le policier se tourna ensuite vers un type maigre plus grand que lui avec un visage taillé à la serpe, presque maladif. L'homme expulsa calmement la fumée de sa cigarette en le regardant droit dans les yeux. Ils s'affrontèrent du regard.
« Antonio Vallieri, notre gâchette. »
L'Italien esquissa à peine un sourire. Celui-là est un reptile au sang froid, pensa Laurence. Le policier lui serra la main fermement, bien décidé à lui faire comprendre qu'il n'était nullement impressionné par le pedigree du tueur. Il se promit même de lui passer les menottes à la première occasion.
« Robert Santander, notre informateur. »
Santander était un petit homme avec un air de fouine, un escroc sans grande envergure mais toujours sur des bons coups. C'était de lui que Laurence devait se méfier car ce type était aussi un indic pour un de ses collègues. Une vraie girouette.
« Et voici, Armel Duchêne. »
« Enchanté. »
« Monsieur Duchêne représente les intérêts de son client. »
Autrement dit le commanditaire, traduisit Laurence, qui savait que jamais le nom de cet homme ne serait prononcé en public.
« Votre réputation vous précède, Ricky. Mon employeur s'interroge sur l'affaire Matteoni. Comment avez vous pu réussir à sortir du tribunal de Nîmes sans vous faire remarquer ? »
Une alerte résonna dans la tête du policier. Ce fait n'était pas connu du grand public à qui on avait simplement annoncé que le suspect s'était évadé lors d'un transfert sans préciser exactement ce qui s'était passé. Laurence avait lu le dossier et éclaircit ce point avec l'intéressé lui même qui s'enorgueillissait de ses exploits. En réalité, Ricky avait faussé compagnie à ses gardiens en attendant son audition par le juge d'instruction. Dans une antichambre du Palais de Justice, il s'était emparé d'une robe d'avocat et était sorti du tribunal le plus naturellement du monde. Mais Laurence connaissait l'anecdote la plus croustillante dans cette histoire : Ricky était accompagnée d'une jeune et jolie juge et l'avait aidée en lui portant ses dossiers. De fil en aiguille, ils avaient sympathisé, Ricky avait réussi à obtenir un rendez vous galant avec elle et avait emballé la jeune femme comme si de rien n'était le soir même. Qui serait venu le chercher au domicile de cette juge ? Personne n'avait eu intérêt à ébruiter cette gaffe de la justice.
« Madame la juge aurait apprécié que je la revoie. Hélas, le lendemain, je l'ai quittée quelque peu précipitamment. L'air de province lui fait le plus grand bien, je crois. »
Duchêne se mit à rire, satisfait par sa réponse. Laurence venait de passer le test avec succès. Heureusement qu'il s'était renseigné : après enquête interne, la juge avait été mutée dans un coin paumé de France.
Prizzi eut un sourire affable et tendit une queue de billard à Laurence.
« Je vous en prie, joignez-vous à notre nouvelle partie. »
Les hommes prirent position autour de la table de billard français, laissant Alice à l'écart. Plus que jamais, Avril prit conscience de ce qu'elle appelait "les clubs exclusivement réservés aux hommes", dans lesquels les femmes n'avaient pas droit au chapitre. Laurence ne l'avait d'ailleurs pas présentée et personne n'était venu la saluer. Dans ce cas précis, elle leur laissait volontiers la primeur car elle voyait mal les femmes s'organiser en bandes pour développer des activités criminelles. Elles avaient bien mieux à faire.
Une autre personne se tenait également à l'écart et lui fit signe de la main. Avec curiosité, Avril s'approcha. C'était une quinquagénaire, blonde avec de beaux yeux bleus, un visage encore rayonnant, qui avait dû être d'une grande beauté dans sa jeunesse.
« Bonjour, je suis Jacqueline. Venez-vous asseoir près de moi, mademoiselle… ? »
« Alice. »
« Discutons un peu vous et moi, pendant que les hommes s'entretiennent de choses sérieuses. »
« De quoi vont-ils parler ? »
« Votre ami ne vous a pas dit ? »
Prudente, Alice ne répondit pas et haussa les épaules. Jacqueline hocha la tête.
« Moins on n'en sait et mieux on se porte, n'est ce pas ?... » Jacqueline observa Laurence avec une curiosité non dissimulée. « ... Je m'imaginais Ricky autrement. »
« Ah oui ? Comment ? »
« Plus jeune, moins arrogant, moins classe, avec des yeux dénués d'humanité, un vizir qui rêve de devenir calife à la place du calife. »
« Vous êtes déçue ? »
« Pas le moins du monde. Il est bel homme, séduisant, charismatique même. Si ce n'était cette froideur dans le regard, ma foi... Comment est-il en tant qu'amant ? »
Alice faillit s'étrangler et se rappela in extremis le rôle qu'il était convenu qu'elle joue. Même ainsi, cela lui faisait mal de devoir faire le jeu de Laurence.
« Il est à la hauteur de sa réputation. » répondit-elle prudemment.
« Allons, allons… Vous ne devez pas vous ennuyer avec un type dans son genre. Est-il kinky, comme disent les américains ? »
Alice paniqua. Que signifiait ce terme ? Elle n'en avait aucune idée. C'était proche de coquin, non ?
« Très… » Répondit finalement Alice.
Seigneur ! Laurence coquin ?! C'était aux antipodes de ce qu'elle s'imaginait ! D'ailleurs, elle n'imaginait pas grand chose le concernant ! Il devait être bien plan-plan au lit, surtout à son âge !
La femme lui fit un clin d'œil.
« Je l'écoute depuis tout à l'heure. Sous le vernis policé, Ricky semble très sûr de lui et extrêmement sarcastique. »
« Il l'est. La brutalité de ses propos et de ses actes font parfois oublier ses manières de gentleman. »
« Vous en faites les frais ? »
« Ça arrive plus souvent que vous ne croyez. »
« Il abuse de vous ? »
« Quoi ?... Oh non ! vous vous méprenez. Il n'agit pas ainsi avec les femmes. Il n'en a pas besoin, il lui suffit de se montrer désagréable, et croyez-moi, c'est bien plus efficace que n'importe quelle claque dans la figure. »
« Il vous rend malheureuse ? »
« Non, parce que je ne me fais pas d'illusions. Je ne suis qu'un ornement qui le met en valeur. Un jour, quand il sera lassé de me voir, il choisira une autre fille et je n'aurai qu'à retourner d'où je viens. »
Le mensonge sembla fonctionner. Jacqueline la dévisagea intensément en tirant sur sa cigarette.
« Voilà des paroles bien sages. Beaucoup de femmes feraient des folies pour un homme tel que lui. Vous n'êtes donc pas amoureuse ? »
« J'évite. Je ne veux pas avoir à souffrir. »
« Et lui, qu'est-ce qu'il en pense ? »
« Il n'est pas dupe. Nous y trouvons notre compte. »
« Curieux marché… Mais je suis sûre qu'il tient suffisamment à vous pour ne pas vous laisser partir. D'ailleurs, il jette de fréquents regards dans votre direction qui en disent longs. »
Alice comprit que la femme n'était pas ce qu'elle semblait être, qu'elle était observatrice, qu'il lui fallait être prudente. Elle fit le tour de l'assistance et soutint d'autres regards, ceux-là insolents et intéressés sur sa personne. Les caïds approuvaient ce qu'ils voyaient, particulièrement ce type, Santander, qui lui lança un sourire éclatant qui lui déplut franchement. Avril préféra l'ignorer. L'autre sembla s'en réjouir… Son instinct l'avertit que cet individu devait être dangereux…
« Je n'aime pas cet homme, Santander. J'ai l'impression qu'il me salit quand il m'observe. »
« C'est un imbécile, ne faites pas attention à lui. »
Il y eut un silence entre les deux femmes. Jacqueline écrasa sa cigarette et se leva. Alice la retint.
« Je peux vous poser une question ? »
« Bien sûr. »
« Pourquoi êtes-vous là ? »
« Je suis sous la protection de Jacques Prizzi. »
« Pourquoi ? »
« L'honneur des truands. Mon mari est en prison. Les flics aimeraient lui faire lâcher le morceau, mais il ne dira rien tant que je serai protégée par le Corse. »
Alice nota l'utilisation ironique du mot protéger. En otage était sans doute un terme plus approprié pour décrire la situation réelle de Jacqueline.
« Et vous rendez de menus services à Monsieur Prizzi, comme obtenir des renseignements pour lui, n'est-ce-pas ? »
« Ne m'en veuillez pas, Alice. Personne n'est dupe quant à votre présence également… A votre décharge, vous êtes une ravissante distraction pour ces messieurs… ainsi que pour moi. »
La rousse se tut en essuyant un regard moqueur. La femme se pencha vers elle et murmura :
« Si je vous embrassais, là maintenant, comment croyez-vous qu'il réagirait ? » demanda-t-elle en faisant un signe de tête en direction de Laurence.
Alice rougit légèrement, soudain gênée par l'audace impromptue de la femme.
« Pas très bien, je le crains. »
« Possessif, hein ? »
« Vous n'avez pas idée à quel point. »
Alice n'avait pas à mentir. Elle connaissait Laurence sur le bout des doigts. Il veillait jalousement sur Marlène et sur elle, même s'il ne l'aurait jamais admis ouvertement.
La rousse observa son paradoxe vivant qui continuait à afficher une belle assurance sans failles. Laurence semblait aussi à l'aise dans cette assemblée de gangsters que s'il s'était trouvé dans un salon de la haute société. Si ce n'était ce regard froid qui attestait d'une vigilance particulière, elle aurait pu croire qu'il avait fait ça toute sa vie. Il répondait aux questions, souriait parfois avec dédain, voire cruellement. Avril comprit qu'il était accepté quand l'un des gros bonnets éclata de rire après l'une de ses plaisanteries douteuses, imités aussitôt par les autres. Leurs regards se croisèrent sans rien trahir.
L'atmosphère se réchauffa après ça, mais Laurence resta sur ses gardes. Il fut invité à venir discuter en privé, dans un salon attenant, en petit comité. Jacqueline s'éloigna pour s'entretenir avec Prizzi. Alice ne put suivre Laurence. Ils échangèrent rapidement quelques mots à voix basse.
« Vous n'allez pas y aller !... »
« Il le faut. C'est maintenant que ça devient intéressant. »
« Laurence… »
« Ça va aller, j'ai instauré un climat de confiance… » Il fronça les sourcils. « … A moins que vous ayez encore trop parlé ? Qu'êtes-vous allée raconter à cette femme, Avril ? »
« Rien… »
Comme Laurence la dévisageait en affichant son scepticisme, elle ajouta :
« Rien, j'vous dis. J'ai joué mon rôle. »
« J'espère pour vous. »
« C'est juste… il y a un type qui me fait froid dans le dos. Vous serez prudent, hein ? »
« On s'inquiète pour moi, Avril ? » Ironisa Laurence en s'approchant d'elle à la toucher.
Troublée malgré tout par un intérêt qu'elle savait pourtant feint, Avril croisa les bras en acceptant qu'il pénètre dans son espace personnel.
« Qu'est-ce que je fais s'il arrive quelque chose ? »
« Vous vous enfuyez sans vous retourner et vous prévenez Tricard. »
Tout à son rôle, Laurence posa la main sur la joue de la jeune femme et la caressa du bout des doigts, puis il couvrit Alice d'un dernier regard profond et intime, qui la remua d'une façon étrange. Elle dut se rendre à l'évidence : elle aimait quand il se montrait aussi protecteur avec elle. Si seulement il se laissait aller plus souvent à manifester l'attachement qu'il éprouvait au fond pour elle. Il ne se dévoilait que dans les moments difficiles, quand elle était en grand danger. Elle avait alors droit à un Alice inquiet qui lui réchauffait singulièrement le cœur.
Après un dernier hochement de tête, Laurence pénétra dans le bureau attenant et la laissa seule avec Santander, Tourneur, Vallieri et Jacqueline. Tout à coup, elle ne se sentait plus aussi sûre d'elle que précédemment, plus aussi couverte, d'autant que l'attention des autres convives venait de se reporter sur elle.
Elle décida de les ignorer. Son attitude indifférente ne découragea aucunement Santander qui fit un signe à Tourneur. Vallieri les observa attentivement tous les deux en allumant tranquillement une cigarette, pendant que Tourneur préparait deux whiskys derrière le bar.
« Vous prendrez bien quelque chose en attendant qu'ils finissent ? » Demanda Tourneur en s'adressant à Alice.
« Vous avez quoi ? »
« Whisky, Martini, Porto… et un tord boyaux non identifié. » Répondit le barman improvisé en brandissant une bouteille sans étiquette.
« Un Porto, merci. »
Santander apporta le verre à Alice en la dévorant des yeux. Le malfrat ne cachait pas son intérêt. La séduisante rousse se sentit déshabillée par ce regard concupiscent.
« Comment vous vous appelez, ma jolie ? »
« Alice. » répondit elle avec réticence.
« Ainsi, vous êtes la petite amie de Ricky ? Le Gitan a bon goût. »
« Ce ne sont pas vos oignons. »
Santander eut un petit rire.
« Allons, je ne fais que discuter, ne montez pas sur vos grands chevaux… Cette fripouille de Ricky a bien de la chance. »
« Ne traitez pas l'homme que j'accompagne de fripouille ! Il vous le ferait payer cher s'il vous entendait. »
« Avec quelle férocité vous défendez bec et ongles votre souteneur ! Pourtant, il s'agit bel et bien d'une fripouille, de la pire espèce même, à ce qu'il paraît. »
« Il n'est pas mon souteneur. »
« Ah oui ? Ce n'est pas ce que j'ai compris. »
« Et qu'avez-vous compris ? »
Ce type commençait sérieusement à lui taper sur le système. Alice le dévisagea, prête à mordre. Pressentant un drame, Vallieri lui jeta un regard vif, pendant que Santander se mouillait les lèvres. Il sortit tranquillement un cigare, le fit craquer entre ses doigts, puis entreprit de le couper avec son coupe-cigare.
« Tu me parais bien insolente, ma jolie. Où donc le Gitan est-il allé te chercher, hein ? Au fin fond d'une caravane sur un terrain vague ? Peut-être dans le ruisseau ? Avant qu'il ne te remarque, tu devais faire partie de son cheptel, hein ? »
Alice eut quelques secondes de stupéfaction avant de comprendre ce qu'il sous-entendait. Santander se mit à glousser de façon désagréable devant sa plaisanterie douteuse. L'odieux personnage posa la main sur la cuisse d'Alice.
« Avec cette chevelure de feu, tu devais être une bonne gagneuse, hein ? »
« Bas les pattes, espèce de porc ! Je ne te permets pas ! »
La jeune femme, qui ne contenait plus sa fureur, balaya la main du sale type qui se croyait tout permis. Avisant le coupe-cigare posé sur la table, Alice s'en empara rapidement et le pointa brusquement sur la gorge de son interlocuteur. Le rire mourut d'un coup.
« Je ne suis pas un mouton docile comme tu sembles le croire, nabot, je suis une brebis galeuse ! »
Santander n'osa plus bouger, pendant que deux rires fusaient dans son dos. Vallieri se délectait visiblement de la situation et applaudit. Jacqueline s'approcha de l'informateur.
« Laisse-la tranquille, Robert. Ça pourrait te coûter cher, d'autant que la jeune dame a l'air déterminé à te faire la peau… »
Santander eut un ricanement qui s'éteignit quand Alice enfonça significativement la pointe du coupe-cigare dans sa carotide. Les yeux de la rousse lançaient des éclairs.
« Ouais, fous-lui la paix si tu ne veux pas avoir d'ennuis. » Renchérit Vallieri avec un accent italien prononcé. « J'ai entendu dire que le Gitan était très possessif…. Tu devrais te méfier, ce n'est pas un tendre. »
Alice pointait toujours son arme improvisée sur Santander. L'informateur ne perdit pas son sang-froid.
« Ricky a bien trop à perdre s'il ne file pas droit en ce moment. Sous vos airs bravaches, vous savez qu'il n'a pas le choix, sinon pourquoi seriez-vous là ? Qui a insisté pour l'accompagner ? »
Alice préféra de rien répondre. Elle ne comprenait rien à cette conversation et s'inquiéta. Et si c'était un piège ? Et si les malfrats savaient que Ricky n'était qu'un flic en réalité ?
« Je suis là parce que Ricky me l'a demandée. »
« Vous faites toujours ce qu'il exige de vous ? »
« Pas toujours, non, mais il vaut mieux éviter de le contredire. »
« D'accord, j'en prends note. Vous pouvez me lâcher maintenant ? »
« Excusez-vous d'abord. »
Santander se mouilla les lèvres avec hésitation, chercha une issue qu'il ne trouva visiblement pas, mais resta muet. La voix ennuyée de Jacqueline se fit entendre :
« Allez Robert, fais ce qu'elle te dit et cesse de l'importuner. Tu es lourd. »
« Très bien, mademoiselle… Je vous prie d'accepter mes excuses. Ça vous va ? »
Pour toute réponse, Alice le lâcha, non sans lui avoir lancé un dernier regard méprisant.
Santander eut une curieuse expression et jeta un œil par dessus son épaule. Tourneur était toujours derrière le bar à ranger des verres, Jacqueline allumait une cigarette à l'écart pendant que Vallieri s'était éloigné pour regarder la rue par la fenêtre. Il glissa tout bas à la rousse :
« Je sais que l'homme qui vous accompagne est un imposteur. Demandez les toilettes et attendez-moi. »
Le cœur soudain glacé, Alice se figea de peur, pas pour elle, mais pour Laurence. En un éclair, elle comprit qu'elle tenait le destin du policier (et le sien indirectement) entre ses mains. Si ce sale type attendait la fin de la réunion pour annoncer haut et fort que Ricky n'était pas celui qu'il disait être, c'en était fini d'eux...
Pendant ce temps, vexé, Santander s'était éloigné en remettant en place son nœud de cravate. Il se mit à fanfaronner alors qu'il n'y avait pas de quoi.
« J'aime les femmes qui ont du caractère. » Dit-il à la cantonade. « Elles donnent du piquant à la vie, surtout les rousses... »
A suivre…
Laissée à elle-même, que va bien pouvoir faire Alice pour gérer une situation potentiellement explosive ? Suite au prochain chapitre.
