Le lendemain, Yennefer réveilla les deux jeunes femmes aux aurores, prétextant avoir besoin de l'aide de Ciri pour une affaire urgente. Emma voulut les suivre mais sa compagne lui demanda de l'attendre patiemment, assurant qu'elle n'en aurait pas pour longtemps. La brune bougonna mais accepta sa requête. La magicienne et la sorceleuse sortirent de la pièce après que cette dernière se fut préparée, laissant Emma seule.
Elle profita de l'absence de sa dulcinée pour prendre toute la place dans le lit. Après avoir fait l'étoile de mer, s'être roulée en boule dans la couverture, puis s'être tournée et retournée sans parvenir à se rendormir pendant près d'une heure, elle finit par se lever. Ciri avait dit qu'elle serait de retour rapidement, mais il semblait que cette affaire était plus longue que prévu. La jeune enfila un peignoir et parcourut longuement la pièce du regard, s'attardant sur la tapisserie qui recouvrait le mur – la pièce était de forme circulaire -. Elle se leva et se dirigea vers les étagères, où elle prit un livre au hasard.
- Almanach des sorciers du Kovir... lut-elle sur la couverture. Je me demande de quoi ça peut bien parler...
Emma ouvrit l'ouvrage en plein milieu, et le referma bien vite. Même si elle comprenait la langue, c'était incompréhensible – c'était peut-être parce qu'elle ne l'avait pas commencé du début, mais n'osa pas, il faisait plus de 2 000 pages ! Un beau pavé -. Elle en prit un autre, intitulé Ballades et hymnes, qu'elle feuilleta rapidement. Celui-ci fut plus à son goût, et, après en avoir trouvé deux-trois autres, elle porta la pile de livre sur le lit.
De son côté, Ciri suivit sa mère adoptive dans l'escalier, se demandant si sa compagne parviendrait à s'occuper, et à ne pas s'arracher les cheveux, seule dans cette immense pièce. Elle songea un instant à demander à l'un des sorceleurs d'aller lui tenir compagnie, puis elle repensa qu'elle aimerait sûrement un peu d'intimité. L'idée qui avait germé dans son esprit se dissipa rapidement pour laisser place à certaines interrogations. Néanmoins, elle suivit la magicienne silencieusement, sachant parfaitement que l'heure n'était pas encore aux questions.
Elles quittèrent la forteresse et s'aventurèrent dans la première cour, qu'elles traversèrent. Yennefer marchait d'un pas nonchalant, comme si elle profitait seulement d'être dehors au soleil. Ciri la suivait toujours sans un mot, mais commençait à se demander ce que sa mère adoptive avait en tête. Elle finit par s'arrêter dans la deuxième cour, s'assit sur le petit muret en pierre, et invita sa fille à faire de même. Elle préféra s'asseoir par terre, s'adossant contre le muret. Elles restèrent silencieuses, profitant de la légère brise qui venait caresser leurs cheveux et leurs visages. Yennefer semblait regarder vers les remparts, particulièrement le pendule qui y siégeait.
- Ce pendule, ça te rappelle des souvenirs ? commença Yennefer, empreinte d'une soudaine nostalgie.
- Oui je m'en souviens, répondit Ciri. Oncle Vesemir voulait que je travaille mon agilité ; je devais éviter ce mat muni de piques qui se balançait d'avant en arrière. J'ai bien failli me le prendre et tomber plus d'une fois !
- J'ai toujours trouvé ses méthodes barbares, reprit-elle après une courte pause. Je trouvais que c'était inutile, mais maintenant que je te vois, je pense qu'ils ont eu raison de t'entraîner ainsi, aussi difficile fusse-il.
- Oui c'est vrai... Quand j'y repense, ça me manque un peu...
- Je comprends... murmura Yennefer, en posant une main rassurante sur son épaule.
Les deux jeunes femmes – seulement en apparence pour l'une d'elle – restèrent assises un moment, profitant de la brise matinale et du calme environnant. Eskel et Lambert avaient quitté la forteresse la veille et n'étaient toujours pas rentré – la sorceleuse soupçonna sa mère adoptive de leur avoir confié une tâche qui leur prendrait plusieurs jours, afin que les deux soient suffisamment éloignés de Kaer Morhen pour ne pas les importuner. Elle sourit à cette seule pensée. La magicienne finit par rompre le silence.
- J'ai beaucoup réfléchis à notre conversation d'hier, à propos de Avallac'h...
- Et ? répondit Ciri, dubitative.
- Pour être sûre j'ai veillé une partie de la nuit pour voir si des sorts quelconques n'avaient pas été dressés dans les environs... commença Yennefer.
- Il y en avait ?
- Eh bien... Non, je n'en ai trouvé aucun, mentit-elle.
Ciri ne le vit pas, mais la magicienne serra dans le pli de sa robe un morceau de papier. Elle prit soin de le ranger correctement pour qu'il ne tombe pas, puis invita sa fille adoptive à la suivre, lui tendant son bras. La jeune femme le prit, et la suivit. Cette affaire apparemment si urgente était sûrement un prétexte pour lui parler seule à seule. La sorceleuse se détendit ; elle avait très certainement rêvé, tout simplement. Elles se promenèrent jusqu'à ce que le soleil soit haut dans le ciel. Leur balade était si agréable, que Ciri en avait oublié Emma, qui attendait patiemment son retour sans savoir quand elle reviendrait. Elle lâcha subitement le bras de Yennefer, et, sans explications, courut à toute jambe vers la forteresse.
La magicienne lui adressa un signe de la main, et attendit qu'elle se soit éloignée. Quand elle disparut de son champ de vision, la magicienne sortit la lettre qu'elle avait caché dans sa robe. Elle déplia le morceau de papier, et relut son contenu. Elle aurait dû demander à sa fille adoptive ce que signifiaient ces caractères étrangers. Mais deux raisons l'avaient poussées à se taire : primo, elle se serait trahie. Elle avait à demi menti quand elle avait assuré à la jeune femme qu'il n'y avait pas eu de sorts dressés dans les environs. En réalité, quelqu'un avait bien usé de magie pour lui transmettre ce message. Deuzio, elle savait pertinemment qui était l'expéditeur de cette lettre, et elle n'avait pas voulu donner raison à Ciri.
Elle relut une énième fois les quelques mots, sans parvenir à les comprendre. Elle pesta ; d'habitude, aucun code secret ne lui résistait, mais l'expéditeur avait dû prévoir que la magicienne aurait le cran de montrer le message à Ciri, ce qu'elle avait choisi de ne pas faire. La brune se demanda comment il réagirait lorsqu'il se rendrait compte que la jeune femme n'avait pas pris connaissance de la lettre – ce qu'il apprendrait très certainement tôt ou tard -. Il n'y avait qu'un seul mot que Yennefer avait pu déchiffrer, parce qu'il était écrit volontairement dans sa langue. Avallac'h.
Ciri monta quatre à quatre les marches du grand escalier en colimaçon qui menait à sa chambre, et ouvrit la porte à la volée, complètement essoufflée. Alors qu'elle allait s'excuser de s'être absentée si longtemps, elle trouva sa dulcinée endormie sur le lit, un livre ouvert entre les mains. La jeune femme s'approcha, prit l'ouvrage et le posa sur la table de nuit. Elle se glissa sous les couvertures et regarda sa compagne dormir.
Lentement, elle glissa l'une de ses mains entre ses cuisses. Emma gémit et se colla contre elle, les yeux toujours clos. Elle dormait toujours. Ciri esquissa un sourire et intensifia ses mouvements, parsemant son cou de baisers. Sa compagne finit par ouvrir lentement les yeux. Elle voulut protester sur les manières de sa compagne de la tirer de son sommeil mais la sorceleuse plaque ses lèvres sur les siennes pour l'empêcher de parler, et continua de la caresser doucement. Emma se pressa contre elle, étouffant ses gémissements en enfouissant sa tête dans son cou, humant son parfum. La jeune femme finit par venir dans un râle de plaisir. Ciri l'embrassa, puis lui demanda comment elle avait dormi.
- J'aurais préféré que tu me fasses ça ce matin, susurra-t-elle, au lieu de t'échapper comme une voleuse. Voilà que tu reviens et que tu profites de moi contre mon gré !
- J'aurais adoré, répondit Ciri, c'est pour ça que je me rattrape maintenant... Tu ne vas pas me dire que ça ne t'as pas plu tout de même ?
- Si bien sûr, tes moindres petites intentions à mon égards me remplissent de joie. Par contre, je vais avoir du mal à te rendre la pareille si tu es tout habillée...
Alors que la sorceleuse commençait à se déshabiller, Emma l'arrêta. La professeure ne voulait pas passer toute la matinée au lit. Ciri parut légèrement frustrée – elle aurait bien profité de quelques caresses – mais reboutonna sa chemise. La brune lui demanda qu'elle avait été cette affaire si pressante, pour que la magicienne lui dérobe sa dulcinée si tôt dans la journée. La déception se lut dans son regard lorsque celle-ci lui appris qu'elle avait simplement voulu discuter.
- Juste pour ça ? s'exclama Emma. Qu'elle te réveille plus tard la prochaine fois...
Ciri se mit à rire ; c'était à la limite de la jalousie, et pourtant si mignon de sa part. Elle se déshabilla malgré les protestations de sa compagne, et se blottit contre elle pour profiter de sa chaleur. Les deux jeunes femmes restèrent enlacées jusqu'au déjeuner, où Yennefer les tira de leur somnolence. Après quelques caresses, elles s'habillèrent et descendirent. Eskel et Lambert étaient revenus à la forteresse, et ils avaient ramené des provisions pour plusieurs jours. Les deux jeunes femmes entreprirent de les préparer pour les laisser se reposer.
L'après-midi, Ciri fit visiter à Emma la forteresse : elle était beaucoup plus grande que ce qu'elle avait imaginé ! Une grande partie tombait en ruine, si bien que Ciri utilisa plusieurs fois son pouvoir pour les téléporter d'un endroit à un autre. Elle avait oublié la mise en garde de Yennefer, mais ne s'en souciait plus à présent. Pourtant, à quelques lieues de Kaer Morhen, dans les auteurs, une présence avait ressenti les flux magiques dégagés par la sorceleuse, et s'était mis à l'œuvre...
Le soir, les deux jeunes femmes étaient si exténuées qu'elles mangèrent à la vitesse de l'éclair, et montèrent se coucher. En montant, elles entendirent Eskel et Lambert murmurer entre eux sur leur compte, mais n'y firent pas attention. Elles s'écroulèrent sur le lit. Emma récupéra le bouquin qu'elle avait commencé le matin-même, et le montra à Ciri. C'était un recueil de poèmes, écrits par des auteurs dont elle n'aurait jamais pu soupçonner l'existence. La sorceleuse en lut quelque uns avec elle, puis elle lui prit l'ouvrage des mains pour le reposer.
La magicienne avait laissé à leur intention un flacon de parfum, qui, lorsque Ciri l'ouvrit, dégagea une odeur enivrante. La baignoire avait également était remplie. Ce n'est pas son genre d'habitude, pensa Ciri. La jeune femme alluma quelques bougies autour d'elles, plongeant la pièce dans une atmosphère douce et chaleureuse. Après avoir versé le contenu du flacon dans l'eau brûlante – ce qui la fit mousser et lui donna une couleur mauve -, elle invita Emma à la rejoindre. Elles se glissèrent dans l'eau et soupirèrent.
- C'est dommage que... comment dire... commença Emma, rouge à cause de la chaleur.
Ciri embrassa ses lèvres, ses joues, son cou, sa poitrine, l'empêchant une nouvelle fois de parler. La jeune femme ne termina pas sa phrase, et préféra fermer les yeux. La sorceleuse titilla ses mamelons un moment, avant de lui demander ce qu'elle avait voulu lui dire. La brune fit la moue, l'obligeant à continuer ce qu'elle faisait. Pendant que Ciri attardait ses mains sur ses hanches, elle reprit.
- Qu'il n'y ait personne ici... gémit-elle en se pinçant les lèvres. Je pense pouvoir m'occuper pendant les prochains jours avec la multitude de livres qui se trouvent dans la bibliothèque, ou... Elle se mordit la lèvre une nouvelle fois lorsque Ciri glissa une main entre ses cuisses, caressant son entre-jambe. Ou si je vais me balader. Mais qu'est-ce que je ferais quand... Ah !
Elle avait poussé un cri lorsque Ciri l'avait plaqué contre le fond de la baignoire et avait entamé des vas-et-viens en elle. La sorceleuse hocha néanmoins la tête, signe qu'elle était d'accord avec elle. Arrête de parler et profite, avait-elle dit avant de l'embrasser. Emma avait acquiescé et s'était aussi mis à la caresser. Elles s'enlacèrent, collées l'une à l'autre, la tête de Ciri posée sur sa poitrine. La sorceleuse avait murmuré un je t'aime, auquel la brune avait répondu, puis elles s'étaient assoupies.
La sorceleuse se réveilla la première. La pièce baignait dans une obscure clarté. Elle se leva, prenant soin de ne pas déranger sa dulcinée, dont la tête reposait sur le bord de la baignoire, et ralluma la lampe à huile, illuminant la pièce. Elle s'enveloppa dans son peignoir et observa sa dulcinée dormir. Un bruit dehors attira son attention, et elle s'avança, prudente, vers la fenêtre. Il n'y avait rien dehors – personne, sauf quelqu'un de suicidaire – n'aurait pu monter si haut, pourtant, une lettre, signée « Zireael » était posée sur le rebord.
D'une main tremblante, Ciri la prit entre ses mains. Une seule personne l'avait jadis appelée comme ça. Il n'y avait aucun doute, et ses craintes étaient fondées : Avallac'h était là dehors, quelque part, et il devait sûrement manigancé quelque chose. Elle défit le sceau, et lut le contenu de la lettre. Quel culot, se dit-elle. Disparaître comme ça sans laisser de traces, puis réapparaître comme ça et me demander une faveur. La lettre mentionnait aussi un endroit, situé non-loin de Kaer Morhen, et elle supposa que le mage elfe devait s'y trouvait. Il lui proposait un rendez-vous.
Alors qu'elle réfléchissait, Emma l'enlaça, lui demandant ce qu'elle faisait près de la fenêtre à une heure pareille. De là où elle était, la jeune femme ne pouvait pas voir la lettre que Ciri tenait entre les mains. Marmonnant une réponse brève, elle récupéra l'enveloppe sur le rebord, et cacha le tout dans son peignoir. Elle se retourna et, comme si de rien n'était, déposa un baiser sur ses lèvres. Emma lui prit les mains pour qu'elle vienne se coucher, mais Ciri s'écarta, prétextant avoir un petit creux. Elle lui demanda si elle avait envie de quelque chose, puis descendit précipitamment les escaliers. La professeure la regarda s'éloigner, surprise.
En bas, Ciri relut la lettre une seconde fois, tâchant de mémoriser l'endroit où Avallac'h voulait qu'elle le retrouve, puis la jeta dans la cheminée. Contre toute attente, le morceau de papier prit feu, et se consuma entièrement. La sorceleuse souffla ; au moins personne ne saurait qu'elle avait été contactée par l'érudit. Elle s'assit devant l'âtre brûlant, le regard attiré par les flammes dansantes. Elle resta un moment devant, le menton sur ses genoux. Emma la tira de ses rêveries, inquiète, et l'invita à la rejoindre. Ciri prit sa main et elles montèrent se coucher. La jeune femme réfléchit longuement au meilleur moyen de s'éclipser discrètement pour aller rejoindre le mage sans attirer les soupçons...
Le lendemain, Emma se réveilla, et trouva Ciri endormie sur le bureau, comme si elle avait veillé toute la nuit. La jeune femme posa une couverture sur ses épaules. Qu'avait-elle bien pu faire toute la nuit ? Elle caressa ses cheveux et elle frémit. Alors qu'elle allait partir, elle remarqua la carte sous ses bras. Néanmoins, impossible de voir ce qu'elle représentait. La professeure haussa les épaules et descendit dans la grande salle ; elle avait une faim de loup !
Elle fut déçue quand elle trouva seulement des restes du repas de la veille, mais elle s'en contenta. Yennefer entra dans la pièce, et s'assit en face d'elle. Emma détourna le regard, gênée ; décidément, la magicienne la mettait extrêmement mal à l'aise, à la dévisager. Elle finit par prendre la parole, et lui demanda si elle acceptait de la suivre. La brune hocha la tête.
De son côté, Ciri finit par se réveiller. Elle s'étira, faisant tomber la couverture sur ses épaules, qu'elle ramassa. Le lit était vide, et elle se demanda où pouvait bien être Emma. La jeune femme se replongea sur la carte devant elle, se remémorant les indications de Avallac'h dans sa lettre et essaya de trouver l'endroit qu'il lui avait indiqué. Rien à faire, elle ne voyait toujours pas. Las, elle replia la carte et la rangea dans le tiroir, espérant que sa compagne ne l'ait pas vue plus tôt. Elle s'habilla, et descendit déjeuner.
La grande salle était déserte. L'assiette vide sur la table indiquait que quelqu'un était là auparavant. Sûrement Emma, se dit-elle, je me demande si elle est avec Yen. La sorceleuse parcourut la forteresse pour la trouver, mais elle était déserte. Elle sortit dans la cour ; personne non plus. Elle commença à s'agacer : où pouvaient-ils tous bien être ?
Elle les vit assises au loin, dans la deuxième cour. Elles semblaient en plein discussion et Ciri rougit en pensant que la magicienne avait dû lui poser des questions gênantes. Elle cacha ses rougeurs et s'approcha des deux femmes, se blottissant dans les bras de Emma. Yennefer sourit à son tour, et leur apprit qu'elle avait vu Geralt sur le chemin au loin plus tôt dans la matinée, et qu'il ne devrait pas tarder à arriver.
Pour lui épargner ce qu'elle pensait être un interrogatoire, Ciri proposa à sa compagne d'aller à sa rencontre, ce qu'elle accepta. Lorsqu'elles furent assez loin, la sorceleur lui demanda de quoi elles avaient bien pu parler. Emma sifflota en détournant le regard. La sorceleuse prit son visage entre ses mains et l'embrassa, puis elles allèrent seller leurs montures. Si sa dulcinée ne souhaitait pas en parler, elle comprenait sa décision. Après tout, elle comptait lui mentir pour partir rencontrer Avallac'h.
Elle chevauchèrent jusque l'entrée de Kaer Morhen, traversèrent le pont et descendirent dans la vallée. Emma pointa du doigt le cavalier qui arrivait vers eux. Il avait les cheveux albâtre, le corps massif, deux épées cinglées dans son dos. L'homme les regarda s'approcher, sur ses gardes, la main posée sur le pommeau de sa ceinture, puis se détendit en reconnaissant Ciri. Emma resta en retrait alors que les deux autres cavaliers descendaient de leurs chevaux pour s'étreindre longuement.
Ils se séparèrent et remontèrent en selle pour se mettre à côté d'Emma. Sur le chemin du retour, Ciri demanda à son père adoptif dans quelles régions il s'était rendu, puis lui présenta sa compagne. La professeure le salua timidement. Elle dut avouer qu'il lui faisait un peu peur, et les deux sorceleurs se mirent à rire. Rentrés à Kaer Morhen, ils dessellèrent les chevaux et les laissèrent dans l'enclos. Geralt voulut savoir si Yennefer était à la forteresse, et Ciri lui indiqua la chambre. Il s'y rendit aussitôt.
La sorceleuse aurait voulu partir dès à présent à la recherche de Avallac'h, mais Emma restait collée à elle – ce qui néanmoins ne lui déplaisait pas bien au contraire -, et elle n'avait pas eu le temps d'étudier plus en détail la carte. Elle jura, il fallait qu'elle éloigne sa compagne d'elle un moment pour pouvoir s'éclipser. La journée passa à la vitesse de l'éclair, sans que la jeune femme ne trouve de solution. Tant pis, pensa-t-elle. Ça attendra demain.
Le soir, ils mangèrent tous ensemble, Geralt en plus. Les sorceleurs semblaient heureux de se retrouver, et parlèrent des nombreux trophées qu'ils avaient acquis au cours des dernières semaines, ce qui finit par énerver Ciri et Yennefer, qui leur demandèrent de baisser le ton, pointant du doigt Emma, qui somnolait sur la table. Les deux jeunes femmes la portèrent dans la chambre, et l'allongèrent sur le lit. La sorceleuse savait qu'elle devait agir maintenant, sinon elle n'aurait jamais l'occasion d'aller voir Avallac'h. Elle se tourna vers sa mère adoptive.
- Yen... commença-t-elle.
- Il t'a contacté n'est-ce pas ?
- Oui, j'ai reçu une lettre hier soir. Comment le sais-tu ? répondit la sorceleuse.
- Lorsque je t'ai dit qu'il n'y avait pas de sorts dressés dans les environs, c'était vrai, mais... Il m'a aussi envoyé une lettre.
- Quoi ? s'écria Ciri, pourquoi tu ne m'en as pas parlé ?
Emma s'agita dans son sommeil, et, par crainte qu'elle ne se réveille et surprenne la conversation, elles sortirent de la pièce. Ciri prit soin de récupérer la carte qu'elle avait rangé sous le bureau pour la montrer à la magicienne. Pour ne pas être dérangées, elles se rendirent dans la chambre de Yennefer – de plus, Emma ne risquerait pas de penser à y chercher Ciri -, et Yen ferma la porte à clé. Tant pis pour Geralt, soupira-t-elle, nous batifolerons demain. Ciri pouffa, et étala la carte sur la table
- Alors, reprit la magicienne, qu'est-ce qu'il t'a dit ?
- Ce serait plutôt à moi de te poser cette question Yen, maugréa Ciri, tu t'es bien gardé de me le dire, toi.
- En vérité, il ne m'a pas dit grand-chose... finit-elle par dire. Mais il espérait que je t'en parlerais. Bon, que disais ta lettre, c'est elle le plus important, je me trompe ?
Ciri récupéra un papier et un crayon, et retranscrit mot pour mot les paroles de l'elfe, puis elle le tendit à Yennefer, qui l'étudia attentivement. Dubitative, et incapable de déchiffrer quoi que ce soit, elle reposa le papier sur le lit.
- Il m'indique un lieu sur cette carte, reprit Ciri en posant la carte sur ses genoux. Mais je n'arrive pas à déterminer où il se trouve.
- Tu comptes le rencontrer alors ! répliqua la magicienne, furieuse, tu n'apprends donc rien ? C'est peut-être un piège Ciri !
- Je dois le faire, Yen. Je dois savoir ce qu'il me veut, autrement je ne serais jamais tranquille. Et puis, il n'a pas essayé de m'enlever, il veut peut être juste discuter.
- Juste discuter tu dis, marmonna-t-elle. Ce n'est pas son genre tu le sais. Je t'accompagnerai.
- Non, je dois y aller seule. S'il ressent ta présence, il ne se montrera jamais. Je dois lui montrer que j'ai confiance en lui.
- Et Emma dans toute cette histoire ? demanda la magicienne.
- Assure-toi qu'elle reste loin de tout ça. Enferme-là si elle me suit s'il le faut, répondit simplement Ciri.
- Soit, si tu sais ce que tu fais...
Les deux jeunes femmes se quittèrent après une étreinte, et Ciri rejoignit sa chambre. Emma était réveillée et se mit à râler, demandant où elle était passée. La sorceleuse se coucha près d'elle et la fit taire d'un baiser. J'étais avec Yen, ne t'inquiète pas, murmura-t-elle en se blottissant dans ses bras. La brune essaya de la réveiller, mais elle s'était endormie contre elle. Elle soupira, demain, elle ne comptait pas la lâcher pour découvrir ce qu'elle mijotait.
Le lendemain, Ciri eut beaucoup de mal à se séparer de sa compagne, qui la suivait absolument partout. À un moment donné, elle finit par s'énerver, et lui demanda de la laisser tranquille. Mais la brune, têtue, continua à la coller. La sorceleuse fulminait : si elle était toujours dans ses pattes, elle ne pouvait pas chercher la planque de Avallac'h avec Yennefer. Parfois, elle échangeait des regards avec la magicienne, et Yennefer s'en amusait. Emma, quant à elle, était complètement perdue.
Plus tard dans la journée, Ciri vit sa chance. Eskel et Lambert allaient partir chercher des vivres, et la sorceleuse leur demanda discrètement s'ils pouvaient embarquer Emma avec eux. Sans poser de question, ils proposèrent à la jeune femme de les accompagner. Suspicieuse, et jetant un regard noire à sa dulcinée, elle accepta finalement. Rester dans la forteresse toute la journée commençait à l'agacer, et un bon bol d'air lui ferait du bien. Néanmoins, elle boudait, et partit avec les deux hommes sans un regard vers Ciri.
La sorceleuse soupira ; elle était tranquille pour le reste de la journée. Elle avait passé une grande partie de la nuit à réfléchir, et pensait savoir où se terrait Avallac'h. Elle fit part de ses hypothèses à la magicienne, et elles déplièrent la carte. Leurs diverses conjectures concordaient, et elle tombèrent d'accord : le mage se trouvait certainement au nord-ouest du lac, dans la tour de guet en ruine.
Ciri prépara en hâte ses affaires, si elle voulait y être dans l'après-midi, elle devait partir tout de suite. Yennefer lui embrassa sur le front, et lui demanda d'être prudente. La sorceleuse partit vers la tour de guet. Sur le chemin, elle dut s'arrêter plusieurs fois pour éviter d'être repérée par les griffons qui chassaient. Elle galopa sur les abords du lac, avant de finalement apercevoir la tour. Le soleil commençait à se coucher. Elle descendit de sa selle, et attacha son étalon à une branche pour le retrouver plus tard.
Le cœur battant, elle entra dans les ruines. Tout était silencieux. Ses sens à l'affût, elle fit quelques pas, puis finit par crier. Avallac'h ! si tu es là montre-toi ! Elle n'était pas sûre qu'il se montrerait, mais contre toute attente, le mage sortit des fourrés. Il s'avança vers elle d'un pas lent, et retira sa capuche. L'elfe était comme dans ses souvenirs. Le visage pâle et long, les yeux en amande, les pommettes creusées, les cheveux gris tressés et tirés en arrière, les oreilles pointues. Il portait toujours les même vêtements.
Alors qu'il s'approchait plus, elle lui demanda d'un geste de la main de rester où il était. Il l'invita à s'asseoir sur un tronc d'arbre. Le mage sortit une gourde pleine, qu'il lui tendit, mais elle refusa poliment. Qui sait, elle était peut-être empoisonnée. L'érudit but quelques gorgées, puis lui tendit à nouveau. Je ne vais pas tenter de t'empoisonner Zireael, dit-il, je voulais simplement discuter.
Ciri haussa les épaules et but quelques gorgées. La boisson lui réchauffa la gorge et lui fit du bien. Elle la posa par terre et se tourna vers lui. Elle ne perçut aucune animosité en lui, mais il était très doué pour cacher ses émotions et ses intentions. La sorceleuse préféra donc rester sur ses gardes. Aussi, elle ne croyait pas qu'il voulait simplement discuter, il avait toujours un but précis caché.
- Que me veux-tu Avallac'h, commença-t-elle. Et ne tourne pas autour du pot, je veux la vérité.
- Je te l'ai dit Zireael, répondit-il. Je voulais seulement discuter. Nous n'en avons pas beaucoup eu l'occasion depuis que tu as vaincu le Froid Blanc.
- Je ne te crois pas, tu m'as tellement menti auparavant. Quel est ton but ?
- Si tu ne me crois pas, pourquoi être venue ? demanda-t-il simplement.
Ciri ne parvint pas à répondre à la question. Il avait raison, elle ne savait pas réellement pourquoi elle était venue. Elle l'observa, dubitative, tentant de déceler ses émotions, mais le mage restait de marbre. Il prit une autre gorgée et lui tendit la gourde, qu'elle prit sans dire un mot.
- Il y a quelques mois, reprit-elle, des elfes m'ont poursuivies. C'est toi qui les avait envoyé ?
- Non, ce n'était pas moi, répondit-il, neutre. Je n'aurais jamais agi ainsi. Que te voulaient-ils ?
- Aucune idée... marmonna-t-elle.
Ainsi, ce n'était pas lui, pourtant, elle en avait été persuadée. Elle tenta une nouvelle fois de décrypter ses pensées, mais il était très fort pour les cacher. La sorceleuse soupira et s'adossa à la ruine. Pourquoi être venu seulement pour discuter alors ? C'était vraiment bizarre, irréel. Le mage finit par se relever, et elle le suivit du regard. Que faisait-il ? Allait-il soudainement se retourner et briser tous ses espoirs ? La jeune femme retint malgré elle sa respiration, attendant qu'il agisse. Il se contenta de disparaître dans la nuit noire.
Ciri souffla un bon coup, se laissant aller. Quelques larmes coulèrent sur ses joues ; mine de rien, elle avait eut très peur. Elle regarda ses mains trembler, et les serra entre ses jambes. La nuit était tombée, et elle grelottait. La sorceleuse sortit des ruines, et détacha les bribes de son étalon. Il était toujours là. Elle remonta en selle, et partit tranquillement vers Kaer Morhen. Quelle étrange journée ! se dit-elle. Arrivée à la forteresse, elle s'écroula sur le lit, épuisée. Emma la trouva allongée sur le lit et se jeta sur elle.
- Ciri ! s'exclama-t-elle, où étais-tu passée ? J'étais morte d'inquiétude !
La jeune femme caressa les cheveux de l'endormie, et passa sa main sur sa joue. Elle était gelée. La brune l'enveloppa dans les couvertures, et se coucha près d'elle. La sorceleuse finit par ouvrir les yeux, et lui raconta ce qui lui était arrivé. Emma l'écouta avec attention, marmonnant de temps en temps. Ciri s'excusa de lui avoir menti et de l'avoir inquiétée.
- Ne me refais plus jamais ça, murmura la professeure en se blottissant contre elle.
- C'est promis... répondit Ciri, caressant ses cheveux bruns, avant de s'endormir elle aussi, épuisée.
L'hiver passa, laissant la place au printemps. Lambert et Eskel décidèrent de partir sur La Voie, las de rester dans la forteresse à rien faire. Geralt devait se rendre à la cour du Kovir, où Triss Merigold – une consœur de Yennefer – avait mandé sa présence. Yennefer l'accompagnerait – elle ne supportait pas l'idée de le laisser en compagnie de la magicienne rousse, et elle n'appréciait pas Kaer Morhen -. Ciri et Emma restèrent seules à la forteresse.
La professeure passait ses journées dans la bibliothèque à feuilleter des livres, mais elle s'en lassa rapidement. Elle se demandait aussi si sa compagne finirait par partir elle aussi. Que ferait-elle, seule dans cet immense espace en ruine ? Ciri la rejoignit et se nicha dans ses bras. Malgré la température qui augmentait au fur et à mesure que les jours défilaient, il faisait encore froid, et la jeune femme alimentait tous les jours le feu dans la cheminée. Elles passaient le plus clair de leur temps dans la grande salle.
Un jour, la sorceleuse finit par lui proposer de partir avec elle. Emma déglutit, la perspective de la suivre alors qu'elle tuerait des monstres pour se faire de l'argent ne l'enchantait pas du tout. Néanmoins, elle accepta quand sa compagne lui proposa de l'emmener à Toussaint, où elle lui apprit que Geralt possédait un domaine.
- Ça va te plaire j'en suis sûre, dit Ciri. Le voyage sera long, mais au moins on ne sera pas seules au monde comme ici.
Elles préparèrent leurs affaires, et sellèrent leurs montures le lendemain matin. Après un dernier regard vers la forteresse, qui resterait inhabitée un certain temps, elles se mirent en route pour la principauté de Toussaint...
Eeeeeet, c'est la fin des aventures de Emma dans le monde de The Witcher.
A vrai dire, j'ai vraiment hésité à écrire un tome 3 (qui aurait découlé de la rencontre avec Avallac'h dans ce dernier chapitre), mais finalement, je n'avais plus rien à raconter, alors j'ai préféré clore cette histoire (désolé si vous vous étiez attendu à autre chose, j'espère que vous n'êtes pas trop déçus )
J'espère en tout cas qu'elle vous aura plu, j'ai pris un immense plaisir à l'écrire.
