Le soleil était haut dans le ciel. Emma prit la gourde dans sa sacoche pour s'abreuver. Elle la tendit ensuite à Ciri, qui s'aspergea le visage. La chaleur était intenable, et il n'y avait aucun arbre ou ruine où s'abriter. De plus, le paysage qui s'offraient à elles désolait la brune au plus haut point : tout était mort, sombre, menaçant. Pas d'habitations aux alentours, rien que le vide. C'était déprimant. Elle soupira avant de se tourner vers sa compagne.
- Combien de temps nous faudra-t-il pour atteindre Novigrad ?
- Une petite semaine, si nous tenons un rythme de chevauchée régulier et adapté pour toi.
- C'est loooooong !
- Désolé, il faut en passer par là... Dépêchons-nous de trouver un endroit où bivouaquer cette nuit, je sens qu'il va pleuvoir...
En effet, de grands nuages menaçants semblaient venir vers elles. Ciri poussa sa monture au galop, ralentissant néanmoins son allure pour que sa compagne – qui n'était quand même pas très à l'aise – puisse la suivre. Les deux jeunes femmes tombèrent sur une ruine. Après une petite inspection, la sorceleuse décréta qu'elle était sans danger, et qu'elles pourraient y passer la nuit.
La sorceleuse partit ramasser des branchages pour préparer un feu de bois, ainsi que des feuillages pour leur préparer un lit d'appoint. Pendant qu'Emma, suivant les conseils de sa compagne tentait quand bien que mal d'allumer le feu, la jeune femme partit explorer les environs afin de trouver de quoi manger. Elle revint peu après avec quelques baies – qu'elle savait non-vénéneuses -, et deux lapins. Elle prépara les deux bêtes loin du regard d'Emma. Voyant que sa dulcinée ne parvenait pas à faire partir les étincelles, elle vint à son secours. Quelques minutes plus tard, la viande fumante était cuite.
Ciri en rangea une partie dans un sac en toile, détacha deux morceaux de l'autre carcasse qu'elle tendit à la brune. Elles mangèrent en silence, guettant le moindre mouvement aux alentours. C'était la première fois que la professeure dormait à la belle étoile. Aussi, elle sursautait à chaque bruit, mais la sorceleuse était là pour la rassurer. Elles observèrent le ciel étoilé, puis Ciri prit le premier tour de garde. Emma s'endormit paisiblement, lovée contre son ventre.
Le lendemain matin, les deux voyageuses se remirent en route, courbaturée. Emma baillait, et Ciri prit les rênes, lui permettant de s'assoupir quelques minutes contre l'encolure de sa jument. Arrivées à un croisement, elle la réveilla. Elles partirent à gauche, et arrivèrent bientôt à un hameau. Ses habitants ne les accueillirent pas d'un bon œil, mais une vieille dame leur permit tout de même de se désaltérer, et de laisser reposer leurs montures. Ciri pressa Emma en début d'après-midi, elles devaient repartir, sinon le voyage jusque Novigrad serait interminable.
La professeure grogna, mais la suivit de bon cœur. Voir tous ces regards pointés sur elle – ou plutôt sur Ciri – la mettait extrêmement mal à l'aise, mais elle savait maintenant la rancœur, la haine qu'avait la population à l'égard des sorceleurs. Elle renifla et remit sa veste sur ses épaules. Brrr qu'il faisait froid ! L'hiver arrivait à grand pas.
En fin d'après-midi, la sorceleuse proposa une halte, que sa compagne accepta gaiement. Chevaucher était difficile, et elle avait mal à l'intérieur des cuisses. Ciri partit explorer les environs – toujours pour savoir s'ils étaient sûrs -, et revint sur la pointe des pieds. Alors qu'Emma la hélait joyeusement, elle lui fit signe de se taire en se rapprochant.
- Ne fais aucun bruit, il y a des noyeurs dans les environs, et ils sont trop nombreux. S'ils nous remarquent maintenant...
Emma, tétanisée, se tut instantanément. Son cœur battait la chamade, ses muscles étaient tendus. Ciri lui demanda de se préparer à courir vers sa jument et à fuir avec leurs deux montures si les nécrophages les repéraient. La jeune femme plia les jambes, prête à bondir pour sauver sa peau. La sorceleuse, quant à elle, dégaina sa lame, regrettant de ne pas avoir d'huile contre les nécrophage à appliquer sur celle-ci.
Elles se turent quelques instants, à l'affut du moindre mouvement. Ciri remarqua qu'elle saignait. Elle avait dû s'écorcher plus tôt. Son sang allait attirer les noyeurs. Elle se plaça en posture de combat, alors que les fourrés devant elles se mettaient à bouger. Quelques secondes plus tard, une ombre en surgit, fonçant sur Emma. Ciri eut juste le temps de la pousser, et le nécrophage lui tomba dessus. Il tenta de la mordre mais elle le repoussa. Il parvint tout de même à lui entailler le bras. Elle poussa un cri rageur et se releva. D'autres noyeurs venaient à sa suite.
Emma s'était écroulée au sol, et, en se relevant, s'aperçut que sa compagne saignait. Elle croisa le regard de la créature, qui lui glaça le sang. Fuir, elle devait fuir, mais ses jambes refusaient de lui obéir. Alors que sa compagne était aux prises de son ennemi, un autre noyeur surgit des buissons et s'avança vers Emma. Ciri, le voyant arriver dans son angle mort, se jeta sur la créature devant elle, et, d'un mouvement gracieux, le décapita.
Elle se précipita ensuite sur le second noyeur – que la jeune femme à terre n'avait pas vu – et lui enfonça l'épée dans le sternum. En entendant le cri strident du monstre, la brune se retourna et vit le corps gisant à ses pieds. Ciri lui tendit la main pour qu'elle puisse se relever, mais elle tenait pas sur ses jambes. La sorceleuse pesta ; d'autres noyeurs allaient arriver, Emma n'était pas en état de bouger, et elle-même était assez amochée.
- Emma il faut que tu atteignes les chevaux et que tu t'enfuies...
- Mais Ciri, tu es blessée !
- Au diable ma blessure ! Ta vie compte plus que mon bras. Monte sur la colline là-bas, je les empêcherai de te suivre. Tu seras en sécurité là-haut.
- Mais je ne...
- Va ! Je ne peux pas me battre si je te sais si près de moi !
Emma se retourna, et, sans regarder sa compagne qui s'élançait telle un fauve sur les nouveaux arrivants, elle courut à en perdre haleine vers les chevaux. Elle trébucha et sentit qu'on lui attrapait la cheville. Quelque chose la tira en arrière, et elle tenta de s'agripper au sol pour résister. Elle entendit Ciri hurler son nom derrière elle, impuissante. La professeure tenta de se retourner, et balança son pied un peu au hasard. Par chance, elle toucha le noyeur qui la tenait fermement.
Ce dernier chancela, puis s'arqua pour planter ses crocs dans sa chair. Emma hurla de douleur et manqua de s'évanouir. Et décocha de sa jambe valide un autre coup pied dans la mâchoire du monstre, qui tomba à la renverse. La brune se releva, et, en boitant, siffla sa jument, espérant que l'animal la rejoigne.
- Par miracle - Kalista répondit et Emma monta comme elle put sur la selle. Le noyeur à terre s'était relevé, et se jeta sur l'étalon. La jument s'éperonna et toucha si violemment le nécrophage de ses sabots qu'il s'écroula au sol, inerte. Elle vit volte-face et lança Kalista au galop vers Ciri, aux prises avec deux noyeurs. Ses hennissements firent chanceler les deux monstres, que la sorceleuse put aisément tuer de son épée. Elle s'écroula sur le sol, épuisée.
Emma descendit précipitamment de sa monture, sans penser à sa blessure, qui, dès qu'elle toucha le sol, la fit gémir de douleur. Une décharge parcourut tout son corps, et elle s'affaissa sur le sol, incapable de bouger. Les crocs de ces monstres étaient-ils empoisonnés. Sa vision se troubla, et elle entendit Ciri l'appeler, sans parvenir à lui répondre.
La sorceleuse paniqua. Elle était trop épuisée pour porter sa compagne évanouie, encore moins pour chevaucher. L'odeur nauséabonde dégagée par les nécrophages morts allaient en attirer d'autres, elle le savait par expérience. Inspirant profondément, elle déchira un pan de sa chemise, et le noua sommairement autour de son bras, pour éviter de saigner. Elle banda de la même manière la cheville blessée de sa compagne. Elle siffla son cheval. Aucune réponse. La sorceleuse pesta, puis se radoucit en voyant le hongre arriver au trot.
La jeune femme se servit de ses lanières pour se redresser, vérifia qu'elle tenait sur ses deux jambes, puis tenta de soulever Emma. Elle chancela et faillit retomber sur le sol. Elle inspira un bon coup, puis réessaya. Cette fois-ci, elle parvint – avec énormément de difficultés – à l'asseoir contre un arbre. Elle attacha les bribes de leurs deux montures à une branche – assez haute et solide pour qu'ils ne se détachent pas d'eux même, mais à bonne hauteur pour qu'elle y ait accès facilement -.
La sorceleuse sortit quelques herbes de sa sacoche, qu'elle écrasa avant d'appliquer la mixture sur la cheville d'Emma. Il ne fallait pas que la blessure s'infecte. Voyant que le remède ferait effet dans quelques heures, la jeune femme rebanda la plaie pour qu'elle ne soit pas exposée au soleil. Elle soigna la sienne plus sommairement – elle guérissait assez vite -, puis attendit qu'Emma reprenne connaissance.
Ciri guetta le moindre bruit environnant, serrant sa lame contre elle. S'il fallait à nouveau se battre, elle le ferait, à n'importe quel prix, mais elle n'était pas confiante. Combattre dans un tel état était dangereux, et elle craignait de ne pas pouvoir protéger Emma du danger. La brune gémit, et, aveuglée par le soleil, plissa les yeux. La sorceleuse lui cacha le soleil pour lui permettre de les ouvrir.
- Où sommes-nous ?
- Nous n'avons pas bougé depuis tout à l'heure.
- Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Ces monstres, est-ce qu'ils... ?
- Tout va bien, je m'en suis occupée.
Ciri grimaça en se tenant le bras. Sa blessure était plus sérieuse qu'elle ne le pensait. Elle connaissait un guérisseur à Novigrad, mais la capitale était encore trop loin, et, vu leur état, elles ne l'atteindraient pas dans les temps que la sorceleuse aurait souhaité. Elle s'assis maladroitement à côté d'elle. Emma voulut se relever, mais, s'appuyant sur sa cheville, poussa un cri. La brune vit que son membre était bandé. Elle regarda autour d'elle, et vit les corps gisants des noyeurs éparpillés autour d'elles.
- Tu as été blessée, ne bouge pas tu risques d'aggraver les choses...
- Toi aussi tu es blessée Ciri, est-ce que ça va ?
- Ça pourrait aller mieux... Reprenons la route, d'autres noyeurs pourraient arriver. Viens, je vais t'aider à monter, il nous faudra chevaucher ainsi quelques temps.
Emma grimaça lorsque sa compagne l'aida à se relever, puis boitilla jusqu'à Kalista. Elle se hissa difficilement sur la selle, puis rejoignit Ciri qui était montée sur son cheval. La jeune femme était pâle comme un linge, et la professeure vit que sa blessure suintait. Elle fut tentée d'appeler à l'aide, mais personne ne les entendrait. Aussi, elle risquait de leur attirer de plus gros ennuis.
Malgré la fatigue apparente de la sorceleuse, et lancèrent leurs montures au trot, Emma restant à proximité de sa dulcinée pour la retenir au cas où elle menacerait de tomber. Elles firent quelques kilomètres ainsi ; mais elles n'avançaient guère. Au bout d'un moment, Ciri bascula sur le côté, et la brune eut juste le temps de la rattraper, manquant également de tomber sous son poids. Elle l'allongea maladroitement sur l'encolure de sa monture, sauta à terre et la descendit à son tour. Ciri haletait, brûlante.
- Elle a de la fièvre... !
Emma réussit à la tirer hors du chemin, et l'allongea sur le sol. Elle se servit de sa veste comme coussin pour caler sa tête. Non loin, une chariote arrivait. Malgré les risques, la brune se releva et héla l'homme qui s'y tenait assis. À mesure que le convoi s'approchait, elle se rendit compte que ce n'était pas un homme... mais un nain. Ils étaient plusieurs en fait. L'un d'eux descendit du chariot et se dirigea vers elle.
- Que font deux demoiselles au beau milieu de nulle part ?
- S'il vous plait, aidez-nous ! Mon amie a de la fièvre, je ne sais pas quoi faire !
Le nain se pencha vers Ciri pour l'observer attentivement.
- Hmm, c'est vrai qu'elle est plutôt mal en point... Toi aussi d'ailleurs. Eh les gars venez m'aider à charger la donzelle sur le chariot ! Vous alliez où ?
- Euh... Novigrad.
- Ça tombe bien, on se rend dans le nord. On va faire un détour pour vous y rapprocher, vous ne serez pas en état de chevaucher avant quelques jours.
Alors que Emma le remerciait pour leur aide, deux de ses compères soulevaient Ciri pour la mettre à l'arrière du convoi, le nain – qui se prénommait Théos – aida Emma à se relever. Elle clopina jusqu'au chariot, où un second nain – Borch – l'aida à se hisser. Théos attacha leurs deux montures à un pan du chariot pour qu'elles ne s'enfuient pas. Un autre nain, qui observait attentivement la jeune femme endormie prit la parole.
- Eh les gars, j'suis sûr de l'avoir déjà vu quelque part celle-là. Ces cheveux cendrés et cette cicatrice sur le visage me disent vaguement quelque chose...
Aucun de ses compagnons ne put lui apporter de réponse, ce qui le mit de fort mauvaise humeur. Alors que le chariot reprenait sa route vers la capitale, le nain grognait, essayant de se rappeler où il avait bien pu apercevoir la jeune femme pour la dernière fois. En plein milieu de l'après-midi, alors que Emma somnolait contre sa compagne, le nain poussa un cri de joie.
- Ça y est je me souviens d'elle ! Je l'ai vu du temps où elle faisait route avec ce bon vieux Zoltan Chivay !
Aucun de ses camarades ne lui répondit, ce qui l'agaça une fois de plus. Emma, réveillée en sursaut -, désireuse de le tirer de sa solitude et de s'occuper l'esprit, lui demanda qui était ce Zoltan, et comment Ciri l'avait rencontré. Le nain, ravi de pouvoir parler – au grand dam de ses compagnons qui se bouchèrent les oreilles – se lança dans son récit. La professeure eut très vite envie de dormir, lassée par sa tirade, mais elle resta éveillée afin de ne pas le frustrer.
Le soir, alors qu'ils préparaient le bivouac, Théos et Borch déposèrent Ciri sur un lit de paille. Il lui appliqua sur le front une mixture étrange – soi-disant capable de faire baisser sa fièvre – puis prépara une mixture qu'elle devrait ingérer à son réveil. Emma se positionna à côté de sa dulcinée, attendant son réveil. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, les nains préparaient le feu et le repas. La brune somnolait à côté d'elle.
Ciri posa sa main sur la sienne, ce qui la réveilla en sursaut. Soulagée, elle l'embrassa sur le front. Tiède. Comme par magie, la fièvre s'était dissipée. La sorceleuse regarda son bras blessé, abasourdie. Le bandage avait été refait avec soin, et elle n'avait presque plus mal. Elle le bougea doucement, et grimaça. Elle n'avait cependant pas disparue. Emma lui tendit le breuvage concocté par Théos, qu'elle but sans discuter. La chaleur lui fit du bien.
- Où sommes-nous ? Qui m'a soigné ?
- Des nains, nous les avons croisés juste après que tu t'évanouisses. Ils ont soigné ta blessure et fait baisser ta fièvre.
Théos, les entendant discuter, s'approcha.
- Je vois que tu es réveillée jeune fille, comment te sens-tu ?
Ciri hocha la tête, signe que tout allait bien. Le nain les invita à prendre place autour du feu. Borch leur tendit ce qui restait de la carcasse rôtie, et les deux jeunes femmes mangèrent avec appétit. Il leur tendit ensuite une gourde. Emma grimaça en sentant le liquide lui brûler la gorge, mais en but quelques gorgées. Ciri fit de même.
- Ahahah, c'est pas de la pisse ça, c'est de la bière de nain, d'la vraie j'vous l'dis moi !
Borch s'esclaffa en voyant la mine abasourdie de la brune. Les nains étaient décidément de drôles de personnages. Leur repas terminé, le nain s'approcha de Ciri ; la sorceleuse ne mit pas longtemps à le reconnaître, et le serra dans ses bras. Elle lui demanda des nouvelles de Zoltan, malheureusement, il ne l'avait pas vu depuis des lustres. Après une dernière accolade, ils se séparèrent.
Théos leur permit de dormir sur la charrette, alors que le reste de la trouve bivouaquerait à côté, et monterait la garde à tour de rôle. Il leur souhaita bonne nuit, et prit le premier quart. Les deux jeunes femmes s'enlacèrent pour se réchauffer, et s'endormirent paisiblement, bercées par le chant de Borch.
Ouf, elles l'ont échappées belle ! Heureusement que des nains passaient par là.
Vos avis pour l'instant ?
