Dans un endroit inconnu
Une jeune femme rousse courrait dans un champ de blé. Le soleil faisait étinceler sa chevelure de feu. L'odeur des fleurs et de la jeune femme se mêlaient pour établir une fragrance des plus exquise. Elle courrait en riant, la peine et le malheur étaient absent de son visage, telle une Diane des temps antiques. Ses yeux chocolat donnaient envie de s'y noyer pour l'éternité. Ils pétillaient dans la lumière du jour. Un regard espiègle mais tellement empli de bonté. Harry savait qu'il aimait cette fille. Il aurait voulu rester avec elle dans ce champ, pour toujours. Mais c'était trop tard, il devait être mort. Il l'avait bien été quelques heures auparavant. Encore une fois il avait dû disparaître pour protéger les gens qu'il aimait. Le souvenir du duel face à Voldemort lui revint en mémoire. Il était donc mort, et cette vision n'était qu'une autre réalité, un rêve, un délire de son esprit agonisant. Il prit peu à peu conscience de son corps, il avait mal de partout. Le seul endroit indolore était son front, sa cicatrice. Il commençait à prendre conscience de sa propre mort. Etrangement il ne sentit pas triste. Il savait qu'il était mort, mais que par ce sacrifice, d'autres vivraient. Cette fille dans ce champ pourrait vivre longuement. Ginny survivrait à cette guerre. Le sentiment du devoir accompli remplissait Harry. Un poids immense était parti. Était-ce cela le bonheur ?
Cependant, il avait mal. Passée l'euphorie de la défaite de Voldemort, il réalisa qu'il avait mal, physiquement. Paradoxalement il fut terriblement heureux de souffrir. La douleur n'est qu'une information. Souffrir c'est vivre. Harry vivait donc. Il avait donc mérité son surnom de survivant, une seconde fois. La dernière ? Il ouvrit les yeux. Harry se trouvait dans un lit, lui-même dans une chambre spacieuse mais absolument vide de toute décoration. Le lit était d'une couleur jaune/orangée et les murs d'un beige clair donnant un air très confortable à cette chambre. Le lit lui offrait une sensation onctueuse. Cela contrastait avec la cour froide et pavée de Poudlard. Il ne savait ni où ni quand il se trouvait. Il se redressa dans son lit. Il était habillé d'un tee shirt orange et d'un short noir. Inutile de préciser que ce n'étaient pas ses vêtements lors de la bataille contre Voldemort. Il ne se rappelait rien à partir du moment où le Seigneur Noir avait touché le sol. A ce point, le lecteur comprendra aisément qu'Harry ignorait tout de la tornade, de la voix et de fait des conséquences de sa victoire. Donc ou diantre était-il ? Une chose est sûre c'est qu'Harry ne se souvenait pas d'avoir jamais été dans un tel lieu. Cependant un sentiment extrêmement familier et réconfortant se dégageait de cet endroit. Une chaise trônait au pied du lit. Un thé et une pomme y était posés. Il n'osa pas y toucher, son hôte était peut-être mal attentionné. Sa baguette brisée y était également. Il se leva. Il devait savoir où il était tombé. La chambre était spacieuse. Un tapis persan chatouillait ses doigts de pied. Il faisait bon dans la pièce, cependant on sentait que le soleil estival commençait à taper sur la maison. La chambre était plongée dans une semi-obscurité. Des volets bleus en bois étaient croisés, filtrant la lumière extérieure. La chambre semblait avoir son propre balcon. Après un rapide examen silencieux, Harry statua que la pièce semblait sûre. Il avait rassemblé des bribes de souvenirs de Maugrey Fol-œil, « vigilance constante », pour effectuer une première analyse structurelle de la magie du lieu. En d'autres termes, il ne semblait pas y avoir de pièges magiques où de sortilège de dissimulation dans ce lieu. Il était temps pour lui d'avancer. Il ouvrit la porte de la chambre. Instantanément il entendit des notes de musique. La chanson était kickstart my heart de Mötley Crue. Il était donc chez des moldus. La chambre donnait sur un pallier, où un grand escalier conduisait au rez-de-chaussée. Des affiches de vieux films étaient placardées : Nosferatu, Le cuirassé Potemkine... Il s'étonna de ces goûts d'une grande excentricité. Des vieux films moldus, de la musique… Ou était-il ? Ces vielles affiches de film étaient accrochées sur un mur d'un rouge délavé. Un grand escalier en colimaçon aboutissait à un étage inférieur. L'escalier était véritablement grand, pour ne pas dire énorme. Le seul endroit où il avait vu des escaliers pareils, c'était à Poudlard. L'escalier se terminait par un long couloir qui donnait sur une immense pièce à vivre. Des tableaux étaient accrochés, une table en acacia d'une trentaine de table et des meubles qui paraissaient vieux. Des bannières sang et or couvraient les murs. Une table énorme faisait face à un coin cheminée où l'âtre était allumé. Des canapés formaient un U autour de celui-ci. Voilà tout ce qu'Harry vit. Cette histoire pourrait s'arrêter à ce stade. Le lecteur n'en serait ni outré, ni déçu. Harry battant Voldemort et se réveillant dans une riche demeure, où un bon feu crépite, une tasse de thé à la main. Mais ce n'est pas ce qui se passa, et d'ailleurs un feu en plein été, cela ne vous étonne pas ? Connaissez vous ce sentiment, où l'on est à la fois confus, heureux et effrayé ? Intrigant. Harry ressentit précisément tout cela. La pièce à vivre donnait sur une cuisine ouverte, où un homme préparait une soupe. Cet homme faisait la taille de Harry, avait une robe de sorcier étoilée, des longs cheveux d'argent. Quand il entendit le jeune homme arriver, il se tourna.
- « Ah Harry ! Je vois que tu es réveillé ! ». L'homme qui venait de s'adresser à lui avec un sourire espiègle, n'était autre qu'Albus Dumbledore.
