Je ne l'ai pas précisé lors du précédent chapitre, mais j'ai donné certaines de mes habitudes à Rampa (du genre, engueuler les objets quand ils me gênent pour me concentrer). Pour Ezra, ç'aurait pu être la gourmandise mais il état déjà comme ça...
Je n'ai jamais publié et ma seule source un tant soit peu fiable fut un manga (yaoi, je crois, d'ailleurs) qui se passe dans le monde de l'édition... du manga. Si quelqu'un a un site avec les hiérarchies de l'édition ? Mon pote, correcteur professionnel, n'était pas disponible à l'époque.
Et, une dernière chose, j'ai utilisé l'édition Contre-Dire pour publier Anthony, déjà par flemme de trouver un nom, mais aussi car c'est elle qui a publié le "Journal du Diable de Nicholas D. Satan" que je vous conseille ;)
Ah, et son pseudo pour écrire ses fanfics, "Asmodeus" ne vient pas de moi, c'est celui que Lordazazal23 avait utilisé pour son dessin (c'était même xx-Asmodeus-xx mais je trouvais ça un peu OOC de ma version de Rampa).
Bonne lecture !
Anthony adorait dormir.
La pièce qui avait obtenu le plus d'efforts dans sa maison était sa chambre où il avait son confort.
En-dehors des deadlines et des bouclages, il paressait volontiers entre les draps soyeux qui le clouaient au matelas par leurs poids, restant en pyjama autant que possible. Parfois, il ne s'habillait que pour la visite de son vieil ami puis retournait se coucher aussi sec.
Baillant à profusion, il se laissa tomber sur sa chaise de bureau, les cheveux dressés dans tous les sens et le visage froissé par le linge de lit. Il n'eut qu'à secouer sa souris pour quitter l'écran de veille, dévoilant le logiciel de traitement de texte déjà bien noirci.
Marmonnant tout bas, il se relut puis alla se servir un café. La suite de cette histoire méritait bien la cafetière complète !
Trempant les lèvres dans le breuvage, l'auteur rafraîchit ses pages Internet, donnant du temps à ses neurones afin qu'ils soient pleinement actifs pour reprendre sa rédaction. Ses mails et les réseaux sociaux lui prenaient un temps fou à chaque fois, principalement dû au fait que Dagon adorait le faire tourner en bourrique et lui envoyer un mail en plusieurs bouts. Ça allait même jusqu'à séquencer les pièces jointes !
Parfois, il tentait de se rappeler pourquoi il avait choisi cette maison d'édition parmi toutes celles qui lui tendraient les bras. Après, il se remémorait cette partie de fléchettes avec les contrats d'édition sous les soupirs exagérés d'Ezra.
Bref.
Prenant son mal en patience, il passa en revue la dizaine d'objets vides avec désespoir et les sélectionna un par un, gémissant intérieurement.
Après de laborieuses minutes entrecoupées, il sélectionna la case « réponse » et rédigea son retour. Parmi la liste de jeunes auteurs débutants, un sérieux écrémage ayant eu lieu, grâce à Dagon qui lui avait alors envoyé une poignée de candidats avec leurs manuscrits et des annotations pour accélérer sa décision.
L'imprimante ronronnait tandis que les écrits amateurs noircissaient la ramette de papiers qui s'y trouvait, mais il s'en désintéressa rapidement et reprit la lecture de ses mails.
« Commentaire : Jamais deux sans toi. »
Il y en avait une pelleté, comme chaque lendemain de publication.
Méthodiquement, Anthony cliqua sur chaque lien et rédigea une réponse personnalisée à chacun de ses lecteurs plus ou moins assidues.
Et sa vue se troubla lorsqu'il parvint au commentaire de la part d'Angelity, anciennement connu sous le pseudo « crepe404 ». Comme toujours, il était parfait. Maladroit, mais parfait.
Avec un sourire paisible, il commença à taper sur les touches, répondant à chaque question, les suggestions, tout en gardant le secret sur l'intrigue. L'intérêt n'était pas de tout lui avouer mais de le faire languir.
C'était cruel de se faire désirer ainsi, mais c'était ainsi qu'il fallait traiter ses lecteurs, après tout !
Maintenant, il pouvait reprendre son histoire.
Le camion se gara avec difficulté sur la place dédiée aux livraisons, contrarié par les voisins sans gêne. Le chauffeur en descendit lourdement, fouillant dans son carnet à souches pour dégotter la page du bon destinataire, ce qu'il parvint à faire, un peu avant de passer le seuil de la librairie.
- Bonjour, monsieur Fell ? Une livraison de Contre-Dires. Vous devez signer là.
- Ah, c'est ma commande ? Juste dans les temps, mes habitués allaient finir par me préférer la concurrence ! S'amusa-t-il.
Le chauffeur n'est qu'un sourire fatigué et récupéra son carnet après signature.
- Je vous les dépose où ?
- Je vais vous montrer, suivez-moi.
Les caisses remplirent rapidement l'arrière-boutique et bientôt Ezra put les ouvrir, les déballer et empiler les livres pour les mettre en rayons, au moins jusqu'à l'ouverture.
La liste des clients à prévenir était assez longue pour l'occuper une partie de la journée, il risquait de ne pas pouvoir rendre visite à son vieil ami… Il lui faudra l'appeler à temps, histoire qu'Anthony prenne une pause tout de même. Il serait capable de rester debout des jours durant, comme au début, avant que sa carrière ne décolle pour de bon.
À ce souvenir, il jeta un regard tendrement nostalgique à la vitrine sous clé située dans son arrière-boutique, où se trouvaient les premières œuvres de son ami, ceux qui n'avaient pas réussi, les différents pseudonymes utilisés, et tous dédicacés avec toute l'ironie mordante typique de son ami.
Avec la célébrité qui l'entourait, ces livres et ces signatures valaient sûrement une fortune, mais pour rien au monde il ne s'en séparerait.
S'installant confortablement après avoir ouvert les grilles et la porte d'entrée, il fouilla un instant dans son ordinateur pour retrouver la liste d'attente et décrocha le téléphone fixe, lançant le premier numéro.
La chambre était dans le noir complet lorsque le sommier grinça, signe du réveil de son occupant. Dans l'entortillement des draps, une tête décoiffée jaillit et deux yeux vert clair encore embrouillés de sommeil fixèrent les ombres comme si elles allaient lui indiquer l'heure qu'il était.
Il avait passé la veille à plancher sur l'intrigue de sa fanfiction, sortant son grand tableau blanc pour tout mettre au clair, ramassant les post-its qu'il avait amassé à chaque nouvelle idée, grimaçant en les recoupant.
Malgré que ça soit moins sérieux en terme d'engagement, Anthony travaillait de la même façon, que ce soit pour ses romans ou pour ses fanfictions. Recherches sérieuses, intrigues approfondies et personnages complets.
Il préférait n'en parler à personne, non par honte, mais pour avoir de la tranquillité, toucher le cœur de ses lecteurs bénévolement et suivre leurs propositions.
Depuis quasiment dix ans à pondre des histoires à succès, il n'avait plus trop accès au courrier de ses fans, principalement car plus personne n'écrivait mais surtout parce qu'il refusait la visite de son éditeur dont c'était la charge habituelle.
Damien était le genre de casse-pieds qui fouillait partout et qui jacassait comme une vieille pie. Il l'avait assassiné métaphoriquement dans un de ses romans et cinq de ses fics. Sous une autre identité, bien sûr.
Il ignorait si qui que ce soit l'avait reconnu. Le principal intéressé n'avait pas relevé et même si Ezra ne l'avait pas mentionné, il avait eu un léger sourire en citant le pseudonyme.
Finalement, il enfonça son visage dans son oreiller. Avec un peu de chance, il pourrait peut-être se rendormir…
Il avait un peu moins d'un mois pour se créer une nouvelle intrigue et la faire valider par son éditeur, puis il devra commencer le travail de recherche, réunir les ouvrages nécessaires…
Et acheter des parts dans une usine de post-its. Et de feutres Welleda.
Poussant un grognement, il comprit que son cerveau avait démarré sans lui demander son avis et qu'il travaillait déjà.
Bon, autant se lever, du coup…
Anthony relâcha un soupir de fin du monde, sa tête partant en arrière, cognant contre la vitrine se tenant derrière lui. Les lunettes fumées vissées sur ses yeux, il prenait difficilement son mal en patience et il relâchait d'agaçants bruits de bouche, mais il n'en avait cure malgré les regards furieux que lui lançait la vendeuse non loin.
Ezra était coincé devant la vitrine du glacier depuis plusieurs dizaines de minutes, passant d'un goût à un autre sans parvenir à se fixer pour autant.
Il était venu le sortir de sa retraite ombrageuse pour le tirer jusqu'au centre commercial et ils y étaient depuis pratiquement trois heures, les sacs se multipliant aux bras de l'auteur qui était porteur d'office.
Heureusement pour ses pieds, le glacier attira tout l'attention de son ami et il y était toujours.
Ah, la nourriture et lui… Il aurait pu en faire un bouquin ! D'ailleurs, c'est ce qu'il avait partiellement fait, créant toujours un personnage mineur obsédé par la cuisine. Pour le dernier, il l'avait même mis en avant, donnant cette caractéristique à l'un des deux protagonistes, un ange blond et dodu.
Y repenser amena un sourire à ses lèvres mais il le réprima dès qu'il s'en était rendu compte. Si Ezra s'en apercevait, il le taquinerait toute la journée à ce sujet !
À moitié somnolent, il sursauta presque lorsqu'il fut enfin rejoint par une glace énorme aux couleurs variées, et son ami derrière.
- Tu as fait ton choix ? Bailla-t-il sans gêne. Allons trouver un banc.
Il se laissa tomber sur le premier trouvé dans un froissement de papier glacé.
- Il restait du sorbet melon, tu veux y goûter ? Lui proposa le libraire en pointant une boule orange du doigt.
- Ne m'approche surtout pas avec ce truc !
Il montra les dents en une vaine tentative pour l'intimider mais ne reçut qu'un rire amusé.
- Je crois que tu restes trop longtemps enfermé avec tes livres, tu n'es pas un de tes personnages, et encore moins ce démon ! Tu n'as pas de langue bifide ni de glandes à venin.
- Pas faute d'essayer. Tu connaîtrais un bon chirurgien ?
- Continue cette phrase et je t'écrase ma spéciale fusée supplément Chantilly sur ta décoloration. Compris ?
Sagement, Anthony choisit de se taire et d'observer la foule autour d'eux. Il n'avait pas le moindre intérêt pour eux mais ça l'occupait. Et, il adorait se moquer du malheur des autres.
- 9/10, balança-t-il soudainement.
- Non.
- 7, pour celui-là.
- Anthony…
- Ouh, siffla-t-il. 8, il a frôlé le 9 de peu !
- Anthony, arrête.
- Bof, un simple 3, peut mieux faire.
- Anthony, je ne me répéterai pas.
Malgré l'agacement de son ami, il continua de noter les chutes et autres petits tracassements humiliantes de la vie quotidienne. Ça lui faisait du bien au moral d'assister aux gamelles du commun des mortels.
Tiens, quand il rentrera, il lancera sa meilleure compilation de chutes sur Internet et il se fera du pop-corn, ce sera une bonne soirée.
- Tu fais ta tête de vicieux.
- La ferme.
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