Cela faisait déjà un mois que Lily vivait au Brésil. Son quotidien alternait entre les visites des différents sites touristiques du pays, des excursions menées par Sean pour avoir accès à des paysages inédits, des soirées à ses côtés auprès des autres anglais expatriés, mais aussi, des longs moments de patience dans sa chambre à écouter les déboires de Riley ou les coups de gueule de Scott. Lily sentait bien que Francis Whilth essayait de le pousser à bout. Elle ne l'avait jamais vu quitter sa chambre une seule fois depuis le retour de la conférence de presse.
Après deux semaines de disputes, il avait même interdit Scott, puis Riley de rentrer dans sa chambre. Il ne laissait rentrer plus que le personnel de l'hôtel qui venait lui servir ses repas.
Lily n'avait aucun contact avec lui, encore vexée de leurs derniers échanges. Elle avait demandé à écourter son voyage parce qu'elle n'avait plus aucune raison d'être ici, mais on le lui avait interdit. Elle était utile à Riley qui ne cessait d'envoyer des fausses nouvelles à la presse à scandale londonienne.
A chaque nouveau message de sa famille, Lily recevait des articles encore plus virulent, la peignant comme une femme vénale et prête à tout pour ruiner un vieillard. James lui avait assuré que personne ne prenait ces histoires au sérieux, mais Lily ne pouvait s'empêcher de voir un mensonge de son frère qui voulait simplement la protéger de la vérité.
Lily était assez perturbée de cette histoire, mais elle était coincée, elle seule n'avait pas l'autorité de rétablir la vérité. Les seuls moments où elle arrivait à relativiser, c'était quand elle était avec Sean, il lui rabâchait sans cesse que ces rumeurs sans fond n'avaient pas d'importance, que c'était comme des ragots indiscrets à Poudlard. Il la faisait rire en rappelant quelques anecdotes vécues lors de leurs années communes.
Lily soupira en pensant à ses entrevues. Cela faisais longtemps qu'elle ne s'était pas sentie aussi à l'aise avec quelqu'un. Elle aimait la manière dont il la couvait du regard lorsqu'il l'écoutait. Avec lui, elle se sentait libre de tout jugement, et fière d'exprimer son opinion. En fait, il lui apportait toute la sécurité qu'elle n'avait eue que dans son cercle familiale, au milieu de ses cousins, ses frères et ses parents.
Lily soupira en se souvenant de son sourire étincelant lors du coucher de soleil face à la mer, mais fut tirée de sa rêverie par ses collègues.
« -Tu arrêtes de décrocher, Lily, c'est important ce qu'on dit… S'énerva Scott. »
Elle était en réunion avec Scott et Riley. Enfin, ils avaient débarquer dans sa chambre sans crier gare et avaient décidé qu'il fallait que Lily prenne ses responsabilités. Seulement, Lily ne savait pas trop de quoi elle était responsable.
« -Vous êtes en train de me raconter toutes vos disputes avec Francis. Je suis dans la chambre d'à côté, je les entends, pas besoin de me les rappeler. Expliqua-t-elle en haussant les épaules. »
Alors que le rouge envahissait les oreilles de son éditeur, Riley tenta d'apaiser la situation.
« -Oui, mais là il ne veut plus voir personne !
-Ce n'est pas nouveau, il vous a banni de sa chambre il y a deux semaines, non ?
-Mais on continuait à communiquer ! Lui apprit l'attachée de presse. On lui envoyait nos ordres sur des parchemins qu'on donnait au personnel.
-Ah bon ? S'étonna Lily. Et il vous répondait ?
-Non, mais il les renvoyait en les chiffonnant. Là, il renvoie tous le personnel qui vient avec des notes. Il menace une grève de la fin alors qu'avant, les notes chiffonnées montraient qu'il nous avait lus.
-Ou qu'il n'en avait rien à faire. Supposa Lily. »
Riley regarda la secrétaire, choquée par cette impertinence. C'en était trop pour Scott qui ne parvint pas à se contenir
« -Il ne devrait pas rien avoir à faire ! Il doit écrire…
-Je ne sais pas quoi vous dire, je ne le connais pas. S'impatienta Lily.
-Mais tu vas aller le voir ! Lui imposa Riley. Tu es la seule qu'il ne rejette pas. Il faut à tout prix qu'il mange, s'il a des problèmes de santé, à son âge, parce qu'il ne mange pas assez, nous sommes foutus et la presse se lâchera sur toute l'entreprise.
-Je crois qu'il n'est pas très fan de moi, pourtant. Douta Lily.
-Mais ça sera moins pire que nous, au moins, expliqua Scott. »
Lily haussa les épaules avant de suivre ses collègues devant la porte de Francis.
« -En revanche, je vais pas le voir si vous restez derrière la porte comme deux fouines. »
Lily profitait de sa soudaine nécessité pour abuser un peu de son autorité.
Quand Riley et Scott se furent éloignée, elle toqua poliment à la porte.
« -Mr. Whilth, c'est Lily !
-Qu'est-ce que tu fais là ? Héla-t-il à travers la porte.
-Honnêtement, je n'en sais rien, mais ça simplifierait la vie de tout le monde si vous me laissiez rentrer.
-C'est ouvert ! Répondit-il. »
Lily émit un rictus en pensant aux heures passées par Scott à taper contre une porte qui n'était pas verrouillée.
Lily appuya doucement sur la poignée et pénétra dans la chambre de l'auteur. Elle était assez bien rangée, il y avait quelques parchemins autour du bureau mais ils étaient tous vierges. Lily écarquilla les yeux. Elle commençait vraiment à s'inquiéter de l'état de Francis.
« -Si tu es venue pour me dire que je travaille trop lentement et que Scott veut mes manuscrits, vous pouvez sortir. Annonça-t-il sèchement.
-Vous êtes toujours aussi aimable, ou c'est simplement que vous ne supportez pas que mon père soit plus connus que vous, alors vous retransmettez votre haine sur moi ? »
Francis se releva de son lit et fixa Lily avec un air étonné. Il avait toujours cette lueur maligne dans les yeux.
« -Tu es bien agressive, Miss Potter.
-Je suis honnête, j'ai cru comprendre que vous n'aimiez pas les ronds de jambes.
-Tu as raison… Acquiesça-t-il pour la première fois depuis leur rencontre. Mais que fais-tu là ?
-Je n'en sais trop rien, avoua-t-elle. Enfin, j'ai des notes sur ce que Scott m'a demandé de vous dire, mais je ne sais pas si elles vont vous être utile.
-Il dit qu'il a absolument besoin de mes écrits, je suppose ?
-Oui, dit Lily en lisant le parchemin confié par l'éditeur. Il dit aussi que la cérémonie de publication du livre est prévue pour dans un mois à Londres et que vous devriez y être. Ils ne la bougeront pas.
-Bon, ça va être sympa une cérémonie sans livre ! Rit Francis.
-Vous avez encore le temps, l'encouragea Lily. »
Dans le regard de l'auteur, la jeune rousse percevait, pour la première fois, de la tristesse et de la lassitude.
« -Je n'ai plus l'envie, au début, j'ai écrit ces histoires ridicules parce que nous sortions de la guerre, il fallait redonner espoir dans la vie et tout le monde savait très bien que mes amourettes d'adolescent étaient utopiques, mais, maintenant, toutes les jeunes filles en sont fan et s'inquiètent si elles n'ont pas trouvé le grand amour à quinze ans… Ça m'embête de leur mentir encore, je n'en peux plus, donc je n'ai plus d'inspiration. »
Lily écoutait son aîné, sans rien dire. Elle voyait dans ses yeux qu'il était sincère, il avait soudainement confiance en elle. Lily haussa les épaules et lui adressa un regard compatissant. Elle comprenait enfin qu'il utilisait une carapace avec les éditeurs pour se protéger, pour ne pas montrer qu'il s'en voulait terriblement d'être entré dans cette spirale négative.
« -Bref, je compte sur toi pour continuer à leur mentir, dites-leur que je ne veux surtout pas les voir, le reste je te fais confiance. »
Lily acquiesça à son tour, puis laissa le sexagénaire à ses affaires. Elle se sentait terriblement triste pour lui. Elle ne prit même pas le temps de débriefer avec ses collègues et sortit de l'hôtel. Elle était mal et avait besoin de se changer les idées. Heureusement pour elle, il y avait à Rio la personne parfaite pour lui. Elle lui envoya un message rapide et, en quelques minutes, Sean apparut devant elle.
« -Qu'y a-t-il ? S'inquiéta-t-il.
-Ce n'est pas moi, la rassura Lily alors qu'elle acceptait l'étreinte réconfortante avec joie. »
Voyant sa mine triste, Sean prit la main de Lily et transplanna pour l'emmener sur une plage brésilienne à quelque kilomètre de la ville. Il la fit s'assoir dans le sable, admirant ses cheveux flamboyants se laisser aller au gré du vent, et écouta son histoire. Il voulait la réconforter. Il ne s'était même pas rendu compte qu'il n'avait pas lâché sa main après le transplannage.
Lily aussi gardait sa main dans la sienne. C'était une belle après-midi et ce cadre magnifique accompagné par les yeux chocolat de Sean lui donnait confiance. Encore une fois, elle se confiait sans peur, elle se sentait si vivante à travers son regard. Il la réconfortait d'un simple sourire et ses propos étaient toujours parfaitement adaptés.
Au bout d'une bonne heure, il la prit dans ses bras et, avant de la ramener parce qu'il devait se rentre au ministère, il lui chuchota :
« -Ne t'inquiète pas, on va trouver une solution pour Francis, sois prête demain matin ! »
Il n'en dit pas plus, Lily frissonnait encore du contact de son souffle près de ses oreilles qu'il était parti avec la promesse que demain serait un meilleur jour.
