Chapitre 17 : et pendant ce temps-là…
Port d'Ostende, Belgique, ce même matin, quelques heures plus tôt
Marc Bernardin avait garé le camion à l'abri des regards indiscrets. Installé au volant, il surveillait les environs et fumait en attendant le retour d'Emile Dussart et de Jacques Prizzi. Le premier était parti chercher des cigarettes et le journal ; Le second devait passer des coups de fil à ses contacts.
Dussart était revenu et s'était installé confortablement pour lire. Bernardin en avait profité pour aller satisfaire un besoin naturel et boire un café. Accoudé au bar, il avait vérifié que Prizzi téléphonait toujours et l'avait observé. Le Corse semblait calme, signe que rien d'alarmant n'était à signaler. Il avait ensuite écouté les conversations des habitués.
Evidemment, le vol était encore sur toutes les lèvres, mais la chasse que livrait la police aux malfaiteurs depuis quarante huit heures tenait également le public en haleine. Le nom du policier français était connu de tous, et même si peu de détails filtraient encore, l'intervention musclée sur les docks à Douvres, ainsi que les arrestations à la fonderie de Canterbury étaient considérées comme des victoires spectaculaires des forces de l'ordre.
Quand Bernardin revint quelques temps plus tard, Dussart lui montra quelque chose dans le journal et les deux hommes se regardèrent en sachant que ça n'allait pas plaire au Corse. Les nouvelles n'étaient pas bonnes. Les flics avaient maintenant le numéro d'immatriculation du camion manquant à la fonderie. Il fallait qu'ils s'en débarrassent au plus vite avant que la police belge ne fasse des barrages routiers.
Prizzi revint enfin.
« Alors ? » Demanda Bernardin. « Vous avez réussi à avoir Tourneur ? »
« Oui, il m'a assuré que tout était prêt de son côté. Avec ce qui est arrivé à Douvres, il a décidé d'anticiper et de retourner en France ce soir. Demain, il sera à Paris et il récupèrera le vrai Sisley dans deux jours, selon ce qu'il a prévu. Il refuse toujours de me dire comment il compte procéder pour le vol. »
« Faites-lui confiance. Comme nous tous, il a développé son propre réseau et il sait ce qu'il a à faire. Il a eu des nouvelles de Vallieri ? »
« Non, aucune, et ça m'inquiète. Depuis l'assaut à la fonderie hier, Toni aurait dû reprendre contact avec mon homme à Douvres, mais personne ne l'a vu. J'espère qu'il n'a pas été arrêté et qu'il est en fuite. »
« Le plus urgent, c'est de se débarrasser du camion. Les flics ont le numéro d'immatriculation à l'heure qu'il est. Vous avez pu faire quelque chose ? »
« J'ai l'adresse où nous devons nous rendre pour faire l'échange. On nous attend. »
Les deux Lyonnais se regardèrent et Bernardin hocha la tête en direction de Dussart.
« Y'a du neuf, patron. Regardez ça. »
Dussart tendit La Voix du Nord en indiquant un article. C'était le reportage exclusif d'Alice sur le retour de l'or et du platine en France, à la suite de la prise sur le port de Douvres. Prizzi le parcourut rapidement.
« Ils n'ont pas perdu de temps pour tout rapatrier. »
« Question de sécurité, je pense, et les joailliers ont dû faire pression sur la police pour récupérer ce qui leur appartient… Non, Emile voulait attirer votre attention sur la petite photo à côté de l'article. »
Prizzi fronça les sourcils en regardant à l'endroit indiqué.
« Mais c'est la fille qui était avec Laurence ! »
« Elle s'appelle Alice Avril et c'est l'auteure de cet article. »
Le Corse fronça les sourcils.
« Mais qu'est-ce qu'une journaliste pouvait bien faire chez moi avec un flic ? C'est la peste qui s'associe avec le choléra ! »
« Elle a parlé avec Santander, peut-être a-t-elle récupéré des informations pour le compte de Laurence ? » Proposa Dussart.
« Possible, mais il n'aurait pas laissé son informateur se faire tuer. »
« Sauf s'il savait que Santander était grillé. Il l'a sacrifié. »
« Peu importe, maintenant. La question est de savoir comment on peut tirer parti de cette information. »
« Si vous faisiez enlever la fille, vous pourriez attirer Laurence dans un piège et en disposer comme bon vous semble. »
« C'est ce que j'aurai dû faire depuis longtemps. J'aurai mieux fait de ne pas vous écouter Bernardin ! »
« Le faire disparaître avant le vol n'aurait fait qu'attirer l'attention inutilement sur nous, Prizzi. »
« Il est pire que ne l'était Germain et bien plus dangereux ! J'ai encore un homme de confiance à Douvres, je vais lui demander de retrouver la journaliste et de me l'amener. »
« Vous voulez que je la questionne ensuite ? » Demanda Dussart.
« Elle doit savoir ce qu'est devenu Vallieri et surtout, ce que mijote le flic… » Il consulta sa montre. « … Il est temps qu'on parte sans traîner. Le rendez-vous est dans une demi-heure. On décidera du sort de la fille en route. »
oooOOooo
Commissariat de Lille, au même moment, ce matin-là
Marlène rêvassait en souriant, alors qu'elle arpentait les couloirs du commissariat à la recherche d'un vase. Son nouveau chevalier servant lui avait offert de jolies fleurs printanières ce matin et elle se sentait heureuse, sur son petit nuage de bonheur. Un détail incongru l'interpella néanmoins, et elle s'arrêta net, puis se tourna vers une personne qui n'aurait pas dû être présente dans son paysage familier.
« Arlette ? Mais qu'est-ce que vous faites ici ? Je vous croyais en vacances avec Ernest ? »
« Il n'y a plus de vacances, Marlène !... Il n'y a plus d'Ernest non plus ! »
Marlène ouvrit de grands yeux et sa bouche marqua un "o" parfait de stupéfaction.
« Comment ça ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Arlette Carmouille baissa la tête et resta silencieuse, image même de la désolation et du désespoir. Marlène la vit se mordre les lèvres pour se retenir de pleurer. La policière replongea le nez sur sa liste :
« Je dois me concentrer… sur une tâche que m'a assignée le commissaire Lau… Laurence… Chercher une taupe... parmi des appels téléphoniques... »
« Enfin, Arlette, ce que vous racontez n'a pas de sens ! Je vois bien que vous êtes perturbée. Venez avec moi, laissez votre... étrange recherche pour l'instant, nous allons discuter de vos soucis. »
Marlène entraîna Carmouille dans le bureau de Laurence et la fit asseoir devant le grand bureau vide. La préposée à l'accueil était en complète déliquescence et semblait totalement perdue.
« Dans ce genre de situations, le commissaire a toujours un petit quelque chose… »
Marlène ouvrit le tiroir du bureau dans lequel elle savait ce que le commissaire cachait et sortit un verre et une bouteille de whisky.
« … Je pense qu'il ne m'en voudra pas si je vous en donne un peu. »
La blonde versa un doigt de whisky et mit de force le verre dans la main d'Arlette qui était toute retournée, puis s'assit à côté d'elle pendant qu'Arlette s'essuyait les yeux en reniflant doucement.
« Racontez-moi. »
« On s'est disputé, Ernest et moi… »
« A propos de quoi ? »
« Oh, une bêtise… ça me paraissait tellement important sur le coup ! Maintenant, c'est… c'était ridicule ! »
« Dites-moi. »
Et Arlette raconta combien elle avait du mal avec les habitudes de vieux garçon de Tricard, les affaires qui traînaient un peu partout, pas rangées, la vaisselle du jour dans l'évier, les chaussettes sales qui s'entassaient dans un coin, certaines maniaqueries bizarres, etc, etc… Elle déballa tous les défauts du divisionnaire devant une Marlène qui découvrait avec horreur le pire du célibat masculin !
Avec consternation, Marlène comprit que Arlette avait une organisation toute militaire, n'aimait pas le désordre, avait aussi ses propres habitudes qui allaient bien évidemment à l'encontre de celles de son cher et tendre… Marlène soupira devant l'étendue du drame conjugal et essaya de calmer le jeu :
« La vie de couple, ce sont des compromis qui ne plaisent pas forcément à l'un ou à l'autre... » commença Marlène « … mais il faut bien en faire, sinon cela devient invivable. Si vous aimez Ernest, vous le prenez comme il est, avec ses qualités et ses défauts... »
« C'est au-dessus de mes forces, Marlène ! »
« Vous le lui avez dit ? »
« Oui, mais il est plus têtu qu'une vieille mule ! »
« Peut-être aviez-vous raison sur le fond, mais que vous n'y avez pas mis les formes ? »
« Je dis toujours les choses de manière directe, avec franchise ! »
« Peut-être devriez-vous mettre un peu d'eau dans votre vin ? Je connais un peu le divisionnaire, il peut parfois être soupe-au-lait et s'emballer pour un rien… Et ensuite, ça passe, vous savez... »
« Il m'a dit que je le muselais ! Vous vous rendez compte, Marlène ? Je n'ai jamais empêché quelqu'un de vivre sa vie ! Me dire ça, à moi ! »
Marlène soupira. C'était l'autre aspect des relations amoureuses, et il fallait un lien fort pour les surmonter. A voir cependant la tête d'Arlette et son état, elle était dévastée, et en plein désarroi.
« Je vois bien que cela vous rend malheureuse. Peut-être qu'Ernest s'en veut aussi ? »
« Je ne sais pas, Marlène, je suis perdue. »
« Peut-être que vous devriez commencer par développer ensemble vos points communs pour trouver un terrain d'entente ? Qu'est-ce que vous aimez faire tous les deux, ensemble ? »
« La cuisine… Chanter, aussi... »
« Et puis, être l'un avec l'autre, non ? »
« Oui. »
Arlette se remit à pleurer doucement.
« Je ne sais pas quoi faire… »
Marlène s'apprêtait à lui donner un conseil lorsqu'elle vit la porte s'ouvrir tout doucement sur le divisionnaire, tout penaud. Il s'approcha doucement dans le dos de la policière, un bouquet de fleurs dans les mains, le visage tendu. Arlette continua à l'adresse de Marlène :
« Je lui ai dit des choses horribles et je ne les pensais pas ! C'est terrible ! Je voudrais lui dire que j'ai tout gâché, mais il est trop tard ! Il est parti ! Je l'ai perdu ! »
« Mais non… »
« Mais si, je vous dis ! »
Marlène secoua la tête et vit que Tricard avait lui aussi les larmes aux yeux et que ses lèvres tremblaient.
« Chaque femme a besoin d'un homme qui ruine son rouge à lèvres, et non son mascara. C'est Marilyn Monroe qui le dit… Séchez vos larmes, Arlette, ça va s'arranger entre vous. »
« Ah bon ? »
« Je suis sûr que le divisionnaire Tricard vous a pardonné et qu'il est lui aussi malheureux sans vous. »
« Non, il ne va ja… jamais me pardonner ! »
Carmouille hoqueta et sanglota de plus belle, puis renifla bruyamment. Derrière elle, Tricard se mordait les lèvres, image même du remord.
« Il ne faut pas dire ça. Retournez-vous, Arlette, et ça va aller beaucoup mieux, vous verrez… »
Marlène appuya doucement sur les épaules de Carmouille pour la faire pivoter. La policière se laissa faire et aperçut enfin Ernest Tricard qui se tenait devant elle, amoureux complètement transi, paralysé par les regrets et les non dits.
« Mon petit canard en sucre, je suis tellement désolé… C'est toi qui as raison ! »
« Oh, mon nounours d'amour… non, c'est ma faute si j'ai été aussi dure envers toi... »
« Je te promets de faire des efforts à l'avenir... »
Avec un sourire, Marlène les regarda se faire des papouilles et se retira en les laissant seuls dans le bureau. L'amour, c'était parfois si simple. Elle soupira en pensant que son tour était peut-être enfin arrivé, que la chance avait tourné quand elle avait rencontré Richard.
C'était un homme que Marlène croisait le matin dans le bus depuis quelques mois. Systématiquement, il lui cédait sa place et lui souriait gentiment, sans dire un mot. La blonde l'avait catalogué dans la catégorie timide, pourtant il était bel homme : grand, élancé, toujours bien habillé, beaucoup plus jeune que le commissaire, il ne manquait pas d'allure et comme elle avait fini par s'en apercevoir il y a peu, il ne portait pas d'alliance.
Trois jours plus tôt, alors que Marlène se rendait à son travail, un accident de la circulation avait dû forcer le bus à s'arrêter. Le chauffeur avait prié tout le monde de descendre. Marlène, comme les autres, s'était mise en marche pour se rendre à pied au commissariat, pas très éloigné heureusement. Il faisait enfin beau et un petit quart d'heure d'exercices, même en escarpins, ne la tuerait pas.
Elle n'avait pas vu la fissure dans le trottoir et avait failli tomber, le talon coincé. Avec le plus d'élégance possible dans ce moment de gêne, elle s'était penchée pour récupérer la chaussure récalcitrante, mais une main masculine l'avait devancée. Son sauveur avait les traits de l'inconnu du bus.
« Permettez-moi, Mademoiselle... ? »
Accroupi, il avait ramassé l'escarpin et le lui avait présenté pour qu'elle puisse le remettre. Galamment, il avait également tendu l'autre main pour que Marlène puisse prendre appui sur lui et assurer son équilibre.
« Leroy… Merci infiniment pour votre aide. »
« Je vous en prie, c'est tout naturel. »
Il avait une voix agréable et un sourire encore plus avenant, maintenant qu'il s'adressait à elle. Il se releva lentement et Marlène découvrit à quel point il était grand.
« Vous êtes le monsieur du bus si gentil ? »
Il fut surpris par son appellation et eut un petit rire.
« Oui ?... Pardon, Richard Lemaître. »
« Marlène Leroy. »
« Vous… Je suppose que vous vous rendez à votre travail ? Nous allons dans la même direction. Je peux vous accompagner ? »
« Bien sûr. »
« Quelle est votre profession, si je peux me permettre ? »
« Je suis secrétaire, je travaille au commissariat de Lille… Et vous ? »
« Je travaille au Crédit du Nord. »
Un banquier ! s'extasia Marlène. Et pas n'importe lequel, celui de sa banque.
« Je suis une de vos clientes. »
« Vraiment ? C'est toujours un plaisir de mettre enfin un visage sur une série de chiffres anonymes, surtout quand ce dernier est aussi charmant que le vôtre. Je suis sincèrement ravi de faire votre connaissance. »
Marlène eut un grand sourire.
« La plaisir est partagé. »
« Si jamais vous avez besoin de quelque chose un jour, n'hésitez pas à me demander directement, je serai ravi de vous obliger. Voici ma carte. »
Il lui tendit un petit carton avec ses coordonnées et sa fonction. Marlène écarquilla légèrement les yeux en la parcourant. Richard Lemaître n'était ni plus ni moins que le Directeur Régional !
« Merci. »
Il y eut un silence et il lui montra galamment le chemin. Ils avancèrent ensemble côte à côte sans se presser.
« Je ne suis dans la région que depuis quelques mois. Croyez-le ou non mais je ne n'ai pas eu le temps de visiter Lille, de découvrir les petits restaurants sympathiques, les bars à fréquenter, les endroits où sortir, à part quelques cinémas ou les théâtres. Vous pourriez peut-être me conseiller ? »
« C'est-à-dire que… »
« Ma demande est sans doute un peu directe, mais je travaille beaucoup. » Il s'arrêta et elle fit de même. « En réalité, je vous vois tous les matins et je vous trouve très jolie. Je souhaiterais vivement vous inviter à prendre un verre ce soir, si ce n'est pas trop audacieux de ma part ? »
Au temps pour la timidité, se dit Marlène, soulagée qu'il ne manque pas d'assurance.
« Avec grand plaisir. »
Il y a ceux que l'on croise, que l'on connaît à peine, qui vous disent un mot, une phrase, vous accordent une minute, une demi-heure et changent le cours de votre vie… Le soir même, ils avaient fait plus ample connaissance et Marlène s'était immédiatement sentie à l'aise avec lui. Elle devait s'avouer qu'elle n'avait pas éprouvé cette sensation d'être autant en phase avec quelqu'un depuis... Herbert ? Le sentiment était agréable mais il était associé à un souvenir cuisant et malheureux. Alors elle évitait d'y penser.
Avec Richard, la conversation était naturelle, les sujets divers et variés, et elle apprenait plein de choses, sans qu'il se moque de ses ignorances. Il la taquinait gentiment sans que cela tombe dans la moquerie ou le scabreux, et le rire était toujours spontané.
Marlène n'avait pas compris de prime abord quand il l'avait dévisagée le second soir, émerveillé, et qu'il lui avait dit qu'elle lui redonnait la vie. Puis, dans un moment grave, il lui avait expliqué. Il était veuf depuis plus de deux années. Sa femme avait été emportée trop vite par un cancer fulgurant et il lui arrivait encore de la pleurer. Il s'était alors réfugié dans le travail, avait quitté sa région d'origine pour redonner un élan à sa vie et changer d'air. Il n'avait pas accordé trop d'intérêt aux femmes jusqu'à ce qu'il la croise, elle, tous les matins, depuis des mois.
Richard s'était habitué au sourire angélique que Marlène lui adressait. Pour la première fois depuis longtemps, il avait senti son cœur se réveiller d'un long hiver mais il n'avait pas osé l'aborder de prime abord. Il pensait qu'une femme comme elle n'était pas libre.
Flattée, Marlène tâchait de l'écouter avec moins de naïveté et filtrait ses paroles, comme lui avait conseillé Alice. Beau parleurs, ils t'embobinent ni une, ni deux, et tu te retrouves dans leurs lits et larguées une fois leur affaires faites ! Mais elle n'avait pas cette impression avec Richard. Il semblait sincère.
Cela faisait désormais trois jours qu'ils faisaient le trajet ensemble dans le bus le matin et qu'ils se voyaient le soir après le travail. Marlène attendait ces moments avec impatience, et déjà la blonde se sentait amoureuse. Cette fois, c'était la bonne et elle ne reproduirait pas les mêmes erreurs que par le passé. Notamment, elle devait tenter de cacher cette relation naissante au commissaire, qui ne la verrait pas d'un bon œil et ferait tout son possible pour la saborder si elle devenait sérieuse. Elle ne devait rien dire non plus à Alice qui était tout de même sa meilleure amie mais qui allait la freiner dans son élan. Parfois, les conseils de la rousse en matière d'hommes étaient à prendre avec des pincettes. Certes, elle ne devait pas s'emballer, mais il fallait bien prendre des risques un minimum. Marlène se sentait prête à avancer dans sa vie personnelle.
Heureusement, le commissaire n'était pas là, ce qui facilitait grandement les choses. Alice non plus, mais elles s'étaient parlé au téléphone. Fine mouche, la journaliste avait deviné que quelque chose se tramait, alors Marlène avait noyé Bubulle en disant qu'elle avait accepté l'invitation à dîner insistante de Tim Glissant.
La veille, le légiste pensait la séduire en lui racontant des histoires insolites qu'il avait vécues. Elles étaient invraisemblables et la mettaient en plus mal à l'aise. Glissant était charmant quand il s'en donnait la peine mais typiquement, il était tout à fait le genre d'homme à la mettre dans son lit et à la larguer dans la foulée. Marlène voulait autre chose qu'une simple nuit dans les bras d'un homme, surtout s'il était son collègue de travail. La seule entorse qu'elle était prête à faire à ce principe de ne pas mélanger vie privée et vie professionnelle, était avec le commissaire. Mais jamais cela n'arriverait, elle le savait désormais. Son patron était un homme bien trop volage et souvent difficile, même avec elle, pour que son rêve de bonheur et de vie à deux se réalise. Cela ne l'empêchait pas de l'aimer malgré ses nombreux défauts.
Et pourquoi ne pas lui rendre la monnaie de sa pièce ? Marlène était prête à pardonner au commissaire ses infidélités qui n'en étaient pas vraiment à ses yeux, puisque toutes ces femmes ne comptaient pas. Mais il lui en avait tout de même fait voir de toutes les couleurs et la secrétaire avait la rancune tenace quand on lui brisait le cœur. Peu de temps auparavant, Maxime Beaumont en avait fait les frais, à juste raison.
Alice n'arrêtait pas de le lui rappeler que Laurence lui gâchait l'existence. Même si le commissaire était son patron et son ami, que sa vie tournait autour de lui, il était temps de passer à quelqu'un d'autre, à quelque chose de réel. Richard était peut-être son autre moitié, celle qu'elle attendait depuis toujours ? Pour rien au monde, elle ne voulait passer à côté de l'opportunité de connaître enfin le bonheur !
Alors oui, elle continuerait à fréquenter Richard sans que ses amis n'en sachent rien ! Un dicton ne disait-il pas justement que pour être heureux, il fallait vivre cachés ? Forte de cette résolution, Marlène partit chercher un vase pour les fleurs que Richard lui avait offertes ce matin.
A suivre…
Pour moi, ce chapitre est une bouffée d'oxygène. Pourquoi ? Vous comprendrez mieux lorsque vous aurez lu le chapitre suivant que j'ai eu un mal de chien à écrire, qui est aussi plus long, d'où le retard. Il vous faudra patienter quelques jours encore.
Mine de rien, j'ai glissé ici quelques infos propres à l'enquête, nécessaires pour la suite, et introduit le personnage de Richard. Il vous semble un peu trop beau, envoyé par la providence ? Peut-être ? Ou peut-être pas ? Parfois, il arrive que la vie vous réserve quelques surprises, bonnes ou mauvaises…
Prenez bien soin de vous ! Je vous embrasse et vous remercie de votre fidélité.
