Chapitre 21 : Un tandem de choc

Laurence avait laissé dormir Avril et lui avait griffonnée un mot avec ses instructions. La chambre était payée d'avance par ses soins et Alice pouvait se faire servir un petit-déjeuner. Elle devait y rester impérativement jusqu'à ce qu'il l'appelle et vienne la chercher un peu plus tard dans la mâtinée.

Comme à son habitude, il s'était réveillé de bonne heure et l'avait brièvement observée, alors qu'elle était couchée en vrac sur le ventre, les cheveux en bataille, profondément endormie. Cela l'avait fait sourire. En pagaille, agitée, dans la panade… Rien n'était jamais droit et simple avec elle. Tout allait de travers, même dans son sommeil...

Rapidement, Laurence s'était habillé et avait pris un taxi qui l'avait conduit chez lui, en emportant au passage l'uniforme d'Avril pour ne pas qu'elle sorte. Il avait repris possession de son appartement avec un plaisir manifeste, s'était douché et avait retrouvé ses chers costumes, dont trois manquaient tout de même à l'appel... R.I.P. suits…

A présent Il était assis à son bureau au commissariat, avec l'adresse de la maison où avait été conduite Avril devant lui. La police belge avait été prévenue et il attendait les résultats de leur perquisition, sans se faire d'illusions. Ils ne trouveraient rien sur place. Les malfaiteurs avaient dû mettre les voiles dès la fuite d'Avril et emporter leurs secrets avec eux.

Marlène n'était pas encore arrivée. En se préparant un café, Laurence remarqua un vase posé au sol, contenant un bouquet de magnifiques roses blanches toutes fraîches. De son bureau, il n'avait pas pu le voir. Avril l'avait pourtant prévenu : Glissant avait profité de son absence pour inviter sa secrétaire à dîner. Maintenant, le légiste lui offrait des fleurs pour la courtiser ! Le policier éprouva un malaise diffus et se promit de prendre le médecin entre quatre yeux pour une explication, sans compter la leçon qu'il allait donner à Marlène quand elle arriverait ! Fini de rire maintenant ! Le chat était revenu, les souris arrêtaient de danser !

En attendant, sa secrétaire avait posé les journaux sur la table en face de son bureau. Il parcourut rapidement les articles écrits par Avril depuis le début de l'affaire et fut interrompu par l'arrivée de Carmouille, qui, grande première, frappa à la porte avant d'entrer.

« Bonjour Commissaire. J'ai effectué la recherche sur la plaque d'immatriculation de la voiture qui a servie à l'enlèvement de la journaliste. »

« Alors ? »

« Voiture volée, monsieur. »

« Et la moto ? »

« La plaque ne correspond à rien. Elle n'est pas enregistrée. »

« Quelqu'un a signalé un vol ? Je l'ai vu dans la cour. Un tel engin, ça ne passe pas inaperçu ? »

« Pas par chez nous, en tous cas. »

« Voyez avec les belges alors... Et Andréa Loisier ? Vous savez pour quel joaillier elle travaille ? »

« J'ai posé la question à Marlène, comme vous me l'avez demandé, mais... »

« … Marlène était sensée en parler à Avril, qui aurait commencé à chercher, si elle ne s'était pas faite enlever… »

Carmouille inclina la tête sur le côté en comprenant que le commissaire se servait de Marlène et d'Avril. Quel genre d'ami était-il donc ?

« Si je peux me permettre, monsieur, vous comptez trop sur cette journaliste pour faire votre travail… »

Laurence redressa vivement la tête, piqué au vif et fusilla l'agent du regard.

« Carmouille, vous n'imaginez même pas la somme de choses auxquelles je dois penser, tout ce que je dois anticiper, décider et mettre en œuvre, toute l'énergie que je consacre à coincer ces criminels... Si je confie des missions que rempliraient des enfants de six ans, je dis bien, de six ans !... à Avril, à Marlène ou à vous, c'est justement pour ne pas négliger ou passer à côté de tous ces petits détails qui font la différence ! Maintenant, si vous sentez que ce n'est pas dans vos cordes, je peux confier ces travaux à Martin et vous renvoyer à la circulation ! Il sera ravi de prendre immédiatement votre place ! »

Arlette pinça les lèvres devant le mordant venimeux des paroles de Laurence.

« Non, monsieur, ça ira très bien. »

« Parfait ! Alors, vous pouvez disposer ! »

Carmouille tourna les talons, le visage fermé après s'être fait remonter les bretelles. Elle croisa Marlène en sortant qui la regarda sans comprendre.

« Bonjour commissaire, quelque chose ne va pas avec Arlette ? »

« Juste une mise au point. Et vous, Marlène ? Vous êtes bien rentrée hier soir avec Glissant ? »

Le ton de Laurence était agressif, mais Marlène l'attribua au fait qu'Arlette venait d'irriter le policier une fois de plus.

« Oui, tout s'est passé comme vous l'aviez prévu. Ils ont arrêté l'ambulance, ont cherché Alice sans la trouver, puisqu'elle était avec vous. Puis ils nous ont laissés tranquille et sont repartis sans nous faire de mal. Ils n'étaient pas contents cependant. »

« Et ensuite ? »

« Ensuite ? »

« Glissant et vous ? »

« Tim m'a raccompagnée chez moi. »

« Et ?... »

« Et... rien ! »

Laurence observa attentivement sa secrétaire. Marlène ne soutint pas longtemps cet examen et détourna le regard. Bingo ! Pensa Laurence. La blonde était incapable de mentir. Il eut alors la certitude qu'elle lui cachait quelque chose et décida de procéder autrement.

« On vous a offert de belles roses, Marlène. Un nouvel amoureux ? »

« C'est moi, commissaire » dit-elle en rougissant. « Je me suis fait plaisir. »

Laurence se leva en boutonnant sa veste et vint au devant d'elle.

« Marlène, c'est un enchantement de voir votre charmant visage s'illuminer de la sorte quand vous rougissez. »

La jeune femme se sentit soudain mal à l'aise et le regarda approcher. Il avait deviné qu'il y avait anguille sous roche, mais il ne semblait pas courroucer. Il souriait même, et avec beaucoup de séduction. Le cœur de la blonde se mit involontairement à battre plus fort dans sa poitrine.

« … Accepteriez-vous de prendre un verre avec moi ce soir après notre journée de travail ? »

« Moi ? »

Laurence fronça les sourcils.

« Oui. Vous voyez une autre personne ici ? »

Marlène était en panique. Pourquoi fallait-il que son patron lui fasse du plat maintenant ! Qu'est-ce qu'ils avaient tous à lui courir après ? Tim, d'abord et maintenant, le commissaire… C'était comme si ses deux prétendants pressentaient qu'ils étaient en train de la perdre ! Ils avaient des antennes ou quoi ?

« C'est à dire que... je ne peux pas, commissaire ! Je… J'ai un rendez-vous chez le dentiste ! Je dois également passer chez le teinturier récupérer une robe, et puis ensuite, aller voir Madame Sidoine. C'est pour la kermesse... »

Laurence se contenta de hocher la tête, déçu. L'expérience lui avait appris qu'un cumul d'excuses, aussi crédibles soient-elles, cachaient généralement un mensonge, et celui-là était énorme !

« Avec le temps, j'ai appris à démasquer les menteurs, Marlène. Un détail qui change dans les traits du visage, dans les yeux surtout, et leurs châteaux de cartes s'effondrent. »

« Commissaire, je… »

« Inutile de vous justifier, mais vous me décevez beaucoup... » Elle vit son visage se fermer et il retourna s'asseoir. « … Remettons-nous au travail sérieusement. »

Le commissaire était vexé. Pour la première fois cependant, un vent de révolte se leva face à cette culpabilité qu'il tâchait toujours de lui imposer. Pourquoi devrait-elle penser qu'elle avait mal agi avec lui ? Il était temps que l'éternelle victime secoue le joug sous laquelle il la maintenait. Elle contre-attaqua.

« Et avec Alice, comment ça s'est passé hier soir ? »

Il eut un petit sourire. Ces derniers temps, en évoquant Avril, il souriait plus souvent, sans s'en rendre compte.

« Bien, pour une fois. Pourquoi ? »

« Vous vous en vouliez, n'est-ce pas ? S'il lui était arrivé quelque chose, vous ne vous le seriez pas pardonné, d'autant que vous ne pouviez pas la blâmer ? »

« Mais pas du tout… »

Le sourire disparut. Il remua inconfortablement dans son fauteuil et Marlène sut qu'elle avait vu juste. Il continua, peu à l'aise :

« … Je suis heureux qu'Avril ait enfin eu la présence d'esprit de réaliser qu'elle était en danger et qu'elle ait réagi en conséquence ! »

« Faites-vous une raison : Alice n'a plus besoin de vous, commissaire. »

« Oui, alors là, je ne parierai pas trop là-dessus ! »

« Vous ne voulez pas encore l'admettre, mais vous vous rendrez bientôt à l'évidence… L'élève a dépassé le maître ! »

« Bon, si nous parlions d'autre chose que d'Avril ! Je trouve qu'elle occupe un peu trop le devant de la scène ces derniers temps ! »

Orgueilleux Laurence qui réagissait à chaud en pensant que sa prépondérance masculine allait être supplantée ! Et par qui ? Sa meilleure ennemie, ni plus, ni moins ! Marlène eut un sourire satisfait. Il était temps de remettre les pendules à l'heure et qu'il paie pour avoir abusé de sa gentillesse par le passé. Qui sème le vent...

Le commissaire rumina silencieusement quelques secondes avant de se remettre résolument au travail. Il se concentra sur l'affaire et passa quelques coups de fil. Il s'entretint notamment avec ses collègues de Paris, qui préparaient l'arrestation de Claude Fabre, le restaurateur du Musée d'Orsay, complice de Tourneur. Il allait devoir se rendre dans la capitale pour l'interroger lui-même, mais dans l'intervalle, les flics du 36 le surveillaient, notant ses allers et venues, et tous les contacts qu'il voyait.

La Criminelle l'informa aussi qu'Andréa Loisier était introuvable. Les policiers s'étaient rendus la veille et ce matin à son domicile, sans la trouver les deux fois. Elle avait récemment emménagé dans l'immeuble et les voisins ne la connaissaient pas. Pour eux, c'était un fantôme et ils ignoraient où elle travaillait. Laurence leur demanda de lancer un avis de recherche et de faire une enquête discrète auprès des joailliers pour ne pas attirer l'attention.

Il appela ensuite Anne-Marie Cassel avec laquelle il discuta longuement. Marlène nota le ton familier de la conversation et ne fut pas étonnée quand il se mit d'accord pour un dîner avec elle. Le commissaire restait décidément toujours un incorrigible cavaleur...

L'heure tournait. Laurence se leva et annonça à la blonde qu'il allait chercher Avril. Il passa d'abord à la chambre de bonne de la journaliste, dont il avait emprunté les clés. Il prenait l'initiative de lui apporter quelques vêtements. En fouillant dans les affaires, il constata avec effarement que la garde robe de la rousse était un assemblage de tenues, toutes plus hideuses les unes que les autres. Ce manque de goût dépassait l'entendement ! Sans se soucier de l'apparence de la jeune femme, il piocha au petit bonheur. Au moins, elle ressemblerait à un clown et le distrairait un peu...

« Vous en avez mis du temps ! » S'écria Alice avec soulagement, quand Laurence pénétra dans la chambre de l'hôtel Ambassadeur une vingtaine de minutes plus tard.

La rousse remonta prestement le drap sur elle, alors qu'il déposait le sac à côté d'elle.

« Estimez-vous heureuse que j'ai la bonté de vous apporter de quoi vous habiller ! »

Elle lui fit un sourire complaisant et ils se dévisagèrent une seconde de plus que nécessaire. Alice dut lui faire un signe impatient de la main pour qu'il comprenne qu'il devait se détourner d'elle. Laurence alla se planter devant la fenêtre et regarda à l'extérieur pour la laisser se vêtir.

Alice fouilla dans le sac en cherchant de quoi se mettre. Elle avait mal à la gorge, mais rien d'étonnant à cela après sa chevauchée solitaire la veille dans la campagne. Elle sentait poindre un rhume, alors autant se couvrir chaudement pour la journée. Pourtant, elle se sentait bien ce matin. Pour la première fois depuis une dizaine de jours, elle avait enfin fait une nuit complète et sereine. La présence de Laurence à ses côtés y avait-elle été pour quelques chose ? Peut-être mais elle ne voulait pas lui en attribuer tout le mérite. Après tout, elle pouvait être fière d'elle et de ce qu'elle avait accompli !

Alors qu'elle sortait des fringues, le commissaire reprit :

« Vous vous rappelez ce que je vous ai dit avant-hier au sujet d'une mission ?

« Oui ?

« Je voudrais que vous cherchiez une certaine Andréa Loisier et que vous l'approchiez. Elle travaille pour l'un des trois joailliers parisiens qui ont initié la commande en Afrique du Sud. C'est aussi elle qui a informé par téléphone Prizzi des modalités du transport. Elle est bien évidemment introuvable. »

« Et je fais comment pour la retrouver ? »

« Vous n'avez qu'à appeler Boucheron, Cartier ou Chaumet, en disant que vous cherchez du travail. Loisier est sans doute une assistante proche de la direction, sinon elle n'aurait pas eu accès à ce genre d'informations sensibles. Si elle a vraiment disparu, ils auront besoin de quelqu'un. »

« Mais ces grandes maisons sont toutes à Paris ! »

« Bien vu, Sherlock ! Je vous y emmènerai. Je dois y aller de toute façon. »

« Pour quoi faire ? »

Alice le rejoignit à la fenêtre et Laurence jeta un œil vers elle sans répondre. Le pull jaune moutarde détonnait un peu au premier regard, mais s'harmonisait parfaitement avec la jupe kaki, les bas noirs et les bottes marron. L'un dans l'autre, elle n'avait pas si mal choisi que ça pour une fois… Après, comme il s'agissait d'Avril, il ne fallait pas être trop exigeant…

« Vous allez faire quoi à Paris ? » Répéta t-elle.

« Rendre visite à de vieux amis. »

Elle n'allait pas obtenir d'autres réponses.

« Je veux bien aller à Paris, mais en attendant, je n'ai pas d'endroits où dormir ! »

« Un pont devrait faire l'affaire pour une cloche comme vous... »

« Et une vacherie gratuite, une ! Vous trouvez pas ça lassant à la longue de toujours me dénigrer ? »

« Vous êtes une cible si facile, Avril. »

« Tolérante, je dirais… » Elle croisa les bras sur sa poitrine. « … Je m'en fiche, parce que ce matin, vous n'arriverez pas à me faire sortir de mes gonds ! »

Elle se mit à lui sourire pendant qu'il la dévisageait en préparant visiblement un mauvais coup. Il sortit de sa poche le journal qu'il avait pris sur la table avant de quitter son bureau :

« Je ne savais pas que vous aviez un ego aussi démesuré, Avril. »

« Qu'est-ce qu'il y a encore ? » Soupira t-elle.

Laurence lui montra l'article sur le rapatriement de l'or et du platine en France. Elle le parcourut rapidement et lui retourna un regard interrogatif. Il n'y avait rien là-dedans qui trahissait un quelconque melon surdimensionné...

« A votre avis, comment Prizzi a t-il su qui vous étiez ? »

Elle regarda à nouveau le journal et comprit tout à coup quand elle découvrit avec stupéfaction sa photo juste sous l'article. Son sang ne fit qu'un tour.

« Oh, non ! C'est Jourdeuil ! C'est lui qui... Mais qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un rédac' chef aussi CON ?! Je vais aller lui dire ma façon de penser, à ce gros naze ! »

Et voilà, elle était partie au quart de tour ! Laurence eut un sourire entendu et la retint gentiment par le bras alors qu'elle filait vers la sortie, hors d'elle.

« Non, non, non, Avril ! Ce n'est pas le moment ! Et j'ai mieux à vous proposer ! »

« Si c'est encore l'un de vos plans foireux, vous pouvez m'oublier, Laurence ! »

« Je dois garder un œil sur vous et j'ai besoin d'aller visiter la planque de Bernardin et Dussart à Neuville, donc, vous allez m'accompagner. »

La fameuse adresse… Comme par magie, Avril se montra soudain intéressée et retrouva le sourire. Toutefois, elle se rappela les paroles du juge.

« Je vous préviens : s'il m'arrive encore un truc par votre faute, je porte plainte contre vous ! »

Il la dévisagea en fronçant les sourcils, puis un sourire étira imperceptiblement ses lèvres en comprenant. Le juge ne lui avait rien dit ce matin et attendait probablement qu'ils se voient pour lui tirer les oreilles.

« Vous avez parlé à Anne-Marie Cassel. »

« Hier, en arrivant... » Alice posa ses mains sur ses hanches. « Elle est super, cette juge ! Contrairement à vous qui faites tout pour m'enfoncer, elle, elle m'a redonné confiance en moi, et j'ai à nouveau la patate ! Elle a aussi évoqué vos méthodes contestables !... » Alice avança d'un pas vers lui en le regardant droit dans les yeux. « … Vous pouvez toujours courir pour m'utiliser maintenant ! »

« Allons, Avril, vous adorez vous sentir utile… »

« Tout ça, c'est des conneries ! Arrêtez de me manipuler, Laurence ! »

« Très bien. J'en déduis que vous préférez rester enfermée ici ? »

Alice l'observa en pestant contre lui. La peau de vache ! Toujours si sûr de lui, arrogant, avec ce petit sourire narquois qu'elle avait envie de lui arracher ! Laurence mit tranquillement les mains dans ses poches et attendit.

Sans un mot, Alice soupira, puis fila chercher un blouson dans son sac. Sans faire de commentaires, il lui ouvrit galamment la porte. Elle aperçut tout de même son rictus moqueur au moment où elle passa devant lui et s'arrêta en le foudroyant du regard :

« Oh, ça va, hein ! »

Un petit rire sardonique fut sa seule réponse.

oooOOOooo

Une demi-heure plus tard, ils étaient arrivés à Neuville, dans la planque supposée de Bernardin et Dussart. Cette fois, Laurence avait amené les outils et ils avaient pu pénétrer dans la maison.

Ils s'étaient séparés pour explorer le rez-de-chaussée, plongé dans l'obscurité, avec ses volets fermés. Laurence avait découvert un bureau dans la bibliothèque, et parcourait les quelques papiers qu'il trouvait, pendant qu'Alice visitait les autres pièces.

Un cri d'horreur déchira brusquement le silence de la maison et Laurence accourut immédiatement vers l'origine du hurlement. Là, il retrouva Avril, haletante et effrayée. A la lueur de sa torche, il découvrit un spectacle lugubre : un corps enroulé dans du plastique, au milieu des meubles recouverts de draps blancs, dans la cuisine...

« Oh, non ! Pourquoi c'est toujours moi qui trouve les cadavres ? » Demanda la journaliste d'une petite voix blanche.

Comme à son habitude dans de pareilles circonstances, Laurence lui adressa un regard désabusé.

« C'est seulement maintenant que vous vous en rendez compte ? »

« Je le fais pas exprès, figurez-vous ! »

« Et l'odeur ? Ça ne vous a pas frappé en entrant ? »

Avril renifla bruyamment.

« J'ai pris froid hier en moto. »

Laurence se pencha et observa le paquet en faisant une grimace. Il prit alors un couteau dans un tiroir, puis découpa le plastique. Immédiatement, la puanteur du corps en putréfaction se répandit et il se couvrit précipitamment le nez avec son mouchoir.

« Ouvrez la fenêtre, bon sang ! »

Pâle comme la mort, Alice fit entrer de l'air frais dans la pièce et un peu de lumière. Là, elle respira avidement en ravalant une envie de vomir et le laissa faire les premières constatations, en essayant de penser à autre chose et en évitant de regarder vers le cadavre.

Deux minutes après, il s'installa à côté d'elle en brandissant une carte d'identité.

« Bravo, Avril, vous avez trouvé Andréa Loisier. »

« Oh, c'est horrible... »

« Venez, on va prendre l'air, vous avez l'air d'un glaçon endeuillé... On reviendra explorer le reste de la maison dans cinq minutes. »

Pour une fois, Alice le trouva un peu pâle quand elle le dévisagea à la lumière du jour. Ils marchèrent en silence côte à côte, en écartant les images imprimées dans leurs cerveaux.

« Elle a été tué comment ? »

« Plusieurs coups de couteau dans la poitrine. C'est un travail de professionnel… A voir son état, je dirais que la mort remonte à plusieurs jours… Il faut que je trouve un téléphone et que je prévienne Glissant. »

« J'en ai vu un dans l'entrée, je crois. »

Il hocha la tête, puis lui jeta un regard.

« Prête à y retourner ? »

Elle secoua la tête, pas remise, mais elle le suivit quand même. Dans le vestibule, il avisa effectivement un téléphone, décrocha et écouta. Aucune tonalité, comme il s'en doutait.

« Il faut rétablir le courant. Trouvez le tableau électrique. »

« Pardon, mais moi, je ne vous lâche plus d'une semelle ! »

« Avril… »

Il y eut un craquement étrange au dessus de leurs têtes et ils levèrent tous les deux les yeux vers le plafond en l'entendant. Cette fois, Alice parla tout bas et se rapprocha instinctivement du commissaire.

« C'était quoi, ça ? Il y a quelqu'un à l'étage ? »

« Je vais voir, vous restez là. »

Inquiète, Alice vit Laurence prendre l'escalier et monter les marches le plus lentement possible, en évitant de faire grincer le parquet. Même si le tapis de laine amortissait ses pas, l'opération n'était pas si simple, la montée était plongée dans la pénombre.

Plus bas, Alice n'en fit qu'à sa tête et entreprit de suivre Laurence avec la même souplesse féline. Enfin, façon de parler… Elle se rendit vite compte de la futilité de ses efforts quand elle entendit le policier lui chuchoter sur un ton excédé :

« Arrêtez, Avril, on dirait un mammouth ! Descendez tout de suite ! »

Vexée, Avril ne bougea plus et le laissa continuer seul. Elle voulait revenir au rez-de-chaussée mais ne voyait rien dans l'obscurité. A tâtons, elle chercha la première marche, puis la seconde… Cette dernière était inégale, et elle sentit sa cheville vriller sur une anfractuosité, puis son pied glisser sur le nez de marche. Trop tard ! Alice perdit l'équilibre et tenta sans succès de se retenir à la rampe. Avec un petit cri, elle dévala la dizaine de marches en vrac avant de percuter violemment le mur en bas de l'escalier où elle laissa enfin échapper un gémissement de douleur.

Laurence stoppa net son avancée en entendant le fracas de sa chute. L'espace d'une seconde, son sang se glaça - non pour la malheureuse - mais pour son effet de surprise réduit à néant. Tout bas, il pesta contre la maladresse innée de la journaliste qui avait encore tout fait foirer. Elle devait avoir été investie d'un pouvoir par une force supérieure, ce n'était pas possible autrement !

Furieux, il amorça la descente pour aller achever Avril, si elle était encore vivante...

Et c'est ce geste qui, paradoxalement, lui sauva la vie. Sans le savoir, en montant les dernières marches, il avait déclenché un mécanisme, un simple fil à pêche tendu en travers de l'escalier, relié à une minuterie réglée sur le temps estimé pour que quelqu'un atteigne l'entrée de la première chambre à l'étage.

Laurence fut brutalement projeté en avant par le souffle de l'explosion et dévala à son tour l'escalier comme un ressort magique. Il percuta Avril, encore au sol, qui l'arrêta net. Divers matériaux lourds et gravats tombèrent du plafond sur eux encore et encore, accompagnés d'une poussière épaisse. Pendant quelques secondes, ce fut le chaos et ils se protégèrent tant bien que mal en s'attendant au pire. Quand le calme revint, Laurence n'en revint pas de sa chance.

« On l'a échappé belle… Ça va, Avril ? »

Alice ne lui répondit qu'en gémissant et en toussant doucement.

« Vous m'écrasez… »

« Cessez de faire votre chochotte, on est vivant ! »

Il se releva en s'époussetant, puis constata les dégâts à l'étage. Au travers de la poussière pas encore complètement retombée, un trou béant ouvrait sur le ciel nuageux dans un enchevêtrement de poutres et de matériaux divers. Miraculeusement, le toit ne s'était pas totalement effondré mais il n'avait aucunement envie de savoir quand cela arriverait, d'autant que les craquements sinistres continuaient.

« Avril, il faut filer d'ici en vitesse ! Debout ! »

Il lui tendit la main pour l'aider à se relever, mais elle ne réagit pas.

« Oh, ma tête… ça tourne… »

Alice se frottait le crâne en grimaçant, les yeux fermés. Elle semblait groggy. Il s'accroupit à côté d'elle.

« Avril, vous êtes avec moi ? »

Il lui donna quelques tapes sur la joue. Elle protesta avec humeur devant son traitement pour le moins exagéré.

« Ça y est, vous avez la lumière à tous les étages ? »

Malgré le sarcasme ordinaire, l'expression de Laurence était soucieuse devant la pâleur de la journaliste. Il braqua sa torche dans les yeux de la jeune femme pour observer plus attentivement ses pupilles. Elle détourna le regard rapidement.

« Arrêtez, Laurence ! C'est bon... »

« Les méduses ont bien vécu soixante millions d'années sans avoir de cerveau, vous pourrez bien vous en passer ! Levez-vous ! »

« Espèce d'ordure… »

Elle s'interrompit et se mit à tousser à cause de sa gorge irritée et de la poussière encore en suspension.

« Debout, Marguerite Gautier, inutile de rester ici. »

Elle fut prise d'une violente quinte de toux. Un sourire narquois barra le visage de Laurence.

« Par charité, je suis tenté de vous euthanasier, Avril. »

« Haha ! Très drôle… Il s'est passé quoi là-haut ? »

Etonné, il leva les sourcils et se rendit compte qu'elle était bien plus sonnée que ce qu'il pensait. Sans faire de commentaires, il l'aida à se relever. Elle dut s'appuyer contre lui pour éviter de tomber.

« Allez, Avril, on va rejoindre la pelouse en douceur. »

« J'me sens pas bien… ça tourne... »

« Venez prendre l'air. »

Ils sortirent de la maison dont les craquements inquiétants s'étaient intensifiés. Avril aspira avec avidité l'air frais pendant que Laurence l'observait à la dérobée. Il la laissa récupérer pendant quelques minutes en marchant lentement, puis il accéléra progressivement le pas pour rejoindre la Facelia garée à l'entrée annexe du parc. Enfin, elle se détacha de lui avec un hochement de tête pour le remercier. Elle avait retrouvé des couleurs.

Galant, il lui ouvrit la portière sans un mot, puis fit le tour du véhicule et s'installa derrière le volant. Il la dévisagea encore une fois, pour s'assurer de son état.

« Me regardez pas comme si j'allais vous claquer entre les doigts ! C'est passé, je vous dis ! »

« Dans ce cas, je vous interdis de vomir sur mes sièges. »

« Peuh… Vous avez vu votre tête ? »

Il jeta un rapide coup d'œil dans le rétroviseur et constata qu'il saignait. Il sortit un mouchoir et épongea le sang sur son front. Il laissa tomber, son costume plein de poussière et taché était fichu de toute façon. Le quatrième en dix jours. Allait-il devoir venir travailler en bleu de travail ?

« Laissez-moi faire… »

Avec impatience, il écarta la main d'Alice et secoua la tête pour la mettre en garde.

« … Très bien ! Mais ne venez pas vous plaindre ! » Répliqua-t-elle vertement.

Il ricana.

« On en reparle demain quand vous aurez mal partout. »

« J'ai déjà mal partout ! A cause de vous qui m'êtes tombé dessus, grosse brute ! »

« Il faut bien que vous serviez à quelque chose ! Merci, vous avez amorti ma chute. »

« Quand vous prononcez le mot merci, on a l'impression que vous dites : vous pouvez crever ! »

Alice se mit à bouder. Il l'observa, puis leva la main de façon anodine pour enlever un écli de bois perdu dans sa chevelure. C'était un acte futile tellement elle était couverte de poussières et de débris divers. Alice se figea devant l'intimité du geste et croisa son regard redevenu sérieux.

« Merci. »

Le ton était sincère cette fois. La compréhension de ce à quoi ils avaient échappé, passa dans les yeux de la jeune femme. Elle haussa les épaules légèrement.

« On est dans un sale état tous les deux, mais vivants. C'est l'essentiel. »

« Une bonne douche et il ne devrait plus rien y paraître. Enfin, pour moi, parce que pour vous… il y a du boulot ! »

Le sarcasme de ces mots déclencha un sourire crispé sur les lèvres d'Avril.

« Si vous saviez comme j'apprécie vos marques d'intérêts pour moi, Laurence, c'est vraiment touchant… »

« Mais c'est tout naturel, ma chère Avr... »

Il y eut un énorme fracas. Immédiatement, ils se dévisagèrent en comprenant qu'il s'agissait de...

« La maison… » Prononça Alice d'une voix blanche.

Le toit venait probablement de s'effondrer. Laurence hocha la tête et prit une profonde inspiration avant de lâcher avec colère :

« Le jour où je vais mettre la main sur cette crapule de Bernardin, je vais lui faire payer au centuple ce qu'il nous a fait subir ! »

Alice le considéra en silence. Elle connaissait sa détermination et savait mieux que quiconque qu'il mettrait tout en œuvre pour coincer le cerveau de l'opération. C'était une question d'orgueil et d'honneur. Rêveusement, elle se mit à imaginer les milles et une façon que Laurence utiliserait pour tourmenter le Lyonnais et sourit malgré elle.

« Ça va, Avril ? »

Laurence venait de la sortir de ses pensées et l'observait d'un air curieux, intrigué par son expression distante.

« Vous êtes trop choupinou quand vous vous faites du souci pour moi. »

« Choupinou ? » Il répéta le mot avec dédain. « Ce n'est pas chez un médecin que je vais vous déposer, mais directement chez les malades mentaux ! »

Alice souriait de façon moqueuse pendant qu'il la fixait sérieusement, sans se dérider. Elle poussa le bouchon encore plus loin dans la provocation, histoire de le faire sortir de sa zone de confort.

« Quand vous me regardez comme ça, Laurence, j'ai l'impression que vous mourrez d'envie de m'embrasser. »

Affligé, Laurence secoua la tête en démarrant le moteur qui ronronna immédiatement, puis ricana :

« Mon Dieu ! Vous avez vraiment pris un gros coup sur la tête ! »

Mais Alice avait vu juste. La façon dont le regard de Laurence s'était posé inconsciemment sur ses lèvres, ne laissait planer aucun doute sur ses intentions. La jeune femme ne put s'empêcher d'avoir une moue dubitative.

Laurence se pencha vers Alice, puis se ravisa brusquement en fronçant les sourcils, comme s'il prenait soudain conscience de ce qu'il s'apprêtait à faire. A peine surprise par son revirement, Alice l'observa jusqu'à ce qu'il se recule, à la fois troublé et agacé. Le sourire d'Alice s'élargit et se transforma alors en rire moqueur.

Piqué au vif, Laurence passa sa main derrière la nuque d'Avril et attira la rousse à lui. Il temporisa à nouveau, puis posa résolument ses lèvres sur celles d'Alice. L'adrénaline qui courait dans ses veines n'était pas étrangère à son comportement conquérant et dominateur, et il en ressentit immédiatement les effets avec euphorie. Leur premier baiser dura juste ce qu'il faut, le temps pour lui d'y goûter pleinement, de lui caresser les lèvres sensuellement, sans la forcer, jusqu'à ce qu'il s'écarte lentement d'elle avec un sourire narquois, plein de suffisance.

Alice était tétanisée. Sans tourner la tête, elle le regardait en coin. Elle n'en revenait pas... Il l'avait fait !... Elle n'était pas tant choquée par le geste impulsif, que par son auteur ! Laurence… l'avait embrassée !

Avec consternation, la rousse s'éclaircit la voix, avant de dire :

« Ben, merde alors ! Vous loupez jamais une occasion de rouler une pelle à une gonzesse, vous… »

« C'était la seule façon de fermer votre clapet, Avril. »

« Mais… »

« Vous voulez que je recommence ? »

« Ah, non ! Cette fois, je vous en colle une ! »

Il éclata de rire devant la virulence de sa réaction.

« Que de violence ! Pourtant ça n'a pas eu l'air de vous déplaire ! »

« Mais, enfin ! N'importe quoi ! Vous m'avez juste... scotchée ! »

« Voilà à quoi on s'engage quand on joue à cap' ou pas cap' avec moi ! Je ne suis pas du genre à me défiler, et vous le savez ! »

Alice le dévisagea, encore déstabilisée, et fronça les sourcils, revancharde.

« Cap' de vous jeter dans le puits le plus profond de la Terre ? »

« Voyons, Avril, dans la limite du raisonnable. »

Elle secoua de nouveau la tête.

« J'y crois pas… C'est… J'ai pas de mots ! »

« Tant mieux ! »

Le silence qui suivit était évocateur. Laurence masqua du mieux qu'il put un sourire satisfait. Il avait obtenu ce qu'il voulait : la paix... et un baiser, en bonus !

Au bout d'un moment, Avril se reprit enfin et lui demanda :

« On fait quoi maintenant ? »

« On rentre. »

« Où ? Chez vous ? Chez moi ? »

C'était la première chose qui lui était passée par la tête, sans réfléchir, et Alice se rendit immédiatement compte du double sens de sa question. Laurence leva les sourcils.

« On va arrêter tout de suite d'entretenir le quiproquo ! Ce n'est pas parce que je me suis abaissé à vous embrasser, que je coucherai avec vous. »

« Abaissé ? Je ne vous ai forcé à rien du tout, Laurence ! »

« Vous m'avez lancé un défi ! Vous vous attendiez à ce que je me dégonfle ! »

« Peut-être, mais vous ne l'auriez pas fait si vous ne l'aviez pas voulu ! Voulu, Laurence ! En votre âme et conscience ! Alors, cessez de faire preuve de mauvaise foi comme à votre habitude ! »

« Encore un mot, Avril, et vous rentrez à pieds ! »

« N'empêche, vous… »

« J'ai dit STOP ! »

Alice se figea en sentant qu'elle entrait en territoire dangereux. Laurence allait la jeter dehors si elle continuait ainsi à l'asticoter. Elle inspira un grand bol d'air et n'insista pas. Peu importe ce qu'il lui affirmait, elle savait qu'elle avait raison sur ce point.

« Vous êtes insupportable » ajouta-t-elle pour clore le sujet.

« C'est vous qui l'avez cherché. »

Il voulait avoir le dernier mot, alors elle le lui laissa. Un silence tendu s'installa dans l'habitacle.

Alice s'installa du mieux qu'elle put alors que tout son corps protestait. Demain, ça allait être l'enfer avec toutes les contusions et les courbatures. Elle appellerait Jourdeuil et resterait chez elle, si c'était impossible de bouger. Enfin, chez elle ? A l'hôtel plutôt comme il semblait le suggérer plus tôt.

Les kilomètres défilèrent et Avril se perdit à nouveau dans ses pensées. Elle n'osait pas le reconnaître, mais le baiser de Laurence ne l'avait pas laissée indifférente, et c'était ce qui la perturbait présentement. Les lèvres du policier avaient été fermes et chaudes, il avait pris sans consentement, mais sans agressivité non plus. S'il avait poursuivi, elle lui aurait probablement retourné son baiser. N'empêche… Pourquoi ne l'avait-elle pas repoussé dans la seconde qui avait suivie ? Contrairement à lui, biaiser avec la vérité n'était pas dans sa nature. Elle avait cependant du mal à accepter qu'elle se soit laissé faire... juste par curiosité. C'était ouvrir la porte à des vérités qu'elle n'était pas prête à admettre.

Laurence se concentrait sur sa conduite mais son esprit était également ailleurs.

Il avait embrassé Avril… Cette action en elle-même était déjà perturbante, mais le plus dur à reconnaître pour lui, était qu'il mourait d'envie de recommencer !

Dans leur rivalité, la rousse l'avait poussé dans ses retranchements. Comme il n'avait pas voulu céder un pouce de terrain, il avait fait avec le recul un geste totalement irréfléchi qui trahissait plus qu'il ne voulait admettre. Franchement, qu'est-ce qu'il lui avait pris d'embrasser la journaliste ? Il refusait de concéder qu'il l'avait fait uniquement par envie et le résultat le troublait, le surprenait même, car la jeune femme ne l'avait pas repoussé avec cris et hurlements, comme il s'y attendait. D'ailleurs, elle semblait plus perturbée que réellement courroucée par son geste.

Ils arrivèrent enfin au commissariat. Laurence éteignit le moteur et se tourna vers elle.

« Vous allez rester ici avec Marlène. La journée est déjà bien avancée et je dois repartir à Neuville avec une équipe de terrassiers pour voir ce qui peut encore être sauvé. Nous devons récupérer le cadavre d'Andréa Loisier pour que Glissant l'examine. »

Elle hocha la tête, s'apprêta à sortir, puis se ravisa.

« Vous ne me regardez plus de la même façon depuis quelque temps, Laurence. »

« N'importe quoi ! »

« Sans compter ce baiser sorti de nulle part… ça cache quoi cette attitude ? »

« Mais rien… Ecoutez, oubliez ça, c'était une erreur. Mettez ça sur le compte des émotions fortes ou de ce que vous voulez, ça n'a pas d'importance. »

« Vous aurez beau dire, je sais que j'ai raison ! »

Alice le connaissait suffisamment pour savoir qu'elle avait fait mouche et opina plusieurs fois de la tête sans rien dire.

« Dans vos rêves, Avril. »

« Vous, vous avez quelque chose à vous faire pardonner. »

Il fit jouer ses doigts sur le volant quelques secondes, comme s'il était impatient de se débarrasser d'elle. Avec un soupir, il finit par lâcher le morceau :

« Vous voulez que je vous dise quoi ? Que, sans votre intervention miraculeuse, j'étais un homme mort ? Que je suis béat d'admiration devant le timing parfait de votre maladresse coutumière ? »

Malgré le sarcasme de ses propos, elle eut un grand sourire, tout sauf modeste.

« C'est donc bien ça… Et vous vous êtes inquiété pour moi hier soir, hein ? »

« Certainement pas ! » Claqua t-il. Il soupira, faussement lassé par le tour de la conversation. « … Qu'est-ce que je dois faire pour me débarrasser de vous ? Vous embrasser à nouveau ? Puis, vous ramener dans cette chambre d'hôtel, où j'ai déjà mes habitudes ? »

L'ironie mordante et le sous-entendu des propos de Laurence laissèrent Alice sans voix sur le coup. Il testait incontestablement le terrain, ce n'était pas possible autrement. Pas question de se laisser impressionner encore une fois ! Après s'être éclairci la gorge, elle lui répondit :

« Vous ne sauteriez pas les étapes par hasard ? »

« Quelles étapes ? »

« Me parler gentiment ?... »

Il grimaça.

« … Puis m'inviter à dîner ?... par exemple ? »

Il ne répondit rien, et regarda délibérément ailleurs.

« J'accepte » s'empressa t-elle alors de dire, avant qu'il ne décline.

Laurence la dévisagea à nouveau en pesant visiblement le pour et le contre.

« Demain soir, sept heures, au Charlemagne ? »

« D'accord. »

Laurence hocha la tête et ouvrit la portière, signe que leur conversation était terminée. Avril sortit à son tour de la voiture et le regarda partir. Elle affichait un sourire victorieux aux lèvres sans savoir ce qu'elle avait réellement gagné.

A suivre…

Laurence, acculé dans ses retranchements ? D'une pirouette, il retourne la situation à son avantage ! Laurence, forcé de reconnaître qu'Avril lui a sauvé la vie ? Jamais ! Pourtant, il me paraissait important qu'il concède la victoire à Alice, sans véritablement perdre la face, en restant fidèle à lui-même...

Toute à sa victoire, Alice ne se méfie pas du perfide qui tisse sa toile autour d'elle !

Pour tout fan d'Harry Potter, ces deux-là ont quand même des caractères très Serpentard et très Gryffondor ! Lol !

Meric pour vos commentaires qui me font toujours plaisir. A bientôt pour un nouveau chapitre.