Hello ^^ désolé pour l'absence, malgré le confinement et le temps pour écrire, l'inspi s'était volatilisée ! Mais je suis de retour pour un nouveau chapitre ! (l'avant-dernier d'ailleurs)

Mais il est beaucoup plus long que les précédents ! Je pense que ça rattrape mon absence ^^'

J'espère que vous me pardonnez ^^ :D

Lorsque Ciri se réveilla, une étrange sensation de malaise la secoua violemment. Elle regarda attentivement autour d'elle, se sentant épiée. La jeune femme tourna la tête vers Emma, qui dormait paisiblement. Le parquet grinça non-loin, et elle se leva, empoignant son épée. Je dois absolument la défendre, quoi qu'il en coûte… se dit-elle en jetant un coup d'œil à sa dulcinée, assoupie. Les pas se rapprochent, et s'arrêtent devant la porte. Ciri se prépare à bondir. La poignée s'abaisse, et Jaskier apparaît derrière. La sorceleuse, dans son élan, s'écroule sur lui et le fait basculer.

- Aaaaah, Ciri qu'est-ce qu'il te prend ?!

Il avait hurlé et massait son crâne endolori. Elle plaqua sa main sur sa bouche pour étouffer ses gémissements, et posa sa lame au sol. Elle se retourna ; ouf, Emma dormait toujours. D'un signe de la tête, elle fit signe à son ami de se relever silencieusement, et de la suivre. Il obéit à contre-cœur, s'octroyant le droit de jeter un coup d'œil à l'intérieur. Ciri le tira par le bras, furieuse qu'il observe sa compagne dormir. Heureusement qu'elle avait le drap entièrement sur elle.

Les deux descendirent au rez-de-chaussée. La salle était vide, et Ciri soupira. Jaskier se dirigea vers le comptoir, sortit deux chopes, une bouteille de vin et les remplit du liquide rougeâtre. Il tendit sa chope à la jeune femme, qui refusa, puis finit par la prendre devant son insistance. Pendant plusieurs minutes, ils ne parlèrent pas. La sorceleuse finit par prendre la parole.

- J'ai l'impression qu'on m'épie, c'est pour ça que j'étais sur mes gardes.

- Oh voyons Ciri, tu te fais des idées ! Vous ne craignez rien ic…

- Bien sûr qu'on craint quelque chose si quelqu'un est réellement à mes trousses ! Il n'y a pas 10 gardes qui patrouillent autour de ton établissement que je sache.

Elle s'était levée, hors d'elle. Le poète recula, manquant de tomber à la renverse. La colère de la jeune femme l'avait surpris. Ciri se rassit à contre-cœur, s'excusant d'avoir haussé le ton contre son ami. Il lui fit signe de la main que c'était pardonné.

- En tout cas, tu tiens à sa sécurité, reprit-il d'une voix douce. Elle a l'air de compter pour toi.

- Oui je tiens énormément à elle, dit Ciri à mi-voix. Je ne m'en remettrai pas s'il lui arrivait quelque chose. Tu as bien compris qu'elle ne venait pas d'ici n'est-ce pas ?

- Je n'aurais jamais pensé que tu aurais besoin d'aller dans un autre monde mais… tant mieux si elle te plait.

Ils en avaient presque oublié le sujet principal, mais alors que Jaskier se levait, elle le ramena à la réalité en l'attrapant par le poignet. Sa tentative de fuite avait échouée. Il se rassit et prit la parole.

- Qui ça pourrait bien être alors ?

- Hein ?

Ciri avait perdu le fil et se retrouvait coi devant la question de son amie.

- Qui pourrait bien en avoir après toi pardi ! Tu m'as dit que tu avais eu l'impression d'être épiée, tu as forcément vu quelque chose, non ?

- Je n'ai rien « vu » à proprement parler… Mais j'ai vraiment eu une sensation bizarre, j'aurais juré que quelqu'un était près de moi mais…

- Mais tu ne l'as pas vu…

- Je mettrai ma main à couper que c'est…

Ciri n'eut pas le temps de finir sa phrase que quelqu'un se jetait dans ses bras. Elle se retourna pour tomber nez à nez avec Emma, qui était descendue en douce. Jaskier se mit à rire et la sorceleuse rougit ; assez angoissée depuis la veille, elle avait eu peur. La jeune femme s'assit avec eux, et le barde en profita pour se soustraire à la conversation. Emma demanda à sa compagne si elle avait bien dormi, et celle-ci lui répondit en marmonnant. Jaskier s'était encore fait la malle. La brune s'installa à table, et le barde leur amena de quoi manger. Ciri ne fit rien pour le retenir, mais se promit de terminer la conversation plus tard.

Pour se changer les idées, elle annonça à sa compagne qu'elles partiraient dans l'après-midi pour Kaer Morhen. La sorceleuse demanda à son ami de lui amener une carte – ce qu'il fit – et elle traça l'itinéraire qu'elle avait en tête. Si tout allait bien, en chevauchant toute la journée et en ne s'arrêtant que pour se reposer et se ravitailler, elles arriveraient à la forteresse des sorceleurs dans moins d'un mois.

- Un mois ?! Mais c'est super longtemps !

- Eh oui, nous n'avons pas de train ici, on fait tout à cheval. Mais tu te débrouilles bien maintenant, tout ira bien. J'ai hâte de te montrer mon chez-moi.

Elles préparèrent leurs affaires, le sourire aux lèvres. Emma avait hâte de découvrir Kaer Morhen. Ciri descendit préparer leurs montures alors que la brune finissait de ranger la chambre. Elle la regarda une dernière fois avant de partir ; un mois avant de retrouver un lit douillet. La jeune femme se demanda si elle tiendrait le coup. Elle descendit leurs affaires et Jaskier l'aida à les accrocher à leurs selles. Le barde leur avait préparé un sac de vivres, de quoi tenir une semaine. Il tendit aussi une bourse à la sorceleuse, mais celle-ci profita de son attention pour la déposer sur le comptoir.

Les deux voyageuses reprirent la route après que Ciri eut récupéré ces dernières économies à la banque. Elles sortirent de la ville sans encombre, et Emma regarda les grandes murailles rapetissant à mesure qu'elles s'éloignaient, le regard vide. Quand retourneraient-elles dans une cité comme celle-ci ? Elle se demanda à quoi ressemblait Kaer Morhen. Elle fut vite déçue : la cité des sorceleurs, bien qu'immense, n'était que partiellement occupée – par des sorceleurs, peu nombreux qui plus était -. Il n'y avait ni village, ni marchand à proximité. Elle fit la moue mais Ciri la rassura en lui assurant qu'elles y seraient bien, et qu'elles n'y resteraient pas toute l'année.

- Notre forteresse est surtout un lieu où nous nous reposons l'hiver. Le printemps arrivé, nous retournons sur la Voie.

- La Voie ?

- C'est une façon de dire que nous reprenons nos engagements…Nos contrats, si tu préfères.

- D'accord je vois… Ça veut dire que lorsque nous y serons, tu risques de repartir ?

- Honnêtement, je n'en sais rien, c'est probable, mais je n'ai pas encore décidé…

Emma baissa la tête, et Ciri comprit ce qui la tracassait. En vérité, la sorceleuse n'avait pas envie de la laisser ; que ferait-elle toute seule dans la forteresse pendant la majeure partie de l'année où elle sillonnait les régions en quête de contrat ? C'était un peu tôt pour prendre sa retraite, surtout qu'elle était une sorceleuse à part entière que depuis peu, mais peut-être était-ce le moment. Elle décida d'y réfléchir, déposa un chaste baiser sur les lèvres de Emma, et lança son cheval au galop, l'enjoignant à faire la course avec elle.

La brune répondit au défi, et talonna Kalista pour la rattraper. Ciri gagnait du terrain, si bien que la professeure déclara forfait. Elle est vraiment très bonne cavalière comparé à moi… se dit-elle alors qu'elle la rejoignait au trot. Ciri força son étalon à s'arrêter pour l'attendre. Lorsque sa compagne fut à son niveau, et passa sa main dans ses cheveux et l'attira à elle. Emma faillit tomber et s'agrippa à la première chose qui lui tomba sous la main : la chemise de Ciri. Le lacet se défit sous la pression, le chemisier glissa sur les épaules de la jeune femme et la brune atterrit la tête la première au milieu de son buste. La sorceleuse la retint, menaçant elle aussi de tomber à la renverse.

- Eh bien, tu as une drôle de manière de me faire comprendre que tu as envie de moi…

- Non ! Je…

- Descends de ta jument…

Déséquilibrée, la jeune femme s'exécuta. Une seconde plus tard, Ciri la faisait basculer dans le talus. Sa chute fut amortie par les branchages, mais avant qu'elle ait pu se relever, la sorceleuse s'attaquait à son haut. Elle se laissa faire. Elle soupira quand elle la sentit mordiller l'un de ses seins, pendant que sa main descendait en-dessous de jupe, pour remonter jusqu'à son entre-jambe, déjà humide.

Ciri s'étira, satisfaite. À côté d'elle, Emma haletait, recroquevillée contre elle. Pour se venger, elle la poussa dans les feuillages et lui donna une tape au cul. La sorceleuse fit de même, puis l'attira à elle. À croire qu'elle n'en avait pas terminé avec sa belle.

Plus tard, elles se rhabillèrent, et, après avoir récupéré leurs étalons qui s'étaient égarés, elles cherchèrent un point d'eau où s'installer. Ciri sortit de l'un de ses sacoches la carte annotée que Jaskier lui avait gracieusement donnée, et montra à Emma où elles se trouvaient, et où elles devaient aller. Elles marchèrent un moment -Emma étant incapable de monter à cheval après leurs ébats dans les broussailles – avant de tomber sur une rivière. Elles laissèrent les chevaux s'abreuver, et dressèrent le camp.

Ciri récupéra une longue branche qu'elle affuta pour s'en servir comme harpon. Pendant que Emma ramassait du bois pour faire du feu, elle retira ses chaussures, remonta légèrement son pantalon, et entra dans l'eau glacée. Elle repéra bien vite des poissons. Après plusieurs tentatives ratées – sa dulcinée en riait bien d'ailleurs -, elle réussit à attraper deux saumons.

La sorceleuse les prépara, puis les fit cuire sur le feu. Elle voulait éviter d'utiliser les vivres que leur avait donné Jaskier lorsqu'elles avaient l'occasion de chasser. Le ventre plein, elles s'assoupirent près du brasier qui les réchauffa jusqu'au petit matin.

Le jour levé, les deux voyageuses levèrent le camp. Elles bivouaquèrent ainsi plusieurs jours de suite, avant de tomber sur une auberge, où elles s'arrêtèrent demander une chambre. Retrouver un lit – quoi que peu confortable – leur fit énormément de bien. Après un bon repas chaud et une bonne bière, elles montèrent se coucher. Pendant que Ciri préparait le bain – elle comptait encore faire quelques bêtises -, Emma sortit le petit carnet qu'elle avait soigneusement caché dans sa petite sacoche qu'elle gardait toujours sur elle. Elle l'ouvrit à la dernière page, et continua d'ancrer le portrait de Ciri qu'elle avait commencé.

Plusieurs fois sa petite amie tenta de voir ce qu'elle faisait, mais Emma s'arrangeait toujours pour être en face d'elle. Aussi, elle s'était assise dans un coin. La sorceleuse se mit à bougonner, curieuse, et finit par lui arracher le carnet des mains. Emma hurla comme si on lui avait arraché une partie d'elle-même. Elle ne voulait pas que sa belle voit le dessin, surtout pas avant de l'avoir terminé. Ciri courut à travers la pièce pour lui échapper, tenant le carnet à bout de bras au-dessus de sa tête. La professeure capitula, épuisée. Qu'allait penser Ciri de ce qu'elle avait fait ?

La sorceleuse baissa sa garde après s'être assurée que la brune ne lui sauterait pas dessus, et regarda le carnet d'un air triomphant. Elle l'ouvrit à la première page. Emma se figea : elle y notait tout depuis qu'elle était toute petite ; il y avait donc des choses très personnelles à l'intérieur. Elle pria pour que la jeune femme ne le parcoure pas entièrement. Ciri feuilleta les premières pages attentivement, esquissant un sourire par-ci par-là. Elle était en train de découvrir une grande partie de sa vie, et la brune était un peu gênée qu'elle l'apprenne ainsi et pas de vive voix. La sorceleuse referma le carnet et le retourna. Emma soupira ; ouf, elle n'avait pas vu le dessin.

Alors qu'elle se retournait, un détail attira l'attention de Ciri. Il lui semblait avoir oublier quelque chose à l'intérieur du carnet. Emma retint son souffle. La sorceleuse ouvrit la dernière page du carnet, et écarquilla les yeux, manquant de faire tomber le calpin sur le sol. La brune rougit de honte, s'attendant à un sermon. Sa réaction fut tout autre.

- C'est magnifique… Quand l'as-tu dessiné ?

Ciri venait de tomber sur un portrait d'elle, endormie, qu'elle trouva sublime. Bien qu'inachevé, la jeune femme avait reproduit ses traits de visage avec brio. Elle toucha le bout de papier du bout des doigts, comme pour s'en imprégner. La jeune femme observa plus attentivement la reproduction, et reconnut la première auberge dans laquelle elles s'étaient arrêtées, lorsqu'elles se rendaient à Novigrad. Elle tendit le carnet à Emma.

- Tu voudras bien le terminer ?

- Non, ce n'était qu'une esquisse rien de plus, je…

- J'aimerais le voir achevé s'il te plait Emma.

Emma ne savait pas quoi répondre. Elle aurait tellement voulu lui montré terminé, mais le destin à priori en avait décidé autrement. Elle saisit le calpin et regarda le dessin. La brune était plutôt fière d'elle ; le portrait correspondait assez bien à la réalité, sans toutefois l'embellir. Elle préférait l'authenticité. Sans rien dire, Ciri s'approcha du lit et s'y allongea, dans la même position que sur l'esquisse. Emma voulut protester, mais elle savait que sa compagne ne bougerait pas. Finalement, elle aussi avait envie de voir l'œuvre achevée.

Elle récupéra ses crayons et s'assit en face de sa dulcinée, semblant paisiblement endormie. La jeune femme ouvrit un œil pour s'assurer que la brune s'affairait à terminer le dessin. Emma y passa près d'une heure, passant et repassant sur les détails qu'elles estimaient mal faits. Elle resta plusieurs minutes à observer l'œuvre finie, sans pour autant être complètement satisfaite. Il manquait quelque chose, mais elle ne savait pas quoi. Ciri, qui n'entendait plus le crayon gratter contre le papier se leva, et prit le carnet entre ses mains.

Ce qu'elle y vit dépassait toutes ses espérances. Elle admira longuement le portrait, et lui demanda si elle pouvait le garder. Emma acquiesça, et la sorceleuse déchira délicatement la feuille, qu'elle posa ensuite sur le lit. Elle lui rendit son carnet et serra le morceau de papier contre elle. Emma était émue, et se serra contre elle.

- Je suis contente qu'il te plaise… J'avais peur que tu n'aimes pas.

- Tu me surprendras toujours… J'espère que tu en feras d'autres à l'occasion.

La brune lui sourit et l'embrassa. Tout compte fait, l'esquisse lui plaisait, et ça lui réchauffa leur cœur. Ciri déposa le dessin à côté d'elle pour ne pas le froisser, puis la serra contre elle. Elle lui indiqua du doigt le bain ; si elles n'en profitaient pas maintenant, l'eau serait froide. Elles se déshabillèrent et entrèrent dans la baignoire.

L'eau chaude leur fit beaucoup de bien, détendant leurs muscles engourdis par la chevauchée des précédents jours. Emma redressa ses cheveux en un chignon sommaire, et s'immergea entièrement dans la baignoire. Lorsqu'elle remonta et ouvrit les yeux, Ciri affichait un sourire pervers. La jeune femme s'insurgea et soutint son regard. Elle finit par se jeter sur elle, renversant par la même occasion de l'eau partout. Mais aucune des deux n'en avait cure, tant elles s'embrassaient avec fougue.

Emma fut la première à prendre les devants. Elles finirent par vider la baignoire. Grelotantes, elles en sortirent rapidement pour s'emmitoufler sous la couette. La nuit passa.

Le lendemain matin, les deux voyageuses partirent aux aurores. Ciri était pressée d'arriver à Kaer Morhen, et sentait que la patience et l'endurance de sa dulcinée baissaient en flèche. Elles traversèrent plusieurs petits villages les jours qui suivirent, jusqu'à finalement s'enfoncer dans les hautes montagnes qui menaient à la forteresse des sorceleurs. La sorceleuse espérait ardemment que ses parents adoptifs s'y trouveraient, afin qu'elle les présente à Emma.

À partir du moment où elles durent quitter les sentiers battus, l'ascension de la montage devint plus ardue. Les montures avaient du mal à avancer, si bien que les deux jeunes femmes durent en descendre, et les mener à pied. Plusieurs fois, la professeure manqua de tomber et se rattrapa in extremis. Ciri décida de marcher derrière elle afin de prévenir une éventuelle chute.

Trouver un abri pour la nuit devint également de plus en plus difficile au fur et à mesure qu'elles avançaient. La région était très hostile, les griffons en ayant fait leur repaire et leur lieu de chasse, et la sorceleuse était attentive au moindre signe pouvait attester de la présence de l'un de ces bêtes. Emma était aussi prudente, mais plus par peur.

Elles campèrent où elles purent, à l'abri du vent et des prédateurs, nombreux. Souvent, elles devaient s'arrêter parce qu'une meute de loup était tout près, ce qui ralentit leur progression jusqu'à Kaer Morhen. Quelques jours plus tard – cela faisait un peu plus de trois semaines qu'elles voyageait -, Ciri put enfin lui montrer du doigt la forteresse qui se dressait au loin. Selon elle, elles l'atteindraient le lendemain matin.

La sorceleuse trouva une grotte inhabitée où elles purent se reposer pour leur dernière nuit dehors. La jeune femme fit cuire les derniers vivres que Jaskier leur avait donné. Le sol était dur, dépourvu de quelconque feuillage. Elles dormirent si mal que le lendemain, leurs courbatures et la fatigue accumulée les empêchèrent de chevaucher. En début d'après-midi, les deux voyageuses atteignirent le premier pont qui menait à la forteresse.

Alors que Emma s'avançait gaiement, dans la hâte de découvrir le foyer de sa compagne, celle-ci lui hurla de se baisser. La brune s'exécuta, conscience du danger. Un cri strident avait retenti non-loin. Elle releva légèrement la tête pour voir un griffon – une immense bête ailée – fondre sur elle en piqué. La professeure rabattit ses bras sur sa tête, comme si ça pourrait avoir un quelconque effet. Alors que l'animal s'approchait dangereusement de sa proie, ses serres en avant prêtes à l'attraper, un carreau d'arbalète surgit de nulle part et le frappa.

Le griffon redressa sa trajectoire pour se lancer sur son attaquant. Emma releva la tête et aperçut son sauveur. Un homme aux cheveux bruns, mi-long, vêtu d'une armure rouge avec des piques. Deux épées – enfin, il tenait l'une d'elle à la main – cinglaient son dos. De son autre main, il tenait l'arbalète, et tentait de la recharger avec un carreau. Une balafre couvrait la moitié de son visage, lui donnant une mine sévère et un peu effrayant. Emma en déduisit qu'il était sorceleur.

Le sorceleur lâcha son épée pour avoir le temps de recharger correctement son arme, et eut à peine le temps de faire un pas sur le côté pour éviter les serres de l'animal. L'une des griffes déchira néanmoins son pourpoint, et l'homme pesta. La brune en déduisit que son vêtement devait être neuf. La créature effectua un détour pour à nouveau lui foncer dessus. Cette fois, le sorceleur esquiva plus aisément, et trancha profondément son abdomen. Le griffon s'effondra au sol, et le martela de son corps pour les déséquilibrer.

Emma, qui venait de se relever, chancela. Ciri garda son équilibre et la rejoignit pendant que le griffon, enragé, repartait à la charge. L'inconnu sauta en arrière pour éviter son assaut, et lança sa lame, qui vint se planter dans l'aile de la bête. Déséquilibrée, elle s'écroula au sol. Ciri dégaina son épée et enfonça la pointe dans la chair. L'animal se débattit vivement et la projeta en arrière. La sorceleuse s'écrasa par terre, le souffle coupée. La brune voulut la rejoindre mais elle l'en empêcha, avant de se relever. La bête se vida peu à peu de son sang, remuant dans tous les sens pour tenter de les blesser. L'inconnu se saisit d'Emma et la tira en arrière. Elle lui suivit contre son gré.

Ils attendirent un moment, devant l'immense entrée de la forteresse, que l'immense animal s'épuise, et quand il fut incapable de bouger, Ciri l'acheva. Sa tête roula au sol. Le sorceleur s'éloigna de la brune et récupéra le trophée. Puis, ils leur fit signe de le suivre. Les deux jeunes femmes se rejoignirent et le suivirent. Elles passèrent la grande porte, et un autre homme referma la grille. En la regardant de plus près, Emma s'aperçut qu'une partie avait été reconstruite.

La jeune femme observa la première place sur laquelle elles se trouvaient. Il y avait un établi, des chevaux dans une étable, des armes en tout genre entassées les unes sur les autres. Les murs étaient pour la plupart effondrés. Le château se dressait plus loin devant elle. Il semblait falloir monter pour y parvenir. L'homme qui avait refermé la porte après leur entrée s'approcha de Ciri et la serra dans ses bras. Celui qui tenait la tête du griffon attendit, puis fit de même. Ils regardèrent Emma d'un mauvais œil, si bien qu'elle frissonna.

La sorceleuse les pressa pour qu'ils rentrent dans le château, prétextant avoir besoin de repos. Elle leur promis néanmoins de le faire les présentations plus tard, et le petit groupe se hâta. Ils pénétrèrent dans une immense pièce, qui pourtant paraissait bien vide. Une table avec des ustensiles en tout genre se dressait au milieu de la pièce, et le sorceleur y déposa la tête, avant d'entreprendre d'en extraire les glandes, qui lui serviraient plus tard.

Emma détourna le regard, soudain prise d'une envie de vomir, et Ciri la tint par les épaules pendant qu'elle reprenait ses esprits. L'homme termina sa découpe, puis, le travail accompli, ressortit pour jeter les morceaux découpés. Les deux jeunes femmes s'assirent à une autre table, au fond de la pièce. La brune observa les alentours : la forteresse avait beau être immense, sa compagne avait dit vrai, il n'y avait quasiment personne. Le sorceleur qui lui semblait le plus jeune leur apporta de quoi manger et boire. Elles le remercièrent, et il s'assit en face d'elle. Le second les rejoignit.

- C'est la première fois que tu nous amènes de la visite Ciri. Dis-moi, quelle mouche t'a piqué ? Ce n'est pas un endroit pour elle ici.

- Très drôle Lambert. Et si elle ne quitte pas la forteresse, elle sera en sécurité, avec deux gardes du corps comme vous.

Le dit Lambert se tendit. Emma comprit que sa compagne avait touché un point sensible. Néanmoins, il semblait aussi que ce Lambert n'appréciait pas sa présence. L'autre sorceleur lui donna une vive claque dans le dos, si bien qu'il se mordit la langue.

- Eh ça va pas non ?

- Calme-toi un peu Lambert. Toute personne qui vient avec Ciri est la bienvenue tu le sais autant que moi. Nous ne formons plus de sorceleurs, ce lieu nous sert plus de refuge à présent que de prison, si on peut dire ça comme ça.

La brune soupira ; au moins, l'autre sorceleur semblait tolérer sa présence. Lambert essuya le sang qui coulait le long de sa lèvre, et marmonna en attrapant sa chope de bière, qu'il vida d'un coup. Alors qu'il allait se resservir, le récipient se mit à flotter comme par magie. Il s'emporta.

- Putain Yennefer qu'est-ce que tu fous ?!

Il tenta d'attraper la chope volante, et perdant l'équilibre, il s'étala de tout son long sur la table. Emma chercha du regard la personne qu'il avait appelée « Yennefer », mais elle ne vit personne. Ciri lui chuchota qu'elle apparaîtrait le moment venu. Eskel aida son compagnon, qui pestait de rage, à se redresser, et le força à s'asseoir. Calmé, il abandonna l'idée de boire encore. Seulement après que le calme fut revenu, une jeune femme pénétra dans la grande salle. Elle était sublime, dans sa robe noire. Ses cheveux noir de jais bouclés tombaient sur ses épaules. Son décolleté laissait entrevoir une assez belle poitrine qui rendit jalouse Emma quand elle pensa à son bonnet B. Elle semblait à peine plus âgée que Ciri, pourtant Lambert lui marmonna qu'elle était « très vieille ».

Malheureusement pour lui, Yennefer entendit ses mots. Il se retrouva pendu la tête en bas. Le sorceleur lui hurla de le laisser descendre, mais elle le bâillonna. Emma frissonna, qui pouvait-elle donc bien être pour faire toute ces choses ? Elle ne l'avait même pas vu plisser les lèvres. À moins qu'elle est été enchantée aussi. Pendant que Lambert se débattait sans résultat, la dite Yennefer vint s'asseoir près de Ciri, qu'elle enlaça. La jeune femme lui rendit son étreinte.

- Dis donc, tu as encore grandi mon petit laideron !

- Yen, ne m'appelle pas comme ça !

Elle semblait gênée, et Emma esquissa un sourire. Yennefer, la voyant pouffer finit par capter son regard, et la professeure se crispa. Qu'allait-elle faire ? Ciri, en voyant que je paniquais, pris ma main, et posa ses lèvres sur les miennes. Je rougis ; pourquoi faisait-elle ça devant tout le monde ? La brune devant elle resta de marbre, quoi qu'elle cru apercevoir un léger sourire étirer ses lèvres. Eskel tomba à la renverse, choqué. Les lèvres de Yennefer esquissèrent un mouvement, et Lambert tomba lourdement au sol. Il se releva en se massant le crâne et sortit en marmonnant, suivi de Eskel. lui ordonna de sortir vaquer aux occupations qu'elle leur avait donné. Les deux sortirent bien vite de la pièce par peur des représailles. Soupirant, elle se tourna à nouveau vers les deux jeunes femmes, qui venaient de se séparer.

- Enfin je rencontre quelqu'un qui partage la vie de Ciri… Puis-je savoir ton nom, jeune fille ?

- Emma. Euh… Comment vous avez fait ça ? Je veux dire, avec Lambert.

- Je suis magicienne, c'est un jeu d'enfant pour moi. Ne tremble pas voyons, je ne te pendrai pas comme un saucisson, Ciri me le reprocherait.

Emma soupira, soulagée. Pendant que les deux jeunes femmes se mettaient à discuter, elle entreprit de visiter la forteresse. Avant qu'elle parte, sa compagne lui indiqua les endroits dangereux, qu'elle devrait éviter pour ne pas se casser une jambe. Après les avoir tous retenus, la brune entama son exploration en commençant par dehors. À l'extérieur, elle tomba sur les deux sorceleurs. Lambert grogna, comme à son habitude, mais Eskel la rassura sur son comportement. Il était toujours comme ça avec tout le monde, même avec ceux qu'il connaissait. Il lui proposa de lui faire visiter les alentours, et elle accepta.

À l'intérieur, Ciri et Yennefer papotèrent pendant un bon moment. Geralt – le père adoptif de la jeune femme, et sorceleur également – devait revenir quelques jours plus tard apprit-elle. La sorceleuse, voyant la nuit tomber se demanda où pouvait bien être sa compagne. Sa mère adoptive lui demanda comment elles s'étaient rencontrées, et Ciri entama son long récit malgré la fatigue qui la tiraillait – Yennefer détestait attendre -.

Elle lui raconta tout depuis sa fuite, son arrivée à Paris – elle lui décrivit le monde, et tout ce qui n'existait pas chez eux – avec application, sa rencontre avec Emma, les moments passés avec elle. La sorceleur passa sur certains détails, jusqu'à lui parler de leur départ de Paris, leur arrivée à Velen, leur escapade à Novigrad, et enfin leur voyage jusqu'à Kaer Morhen. La jeune femme lui parla de ses appréhensions et la magicienne écouta avec attention.

- Est-ce que ça pourrait être Avallac'h ?

- J'étais sûre qu'il était parti ; après m'avoir aidé à ouvrir le portail de Tor Gvalch'ca sur Undvik, il a complètement disparu. Pourquoi serait-il revenu ?

- Tu sais bien Ciri que tes pouvoirs susciteront toujours les convoitises, en particulier des elfes. Rappelle-toi que…

- Oui je sais, je sais… Bon, admettons que ce soit lui, pourquoi ?

Ça, je n'en sais pas plus que toi… Ces elfes qui te poursuivaient, comment étaient-ils ?

- Je n'ai pas fait attention, mais il n'y avait pas de mages parmi eux, sinon je ne me serais jamais échappée. Et Avallac'h n'est pas comme ça, s'il avait voulu me contacter, il l'aurait fait. Jamais il n'aurait envoyé un bataillon d'elfes à ma poursuite.

- Tu penses bien le connaître, mais ce n'est pas le cas Ciri. Rappelle-toi lorsque nous avons découvert qu'il faisait des recherches sur la généalogie du sang ancien, TA généalogie. Il a beaucoup plus de choses à cacher que tu ne le crois.

- Oui je m'en souviens, c'est vrai que j'avais une confiance aveugle en lui parce qu'il m'avait sauvé des griffes de la chasse sauvage, et… Qu'il s'est servi de moi. Mais je ne vois pas pourquoi il serait de retour maintenant.

- Laissons cette histoire de côté pour le moment. Je ne vois Emma nulle part, tu devrais partir à sa recherche. Nos deux énergumènes de sorceleurs seraient bien capables de l'embarquer dans leurs sottises.

Ciri se leva d'un bond. Elle était tellement contente d'avoir retrouvé sa mère adoptive qu'elle en avait complètement oublié sa compagne. Elle remercia encore une fois Yennefer puis se précipita à l'intérieur. La magicienne lui cria de ne pas utiliser son pouvoir – elle était plus facilement détectable, et si c'était vraiment Avallac'h qui était à ses trousses, il saurait où elle se trouve – et la jeune femme suivit son conseil. Ce n'était pas le moment de se mettre en danger. Mais comme on dit, le calme avant la tempête.

Dehors, elle chercha ses compagnons du regard. Elle trouva Lambert, qui astiquait les épées, et il lui montra du doigt la brèche de la forteresse. Ciri sortit au dehors et chercha Emma et Eskel du regard. La nuit tombait, et elle ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. Elle espéra que le sorceleur ne l'ait pas mise dans un mauvais pas. La sorceleuse avança à tâtons, guettant le moindre brut, regrettant de ne pas avoir pris son épée. Si elle tombait sur un animal, elle n'aurait que son ridicule poignard pour se défendre. En y repensant, c'était avec cette arme qu'elle avait menacé Emma lors de son arrivée à Paris.

Les feuillages bougèrent, et elle se mit en position de combat, la main sur sa ceinture prête à dégainer la dague. Elle se détendit en voyant Emma, un sac rempli de baie sauvage, et Eskel, deux jeunes biches à bout de bras. Ils étaient partis chasser ! La sorceleuse sermonna son compagnon mais il lui assura qu'il n'avait couru aucun dangers. Emma appuya sa position, ce qui la rassura. Les trois rentrèrent au château avant que la nuit ne les empêche complètement de retrouver leur chemin.

Les deux sorceleurs firent cuire les deux biches sur un feu assez sommaire – la magicienne ayant catégoriquement refusé de les préparer par la magie -. Pendant ce temps, les deux jeunes femmes dressèrent la table. Ils s'y attablèrent lorsque le repas fut prêt, et mangèrent gaiement. Ciri apprit à Emma que son père adoptif rentrerait bientôt, et la professeure parut enchanter. Le repas terminée, Yennefer fut la première à monter, suivi bientôt des deux hommes. Les deux voyageuses restèrent à table.

- Alors, tu as visité la forteresse ?

- À vrai dire, non. Quand tu m'as dit où je ne devais pas aller, j'avais peur d'être perdue et de ne pas réussir à retrouver mon chemin. Alors je suis sortie, et je suis tombée sur Eskel et Lambert. Eskel m'a proposé de me faire visiter les alentours, et j'ai accepté.

- Je vois. C'est un peu rustique et simplet ici en tout cas… J'espère que tu t'y sentiras à l'aise malgré tout. Mon foyer est aussi le tien Emma.

La sorceleuse embrassa sa dulcinée et l'invita à la suivre. Elles montèrent un grand escalier en colimaçon, pour atterrir dans une vaste chambre, celle de Ciri. Elles s'allongèrent sur le lit, et, épuisées, dormirent d'un sommeil profond jusqu'au lendemain matin…