Chapitre 19 : L'audition d'Alice

Cinq heures arriva bien trop vite, quand Laurence toqua à la porte de la chambre d'Avril. Alice eut bien du mal à émerger et se demanda comment le policier réussissait à se lever après une semaine d'enquête menée tambour battant, et des nuits écourtées par sa relation avec Emily et probablement par le stress. A se demander si l'une ne lui permettait pas d'occulter l'autre, sans doute une histoire de chimie... d'endomorphines, plus précisément, si elle se rappelait bien ce qu'elle avait lu un jour dans un magazine.

Laurence prenait un café dans la cuisine quand elle le rejoignit. Il présentait un contraste saisissant avec elle, qui n'était absolument pas réveillée. Rasé de près, tiré à quatre épingles comme à son habitude, il était prêt à affronter une nouvelle journée de travail. Galamment, il lui tendit une tasse de café noir qu'elle accepta sans un mot, comme si c'était une routine établie entre eux. Sans se gêner, elle fouilla dans les placards, trouva des scones et les tartina avec de la marmelade d'orange, histoire de ne pas partir le ventre vide. Perdus chacun dans leurs pensées, ils n'avaient pas prononcé trois mots tous les deux et cela semblait leur convenir très bien.

Alice préférait de ne pas ouvrir la bouche, sinon il ferait les frais de sa mauvaise humeur matinale. Elle n'avait pas encore digéré son rêve, dont il était le principal acteur. Comment pouvait-elle avoir rêvé de lui, en train de succomber à sa séduction, alors qu'elle n'avait jamais été attirée par lui ? Son inconscient lui envoyait le mauvais message, influencé par le sujet de leur discussion la veille.

Alice évitait de regarder dans la direction de Laurence, comme s'il était capable de lire en elle, de deviner ce qui lui passait par la tête. Elle allait avoir matière à réfléchir sur le bateau, seule, pendant la traversée qui allait durer toute la mâtinée. Là, elle se sentait paumée et ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Qu'est-ce qui avait changé entre la Alice d'il y a une semaine, sûre d'elle et de ses convictions, et celle qu'elle était aujourd'hui, en manque de repères ?

Dehors, le jour pointait. Le départ du ferry était prévu à sept heures, mais il fallait être prêt à l'embarquement une heure avant qu'il ne prenne la mer. Avant de quitter la pension, ils croisèrent Maggie qu'ils saluèrent. La vieille dame fit ses adieux à Avril, puis Laurence prit la petite valise d'Alice et l'emmena en voiture au port.

Sur le trajet, Alice observa la ville qui s'éveillait et s'animait. Douvres ne lui laisserait pas un souvenir agréable, entre peur, mal être et dangers, même si ces derniers jours avaient été les plus intenses de sa vie. La colère refit surface, et elle comprit qu'elle en avait besoin pour sortir de sa dépression. Dépression... A peine se rendit-elle compte qu'elle venait d'identifier ce qui n'allait pas chez elle, qu'elle accueillit avec soulagement de pouvoir enfin mettre un nom sur ce qui l'empêchait d'avancer.

Tout ce qu'elle savait maintenant, c'est qu'elle voulait réagir et ne pas s'enfermer dans ce mal-être. Elle devait redevenir la Alice combative qui se battait pour ne pas se laisser marcher sur les pieds et qui en faisait voir de toutes les couleurs à ces machos qui se croyaient tout permis ! Et ça commençait par celui qui conduisait la voiture présentement et qui envahissait ses pensées par effraction la nuit !

« Vous passerez le bonjour à Marlène quand vous la verrez » dit Laurence pour briser le silence au bout d'un moment.

Totalement inconscient de l'état bougon d'Avril, il se fit cueillir à froid par un :

« Vous avez qu'à l'appeler, je suis pas votre messager ! »

Il tourna brièvement la tête vers elle en fronçant les sourcils, mais sans se départir de son léger sourire.

« On est grognon ce matin, Avril ? »

« A votre avis ? »

Laurence la dévisagea et se rendit compte qu'elle avait une mine sinistre. D'habitude, c'était là qu'il asticotait Avril jusqu'à bien la faire sortir de ses gonds, mais les traits de la jeune femme était tirés et des cernes apparaissaient sous ses yeux. En plus, elle semblait remontée comme une pendule contre lui parce qu'il la chassait. Cela le conforta dans sa décision de la faire partir.

« Allez chez un médecin et demandez-lui des somnifères pour pouvoir dormir. »

« Occupez-vous de vos oignons, Laurence, et les vaches seront bien gardées ! »

« Dommage, j'avais certaines choses à vous dire. »

« De ne pas me fourrer dans les ennuis, merci, j'ai bien compris le message ! »

« De prendre soin de vous, triple buse ! »

« Oh, comme c'est touchant, vous vous inquiétez pour moi... » se moqua t-elle sarcastiquement.

Il lui lança un regard noir et prit une profonde inspiration.

« J'ai réfléchi à ce que vous pourriez faire. Si vous ne voulez pas parler à quelqu'un de ce qu'il vous est arrivé, écrivez-le. Couchez votre colère, vos blessures sur papier, tout ce qui vous passe par la tête… »

Tout ce qui lui passait par la tête… Elle eut un soupir dédaigneux. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que cela allait arranger les choses ? Sous son crâne, c'est un fichu bordel, à cause de ce taré de Santander qui lui avait pris son corps et jusqu'à sa dignité !

« … Donnez-le à Anne-Marie Cassel pour qu'elle le lise… Elle voit toutes sortes d'horreurs dans son métier, des actes dont vous ne soupçonneriez même pas l'existence, et pourtant, c'est la personne la plus humaine que je connaisse. Vous pouvez lui faire confiance. »

« J'me disais bien aussi ! Vos conseils sont jamais désintéressés. Ben, vous savez quoi ? Vous pouvez vous les carrer là où je pense ! »

Laurence rumina une réponse cinglante. Pour une fois qu'il était bien disposé envers elle, elle faisait son insupportable ! Jamais elle n'était contente ! Il se força à rester calme cependant et poursuivit :

« Passez du temps avec Marlène, sortez prendre l'air, changez-vous les idées, même si vous n'en avez pas envie. Travaillez raisonnablement sans vous abrutir… Forcez-vous à reprendre une vie normale, Avril. »

« Y'a qu'à faire ceci, et puis cela… Vous avez toujours la solution à tout, vous ! »

« Enfin, merde ! J'essaie de vous aider ! »

« En m'écartant de l'enquête ? Drôle de façon d'aider ! »

« En vous permettant d'affronter les peurs que vous fuyez ! »

Elle se mordit l'index pour ne pas hurler. Il lisait à travers elle et c'était juste frustrant de savoir qu'il n'énonçait que la vérité. Y'a qu'avec vous que j'arrive à les faire taire ! voulut-elle lui crier, mais c'était impossible de le lui dire. Jamais il ne comprendrait la sensation d'être en sécurité qu'elle ressentait quand elle était avec lui. Cette dépendance avait cependant du bon car elle alimentait la colère de la rebelle en elle.

Ils arrivèrent au terminal et elle prit son billet sans grand enthousiasme. A quelques mètres d'eux, un homme les avait suivis sans qu'ils le remarquent parmi les autres voyageurs.

Avril traînait les pieds et son mal-être comme une âme en peine. Laurence se taisait, comme s'il sentait qu'elle n'attendait qu'un mot de sa part pour lancer les hostilités et se disputer avec lui. Ce n'était pas ce qu'il voulait, pas après l'épisode d'hier soir, où il lui avait fait savoir - à sa manière - qu'elle comptait pour lui. Mais le policier ne lui faisait pas confiance non plus. Il devait s'assurer qu'elle montait bien à bord du navire et qu'elle n'en descendait pas au dernier moment. Pendant qu'elle était partie s'acheter des journaux, il la surveilla en fumant dans le hall.

L'heure d'embarquement arriva et Laurence vérifia qu'Avril était bien dans la file d'attente des piétons. Elle continuait à lui en vouloir et à l'ignorer mais il ne la quittait pas des yeux. Finalement, elle monta sur le ferry sans un au-revoir.

Laurence quitta le terminal puis alla se poster à l'arrière du ferry, là où les voitures et les camions embarquaient. Les dernières annonces pour l'embarquement résonnèrent dans le terminal et plus aucun véhicule n'attendait.

Appuyé contre la Vauxhall, il attendit patiemment en planifiant sa journée. Il allait d'abord retourner à la pension, passer quelques appels téléphoniques dont un au juge Cassell et un à Carmouille, puis faire ses adieux à ses hôtesses avant de se rendre à Ramsgate où il embarquerait probablement directement pour la Belgique afin de suivre la trace des malfaiteurs.

Comme Laurence s'y attendait, il vit Avril se présenter devant la passerelle. Elle était tellement prévisible… Il n'hésita pas un instant et s'avança au devant d'elle, en croisant les bras sur sa poitrine, prêt à en découdre si nécessaire et à la ramener manu militari à bord si elle descendait. Alice l'aperçut et s'arrêta net. Ils échangèrent à cette occasion un sourire complaisant pour l'un, et un rictus crispé pour l'autre.

Alice enrageait. Quelle plaie ! Impossible de lui échapper, il était aussi obstiné qu'elle, sinon plus ! Comme si de rien n'était, elle sortit son appareil photo et prit des clichés de lui, clairement exaspéré par son attitude. Quand elle développerait la pellicule, elle se ferait un plaisir de lui tirer le portrait pour ensuite le transpercer avec des fléchettes sur le mur de son bureau !

La passerelle fut relevée, sans qu'Avril puisse débarquer. Les amarres furent ensuite larguées et le navire s'éloigna lentement dans un vrombissement de moteurs et un dégagement de fumées qui sentaient le mazout. Laurence put enfin pousser un soupir de soulagement et partir travailler, la conscience tranquille.

oooOOOooo

L'inconnu qui surveillait Alice, se tenait à bonne distance d'elle et lisait le journal, tout en jetant de fréquents regards dans sa direction. Assise dans un fauteuil de l'entrepont, la journaliste était perdue dans ses pensées.

Laissée à elle-même, Alice semblait morose. En réalité, elle réfléchissait furieusement à un moyen de damner le pion à Laurence, avec notamment l'adresse qu'elle avait récoltée en lisant les papiers du commissaire. Le point d'interrogation qu'il avait inscrit sur la feuille signifiait probablement qu'il ne savait pas lui-même à quoi l'adresse correspondait. Elle avait bien l'intention de mettre à profit cette information et d'aller espionner sur place.

Epuisée par la tension des derniers jours et le léger bercement du ferry, elle céda au sommeil sur la banquette. Ce ne fut que lorsque la corne du bateau annonça son arrivée à Dunkerque trois heures plus tard qu'elle refit surface.

A la sortie du navire, l'inconnu lui emboîta le pas. Il la suivit jusqu'à la gare routière, puis prit le même bus qu'elle pour Lille.

Deux heures plus tard, quelle ne fut pas sa surprise de voir un visage familier l'attendre à la descente du car, en gare de Lille : Celui d'Antoine Bardet.

« Salut ! Qu'est-ce que tu fais là ? »

« Je t'emmène chez le juge. »

« Hein ? Mais je croyais ?... Laurence a dit… »

« Elle te convoque maintenant. »

« Mais… »

« On ne dit pas non à un juge, Alice. Surtout pas à Cassel. Désolé. »

Alice soupira. Bardet s'écarta et lui fit signe de le suivre vers la voiture qui était stationnée à quelques mètres d'eux.

Avec un juron, l'inconnu s'engouffra dans un taxi à proximité et ordonna au chauffeur de les suivre.

oooOOOooo

« Mademoiselle Avril, vous êtes citée en tant que témoin majeure dans une affaire de grand banditisme, d'associations de malfaiteurs et de crimes crapuleux, en l'occurrence assassinat sur une personne dépositaire de l'autorité publique, le commissaire André Germain... Je note que vous n'êtes pas assistée d'un avocat pour cette audition et que vous ne souhaitez pas l'être. Vous me confirmez ? »

« Oui, Madame le juge. »

Alice attendit patiemment que Cassel termine de compulser quelques feuillets sur lequel elle avait pris des notes à la main. Maintenant, qu'elle la distinguait mieux, Alice se rendit compte que cette femme aux cheveux gris demeurait belle dans sa cinquantaine, avec un maintien impeccable, une élégance rare et une autorité naturelle que bon nombre de personnes devaient lui envier. Une femme de pouvoir, en somme, et Alice n'était pas loin d'être impressionnée… si ce n'est qu'elle lui trouvait soudain tous les défauts du monde : bourge, coincée du cul et probablement mal baisée par un mari ennuyeux ! Finalement, le stéréotype des pétasses avec lesquelles Laurence s'envoyait en l'air !

Dans son dos, le greffier terminait de taper à la machine les dernières paroles de Cassel. Tout ce qu'Alice dirait serait fidèlement retranscrit. La solennité de l'entretien la frappa alors. Elle n'était pas là pour rigoler, et la vieille peau en face d'elle n'allait certainement pas se priver de le lui rappeler.

« Avant de commencer, j'ai eu la curiosité de lire quelques unes de vos interactions par le passé avec le commissaire Laurence. D'après ce que j'ai compris, vous vous mêlez des enquêtes sans y être invitée, de manière impromptue... »

Le ton du juge était sec et hérissa immédiatement Alice, déjà bien remontée depuis le matin. Elle avait cependant en face d'elle une figure d'autorité qu'elle ne pouvait se mettre d'entrée à dos, même si ça la démangeait fortement. Elle se força donc au calme et répondit de manière neutre :

« Tout ça, c'est dans le cadre de mes activités professionnelles. J'accompagne le commissaire pour tenir le public informé des grandes affaires criminelles de la région. C'est mon unique priorité. »

« Je suis sûre que vous prenez cette mission très à cœur… » Continua Cassel de manière cassante. « … Vous avez aussi une fâcheuse tendance à vous trouver toujours au mauvais endroit au mauvais moment ! J'ai comptabilisé pas moins de onze cadavres découverts par vos soins dans différentes affaires ! Dites-moi, c'est un hobby ou vous avez un don pour flairer les embrouilles ? »

« Euh… C'est le hasard ! Un cadavre traîne quelque part, et ben, il est pour moi ! »

« Le hasard n'existe pas, Mademoiselle. Se trouver sur les lieux d'un crime avant la police est toujours suspect ! Et cela fait quand même beaucoup de coïncidences, vous ne trouvez pas ? »

« Dites tout de suite que je suis une génie du crime qui dissimule ses méfaits en les faisant endosser par d'autres ! »

Froidement, Anne-Marie Cassel dévisagea la journaliste par dessus ses lunettes à écailles. Cette femme possédait le plus extraordinaire regard bleu glacier qui soit. Il vous transperçait et en disait long sur son caractère.

Génial ! pensa Alice. Une coincée sans humour associée à un mec avec un balai dans le cul ! Ils font la paire ces deux-là !

« Toutes ces affaires ont été résolues par le commissaire Laurence qui a prouvé que vous n'aviez rien à voir avec ces meurtres. D'ailleurs, les suspects ont plus tard avoué leurs crimes. Mais vous parvenez systématiquement à vous imposer avec un culot remarquable sur les enquêtes de Laurence. Je trouve le commissaire bien trop laxiste à votre égard ! »

Alice fit clairement la moue. Elle se souvenait des pieds et des mains qu'elle avait dû faire, combien elle avait dû se démener pour obtenir astucieusement la moindre bribe d'infos, le nombre de fois où elle avait dû entrer par la fenêtre quand Laurence fermait la porte, tous les bâtons qu'il lui mettait systématiquement dans les roues pour la décourager… Alice murmura en serrant les dents :

« Cette peau de vache ne me facilite pourtant pas la tâche ! »

« Excusez-moi ? »

Alice se rendit compte que le juge l'avait parfaitement entendue et se rattrapa comme elle put :

« Le commissaire Laurence m'empêche de faire mon travail ! Et il m'en dit le moins possible. Pire, il m'a fait arrêter un nombre incalculable de fois sous de faux prétextes qu'il invente ! C'est de l'excès d'autorité, vous pouvez le noter ! Mon opiniâtreté ne lui plaît pas ! »

« Votre pugnacité, non plus, apparemment ! Je connais Laurence. Il n'aime rien de moins que le conflit, et ce qu'il aime par dessus tout, c'est avoir raison ! Il est aussi profondément individualiste et opportuniste. On ne travaille pas avec lui, mais pour lui ! Même s'il semble vous faire des difficultés à chaque enquête, je suis prête à parier que vous êtes un pion qu'il pousse en réalité ! »

« Mais je suis pas son pantin ! » S'insurgea Alice. « Le macho d'opérette peut toujours courir pour me mener par le bout du nez ! »

Cassel fit un geste d'apaisement pour la modérer.

« Vous faites partie de ces personnes qui ont un problème avec l'autorité, Mademoiselle Avril. Que fait-on avec ces gens-là ? On leur donne l'impression qu'ils agissent selon leur libre-arbitre. En semblant s'opposer à vous, Laurence vous incite à faire ce que vous ne voudriez pas faire sciemment et volontairement. Il vous manipule en réalité. »

« Non, pas possible, de toute façon, je ne l'écoute jamais ! »

Alice eut un sourire, mais en fait, le juge venait d'instiller le doute en elle. Il y avait bien eu une fois où il avait joué ainsi, au tout début de leur collaboration. Ensuite, c'était elle qui avait toujours pris l'initiative d'enquêter de son côté, avec les informations qu'elle seule recueillait. Elle suivait alors ses propres pistes, apportant ses pierres à l'édifice... N'est-ce-pas ? C'était comme cela qu'elle devait voir les choses ?

Laurence la laissait-il faire, l'encourageait-il même parfois ? Elle devait admettre qu'il ne s'opposait plus à sa présence sur les enquêtes, même s'il l'empêchait par divers moyens d'accéder aux informations primordiales.

La Berg a besoin d'une souillon… Les paroles de Laurence résonnèrent dans son esprit et elle se fit l'effet à cet instant d'être le bon chienchien renifleur qu'il lançait sur une piste en sachant pertinemment qu'elle lui ramènerait un nonos… enfin, l'info qui ferait avancer ses théories !

Cassel eut un petit sourire en voyant Alice froncer les sourcils et se troubler à cette idée déplaisante, qui la faisait visiblement grincer des dents.

« Laurence et vous ne passerez probablement pas vos prochaines vacances ensemble ! Il exploite habilement l'une de vos forces : votre curiosité naturelle, voire votre mépris du danger. Mais il a beau être très fort à ce petit jeu, vous ne vous laissez pas faire, n'est-ce pas ? Où serait le plaisir, sinon ? » Le juge reprit son sérieux. « Laurence vous met néanmoins en danger, Mademoiselle. »

« Comment ça ? »

« Combien de fois avez-vous frôlé la mort en vous retrouvant seule face à un assassin ? Combien de fois vous êtes vous fait peur et avez espéré qu'il surgisse pour vous sortir du guêpier dans lequel vous vous étiez fourrée ? »

La rousse secoua la tête. Elle ne tenait plus les comptes depuis longtemps mais devait admettre que le juge n'avait pas tout à fait tort. Depuis les récents événements, elle avait beaucoup réfléchi à son attitude irresponsable. Elle se devait d'être honnête à ce sujet :

« Non, sincèrement, ne l'accablez pas. Sur ce coup-là, c'est moi qui me retrouve toujours dans des situations où je ne mesure pas pleinement les conséquences de mes actes. Il m'en veut à mort d'ailleurs pour ça. »

« S'il vous arrivait quelque chose, il pourrait être tenu pour responsable, vous y avez songé ? »

Pour le coup, Alice la dévisagea avec incertitude.

« C'est vrai ? Et si je signais une décharge à chaque début d'enquête ? »

« Cela lui éviterait probablement des ennuis, mais dans ce cas, c'est vous qui seriez tenue responsable pénalement. »

« Qu'est-ce que j'encours ? »

« Tout dépend de la gravité des bêtises que vous faites. »

« Très bien, alors donnez-moi un papier. »

« Vous avez des choses à vous reprocher sur cette affaire ? »

« Me reprocher, non, certainement pas !… Mais j'ai peut-être une révélation à faire sur la façon dont les faits se sont déroulés chez Prizzi ? »

Le ton d'Avril était incertain. Anne-Marie Cassel inspira profondément.

« Tiens donc... »

« Vous me promettez que Laurence ne sera pas destitué ou poursuivi pour avoir omis de vous parler de certaines choses ? S'il n'a rien dit, c'était pour me protéger, je vous le jure ! »

Le juge Cassel haussa les sourcils et prit un ton sarcastique :

« Que ne ferait-on pas pour protéger ceux que l'on aime, n'est-ce pas ? »

Cassel parlait-elle uniquement de leurs attitudes ambivalentes, l'un vis à vis de l'autre ? Alice eut l'impression qu'elle évoquait aussi sa propre expérience personnelle avec le commissaire.

« Pas besoin de papier, Alice. Le greffier a noté vos réserves et elles seront prises en compte. »

Avec surprise, la journaliste nota l'emploi de son prénom. Cette familiarité nouvelle lui confirma qu'elle venait de basculer dans le camp de Cassel et comprit que le juge protégeait effectivement le policier. De quoi ? Alice l'ignorait encore, mais la magistrate remontait très nettement dans son estime.

Devait-elle collaborer ? Là était toute la question. Pendant ce temps-là, Cassel avait fait une pause et jetait un œil sur un feuillet :

« Pour bien situer la nature de vos interventions, pouvez-vous m'expliquer comment vous procédez pour mener des enquêtes en parallèle de celles du commissaire Laurence ? »

« La secrétaire du commissaire est ma meilleure amie. Je la vois régulièrement au commissariat et il m'arrive de grappiller des infos, par ci, par là. Comme Laurence refuse de me donner plus de détails, je m'infiltre et je m'incruste. Les gens me font généralement confiance parce que je suis sympa ! Je leur pose des questions et ils me parlent plus librement qu'à lui ! On "troque" ensuite nos informations, le commissaire et moi, et je lui apporte un nouvel éclairage sur les affaires. »

« Et comme à son habitude, il écoute vos théories et les rejette, pour ne garder que les siennes ? »

« Non, il prend vraiment en compte mes remarques ou ce que je découvre pour reconstituer le puzzle. C'est un arrangement mutuel. Donnant-donnant, vous comprenez ? » Alice eut un rire nerveux. « ... Attendez, vous n'enquêtez pas sur lui ? »

« Le commissaire Laurence a commis des erreurs par le passé. Sa vision de ce qu'il peut faire ou ne pas faire est souvent occultée par les résultats probants qu'il obtient. Il arrive que le meilleur flic de France s'accommode souvent de petits arrangements sur lesquels son supérieur, le commissaire Tricard, ferme bien volontiers les yeux. Laurence a tout de même subi deux inspections en huit années, ce qui n'est pas rien. »

« Je sais qu'il ne s'est pas fait que des amis quand il était à Paris. De vieilles rancœurs, des jalousies infondées... »

« Vous croyez ? Un homme comme lui ? »

Ironiquement, Anne-Marie Cassel la dévisagea en la mettant au défi de la contredire. Alice se tut, consciente de s'être fait remettre en place, d'autant qu'elle ne savait pas tout, et que le juge était peut-être au courant des dessous de l'affaire qui avait conduit à la mutation de Laurence à Lille.

Cassel secoua la tête et ouvrit un dossier d'une épaisseur conséquente.

« Passons à l'affaire qui nous réunit aujourd'hui, et notamment, cette infiltration sous couverture chez Jacques Prizzi, le soir où tout a commencé… Pouvez-vous me dire comment vous avez su qu'une réunion entre malfaiteurs s'y tenait ? »

« Laurence m'en a parlé le matin même. Il m'a demandé de l'accompagner en me disant qu'il avait besoin de quelqu'un pour observer et écouter. »

« Comment vous a t'il présenté les choses ? »

« Il allait emprunter l'identité d'un autre homme et fréquenter des truands, possiblement armés, pour obtenir des informations. Il m'a dit que c'était potentiellement dangereux. Je lui ai dit que c'était de la folie. »

« Mais vous êtes quand même venue avec lui ? »

« Oui. »

« Pourquoi ? »

« Je ne voulais pas qu'il y aille seul. »

« Vous aviez peur qu'il lui arrive quelque chose ? »

« Oui. »

« Quelle est la nature exacte de vos rapports avec lui ? »

« Qu'est-ce que vous entendez par là ?

« C'est une relation purement professionnelle ? Amicale ? Vous êtes familière, très familière avec lui ? »

« A mon grand désespoir et sans que je comprenne comment au fil des années, il est devenu un ami, bien que nous ayons des rapports... pour le moins, compliqués. »

« Un ami… » Répéta Cassel, dubitative. « … Fascinant. »

« Ecoutez, j'ai galéré pendant des mois pour gagner sa confiance. J'ai supporté son sale caractère, sa misogynie et son sexisme primaire en réussissant à m'imposer par la justesse de mes informations. Il a fini par reconnaître à mots couverts que je l'aidais. Même si c'est une vraie saloperie, que ça fait souvent des étincelles entre nous, on arrive à travailler ensemble ! Mais ça s'arrête là, ok ? »

« Très bien, ne montez pas sur vos grands chevaux... Parlez-moi de cette soirée chez Prizzi maintenant. Comment ça s'est passé ? »

Laurence lui avait conseillé de dire la vérité au juge. Alice lui rapporta donc sa conversation avec Jacqueline et ce qu'elle avait vu lors de la réunion. Pas grand chose à vrai dire, puisqu'elle n'avait été mêlée à aucune conversation masculine. Elle avait cependant retenu les visages des malfrats. Le juge sortit alors des photos du dossier et Alice confirma la présence de ceux qu'elle reconnut. Elle hésita toutefois au moment de parler de son agression et se tut. Fine mouche, le juge Cassel sentit ses réticences.

« Et l'on en vient à la partie que le commissaire a omise de me dire, n'est-ce pas ? »

« Oui… Encore une fois, il l'a fait pour me protéger, de sa propre initiative. Il estime que c'est seulement à moi d'en parler. »

« Très bien, je vous écoute. »

Alice se mouilla les lèvres et prit une profonde inspiration tremblante. C'était maintenant ou jamais, et bizarrement le fait d'être au pied du mur, obligée de devoir franchir le pas, lui facilitait la tâche. Elle se lança, la gorge de plus en plus nouée par l'émotion, au fur et à mesure qu'elle s'exprimait :

« Santander savait pour Laurence. Il l'avait reconnu, alors il a menacé de tout dire à Prizzi, si je ne… En échange de son silence... il m'a forcé à avoir... un rapport sexuel non consenti. »

Le juge ouvrit la bouche, surprise, et enleva ses lunettes en dévisageant Alice avec une acuité qui trahissait aussi de la compassion.

« Mon petit, c'est terrible... »

Alice déglutit difficilement la boule qu'elle avait dans la gorge. En silence, Anne-Marie Cassel lui servit un verre d'eau, se leva et le lui donna, puis elle prit une chaise et vint s'asseoir à côté de la rousse. Alice profita de ce répit pour se reprendre.

« … Je comprends mieux maintenant vos réticences et celles du commissaire… Ce que vous avez subi est tellement abject et dévastateur... »

« Toutes les nuits, j'en fais des cauchemars. Je peux plus garder ça pour moi, vous comprenez ? Tant que ça ne sera pas sorti, ça m'empoisonnera et je continuerai à le revivre ! »

« C'est très courageux de votre part, Alice, et je suis sensible à la confiance que vous placez en moi. »

« Laurence m'a dit que aviez vu des trucs glauques, des choses que je pouvais même pas imaginer, alors... »

Elle haussa les épaules.

« J'ai eu mon lot de tordus, c'est vrai, et malheureusement, vous avez rencontré un spécimen de la pire espèce. C'est une maigre consolation, mais dites-vous que là où il est maintenant, il ne fera plus aucun mal à des femmes. »

« Je sais. »

« Prenez votre temps pour me raconter ce qu'il s'est passé entre Santander et vous ce soir là. »

Alice raconta avec des mots simples la façon dont tout s'était déroulé. La jeune femme garda la tête baissée. Quelle ne fut pas sa surprise de voir le juge lui mettre un mouchoir dans la main ! Alice se rendit seulement compte à cet instant qu'elle pleurait.

« Merci. »

« Je vous en prie. »

Anne-Marie Cassel serra la main d'Alice, qui sentit tout à coup un poids énorme disparaître de ses épaules. Le soulagement était tel qu'elle laissa échapper un long soupir. Laurence avait raison, ça faisait du bien de parler.

« Vous avez fait le premier pas vers la guérison. Je ne dis pas que tout sera facile, mais vous avez mis des mots sur vos maux. Ça va aller, Alice. »

« Oui ? »

« Je vous admire sincèrement. Vous êtes une fille courageuse, forte et droite. Je comprends maintenant pourquoi Laurence vous accepte. Vous êtes faite du même bois que lui, même si vos caractères sont particulièrement antagonistes. »

Alice hocha simplement la tête. Cassel reprit un ton neutre :

« En résumé, Santander savait pour Laurence et menaçait de tout révéler. Il a fait pression sur vous et vous a violée. Le commissaire intervient mais du coup, votre agresseur est prêt à parler. Vous avez donc "improvisé" tous les deux, en frappant volontairement l'informateur pour le faire taire... L'autopsie de son corps a effectivement révélé des traces de coups et de strangulation, mais nous pensions qu'il avait été battu et forcé de parler avant d'être tué… »

Alice se mit à rougir et baissa les yeux, consciente que le commissaire et elle, avaient commis une transgression. Le juge hocha la tête.

« L'état de détresse peut être invoqué dans pareil cas. Votre mission aurait été compromise si Santander avait parlé et vous vous seriez retrouvés tous les deux en danger de mort. D'autant plus que Prizzi savait déjà que votre bourreau était un informateur. Il se servait de lui pour tromper le commissaire Germain en l'abreuvant de fausses informations… Le plan au point, il n'avait plus besoin de Santander qui représentait une menace, et l'a donc fait tuer par Vallieri, sa gâchette. »

« On ne pensait pas que Prizzi ordonnerait son exécution, là, sous nos yeux. Je crois que le commissaire s'est retrouvé coincé entre le rôle qu'il avait à jouer, son devoir et sa morale. »

« Son devoir était de vous protéger tous les deux. Plutôt que de sauver la tête d'un misérable, Laurence vous a choisi, Alice… Je trouve qu'il a fait des choix responsables, logiquement et éthiquement parlant. Personne n'ira contester ses décisions. Quant à vous, il n'est pas difficile de comprendre que vous étiez en état de choc, traumatisée par ce que Santander vous a fait subir. Vous étiez incapable de prendre une décision et d'agir. »

A cette évocation, Alice se replongea dans ses souvenirs avec un recul nouveau. Il y avait des zones floues, des moments de chaos où tout lui échappait, et ce sentiment de subir, sans rien pouvoir faire, sans rien maîtriser... Tout était allé trop vite, et elle se rappelait surtout de la peur, viscérale, omniprésente, de la panique, et surtout sortir de cette chambre, fuir, se sauver… Elle se crispa involontairement. C'était encore trop frais, trop à vif et elle ferma les yeux pour chasser les visions terribles générées par son esprit trop vivace. La rousse fut ramenée au présent alors que Cassel lui serrait la main, avec un sourire compatissant et lui parlait avec douceur :

« … Ça va aller, mon petit… Vous allez surmonter cette épreuve, parce que vous êtes forte, parce que vous avez un ami qui ne vous laisse pas tomber quand vous êtes en difficulté. »

Alice secoua la tête.

« Si, il m'a chassé, abandonné ! Il ne comprend pas que… »

« Que, quoi ? »

Alice serra les dents et ferma les yeux pour retenir ses larmes, cette fois. Que j'ai besoin de lui. Elle prononça ces mots dans sa tête, mais se tut. Cassel ne devait pas savoir.

Sauf que devant ce silence farouche, le juge en déduisit autre chose.

« Oh… »

« Non, c'est pas ce que vous croyez ! Je le déteste, en fait ! Si vous saviez comme je suis en colère contre lui, contre son incapacité à exprimer ses sentiments… C'est ça qui me fait tenir, cette colère… »

« Non, il ne faut pas y succomber, Alice, même si souvent, Swan le mérite. Prenez-le comme il est. Sous ses airs bravaches et égoïstes, il n'est pas indifférent à votre souffrance, il s'inquiète réellement pour vous. »

« Il vous l'a dit ? »

« Bien sûr que non, mais je le connais bien. Et vous le verriez aussi si vous n'étiez pas dans la tourmente. »

Alice baissa la tête et Cassel reprit un ton professionnel :

« Je suis désolée de ce qui vous est arrivé, Alice, et des manquements de notre police. Au cours de mon enquête, j'ai effectivement découvert que Santander était une vermine de la pire espèce, un prédateur sexuel qui avait agressé impunément une douzaine de prostituées par le passé. Ce type aurait dû être enfermé pour ses crimes, et non protégé par la police. »

« Laurence ne savait pas non plus, sinon il ne m'aurait pas exposé. »

« Qui d'autre a été témoin de l'assassinat de Santander ? »

« Bernardin, Prizzi et Tourneur. Je pense que le faussaire pourrait confirmer ce que je vous ai raconté. »

Le juge hocha la tête et parut troublée l'espace d'un instant.

« Il l'a fait, Alice. Désolée de vous avoir fait croire que j'ignorais votre agression, mais il en a bien parlé lors de son interrogatoire. Seulement, pour vous aider, je me devais d'éclaircir ce point en ayant votre version des faits, avec votre ressenti et vos mots à vous. »

« Vous étiez au courant, alors ? »

« Pas dans les détails, bien sûr. Tourneur est arrivé en même temps que Laurence dans la chambre et n'a pas vu ce que vous avez subi. »

Le juge inspira, puis se leva pour regagner sa place derrière le bureau.

« Pardon, mais je dois continuer à établir les faits. Prizzi a donc monté une mise en scène pour piéger Germain et s'en débarrasser, puis il a fait accuser Santander du crime. L'analyse balistique a confirmé que l'arme retrouvée sur l'informateur était bien celle dont Vallieri s'est servi pour abattre Germain, mais évidemment, aucune trace des empreintes de l'Italien. Vous confirmez que Vallieri a avoué qu'il avait tué Germain ? »

« Oui, je l'ai entendu le dire à Laurence quand ils se battaient. »

Le juge lui demanda ensuite d'évoquer plus précisément l'assaut à la fonderie et l'arrestation de Tourneur au haras Gordon. Alice rapporta ce qu'elle avait fait et vu.

« L'inspecteur Bardet a tué Vallieri en état de légitime défense et a sauvé la vie de Laurence. Après l'arrestation de Tourneur dans laquelle vous avez encore pris une part active, il ne reste plus que trois suspects principaux à poursuivre, Jacques Prizzi, Marc Bernardin et Emile Dussart. »

« Ils sont en Belgique. »

« Laurence vous l'a dit. Comme il vous a dit que vous ne deviez plus vous mêler de l'enquête à présent. »

Alice remua sur sa chaise. Cassel soupira.

« Il m'a prévenu que vous n'alliez en faire qu'à votre tête. Sachez qu'il me déplairait fortement qu'il vous arrive quelque chose de fâcheux, Mademoiselle Avril. Donc réfléchissez à deux fois avant de vous lancer dans une entreprise hasardeuse… »

Le ton de Cassel devint moins conciliant.

« … Au moindre faux pas, je vous mets en examen pour entraves. Je vous promets que je ne serai pas aussi souple que Laurence. Je me fais bien comprendre ? »

« Oui, Madame le juge. »

« Très bien, nous en avons fini pour aujourd'hui, mais je vous prierai de rester à la disposition de la justice pour des compléments d'informations. »

« Bien sûr. Je voulais aussi vous demander… »

« Oui ? »

« Je souhaiterais vous interviewer pour faire un portrait de vous dans mon journal. Je voudrais que vous me parliez de votre parcours, des difficultés que vous avez rencontrées pour vous imposer en tant que femme dans un milieu d'hommes. Ce serait possible ? »

« Pas maintenant, Alice. Même si ça n'a rien à voir, je ne veux pas être taxée de subornation de témoins au cours de cette enquête. Le procureur n'apprécierait pas que son accusation tombe à cause d'un vice de procédure relevé par la partie adverse. »

« Très bien, je comprends… Et… euh ? »

« Oui ? »

« Je peux vous poser une question d'ordre privée ? »

Le juge parut surprise.

« C'est quoi votre lien avec Laurence ? Parce que vous semblez proche tous les deux… »

« C'est de l'histoire ancienne, Alice. »

« C'est à cause de vous qu'il s'est retrouvé à Lille ? »

« Mon ex-mari. C'est un haut fonctionnaire au Ministère de la Justice, proche du Garde des Sceaux. Il n'a pas supporté que je le trompe. »

« Oh… »

« Pourquoi ces questions ? »

« Euh, pour rien… »

Cassel l'observa par dessus ses lunettes, façon 'on ne me la fait pas à moi'... Et Alice se dirigea vers la porte en la saluant pour battre en retraite.

« Bon, je vais vous laisser. Merci pour votre écoute… Je me sens soulagée. »

« C'est moi qui vous remercie pour votre témoignage et votre cran, Alice… Ah ! Une dernière chose qui s'entend bien évidemment. En tant que témoin, vous ne publiez plus rien sur cette affaire, nous sommes bien d'accord ? »

« Plus rien, mais ?... »

« Désolée, c'est la loi. Vous encourez des poursuites pour violations du secret de l'instruction. »

« Mais je fais comment pour vivre ? Je suis journaliste, c'est mon gagne-pain ! »

« Allez voir le juge Simon, mon collègue. Il cherche un correspondant judiciaire pour des publications. C'est moins amusant que vos enquêtes avec Laurence, mais c'est un travail régulier, plutôt bien rémunéré... Pierre ? Vous auriez l'amabilité de lui montrer le chemin ? »

Le discret greffier se leva et pria la journaliste de le suivre. Les deux femmes se saluèrent, et Alice sentit inexorablement le piège se refermer sur elle, alors qu'elle parcourait les couloirs du palais. De concert, Laurence et Cassel avaient dû se mettre d'accord pour l'éloigner de l'enquête et la tenir occuper.

Ça partait probablement d'un bon sentiment chez le juge, mais pas pour Laurence ! La journaliste sentit la moutarde lui monter à nouveau au nez. Ça n'allait pas se passer comme ça ! Elle avait cette adresse à aller visiter, et elle ne se gênerait pas pour découvrir ce qu'elle cachait.

Dès que le greffier eut le dos tourné, Alice s'éclipsa de la salle d'attente et sortit du palais de justice.

L'homme qui la surveillait, lui emboîta le pas…

A suivre…

Vous la sentez venir la catastrophe ?

Suite au prochain chat… pitre.