Ils étaient retournés dans ce bar.
Comme la dernière fois, c'était Connor qui avait attendu, à la seule différence qu'il était bien plus confiant ce soir-là. Adossé contre la devanture, il ne vérifiait pas son portable, il ne manipulait pas sa pièce : ses mains étaient tout simplement croisées dans son dos.
La vitrine imitait celle de la boutique d'un tatoueur des années 70 : des roses étaient gravées dans la glace, entourant le doux visage d'une fille maquillée en calavera. Des stickers abîmés, représentant des têtes de mort, complétaient le thème, mais au lieu de donner une allure austère au bar, les sourires exacerbés des défunts invitaient à profiter de la vie. Et puis, la mort n'avait jamais été aussi bruyante et joyeuse.
Connor se sentait béni : les Guns N' Roses étaient son groupe préféré et le bar allait passer tous leurs albums pour la nuit entière.
Depuis le trottoir, le policier reconnaissait sans peine Perfect Crime.
Connor s'était attendu à ce que Gavin arrive à pieds, comme samedi dernier, mais une moto de ville venait de se garer à quelques mètres de lui, à un endroit qui n'était certainement pas une place, mais Connor ne s'en souciait pas, riant même quand le motard lui adressa un salut militaire.
« Je croyais que tu payerais le taxi, ce soir ?
— Tu vas pas te plaindre : ce que je paierai pas en taxi, je te le paierai en boisson. » Gavin tapota la selle où était accroché un casque. « En plus, je te ramène.
— Et l'astuce pour dépasser la limite autorisée, alors ? »
Le motard haussa les épaules : ce soir, l'alcool n'était pas une priorité, même s'il avait eu une journée exténuante.
La fin du printemps était une saison affreuse pour les prisons : les odeurs de sueur empoissonnaient toutes les pièces et les détenus étaient excités, soumis au sang qui pulsait comme des armées de démons à leurs tempes. Chaque regard pouvait être un prétexte pour se battre, et Gavin et ses collègues ne pouvaient pas se contenter de simples menaces pour calmer les plus sanguins.
À côté, le calme inébranlable de Connor était aussi reposant qu'un après-midi dans l'Eden. L'effet venait certainement de sa petite gueule d'ange…
Maintenant que Gavin avait retiré son casque, Connor put se pencher pour embrasser la commissure de ses lèvres. Le genre de baiser qui brouille les limites de l'amitié et de la séduction.
Gavin soupira :
« Hé, Connor, si c'est vraiment un rencard, embrasse-moi pour de vrai. »
Il restait assis sur la selle, le mettant au défi, mais ce fut ce qui lui permit de rester en équilibre au moment où Connor saisit son col. Même le cuir gémit de surprise. Gavin sentit sa tête basculer en arrière, à moins que ce ne soit un réflexe inconscient pour accueillir la bouche de Connor sur la sienne.
Le lampadaire avait beau être proche, les exposant dans son halo blanc, Gavin s'en foutait : quand la langue osa franchir ses lèvres, il plongea ses mains dans les poches arrières du jean du jeune homme, pressant ses paumes contre ses fesses.
Là, c'était un second rendez-vous plus authentique.
Les premières notes de 14 Years résonnèrent, les coups de batterie donnant un rythme cardiaque à l'air…
Mais est-ce que cela avait vraiment de l'importance maintenant qu'aucun des deux n'avait l'intention d'entrer dans le bar ?
En douceur, prenant soin de ne pas rompre le baiser, Connor enjamba la moto pour prendre place, serrant la selle entre ses cuisses comme s'il pressait le flanc de la machine pour la motiver à démarrer.
Gavin se mit à rire, le cherchant un peu :
« Qu'est-ce que tu fais, assis sur ma moto ? On rentre pas dans le bar ?
— J'adore les Guns, mais ce soir, je peux m'en passer. »
Comment on appelait ça, déjà ? Ah oui, l'effet puppy eyes. Connor le regardait, la tête inclinée sur le côté, l'angle rendant ses yeux noirs.
Il avait beau jouer les innocents, il ne rougissait même pas.
Tout en se demandant ce qu'une nuit dans l'Eden pouvait offrir, Gavin tendit le second casque au tentateur :
« Et je suppose que t'as déjà tous les albums chez toi ? »
Connor confirma d'un simple sourire.
