Chapitre 29 : La loubarde roublarde
Laurence regarda avec mépris Verdier être traîné, menotté, vers le panier à salade, après avoir tenté maladroitement de s'enfuir. Surpris à son domicile, le trafiquant n'avait pas mis longtemps à dire tout ce qu'il savait sur ses "amis", Bernardin et Dussart. Une balance, voilà ce que ce type était, et un parasite fourbe… Il allait sans doute passer du bon temps en prison avec ses codétenus !
Le commissaire se tourna vers Bardet qui s'était chargé de l'arrestation en coursant efficacement le fugitif. Grâce aux aveux que Verdier avait faits, Laurence tenait enfin les deux malfrats, et il l'espérait, Prizzi.
« Le Corse ne s'est toujours pas manifesté ? »
« Non, commissaire, le sort de Jacqueline Santini n'a pas l'air de l'émouvoir. »
« Renonceriez-vous à des millions de francs pour l'amour d'une femme, Bardet ? »
Le jeune inspecteur haussa les épaules.
« Je suppose que cela dépend de la femme, non ? »
Laurence ne répondit rien, songeur, puis il revint à ses préoccupations :
« Dites à Lepic de prendre la déposition de Verdier et de le tenir au chaud pendant quarante huit heures. S'il croise les journalistes, pas un mot, d'accord ? »
« Et pour Lebrun ? »
« Qu'il soit convoqué pour un interrogatoire. A part avoir revendu des pièces à l'origine douteuse, je n'ai rien contre lui. De toute façon, c'est du menu fretin. Nous allons perdre notre temps. »
Bardet hocha la tête. Laurence reprit la parole :
« L'étau se resserre autour de Prizzi. Faites déplacer Madame Santini vers la résidence Fontaine et doublez les effectifs. Il va tenter quelque chose de désespéré, j'en suis sûr. »
« Elle souffre d'anxiété et voudrait voir un médecin. »
« Accordé, il vaut mieux que quelqu'un reste avec elle. »
« Je peux m'en charger, si vous préférez ? »
« Non, Bardet, j'aurais besoin de vous chez nos voisins belges. Vous en parlez à Lepic et vous me rejoignez ensuite à la voiture ? »
L'inspecteur s'éloigna pour transmettre les instructions à son collègue. Le jeune homme n'avait rien vu de leurs étreintes sur le pré, Laurence en était sûr. Maintenant qu'il y repensait, Avril avait à peine regardé Bardet, pourtant beau garçon, quand il était allé à leur rencontre. L'attention de la rouquine n'avait été tournée que vers sa personne, encore bouleversée par leur rapprochement inattendu et leurs baisers enfiévrés. Inutile de souligner que son ego de mâle s'en était immensément satisfait.
Mélange de désarroi et de consternation, le regard qu'Alice lui avait lancé avant son départ avait trahi tant d'incertitudes… Cela faisait longtemps que Laurence n'avait pas déstabilisé Avril ainsi. Et il n'était plus question d'hostilités ou de faux-semblants entre eux, tous ces sentiments négatifs qui minaient leur relation, mais de challenges stimulants, pour révéler le meilleur en eux et les faire progresser.
Laurence jouait une part active en orchestrant ces changements, et bizarrement, il en éprouvait autant de plaisir que lorsqu'il maltraitait Avril. Il avait toujours une longueur d'avance sur elle et c'était plaisant de la mener là où il voulait qu'elle aille. Au fond, la destination importait peu, seul le voyage comptait. Autant le faire en bonne compagnie.
Il mentirait s'il disait qu'il n'avait pas été surpris par l'intensité de leurs réactions après leurs embrassades. Certes, la chimie de l'adrénaline après le saut y était pour beaucoup, exacerbant leurs sensations, aiguisant leurs sens.
Laurence aimait prendre des risques, mais le faisait rarement de manière inconsidérée. Il se connaissait suffisamment pour savoir que l'adrénaline boostait son intellect et ses performances physiques. Il lui arrivait même de montrer certains signes de dépendance et savait comment y remédier. Quand le manque d'actions se faisait sentir au commissariat, au lieu de tourner en rond et d'être particulièrement infect avec Marlène, et tout le monde en général, il venait faire un saut à Bénifontaine, ou alors, il se rendait sur le circuit automobile le plus proche pour son autre passion : la vitesse.
C'était son jardin secret, sa façon de se sentir vivant et de se ressourcer. La recette était immuable depuis des années. Combinez le danger avec une pointe de sexe, et l'effet était explosif, libérateur, surtout pour quelqu'un d'aussi cadenassé que lui au quotidien. Associez-le à une forme de méditation qu'il avait adaptée à ses besoins, et les énergies étaient à nouveau canalisées, sous contrôle. Le manque était atténué. Jusqu'à la fois suivante.
Avec Avril, il avait eu son lot d'émotions fortes et d'inquiétudes au cours de ces dernières années. La journaliste était totalement inconsciente quand elle se lançait tête baissée dans les enquêtes, sans mesurer les dangers, sans réfléchir aux conséquences de ses actes. Cela l'agaçait prodigieusement de devoir réparer ses erreurs et d'accourir à son secours en prenant lui-même des risques qu'il ne calculait pas. Il avait bien tenté de canaliser l'énergie débordante de la rousse mais c'était peine perdue tellement elle n'en faisait qu'à sa tête. Tout ce qu'il parvenait à faire avec elle, c'était l'orienter parfois dans une direction. Le reste du temps, elle se débrouillait seule en espérant qu'il arrive à temps pour empêcher l'irréparable.
A présent, il savait qu'elle aimait se mettre en danger, que sa nature était tournée vers l'action. Jeune chien fou, elle aimait les défis et vaincre sa peur. Elle ne le savait pas encore, mais elle était comme lui, prête à tout pour ressentir ce frisson qui tordait le ventre, cette sensation de bien-être physique et mental qui en résultait… avant la phase dépressive qui suivait inévitablement. Que n'avait-elle trahi quelques jours plus tôt quand elle lui avait dit qu'elle avait envie de s'alcooliser ou de s'envoyer en l'air quand la tension retombait ! En bon opportuniste, il avait saisi l'ouverture.
Il allait devoir encore patienter, mais c'était un mal pour un bien. Avril avait besoin de temps et de distance pour reconnaître qu'elle en voulait davantage et succomber fatalement ! Le séducteur en lui n'en doutait pas un instant et jubilait, savourant ces instants, ces promesses de voluptés annoncées…
Contrairement aux autres femmes déjà conquises à ce stade, rien n'était acquis avec Avril, Laurence le savait, mais il ne se trompait pas au sujet de la réponse émotionnelle de la rousse. La liste qu'elle avait abandonnée par mégarde sur le sol à l'hôtel d'Anvers, avait été un premier indice. Sa réaction positive quand elle s'était laissée embrassée et avait retourné ses baisers, en avait été un second. Et quand elle avait pris l'initiative de l'embrasser, il avait su qu'Avril était prête à aller plus loin. Il pouvait passer activement à la seconde phase de son plan : la mettre dans son lit.
On disait en moyenne qu'un homme pensait au sexe toutes les sept secondes. Ce n'était pas tout à fait exact en réalité, mais dans le cas d'Avril, Laurence admettait qu'il y pensait beaucoup plus ces derniers temps et avec un érotisme particulièrement raffiné ! Il était un amant exigeant, perfectionniste, maître dans l'art de donner du plaisir à ses partenaires. Comme il lui tardait de goûter la peau de la rousse, d'en savourer sa douceur, de promener ses mains sur son corps et de la faire crier au comble d'un plaisir intense partagé... Son imagination n'était jamais avare en détails croustillants… Avril était loin d'être une oie blanche, peut-être même que leur rivalité allait se sublimer dans leurs jeux amoureux ? Pourquoi ne pas envisager certains scenarii plus osés, qui impliquaient des cravates en soie, ou mieux, des menottes ? L'idée lui plaisait infiniment, mais wait and see, disait le dicton... Les jeux de domination ne s'improvisaient pas et reposaient sur la confiance que les deux partenaires avaient l'un envers l'autre.
« Commissaire ! Attendez ! » S'écria Carmouille.
Laurence revint brutalement sur Terre en entendant la voix tabagique de la brigadière, brute de décoffrage. L'effet douche froide sur les fantasmes les plus fous était garantie avec elle !
« Regardez ce que j'ai trouvé ! » S'exclama la zélée fonctionnaire, qui tenait un papier dans la main, toute fière d'elle.
Toute essoufflée, elle lui tendait un billet de train pour Milan. Retenant de justesse une réflexion acerbe, Laurence fronça les sourcils et se focalisa sur le nouvel élément :
« On dirait que Verdier avait l'intention de prendre la poudre d'escampette. »
« Et si les autres en faisaient de même, monsieur ? »
« C'est à envisager, Carmouille. Il me semble que Bernardin n'a pas de famille, mais Dussart a une femme, non ? »
« Catherine Dussart a disparu il y a quelques semaines, monsieur. J'ai cherché. Elle n'est pas revenue à leur dernier domicile connu. »
Laurence réfléchit quelques secondes.
« À votre avis, Carmouille, qui, dans leur entourage, seraient tentés de les aider, sachant que ces individus risquent gros pour complicité ? »
« Forcément des personnes de confiance ! »
« Ou qui ont une dette envers eux... Cherchez dans leurs relations ceux qui présentent ce profil. Ils sont tellement mal engagés qu'ils vont essayer de trouver une porte de sortie. Il faut que je les coince avant que cela arrive, car une fois envolés, je ne les reverrai plus… Vous m'appelez au commissariat de Termonde dès que vous trouvez quelque chose. »
« A vos ordres, monsieur ! »
Carmouille salua son chef en claquant des talons et Laurence la regarda s'éloigner, fidèle chien de chasse. Comment le Divisionnaire et cette… créature indéfinie au physique ingrat – il ne trouva pas de meilleurs mots pour la décrire poliment – pouvaient-ils être ensemble ? Heureusement que l'amour est aveugle... ricana t-il. Et il ne voulait pour rien au monde les imaginer ensemble, en train de… Ah, non ! C'était au dessus de ses forces !
Laurence chassa la vision cauchemardesque et fit signe à Bardet qu'ils partaient. Cette fois, il était décidé à diriger les opérations de l'arrestation de Bernardin et de Dussart, c'était une question d'honneur. Il laissait à Cassel le soin de régler les détails diplomatiques avec la police belge plus tard.
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Alice Avril ne savait plus trop où elle en était après sa troisième bière. Trop stressée par la perspective de sauter en parachute, elle n'avait rien avalé depuis la veille au soir. Impressionné, Jacques Carpentier la regardait dévorer des croque-monsieur à la chaîne avec indulgence !
Elle ne lui avait rien raconté, estimant avec raison que ce qui s'était passé entre Laurence et elle était trop personnel. Même si ces deux hommes étaient d'anciens camarades de combat, ils ne semblaient pas proches. En revanche, elle s'était laissé aller à des confidences sur son enfance difficile et ses galères. Carpentier avait une fille et des petits enfants qu'il ne voyait jamais. Ils s'épanchèrent un peu, trouvant l'un dans l'autre des raisons de parler d'eux.
Pour Alice, c'était une douce distraction qui l'empêchait de trop réfléchir. Après avoir mangé, elle se sentit davantage maîtresse de ses émotions.
La situation lui apparaissait maintenant pour le moins étrange, bizarre. Le fait d'embrasser Laurence, qu'elle considérait avant tout comme un ami, y était sans doute pour beaucoup dans son ressenti actuel… Sur le coup, elle avait été emportée par des vagues de désirs qui l'avaient empêchée de réfléchir, submergée par des sensations extraordinaires de chaleur et de plaisir. Elle n'avait pas voulu que ça s'arrête.
Encore maintenant, ces instants faisaient encore manquer des battements à son cœur quand elle y repensait. Heureusement que Carpentier s'était éloigné d'elle et parlait à un adhérent du club, car il aurait vu le rouge lui monter aux joues et entendu sa respiration singulièrement s'accélérer… Alice reconnaissait volontiers avec le recul que les choses auraient pu dégénérer entre eux. Si Bardet les avait trouvés là, étendus dans l'herbe, en train de se rouler des pelles ou de se tripoter… Elle étouffa un gloussement amusé devant les images générées par son esprit.
La légende autour de l'amant qu'il était, agissait probablement sur ses sens et enflammait son imagination. C'était terrible de donner raison à Laurence quand elle fantasmait sur lui ainsi. Elle ne regrettait cependant pas son attitude, ni ses baisers. C'était pour vivre ce genre d'émotions à cent pour cent que la vie valait la peine d'être vécue !
D'ailleurs, Laurence semblait aussi bouleversé qu'elle par sa réaction enthousiaste et n'avait visiblement pas prévu qu'elle soit aussi réceptive à ses attentions. Jamais elle n'avait vu un homme avec des yeux aussi brillants et emplis de désirs. Et il fallait que ce soit quelqu'un sensé la haïr qui éprouve ce genre d'émotions ? Le masque était tombé désormais. Il la désirait avec une férocité effroyable, à tel point qu'elle aurait dû en être effrayée. Mais non, rien qu'à l'évoquer, son ventre se tordait et palpitait délicieusement, dans l'attente qu'elle rallume à nouveau cette flamme dans son regard.
Il avait parlé d'attirance… Depuis quand éprouvait-il du désir pour elle ? Ce devait être très récent. Déjà sur le ferry, il avait eu une attitude qu'elle jugeait équivoque. Et dans l'écurie chez Gordon, serrés l'un contre l'autre, elle n'avait pas osé le regarder suite à son geste involontaire et terriblement intime dans son dos. Elle l'avait senti se raidir contre elle en croyant à de la répulsion de sa part, mais si ça avait été tout le contraire ? En tout cas, son comportement avait nettement changé quand ils avaient pris un verre ensemble au pub. Cette conversation lui apparaissait désormais sous un jour nouveau. Ce soir-là, il avait bien cherché à la séduire en l'emmenant sur son terrain de jeu favori.
Avait-elle affiché la même faim que lui ? Probablement, sinon il ne lui aurait pas proposé immédiatement de coucher avec lui dès le soir venu. Allons, elle connaissait bien la musique. Ils étaient deux adultes qui jouaient au même jeu avec des étrangers croisés au gré de leurs rencontres, pour quelques heures, pour une nuit ou deux, sans conséquences sur leurs sentiments.
Allait-elle le suivre, cette fois ? C'était toute la question. Elle en avait envie, terriblement, mais se savait impulsive. Si elle suivait ses instincts, elle allait probablement regretté ensuite d'avoir couché avec lui. Et puis, qu'allait-il se passer ? Probablement qu'ils reprendraient le cours de leur amitié, comme si de rien n'était, qu'il lui enverrait à nouveau des piques et lui ferait subir des brimades pour bien lui montrer qu'il n'en avait rien à faire d'elle… Elle soupira. Rien qui ne change de l'ordinaire en sorte. Alors qu'est-ce qu'il la retenait ?
La peur d'être rejetée, justement. De ne pas compter un tant soit peu à ses yeux, d'être comme toutes ces autres… insignifiante. Elle ne voulait pas ça. Elle repoussa l'idée dérangeante qui remuait un peu trop de sentiments ambigus et désagréables en elle. Ou étaient-ce des vérités qu'elle refusait de regarder en face ?
Il était temps de partir. Alice remercia Carpentier pour son accueil et reprit la route. Il lui fallait rentrer à Lille et trouver un moyen de rejoindre le commissaire en Belgique. Il n'était pas question qu'il clôt l'enquête sans qu'elle soit présente. Et ils devaient se parler.
Au commissariat, elle retrouva Marlène qui la supplia de raconter son saut en parachute. Contente de trouver une diversion, Alice ne se fit pas longtemps prier. Malgré (ou à cause de) son récit enflammé, la blonde refusa catégoriquement de tenter l'expérience ! Alice lui cacha bien évidemment son interaction finale avec Laurence. Déjà qu'Alice ne savait pas quoi en faire, elle s'imaginait mal raconter à son amie blonde que Laurence l'avait embrassée, puis qu'elle l'avait embrassé, pour finalement se voir invitée à coucher avec lui le soir même !
Elle avait vraiment du mal à réaliser que ça s'était produit. Inconsciemment, Alice jeta un œil vers le fauteuil vide de Laurence alors que le dilemme faisait rage en elle. Si elle s'écoutait, elle en avait envie… Rien que de penser qu'il pourrait l'allonger, là, sur son bureau et lui faire subir… Alice se mit à rougir et se traita de folle !
Ça suffit ! se raisonna la rousse en écartant les images de ce fantasme. Un, parmi de nombreux autres, lui lança encore son esprit mal tourné. Elle inspira profondément, agacée.
« Et Laurence, il t'a pas dit où il allait ? »
« Non, je n'ai pas eu de nouvelles du commissaire depuis ce matin. Pourquoi ? »
Alice lui raconta qu'il était parti arrêter un dénommé Verdier, mais Marlène n'était au courant de rien. En désespoir de cause, Alice la quitta pour mener sa propre enquête.
En sortant du bureau, Avril aperçut Carmouille qui s'affairait avec concentration derrière l'accueil. Alice flaira que Laurence lui avait donnée une mission. S'il y avait moyen de lui extorquer des informations… La journaliste savait qu'elle n'en tirerait rien, même par la ruse, mais tenta sa chance quand même.
« Bonjour Arlette, vous allez bien ? »
Carmouille redressa la tête de ses papiers et aussitôt fronça les sourcils devant la vision d'une Alice Avril tout sourire. Suspicieuse, elle savait que la journaliste préparait un sale coup !
« Ça va, merci. Justement vous tombez bien ! Le commissaire m'a chargée de récupérer la clé de la moto que vous avez empruntée il y a quelques jours… »
Alice entendit l'ironie dans son propos et protesta :
« Il m'a donné son accord ! »
« Certes, mais maintenant vous la rendez. »
Carmouille tendit la main et attendit.
« Il y a du nouveau. Laurence a transmis des informations à Marlène. Vous devriez aller la voir, je crois que ça vous concerne… pour vos recherches. »
« Qu'est-ce que vous me chantez, là ? »
Alice écarta les bras, en mode « je sais pas ».
« Marlène n'a pas voulu me dire. »
Carmouille hésita, puis finalement, se leva en fronçant les sourcils. Alice la suivit du regard jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le bureau de Laurence. Immédiatement, elle s'empara d'une clé de contact quelconque dans le pot réservé aux véhicules saisis.
En se penchant, la rousse posa les yeux sur le rapport que la policière écrivait à la main. Habituée à grappiller des informations, même en lisant à l'envers, Alice déchiffra l'écriture de la Brigadière et aperçut une adresse située à Termonde qu'elle mémorisa. Etait-ce là que Laurence se rendait ? Elle en mettrait sa main au feu.
Alice reprit une pose nonchalante alors que Carmouille venait de ressortir. Le visage fermé, la policière revint vers la journaliste, clairement mécontente.
« Marlène n'a reçu aucune instruction de la part du commissaire ! »
« Ah bon ? Alors c'est moi qui n'aie pas bien compris… Désolée. »
« Mouais, c'est ça… »
« Euh… Voici la clé de la Triumph. Vous savez ce qu'elle va devenir si on ne retrouve pas son propriétaire ? »
« Vendue aux enchères ! » Articula nettement Carmouille avec délectation, coupant court aux espoirs de la rousse.
Démoralisée, Alice lui tendit la clé à contrecœur. Carmouille la jeta dans le pot sur le comptoir et lui jeta avec sarcasme :
« Une femme à moto, ça fait mauvais genre ! »
Alice haussa les épaules, l'air de s'en ficher royalement.
« S'il fallait se soucier de ce que tout le monde pense ! »
Puis la rousse s'en alla en remettant son casque avec un sourire. Carmouille la suivit des yeux en ruminant. Décidément, cette fille lui tapait de plus en plus sur le système ! Elle méritait d'être remise en place ! Le commissaire Laurence était bien trop laxiste et complaisant avec elle !
En désespoir de cause, Arlette replongea le nez dans son rapport en soupirant. Quelques secondes plus tard, elle entendit le vrombissement grave d'une moto et des coups d'accélérateur répétitifs. Qui faisait autant de bruit ? Elle tourna la tête vers la fenêtre et aperçut Avril sur la Triumph qui lui souriait béatement.
« La petite chameau ! » S'écria soudain Carmouille en comprenant qu'elle avait été jouée ! Elle s'élança vers la sortie en criant : « Arrêtez ! Vous n'avez pas le droit ! Arrêtez-la ! »
Quand la brigadière déboula dans la cour du commissariat, Alice Avril lui envoya un baiser du bout des doigts. La rousse entendit le coup de sifflet dans son dos et se mit à rire alors qu'elle s'engageait sur le boulevard, direction la Belgique.
A suivre…
Le personnage de Carmouille est une bénédiction lorsqu'elle devient la tête de turc d'Avril, et inversement, et franchement, c'est un plaisir d'inventer des situations de comédie pour ces deux-là.
J'ai décidé de jouer le jeu de Laurence à fond, de me mettre dans la tête d'un homme pour qui le sexe est un élément fondamental, au-delà du simple exercice de la séduction. Ça fait partie intrinsèquement de son personnage, de façon même poussée, si l'on en croit les propos de la femme du Docteur Rodier (certes nymphomane) dans « Ding, Dingue, Dong ». Alice ne semble d'ailleurs pas surprise ou choquée par le comportement amoureux de Laurence. « L'appel de la chair », comme elle dit, ne lui est pas étranger non plus !
Attendez-vous à un changement de rating dans quelques chapitres, sauf si vous ne souhaitez pas que je m'engage dans cette voie. Faites-le moi savoir, et j'adapterai de façon moins graphique le récit.
Merci d'avance pour vos commentaires.
