Et voici enfin, l'ultime chapitre de cette fiction... Bonne lecture !

Chapitre 36 : Je reviens te chercher

Celui qui apprend doit souffrir. Et même dans notre sommeil, la douleur qui ne peut oublier tombe goutte à goutte sur notre cœur, et dans notre désespoir, malgré nous, par la grâce terrible de Dieu nous vient la sagesse. Eschyle

Depuis que Laurence avait fait établir le portrait robot de l'homme par la serveuse et la concierge, le visage de l'inconnu le poursuivait de façon obsessionnelle. Le commissaire savait qu'il connaissait le type avec qui Alice était partie... Mais il n'arrivait tout simplement pas à le remettre.

Il avait beau arpenté le parquet de son salon, l'esprit en ébullition, en cherchant parmi les connaissances de la jeune femme, ses collègues au journal, ses voisins, en changeant l'angle d'attaque, comme il le faisait naturellement lorsqu'un problème lui résistait, il n'y arrivait pas.

Pourtant, c'était là… L'individu ne lui était pas étranger, il l'avait déjà croisé, il en était sûr, mais où et dans quelles circonstances ? Agacé, il repassait dans sa tête les événements récents, même la cérémonie à la Préfecture où Avril n'avait pourtant pas été présente. Il y avait serré tellement de mains, parlé à tant de personnes, répondu aux questions des journalistes, remercié de parfaits étrangers... Mais aucun ne correspondait à un portrait proche de celui qu'il avait dans les mains.

A la lumière des derniers événements, l'absence d'Avril à sa promotion de la Légion d'Honneur lui apparaissait désormais suspecte. La jalousie accompagnée de son cortège de fantasmes et de projections malsaines revint le harceler. Il ne suffisait pas que la rousse l'ait largué - ce qui en soi était déjà suprêmement humiliant pour un ego comme le sien ! - il fallait qu'il y ait un autre homme en jeu ! Pas étonnant qu'il se soit senti aussi mal la veille... Mais il n'était pas du genre à se laisser faire, il allait retrouver ce type et lui faire sentir qu'il était de trop dans l'équation !

La sonnette interrompit ses réflexions et Laurence posa le dessin sur la table. Promptement, il alla ouvrir la porte, en caressant le secret espoir de voir Alice lui revenir... Mais non, la déception fut au rendez-vous.

« Désolée, je ne suis pas celle que tu attendais... Je peux entrer tout de même ? »

Il s'effaça sans un mot et laissa passer Cassel.

« On m'a rapporté ton malaise hier. Comment vas-tu ? »

« Les nouvelles vont vite, à ce que je vois. »

« J'ai croisé Tricard au Palais. Il s'inquiète pour toi. »

« Je vais bien, Anne-Marie, c'était juste de la fatigue passagère. »

Bien sûr... Les mécanismes de défense étaient solidement ancrés en lui. Alice avait raison : qu'est-ce qu'il pouvait être puéril par moment ! Comme elle n'était pas ici pour le sermonner, Cassel accepta le mensonge, sans le cautionner.

« Je t'offre un verre ? » Demanda t-il, galant comme toujours.

« Avec plaisir... »

Elle prit place devant le bar alors qu'il sortait les alcools.

« Swan, je ne suis pas venue ici pour te parler d'elle. »

« Ça tombe bien, je ne souhaite pas en parler non plus. »

« J'ai reçu un appel de la Place Beauvau cet après-midi. »

« Tiens ! Tu dépends maintenant du Ministère de l'Intérieur ? » Ironisa Laurence en lui tendant un verre de Porto, ce qu'elle prenait habituellement. « Robert Frey te fait des confidences ? »

« Une faveur que je retourne, mais qui pourrait te rendre service également. Le Ministre s'intéresse à toi. La nouvelle de ta visite au 36 lui est parvenue, ainsi que la requête d'Ottavioli de te réintégrer... Ce n'est pas encore officiel, je suis chargée de t'en parler avant, de tâter le terrain en quelque sorte… Si tu le souhaites, bien sûr. »

« J'ai déjà dit à Ottavioli ce que j'en pensais. Je ne reviendrai pas au Quai des Orfèvres. »

« Même si l'on te fait un pont en or ? »

« Le 36, c'est fini, j'y fais figure de dinosaure ! »

« Étudie au moins cette opportunité. Ottavioli connaît ta valeur et a besoin d'hommes comme toi pour mener à bien ses projets de modernisation de la police. Il te fait confiance et le courant passe bien entre vous. Tu deviendrais l'un des cadres, un chef de groupe avec une liberté de décisions et d'actions que personne ne remettrait en cause, pas même lui.»

« Tu sais bien que mes méthodes ne s'accordent pas avec la prise en charge d'une équipe. C'est ce qu'on me reprochait avant, je ne vois pas en quoi les choses auraient changé aujourd'hui. »

« Sauf que cette fois, c'est toi qui vas être l'initiateur de changements, pas l'inverse. »

« Je travaille seul, Anne-Marie. Pas seulement parce que je suis socialement indésirable, mais parce que c'est à cette condition que je suis le plus efficace et le plus performant. »

« Ce que tu viens brillamment de démontrer en prenant les rênes du groupe de Germain à Dunkerque… » Ironisa t-elle à son tour.

« Bardet s'est chargé de faire le tampon. »

« Donc, avec un second que tu tolères, tu t'en sors très bien. D'ailleurs, ce jeune homme ne tarit pas d'éloges à ton sujet. Il t'admire et serait prêt à te suivre si on le lui demandait… Tu es le meilleur, Swan. Ce boulot est taillé pour toi. »

Laurence soupira, agacé.

« Inutile de me flatter, Anne-Marie. Déjà que Tricard tâte le terrain pour savoir si je reste, c'est insupportable ! »

« Ne t'inquiète pas pour ton divisionnaire. Si tu pars, il va obtenir des compensations. Il y a d'autres fortes têtes qui ne demandent qu'à venir à Lille pour exprimer tout leur potentiel ! »

Les lèvres de Laurence s'étirèrent en une moue ironique. Cassel reprit :

« Malgré les efforts que tu fais pour les décourager, les gens qui gravitent autour de toi te sont attachés. Tu sais générer de la loyauté, Swan, c'est une qualité rare. Les inspecteurs du 36 te suivront comme un seul homme quand ils t'auront vu à l'œuvre et auront compris comment tu fonctionnes. »

Laurence secoua la tête et but une gorgée de whisky en la dévisageant.

« Et toi ? Tu veux me voir partir ? »

« Ce ne serait pas de gaieté de cœur, tu le sais bien… Swan, tu vaux bien mieux que de finir ta carrière comme simple commissaire, même si c'est dans l'un des commissariats les plus importants de France. »

« Et si ça me suffisait ? »

« Allons, je t'ai connu beaucoup plus ambitieux... Ne visais-tu pas le corps préfectoral à un moment ? »

« On dit des tas de choses. Ce n'est pas pour autant qu'elles se réalisent. »

Elle but une gorgée et reprit en souriant :

« Tu sais que tu peux toujours rêver pour avoir la paix désormais ? La moindre grande affaire de banditisme va t'être confiée, finis les énigmes criminelles et les mystères que tu affectionnes tant. »

« Je vais donc devoir me rendre indispensable sur certaines enquêtes. Tu sais bien que j'adore m'occuper des cold cases, les affaires non résolues. Ça peut m'occuper largement jusqu'à mon départ en retraite. Et Tricard n'aurait rien à y redire. »

Elle se mit à rire devant la mauvaise volonté qu'il manifestait constamment à faire des choses imposées. Rebelle un jour, rebelle toujours...

« Tu veux vraiment rester un franc-tireur ? Et le devoir de transmission, tu y as pensé ? Tous ces jeunes flics à qui ton expérience pourrait bénéficier ? Tu t'en fiches complètement ? »

Laurence la considéra en silence quelques secondes.

« Anne-Marie, je sais pourquoi tu fais ça. Il ne faut plus que tu te sentes responsable de ce qui est arrivé il y a huit ans. Cet incident de parcours n'en était pas un. J'ai trouvé un équilibre ici et des amis… Je n'ai pas l'intention de m'en aller. »

« Je te demande juste d'y penser… Tu es un serviteur de l'État exemplaire et talentueux. Ce serait dommage de passer à côté d'une occasion de le démontrer. Tu le mérites. »

« J'y réfléchirai, tu es contente ? »

Sans trop y croire, elle eut un simple hochement de tête et s'approcha de la table.

« Je vais te laisser, je ne faisais que passer. J'ai une reconstitution de nuit à Armentières... Merci pour le porto. »

Elle posa son verre sur la table et avisa le portrait robot laissé là par Laurence.

« Tiens, Max a encore fait des siennes ? »

Max !… Mais oui, bien sûr ! Tout lui revenait à présent : l'effraction sur sa voiture et l'abandon du petit voleur dans un coin paumé de la périphérie de Lille ! Laurence eut une soudaine envie d'embrasser Cassel, tellement il se sentait soulagé. Il se contenta de l'accompagner jusqu'à la porte avec un sourire retrouvé.

« Une tentative de cambriolage avortée, cet imbécile a été surpris par le propriétaire. Il s'est enfui, mais je compte bien le coffrer cette fois. »

« Tu me tiens informée, si je dois ouvrir une information judiciaire ? »

« Bien sûr. »

Après que Cassel soit partie, Laurence resta un moment à réfléchir au lien mystérieux qui pouvait exister entre le petit délinquant et la journaliste. Comment se connaissaient-ils ? Et depuis combien de temps ? Maintenant qu'il savait à qui il avait affaire, il avait des recherches à effectuer au commissariat pour découvrir l'identité de ce "Max".

oooOOOooo

« Il ne se doute de rien, t'es sûre ? » Demanda Avril.

« Si je te le dis. »

« Et il en est où ? »

« Aujourd'hui, le commissaire a convoqué la concierge et la serveuse du Splendide pour établir un portrait robot de l'homme qui t'accompagnait... Il est assez ressemblant au final, mais ce qui est bizarre, c'est ce que le commissaire a murmuré en le regardant : "J'ai déjà vu ce type quelque part…" »

« Laurence connaîtrait Max ? Si c'est le cas, ça craint ! Je ne veux pas qu'il ait des ennuis à cause de moi. »

« Je crois que tu n'as pas à t'en faire, le commissaire ne l'a pas replacé. »

« Et il a dit quelque chose sur moi ? »

« A part répéter que tu es plus têtue qu'une mule ? Rien ! Un mur ! Il ne fait plus part de son agacement, même quand Tim le charrie. Mais ça bout sous son crâne, tu peux me croire. »

Après leur réconciliation, la secrétaire avait fini par rapporter l'incident du commissariat à Alice. D'abord inquiète pour l'état de santé de Laurence, la rousse avait ensuite retrouvé le sourire. La blonde avait bien insisté pour que la journaliste ne pardonne pas le policier aussi facilement. Alice s'était empressée d'acquiescer mais elle s'était singulièrement détendue après cette nouvelle.

En réalité, Alice naviguait en permanence entre colère et mal-être, enthousiasme et désespoir. Des peines de cœur, elle en avait connues au cours de sa vie, mais jamais à ce point. C'était finalement à l'image du paradoxe qu'elle ressentait pour Laurence, ce mélange d'amour et de haine, en constant déséquilibre. Comment quelqu'un pouvait-il générer autant de sentiments contradictoires, en mal comme en bien, déchaîner autant de… passions ?

Quand elle avait réalisé que ce qu'elle ressentait pour Laurence dépassait la simple attraction, elle avait paniqué. Il n'était pas un instant envisageable qu'elle soit tombée amoureuse de lui, non pour ce qu'il représentait - il y avait belle lurette qu'elle savait ce qu'il y avait derrière les apparences - mais pour ce qu'il était, et ce, malgré tous ses fichus défauts rédhibitoires à ses yeux, à savoir misogynie, machisme et sexisme.

Malgré son déni, la rousse avait cru en lui, en la capacité de Laurence à l'aimer également en retour pour ce qu'elle était. Même maintenant alors qu'il l'avait rejetée, une partie d'elle-même voulait continuer à y croire, refusant d'abdiquer. Elle s'accrochait aux souvenirs de leurs étreintes, aux mots qu'elle lui avait murmurés, à leurs gestes qui les mettaient au diapason l'un et l'autre. L'affection avait toujours été là, se manifestant d'une façon ou d'une autre, même si elle aurait aimé qu'il l'exprime oralement, mais il était ainsi, secret et taiseux.

La rousse était en manque de Laurence, et c'était probablement cela le plus douloureux. Mais ce n'était pas le plus cuisant : en s'en allant, elle ne pensait pas que le terrible sentiment d'abandon qui la hantait depuis l'enfance, reviendrait méchamment la tarauder. Dans ses moments de doute, elle se disait qu'au fond, il ne voulait pas d'elle, et que, par extension, personne ne voudrait jamais d'elle... Alors elle s'accrochait à tout ce qu'elle pouvait et accueillait la moindre bribe d'informations concernant Laurence avec espoir, comme pour ne pas couper le lien entre eux.

Toute action entraînait une réaction, avait dit Marlène, il fallait un électrochoc à Laurence. Il l'avait eu ! L'idée de Marlène était folle quelque part mais elle n'avait pour but que de voir comment le commissaire allait réagir. Elle était désormais persuadée que le policier éprouvait plus que de l'inquiétude pour Alice. Comme son amie, il était aux prises avec des sentiments contradictoires et par-dessus tout, il était jaloux de cet autre qui lui avait « ravi » la rousse. Une question d'ego, et dans ce domaine, le commissaire ne voulait pas se faire supplanter. Il voulait retrouver Alice. C'était une bonne chose mais il allait leur falloir redoubler de prudence.

« Il ne faut pas que Laurence découvre qu'on a tout manigancé, Marlène. Il va être furieux après nous et tous nos efforts n'auront servi à rien. »

« Alice, fais-moi confiance. Il n'en saura rien… Et puis, quand bien même il l'apprendrait, il faut qu'il comprenne que c'est pour sauver notre amitié. »

« Je ne m'avancerai pas trop là-dessus, tellement il se vexe facilement. »

« Je trouve que c'est un bon test. S'il tient réellement à toi, alors il comprendra. »

La rousse fit la grimace et eut une mine sombre.

« C'est à double tranchant, tu sais... »

« Il est en train d'essayer de te retrouver, Alice. Pour l'instant, tu ne bouges pas de l'appartement, tu restes cachée, jusqu'à ce qu'il soit prêt, d'accord ? »

« Ok. »

oooOOOooo

Laurence tenait le dossier de Max Terranova dans les mains. Fils d'un Italien, émigré en Belgique, le jeune homme de vingt neuf ans était connu des services de police pour de nombreux faits de vols et de cambriolages, en France comme en Belgique. Des petits larcins, souvent avortés, rien de bien grave, et il semblait plutôt doué pour échapper à la prison en ne se faisant pas pincer.

Le commissaire ignorait où trouver ce Max, mais il savait à qui s'adresser pour obtenir cette information. Le temps de retourner à son appartement et de se changer en une tenue plus appropriée, il se dirigea vers le quartier populaire du cimetière de l'Est.

Il laissa la Facélia dans un endroit relativement à l'abri des regards et marcha pendant une dizaine de minutes jusqu'à un troquet dans une rue pavée étroite, à peine éclairée. Les flics venaient rarement dans les petites ruelles de ce quartier qui était pourtant une plaque tournante de divers trafics et où la prostitution régnait en maîtresse.

L'estaminet était minuscule et bondé en ce début de soirée. Des ouvriers venaient boire leurs paies ou cherchaient une fille pour une passe dans un joyeux brouhaha de conversations et de rires.

Il s'installa au zinc et attendit que le tenancier approche. La soixantaine, Bertin était un ancien criminel qui avait payé sa dette à la société après avoir passé une douzaine d'années derrière les barreaux pour des braquages. Il était rangé, disait-il et ne se mêlait plus à aucune entreprise criminelle. En prison, il avait cependant noué des amitiés et des contacts, et à sa sortie, il avait pu acheter ce modeste établissement, proche d'hôtels "clandés" où les prostituées pouvaient exercer leurs activités sans être trop dérangées. En échange, il surveillait les allers et venues des flics et écoutait les bruits et autres rumeurs de la racaille lilloise.

Bertin discutait avec deux hommes qu'il connaissait. Laurence se fit servir un café et attendit en le surveillant du coin de l'œil. Une brunette avenante qui devait avoir dans les trente ans s'installa à côté de lui et le dévisagea en souriant. Il se contenta de l'observer de manière intéressée comme le faisaient tous les hommes présents dans la salle, ce qui la décida à lui adresser la parole :

« En manque d'amour, beau brun ? »

« Ça se peut, mais je dois d'abord parler à Bertin. »

La fille grogna avec dédain en soufflant la fumée de sa cigarette.

« Il fait pas crédit. Et moi, j'suis pas gratuite non plus. »

« Combien ? »

« Au-dessus de tes moyens, mon biquet, mais comme tu me plais bien avec ta belle gueule, on peut peut-être s'arranger ? »

Laurence lui fit un sourire entendu alors qu'elle se rapprochait de lui. Se faire racoler n'était pas dans ses intentions, mais il passait difficilement inaperçu avec sa haute taille et sa tête d'ange ténébreux. Comme il n'était pas venu là non plus pour semer la pagaille dans les rangs des prostitués, il fallait qu'il se fonde dans le décor, faire comme si… La fille vint se coller contre lui et il eut un sourire conquis.

« Comment tu t'appelles ? »

« Josie. Et toi ? »

« Mes amis m'appellent Cassius. »

« Comme le boxeur ? C'est pas commun comme blase... Mais tu n'as pas l'air d'un mec ordinaire. »

« Tu es du coin, Josie ? »

« Boulogne sur Mer. »

« Tu en avais marre des marins ? »

« Ils ne font que passer. » Soupira la belle. « Tu me paies un verre ? »

Il fit un signe en direction du tenancier pour qu'elle puisse passer sa commande. La fille comprit.

« Bertin ? » appela Josie qui le regardait toujours de manière gourmande. Le tenancier tourna la tête vers elle. « Y a quelqu'un ici qui veut te parler ! »

Le patron s'approcha et reconnut son interlocuteur malgré sa casquette et sa tenue d'ouvrier défraîchie. Il afficha juste un sourire poli de circonstance.

« Tiens, salut, ça fait un moment que je t'ai pas vu par ici. Qu'est-ce qui t'amène ? »

« On peut parler à côté ? »

« Suis-moi. »

Laurence glissa une pièce à la prostituée. Bertin ouvrit le chemin et l'emmena dans un endroit qui ressemblait à une arrière cuisine. C'était crasseux, petit, et l'air était vicié, mais au moins, personne ne viendrait les déranger durant leur entretien.

« On voit votre photo qui s'étale partout dans les journaux, commissaire. Vous avez pas peur qu'on vous reconnaisse malgré ce déguisement pourri ? Vous vous tenez droit comme un i, votre coupe de cheveux est bien trop propre. Avec vos mains manucurées, vos dents blanches, vous êtes pas le genre de mec qui trime du matin jusqu'au soir sur une machine, si vous voyez ce que je veux dire ! »

« Bertin, passez-moi le couplet sur mon apparence, je suis pressé et j'ai besoin d'un tuyau. »

« Je me doute bien que vous êtes pas là pour mes beaux yeux ! Alors, vous cherchez quoi, cette fois ? Encore votre enquête sur le casse du siècle ? »

« Je ne peux rien vous dire, Bertin, vous le savez bien. »

« En tous cas, certains seconds couteaux se réjouissent que vous ayez fait le ménage. Ça leur offre des opportunités. »

« A qui profite le crime, hein ? » Ricana Laurence. « Vous me raconterez ça une autre fois, je ne suis pas là pour ça... »Laurence sortit une photo de sa poche. « … Vous savez où je peux trouver ce Max Terranova ? »

« Vous vous intéressez à lui ? C'est du menu fretin, ça ! Pas une grosse légume pour le commissaire Laurence ! »

« Néanmoins, je le cherche, c'est important. »

« Pour tout vous dire, ça fait longtemps que je l'ai pas vu ici. Il s'est pas fait pincer par la police belge ? »

« A d'autres, Bertin... Il est à Lille en ce moment. J'ai juste besoin de son adresse actuelle pour lui parler. »

« Lui parler ? C'est pas une flèche, vous savez… »

« Je n'ai rien contre lui. Je veux juste lui poser des questions pour une affaire dans laquelle il n'est pas directement impliqué. »

« Mais il pourrait connaître une personne qui l'est. Soit... Vous devriez le trouver rue Benvignat, près de la caserne Grenier. Il loge sous les toits, au numéro 3… Enfin, aux dernières nouvelles, hein ! »

« Merci Bertin. Comme d'habitude, vous ne m'avez pas vu, vous ne m'avez rien dit. »

Les deux hommes se serrèrent la main et Laurence sortit discrètement par l'arrière.

oooOOOooo

Laurence planqua une bonne partie de la nuit sans apercevoir de mouvement au domicile de Max. Après avoir sonné et s'être assuré qu'il n'y avait personne, il était entré dans la chambre de bonne avec son passe-partout.

Minutieusement, il avait fouillé les affaires de Max sans rien trouver et était ressorti, désabusé. Ou le voleur était en train de se livrer à des activités illégales, ou il passait la nuit avec Avril quelque part ailleurs. Rien que cette idée le faisait bondir. Il ne donnait pas cher de la peau du jeune homme quand il allait mettre la main sur lui. Quant à la rousse, il allait régler quelques comptes avec elle...

Il resta à veiller dans la rue, jusqu'à ce que, tombant de sommeil, il retourne chez lui vers quatre heures du matin. Ce fut la sonnette de la porte d'entrée qui le réveilla sur les coups de neuf heures. Marlène lui apportait des croissants.

« Commissaire, vous avez une mine affreuse ! » s'exclama-t-elle en le voyant. « Vous n'avez pas dormi, n'est-ce pas ? »

« Très peu, Marlène. Je cherche toujours Avril. »

« Il faut vous reposer, a dit Glissant. Je pourrais peut-être vous aider ? »

« Merci, mais c'est à moi de le faire... Elle n'a pas repris contact avec vous ?»

Marlène fit non de la tête en prenant une mine désolée.

« Vous avez une piste ? » Demanda la blonde.

Il secoua la tête à son tour, désœuvré, et Marlène eut un serrement au cœur. Elle se reprit de justesse avant d'ouvrir la bouche. Il ne fallait pas qu'elle se laisse attendrir. Il y eut un silence pesant entre eux, puis la secrétaire fit un signe en direction de la porte :

« Bon, je vais vous laisser vous préparer. Je retourne au commissariat. »

« A toute à l'heure, Marlène... Et merci pour les croissants. »

Laurence sembla plus fringant quand il arriva une heure plus tard, à nouveau sur son trente et un. Il ne perdit pas de temps et intercepta Carmouille et Martin dans le couloir, à qui il donna l'adresse de Max et l'ordre de surveiller discrètement l'endroit, avec charge à eux de le prévenir s'il assistait au retour du locataire.

Ce fut plus rapide qu'il crut. Aux alentours de midi, Carmouille le prévenait par téléphone de l'arrivée de Max Terranova à son logement et recevait l'ordre d'amener le voleur au commissariat pour interrogatoire. Comme son nom ne fut pas une seule fois mentionné, Marlène ignora de qui le commissaire parlait.

Une demi-heure plus tard, Martin ouvrit la porte du bureau de Laurence, devancé par un Max qui ouvrit des yeux comme des soucoupes en reconnaissant le policier.

« Oh non, pas vous ! »

« Qui fait le malin tombe dans le ravin ! » Ricana Laurence en se délectant de l'inconfort de son prisonnier. « Ça s'appelle le karma, Max… »

Le commissaire fit signe à Martin de faire asseoir le jeune homme et de lui ôter les menottes. Pendant ce temps, Marlène ouvrait des yeux ébahis en découvrant l'ami qui avait aidé Alice à déménager. Dans son coin, elle se fit toute petite et se demanda surtout comment le commissaire pouvait bien avoir retrouvé le voleur.

« Pourquoi je suis là d'abord ? J'ai rien fait ! »

« C'est ce que disent tous les coupables, avant même de savoir de quoi on les accuse. »

« Ouais, ben, dites-moi ce que vous me reprochez ! »

« D'exister, Monsieur Terranova ! Tout simplement d'exister et d'être une véritable plaie pour la société ! »

« Mais c'est pas un crime ! Et puis, vous n'avez pas le droit de me traiter comme ça d'abord ! J'ai des droits ! »

« Ici, dans ce commissariat, c'est moi qui ai tous les droits ! De vous soupçonner, de vous interroger, de vous accuser, de vous livrer à la justice pour qu'on vous mette enfin à l'ombre et vous empêche de nuire… Même de vous faire chanter ou danser, si je le souhaite ! »

Max le dévisagea, sidéré par l'agressivité dans la voix du policier, puis se rappela sans doute sa malencontreuse rencontre avec le commissaire autour de sa Facélia. Visiblement, le flic n'avait toujours pas digéré le délit commis sur sa voiture. Laurence le fixait impitoyablement et il finit par détourner le regard, penaud.

« Vous êtes ici, Max, parce que j'ai des questions à vous poser. »

« A propos de quoi ? Encore une fois, j'ai rien fait ! »

« Ce n'est pas ce qui est dit ici ! » Répliqua Laurence en brandissant le dossier à charge du petit délinquant. « Cambriolages, vols, rackets, effractions, dégradations diverses, agressions, vous ne reculez devant rien ! Vous attendez quoi pour vous arrêter ? De tuer quelqu'un ? »

« Vous pouvez pas comprendre… »

« Je ne peux pas comprendre quoi, gibier de potence ? » Articula très clairement le policier.

« Ce que je vis ! Vous êtes pas dans ma tête ! »

« Dieu merci, je tiens à mes neurones ! Les vôtres brillent par leur absence ! »

Max se renfrogna.

« Vous savez pas ce que c'est, la galère, hein ? Avec votre beau costume, votre belle bagnole, vous êtes né avec une cuillère en argent dans la bouche, vous ! Mais moi, il a fallu que je me débrouille seul à douze ans, et que je cherche à bouffer par tous les moyens pour mes petites sœurs, parce que mon père alcoolique était incapable de s'occuper de nous à la mort de ma mère ! Alors, passez-moi le discours moralisateur ! J'ai bien saisi que ma tronche vous revenait pas, mais c'est pas la peine de vous acharner sur moi ! J'en ai assez bavé comme ça ! »

« Vous avez fini avec votre discours de victime ? A presque trente ans, je doute que vous vous occupiez encore de vos sœurs ! Alors remballez votre histoire à faire pleurer dans les chaumières et assumez vos actes ! »

« De toute façon, peu importe ce que je vais vous dire, vous allez me coller tout et n'importe quoi sur le dos ! »

« Et je vais y prendre grand plaisir ! » Se délecta Laurence, absolument pas décidé à être empathique.

« Espèce de taré sadique… » murmura le jeune homme.

« Qu'est-ce que vous venez de dire ? » Demanda Laurence, qui avait parfaitement entendu, et s'était levé, imposant et menaçant.

« Rien... »

Laurence continua à le fixer de façon intimidante. Max soupira, faussement nonchalant :

« Bon, allez-y, déballez votre sac qu'on en finisse… »

Laurence reposa calmement le dossier et reprit place dans son fauteuil. Il était temps de passer à la véritable raison de la présence du voleur dans les lieux.

« Mademoiselle Avril va t-elle bien ? »

« Qui ? »

« Vous voulez réellement jouer à ce petit jeu avec moi ? »

Un silence, et Max remua sur sa chaise, mal à l'aise sous le regard perçant de Laurence. Il continua cependant à se taire.

« D'accord, alors je commence par verser à votre dossier de nouveaux éléments dont j'ai eu récemment connaissance... Par exemple, la soirée du 15 avril dernier pendant laquelle vous avez été surpris en flagrant délit, alors que vous tentiez de fracturer la serrure d'une voiture… Un homme et une femme vous ont surpris. Ne niez pas, ce sont leurs paroles contre la votre, et compte tenu de leurs positions respectives, personne ne remettra en cause leurs témoignages... »

« Mais, c'est... »

« Oui ? Vous avez quelque chose à ajouter ou à préciser ? »

« Non, rien. »

Max le dévisagea avec stupeur pendant que Laurence ouvrait le dossier et commençait à lire des plaintes... imaginaires, celles-ci, il devait l'avouer, mais c'était pour le plaisir de prêcher le faux pour savoir le vrai...

« … Auquel il faut ajouter… Tiens donc ! Un cambriolage le 30 mai, au siège de la filature Desmarets, la veille où la paie doit être distribuée aux ouvrières… Manqué, heureusement, mais c'est l'intention qui compte !... Pas très gentil pour ces dames qui triment comme des bêtes du matin jusqu'au soir ! »

« C'est pas moi ! J'ai rien à voir avec ça ! » S'insurgea le jeune homme.

« Bien sûr... Où étiez-vous dans la nuit du 30 au 31 mai ? »

C'était celle où Avril l'avait quitté. Max fit visiblement un effort pour se rappeler. Sa tête était en jeu, et il ne voulait pas écoper de prison de façon injustifiée.

« Chez moi, dans mon lit. » Finit-il par dire.

« Vous avez un alibi ? Une femme qui pourrait attester de votre présence ? » Max secoua la tête. « … Ou un petit ami ? »

Le petit voleur le dévisagea avec horreur.

« Les mecs, c'est pas mon truc ! »

« Et j'en ai d'autres, du même genre dans les jours qui suivent... Au vu de votre casier déjà bien rempli, vous risquez au minimum quinze à vingt années de réclusion... On continue ? Le casse de la bijouterie Henriot... »

« Hein ? N'importe quoi ! C'est vraiment dégueulasse ce que vous faites ! »

« Je m'en tiens simplement aux faits, Monsieur Terranova. »

« Non, vous vous acharnez sur moi en me collant des trucs sur le dos pour je ne sais quelle raison ! » Max se pencha en avant. « Vous savez combien de temps j'ai marché l'autre nuit ? Et comment j'ai dû expliquer en chemin ce qu'il m'était arrivé à deux flics qui passaient par là ? »

« Laissez-moi deviner : une femme qui a voulu se venger en vous attachant avec des menottes ? Ils ont dû bien rigoler ! »

Max se mit à bouder, vexé.

« Alors, mademoiselle Avril ? C'est votre complice ? »

« Ça va pas, non ! Alice, c'est une fille bien ! Honnête ! Une amie qui a des problèmes et que j'essaie d'aider ! »

Laurence inclina la tête sur le côté, intéressé.

« Continuez. »

« Elle est en froid avec son mec ! Un salaud insupportable, il paraît ! Un de ces machos qui ne supporte pas la contradiction et la rabaisse sans cesse ! Un gros con, quoi ! »

Malgré elle, Marlène se mit à s'éclaircir la gorge légèrement, pendant que Laurence se demandait avec consternation si Max le faisait exprès. Le policier décida que non, il était bien trop stupide, et inspira profondément en foudroyant le voleur du regard, qui poursuivit de façon inconsciente :

« … Si je l'avais en face de moi, je lui dirais ce que je pense de son attitude minable à ce trou-du-cul ! » Gronda le jeune homme en serrant les poings et en mimant quelques jabs dans l'air. « … Non, mais vous vous rendez compte ? Alice, elle est complètement effondrée ! On fait pas ça à une chouette fille comme elle ! »

Laurence se força au calme, quand bien même la moutarde commençait sérieusement à lui monter au nez.

« Vous êtes amoureux d'elle ? » Demanda t-il de façon la plus neutre possible.

« Ben, elle est plutôt bien roulée, mignonne, et elle a un de ces sourires ! Mamma mia !... Faudrait être difficile pour pas ressentir quelque chose pour elle ! »

Comme Laurence commençait à s'agiter dans son fauteuil en attendant de lui poser la question fatidique (avait-il couché avec elle ?), Marlène se tint prête à intervenir au cas où. Le jeune homme reprit :

« Une fille qui s'assume, avec le cœur sur la main ! Non, franchement, l'autre là, il la mérite pas ! Quel salaud, quand même ! » Laurence se retint in extremis de lui sauter dessus, mais le jeune homme baissa les épaules, soudain abattu, et murmura : « J'aimerais bien qu'elle l'oublie et qu'elle passe à autre chose, mais non... Alice me voit pas, y'a que cet imbécile qui compte ! »

Avec un sentiment de victoire, Laurence ne put s'empêcher de persifler et d'enfoncer son rival :

« Pas étonnant ! Vous êtes un raté, Terranova, un parasite pathétique, qui n'a rien fait de sa vie ! Comment pourrait-elle s'intéresser à un guignol tel que vous ? Avoir une belle gueule ne fait pas tout ! »

Laurence se mit à ricaner devant le visage accablé du jeune homme qui croulait sous les reproches cinglants. Marlène aurait voulu intervenir pour éviter à Max une totale humiliation mais ne voulait pas se trahir. Et surtout, elle sentait que le commissaire n'en avait pas terminé avec l'indélicat, qui sans le savoir, l'insultait.

« Où puis-je trouver cette jeune femme ? »

« Puisque je vous dis qu'elle est honnête ! Pourquoi vous en prendre à elle ? »

« Ça ne vous regarde pas, Terranova ! Où est-elle ? Je vous préviens, ma patience a des limites ! »

L'autre se ferma, malgré la menace.

« Très bien ! Un séjour prolongé en cellule devrait vous rafraîchir les idées. Martin ! Carmouille ! »

Les deux agents pénétrèrent presque immédiatement dans le bureau. Dans un bel ensemble, ils se mirent au garde à vous et attendirent les ordres de leur supérieur.

« Prolongé ? Vous entendez quoi par là ? »

« Que c'est moi qui décide quand vous sortez, Terranova... » Laurence afficha un sourire franchement sadique. « Continuez à ne pas coopérer et vous serez prochainement présenté devant un juge... Emmenez ce rebut de l'humanité hors de ma vue ! »

Martin et Carmouille repassèrent les menottes alors que Max protestait enfin.

« Attendez ! Il se peut que je sache où se trouve Alice Avril ! »

« Tiens, vous n'avez plus la mémoire d'un poisson rouge ?... Pardon pour Bubulle, Marlène... »

A ces mots, la blonde laissa échapper un soupir. Cette fois, Max l'entendit, tourna la tête vers elle et ouvrit de grands yeux en la reconnaissant. L'amie d'Alice ! Ici ? C'était improbable ! Max resta un moment à tenter de comprendre le lien entre les deux femmes, quand il fut à nouveau interrompu par Laurence.

« Alors, vous avez quelque chose à me dire, Terranova ? »

Marlène fit la grimace. Ce n'était pas censé se passer comme ça, du moins, pas aussi tôt. Et elle n'avait aucun moyen de prévenir Alice...

« Elle se trouve au 56, rue Saint André, dernier étage, porte droite. »

« Merci. » Laurence fit signe aux deux agents. « Vous pouvez l'emmener. » Puis il se tourna vers sa secrétaire. « Si l'on me cherche, Marlène, je suis parti enquêter. »

La blonde se leva rapidement et suivit son patron qui s'apprêtait à quitter le bureau après le départ de Max. Le visage fermé, la mâchoire serrée, il était probablement en colère contre le petit délinquant, et Avril, par extension.

« Commissaire, attendez ! Si vous retrouvez Alice, ne soyez pas trop dur avec elle. Essayez de discuter sans vous énerver tous les deux. Je sais, c'est beaucoup vous demander, et à elle aussi... »

Laurence secoua la tête.

« Marlène... »

« Promettez-moi que vous essaierez, commissaire ! »

La blonde le dévisageait avec ce regard si particulier, auquel il ne pouvait résister. Il finit par céder en soupirant. Elle l'observa alors avec un sourire confiant et hocha la tête pour le conforter dans sa décision.

Sur ce dernier geste d'encouragement, Laurence partit rejoindre Avril, le cœur étonnamment ragaillardi.

oooOOOooo

D'abord, ils restèrent longuement à se dévisager sans prononcer un mot. Le temps sembla s'étirer...

Avril était là devant lui, surprise de le voir, une expression incertaine qui disparut aussi vite qu'elle était apparue, alors qu'elle se reprenait et que son visage contrarié se fermait en affichant une nouvelle détermination.

Laurence était visiblement soulagé de la voir, curieux aussi… Il n'y avait aucune trace de l'arrogance coutumière qu'il manifestait quand il la voyait. C'était comme s'il retenait sa respiration, lui semblait-elle, dans l'attente de sa réaction.

« Tu comptes me laisser prendre racine sur le paillasson et végéter ? » Demanda t-il finalement avec sarcasme.

« C'est tout ce que tu mériterais... » Répondit Avril froidement en s'effaçant pour le laisser passer.

Le ton de la conversation qui allait suivre était donné. Laurence pénétra dans l'unique petite pièce en faisant la grimace et détailla le logement de fortune qui était pire que sa chambre de bonne précédente. Autant l'autre avait été lumineuse et gaie, autant celle-ci était sinistre, sombre et mal éclairée. Il fit mine de frissonner devant cette misère affichée.

« Charmant, ton nouveau taudis... »

« J'ai dû improviser » répondit Alice en croisant les bras. « Qu'est-ce que tu veux ? »

Faussement détendu, Laurence mit les mains dans ses poches et fit jouer sa mâchoire.

« J'ai bien réfléchi… Je te laisse une chance de revenir. »

Alice écarquilla les yeux, soufflée par sa désinvolture. Comment osait-il ? C'était son attitude qui avait causée leur séparation et il reproduisait le même comportement en rejetant à nouveau sur elle toute la faute ! Elle ouvrit immédiatement la porte qu'elle venait de fermer.

« Sors... Dehors, tout de suite ! »

« Alice... »

« Avril, pour toi ! Sors ! »

La rousse se tint raide en fixant un point sur le mur opposé pour ne pas laisser éclater sa colère et surtout, pour qu'il ne voit pas sa peine. Elle aurait dû s'y attendre… Laurence faire amende honorable ? Elle rêvait complètement ! Et son cœur venait d'exploser une nouvelle fois en milliers d'échardes coupantes avec un bruit cristallin déchirant.

Elle ne vit donc pas le visage de Laurence se troubler et de la panique passée brièvement dans son regard. Il resta planté là, indécis. Sa résolution initiale de s'en sortir la tête haute, s'envola devant l'inflexibilité de la jeune femme qu'il venait encore une fois de blesser, il le savait, et il rétro-pédala, un brin agacé, en faisant un pas vers elle :

« Écoute, je suis venu là pour faire la paix, alors fais au moins un effort ! »

Alice le fusilla du regard, soufflée par la façon dont il retournait toujours la situation à son avantage :

« Un effort ? Pas quand tu te fiches de moi avec cet aplomb inapproprié et que tu n'admets pas avoir eu tort ! »

« Tort ? Mais de quoi ? De t'avoir mise en garde ? De vouloir te protéger ? »

« Tort de faire ton macho impossible ! Tort de prendre par-dessus la jambe cette relation ! »

« Je ne t'ai fait aucune promesse, Avril ! » contre-attaqua-t-il, avant de lui lancer perfidement : « Et d'abord, qui est-ce qui a mis en danger cette relation comme tu dis, et qui s'est défilée par deux fois !? C'est moi peut-être ? Ne te trompe pas de cible ! »

« Tu m'as forcé à le faire parce que tu es incapable de te projeter dans une histoire, parce que tu t'inquiètes de ce que les autres pourraient penser de toi ! Allons donc, le grand commissaire Laurence, le Dom Juan par excellence, s'abaissant à fréquenter régulièrement une fille de l'assistance publique comme Alice Avril ! Il y a un monde qui les sépare ! C'est impensable ! Qu'ont-ils à faire ensemble ? »

Il se redressa de toute sa hauteur, outrée qu'elle croit cela de lui.

« D'abord, je me fous de ce que les autres pensent, ça ne les regarde pas ! Ensuite, je ne cherche pas à saborder ce qu'il y a entre nous, comme tu l'insinues ! Je ne serai pas en face de toi, sinon ! »

« Ah, oui ? On ne le dirait pas ! Tu es venu dans l'idée de faire la paix à tes conditions, sans te soucier de ce que j'en penserai ! Je suis désolée, Swan, mais on ne peut plus continuer à ignorer ce qui nous a réunis, ça va désormais au-delà de simples parties de jambes en l'air ! »

« … Que tu as appréciées, il me semble ! »

« … Je ne les aurais pas autant appréciées s'il n'y avait pas eu de l'affection entre nous dès le départ. Pourquoi crois-tu que ça a fonctionné aussi bien, hein ? Seulement monsieur Laurence s'évertue à ignorer ce petit détail encore maintenant ! Voilà pourquoi je dis que tu prends notre relation à la légère ! »

« C'est faux ! Cette... complicité, le fait que nous soyons plus proches, c'est… Enfin, c'était agréable, puisque tu t'acharnes en ce moment même à restaurer la zizanie ! »

Laurence se faisait visiblement violence pour retenir la colère qui menaçait de le submerger :

« … Je pensais te trouver dans de meilleures dispositions, Avril ! Je commence à croire que c'était une erreur de revenir vers toi ! »

Il prit la direction de la sortie, mais elle s'interposa devant lui en lui barrant la route.

« Et où crois-tu aller comme ça, hein ? Dès qu'il est question de sentiments, tu te défiles ! Mais de quoi as-tu peur ? »

« Franchement ? Si tu savais tout ce que j'ai envie de te dire là, à cet instant précis, tu ne me poserais pas la question ! »

Il était extrêmement rare que Laurence restreigne ses propos avec elle. Ce qu'il mourrait de lui dire devait être particulièrement désagréable ou pire, suffisamment blessant pour mettre définitivement un terme à leur relation. Leur amitié même était-elle en danger ?

Alice encaissa le choc causé par le sous-entendu de ces paroles avec un désarroi non feint. Incertaine, elle tenta de lire dans ses yeux s'il ne cherchait pas à gagner cette manche par k.o. mais elle ne lut que détermination en lui.

Le visage fermé, Laurence s'apprêta à contourner la rousse. S'il passait la porte, Alice le perdrait pour toujours, elle en était sûre et certaine, elle le ressentait dans la moindre fibre de son corps. Elle paniqua et le retint par le bras.

« Attends ! Reste ! »

« Je ne suis pas venu ici pour m'entendre dire que je renie mes sentiments alors que c'est moi qui te tends la main. Si tu ne changes pas d'attitude, il vaut mieux que je m'en aille, nous n'avons rien à faire ensemble. »

L'avertissement était clair. Comme toujours ses actes étaient plus parlant que ses mots. Coincée, Alice se sentit perdue. Son visage exprima soudain tant de confusion et de détresse que Laurence comprit qu'il était allé trop loin et qu'il s'était laissé dominer encore une fois par son ego blessé.

Que lui avait dit Cassel ? Que grandir, c'était apprendre de ses erreurs et ne pas se laisser aveugler par l'orgueil ? Il reproduisait pourtant le même schéma inlassablement. L'impression d'avoir soudain tout faux s'imposa à lui, en laissant un goût d'inachevé et une amertume sans nom. Il ne pouvait pas continuer à aller dans cette direction, en écrasant impitoyablement ce qu'il ressentait, en leur faisant mal à tous deux ainsi. Mais comment faire marche arrière sans perdre la face ?

Alice, quant à elle, tentait de se reprendre, de trouver les mots justes pour éviter le désastre. Comment en étaient-ils arrivés au point de non retour, alors que ce qu'elle souhaitait le plus au monde, c'était renoué avec lui ?

Mais par où commencer ? Il y avait tant d'incompréhensions entre eux, tant de non-dits. Il fallait d'abord assurer l'essentiel.

« Je ne veux pas que tu partes. Maintenant ou plus tard. »

Il y eut un silence qui se prolongea et Laurence hocha finalement la tête. Son visage était toujours aussi crispé, mais l'animosité dans ses yeux avait disparu.

« Très bien. Tu deviens raisonnable. »

Alice eut l'impression que sa remarque s'adressait autant à elle qu'à lui. Elle comprit qu'il tentait de reprendre le contrôle avec sa mauvaise foi habituelle, mais ne se formalisa pas cette fois. Elle prit une profonde inspiration et sembla se préparer psychologiquement à poser la question qu'elle ressassait depuis un moment :

« Est-ce que toi... est-ce que tu as envie de rester ? Tu veux continuer à me voir ? »

Laurence sentit les craintes de la jeune femme, ses doutes et ses interrogations, sa fragilité à fleur de peau, il la connaissait si bien désormais... D'un mot, il pouvait l'achever comme il pouvait faire son bonheur. C'était cependant l'ouverture dont il avait besoin pour se sortir de l'impasse.

« Tu veux savoir si je suis bien avec toi ? Je l'étais, jusqu'à ce que tu décides de partir. »

« Et maintenant ? »

Clairement mal à l'aise, il chercha instinctivement à contourner l'obstacle. Il devait pourtant forcer sa nature s'il voulait leur donner une chance, en faisant preuve d'honnêteté.

« J'obtiens un bon point si je dis que rien ne va ? »

Sous la pellicule de sarcasme, il était sincère, elle le savait. Alice se mit à déglutir et baissa les yeux, aussi gênée que lui. Elle fit un pas dans sa direction, en se retenant de le toucher. Finalement, après avoir hésité, elle se jeta à l'eau :

« Je… Je suis partie parce que je me suis rendue compte que j'étais tombée amoureuse de toi et que je me mettais en péril en ignorant ce que tu éprouvais réellement pour moi... La vérité, c'est que j'ai eu peur... Il fallait que je me protège, tu comprends ? »

Il y eut un silence. Laurence regardait Avril comme si la foudre venait de s'abattre sur lui, avec l'impression atroce que tout recommençait. Maillol avait fui pour les mêmes raisons...

« Tu comprends ? » Répéta-t-elle, plus doucement.

Avril était amoureuse de lui… Le cœur de Laurence sembla faire un bond dans sa poitrine et s'arrêter avant de repartir au triple galop, comme pour rattraper le temps perdu.

« … Après ces quelques jours de séparation, je vais te dire ce que j'ai aussi découvert : que je m'en veux d'être partie, que je suis en colère contre toi de m'avoir poussée à le faire, parce que ça fait un mal de chien, là… » Elle posa la main sur son cœur. « … que tu m'as manqué chaque fichue minute que j'ai passée loin de toi et qu'il était trop tard pour revenir en arrière ! »

Laurence déglutit devant la confession de la rousse qui sonnait comme un écho à son ressenti. Il était complètement ébranlé. La boule qu'il avait en travers de la gorge l'empêchait de dire quoi que ce soit.

« … Et le plus terrible, ça a été de penser que tu ne voudrais plus de moi après ça, que tu allais m'abandonner. » Des larmes lui montèrent aux yeux. « Je ne peux pas… Je ne veux pas que tu t'en ailles… Parce que c'est trop dur… parce que je... »

« Stop ! Ne prononce pas des mots que tu pourrais regretter par la suite ! »

Le visage de Laurence refléta soudain le même tourment que celui de la rousse. Il s'approcha vivement d'elle et posa les mains sur ses épaules.

« Pourquoi je les regretterai ? Je ne veux plus taire ce que je ressens pour toi... Je t'aime, Swan. »

Laurence eut l'impression que son cœur explosait et il se sentit submergé par une vague d'émotions tellement fortes qu'il se retrouva à serrer Alice contre lui à l'écraser.

Il n'en avait cure : Avril était là, dans ses bras, à la place qu'elle était censée occuper. Et cela faisait un bien fou de combler un vide en lui, dont il ne soupçonnait même pas l'étendue…

Alice s'accrocha désespérément à lui en réalisant ce qu'elle venait de dire tout haut et qu'elle se répétait dans sa tête depuis un moment, sans vouloir y croire. C'était la première fois qu'elle le disait à quelqu'un et elle se sentait libérée d'un poids immense, d'autant qu'il la serrait contre lui comme s'il voulait ne faire qu'un avec elle... Si tout devait s'arrêter après ça, elle ne regretterait rien... Mais pourquoi Laurence ne disait-il rien ?

Il laissa passer quelques secondes encore, puis quand il put enfin parler, ce fut d'une voix sourde qu'il s'exprima :

« Je ne veux pas te perdre, d'accord ? »

Alice se recula et le dévisagea. Elle comprit en un clin d'œil pourquoi il disait cela. Ce n'était pas uniquement pour la rassurer sur ses intentions. Il exprimait également sa plus grande peur… Maillol lui avait été arrachée au moment où il aurait pu être l'homme le plus heureux du monde. D'une façon totalement irrationnelle, presque superstitieuse, il craignait qu'il en soit de même avec elle.

Elle posa la main sur sa joue et lui sourit doucement :

« Tu ne me perdras pas, Swan. »

Après cette affirmation qui sonnait comme une promesse, Laurence fit un violent effort sur lui-même pour se reprendre, inspira profondément, hocha la tête et s'éclaircit la voix :

« Comme je me comporte encore pendant quelques secondes comme un parfait idiot, je veux que tu saches que tu comptes pour moi... beaucoup... »

« C'est vrai ? »

« Sur ma vie. »

La tension abandonna Alice d'un coup et elle se cramponna brutalement aux revers du costume de Laurence. Un sanglot lui échappa, exutoire à ses angoisses, et elle se mit à pleurer contre l'épaule de son compagnon, qui soupira cette fois en levant les yeux au plafond...

Voilà qu'Avril recommençait avec les chutes du Niagara ! Misère… Il ne put s'empêcher de secouer la tête de manière sarcastique.

Encore un costume bon pour le pressing… Mémo pour le prochain drame : penser à venir en imperméable...

« Et moi qui croyais que tu avais touché le fond, Avril... Je me suis trompé : tu creuses encore ! »

« Par ta faute ! »

« Tu as de l'alcool quelque part dans ce cagibi ? »

« Non, même pas ! »

Et elle sanglota de plus belle, comme si c'était un crime inavouable ! Il lui frotta le dos pour la réconforter.

« Allons, calmes-toi, ce n'est pas grave, on va faire sans... Il y a une corde dans le coin là-bas et une belle poutre au dessus de ta tête... »

Alice lui donna une légère tape sur la poitrine, moitié riante, moitié peinée. En reniflant, elle s'écarta de lui, les yeux brillants de larmes.

« Tu es une horrible personne ! »

« … Je sais, mais à laquelle tu t'accroches comme une moule à son rocher ! »

« J'avais tellement peur que tu me rejettes !… Que tu te replies sur toi-même... »

« Les femmes… » Lâcha-t-il, désabusé. « … Vous avez le sens du mélodrame, hein ? »

« J'aurais pu tout supporter... sauf ton indifférence… ou tes silences... »

« Mes sarcasmes t'ont manqué à ce point ? »

Elle eut un petit rire nerveux :

« Je me disais qu'on pourrait pas se passer l'un de l'autre longtemps... C'est ce qui m'a fait tenir... »

« Ton entêtement, plutôt ! Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi bornée que toi ! »

« On s'est tellement fait la guerre… Je ne voulais pas que ça recommence… »

« Idiote, va... »

« Tu as failli me dire des horreurs ! »

« Oh, rien qui ne change de l'ordinaire, si ça peut te rassurer... »

Alice lui donna un nouveau petit coup dans les côtes, rien de bien méchant, mais il amplifia sa réaction en faisant une grimace de douleur :

« Aïe ! Tu pourrais arrêter de me frapper ? »

« Va porter plainte au commissariat ! Carmouille se fera une joie de prendre ta déposition ! »

« Fais-toi plutôt pardonner en m'embrassant, au lieu de raconter des âneries ! »

Il se pencha sur elle et elle lui prit les lèvres. Il l'accueillit avec un soupir de soulagement et très vite, ils approfondirent leur baiser, puis restèrent enlacés, front contre front, les yeux fermés en savourant ce moment de retrouvailles.

Toujours sous le coup des émotions, Alice se recula en retrouvant le sourire. Avec ses pouces, Laurence essuya les joues encore humides de sa compagne.

Il restait cependant un point noir à éclaircir, et pas des moindres à ses yeux. Aussi irrationnelle qu'elle soit, la jalousie revint le tarauder.

« Il faudra que tu m'expliques comment tu connais cette fripouille de Max Terranova. »

« C'est une longue histoire. »

« Raconte. »

« Plus tard.

« Maintenant. »

Alice le considéra gravement. Marlène lui avait parlé de ses accès de colère à l'évocation de son départ avec un inconnu. Elle le savait jaloux. Cela pouvait être un problème, d'autant qu'elle-même n'appréciait guère de le voir en compagnie d'autres femmes. Autant être honnête, surtout qu'il n'avait aucune raison de craindre une concurrence qui n'existait pas.

« Je l'ai rencontré dans le train qui me ramenait d'Anvers. On a parlé. Il m'a dragué... »

« Avec succès ? »

« Non. » Elle eut un sourire. « Je l'ai croisé par hasard ici à Lille, après notre retour de Termonde. On a pris un verre ensemble, et puis... » Elle le vit froncer les sourcils tandis que son regard devenait subitement ombrageux. « Il ne s'est rien passé ! » Ajouta t-elle vivement.

Comme il ne disait rien mais continuait à la dévisager, elle soupira :

« Il va falloir qu'on apprenne mutuellement à se faire confiance, Swan, sinon chacun va faire vivre à l'autre un véritable enfer. J'en suis consciente, j'espère que tu l'es aussi ? »

« Je ne suis pas jaloux... » Grommela t-il.

« Mouais... Richard, puis Max ? À d'autres... Tu as tort de ne pas l'admettre, parce que je ne te passerai rien quand je te verrai discuter en charmante compagnie ! »

« Oh ? Et que feras-tu si ces dames viennent me trouver pour tenter de me mettre dans leurs lits ? » Demanda t-il, d'un ton joueur.

« Elles auront affaire à moi ! Je suis l'experte des crêpage de chignons en règle ! » Répliqua t-elle, avec férocité.

Il eut un sourire et hocha la tête.

« Une Avril est très fragile... Pas comme une petite fleur, mais plutôt comme un grenade dégoupillée... »

« Exactement ! »

« Je tâcherai de m'en souvenir. »

Alice vint se blottir contre lui en riant doucement.

« Serre-moi dans tes bras, Swan, et embrasse-moi. »

Il s'exécuta sans se faire prier. Très vite cependant, il leur parut évident qu'ils voulaient faire plus qu'échanger de simples baisers. Ils se déshabillèrent et Alice poussa un long soupir quand Laurence la coucha sur le lit en la dévorant de baisers et en la caressant... Rapidement, l'assouvissement de leurs désirs si longtemps refoulés prit le pas sur toute autre considération... Jusqu'à ce que la machine si bien huilée ne se grippe...

A présent allongée aux côtés de Laurence, la jeune femme lui pressait doucement la cuisse, la tête appuyée sur son coude, et évitait de regarder dans la direction de... enfin, du triste spectacle qu'elle avait sous les yeux...

Le silence qui se prolongeait devint inconfortable...

« Tu sais pourquoi les castors ont la queue plate ? » Demanda Alice tout d'un coup.

Elle l'entendit manquer une respiration et se le représenta, vexé par sa contre performance. Quand elle tourna la tête vers lui, elle le vit serrer la mâchoire, muré dans le silence.

« Parce qu'ils se font sucer par des canards... » Répondit-elle doucement.

Laurence détourna la tête, mais trop tard, elle avait aperçu un sourire jouer sur ses lèvres. Entraîné par Alice, il se mit à rire, avant de se renfrogner et de répliquer vertement :

« Tu n'as jamais eu à te plaindre de moi jusqu'à présent ! »

Alice se souleva un peu et déposa un baiser tendre et appuyé sur la joue de son compagnon, avant de passer ses bras autour de son cou en soupirant.

« C'est… C'est cet endroit… qui me perturbe... » Se plaignit-il. « C'est sombre, misérable, et pas enclin à… faire l'amour... »

« 100% d'accord. On serait mieux chez toi. »

« Viens. Rhabilles-toi. »

Ils se levèrent tous les deux. Au lieu de se vêtir, Alice s'approcha de lui et se glissa entre ses bras. Il la serra contre lui, heureux de l'avoir retrouvée.

« Tu m'as manqué » dit-elle simplement.

« Tu m'as manqué aussi. »

« Serre-moi fort, Swan, j'en ai besoin. »

Laurence inspira profondément et fit ce qu'elle lui demandait. Guérir, il fallait qu'ils guérissent tous les deux de cette épreuve qu'ils venaient de traverser. C'était leur premier déchirement de couple et ce ne serait probablement pas le dernier pour être honnête.

Laurence ferma les yeux, le menton appuyé sur la tête de la jeune femme qu'il aimait. Il se moquait bien de ce qu'on pourrait penser de lui, il avait compris la leçon. Il tenait la clé de son bonheur entre ses bras et il n'était pas prêt de la lâcher.

Avril se faisait la même réflexion et se demandait encore comment elle avait failli passer à côté de lui. Certes, leur avenir ne serait probablement pas rose tous les jours mais ils tenaient trop l'un à l'autre pour ne pas essayer de bâtir quelque chose.

Quand il le fallait, ils savaient mettre leurs différences de côté et ils devenaient complémentaires, c'était ce qui faisait leur force. Malheur à quiconque se mettrait en travers de leur chemin. Les criminels n'auraient qu'à bien se tenir !

De nouveaux défis à affronter ensemble, c'était tout ce dont ils avaient besoin pour avancer car ils n'avaient rien de commun ou de conventionnel. C'était à eux de s'inventer une façon de vivre leur amour, de trouver le bonheur, ici ou ailleurs, dans le respect de l'autre, et surtout, sans s'interdire d'être eux-mêmes.

FIN

Voilà, cette aventure des Petits Meurtres est terminée. Il est temps de tourner la page. Pour ceux ou celles qui s'interrogent, je ne sais pas si j'écrirai d'autres fics sur ce fandom.

Je remercie particulièrement tous mes lecteurs et lectrices pour leur patience, leur enthousiasme à suivre cette histoire, et leur soutien indéfectible. Je ne pensais honnêtement pas qu'elle serait aussi longue, mais je savais que j'irai jusqu'au bout. Ce furent 36 chapitres de plaisir à écrire, même s'il a parfois fallu batailler contre des personnages récalcitrants ou des intrigues pas toujours simples à dérouler.

Je vous embrasse fort. Merci encore, et en ces temps incertains où il ne faut pas hésiter à se faire du bien, prenez soin de vous et de vos proches !