Merci pour vos reviews et favs, ça fait plaisir ! Voilà le chapitre 2 !

(Pour répondre à une question soulevée dans les reviews, des précisions sur les personnages seront apportées au fur et à mesure. Cela inclut ce que Clarke et Lexa étudient !)


Le réveil avait été difficile. Ce n'était pas étonnant. Mais ça ne l'avait pas rendu moins douloureux. Ce matin, je m'étais habillée tout de suite après m'être levée et étais sortie de ma chambre. Raven dormait encore, nous commencions à dix heures. Il n'était que sept heures moins le quart, j'aurais pu dormir plus mais j'avais une autre idée en tête. Une idée qui ne m'avait pas quittée de la nuit et que j'avais passé un long moment à façonner entre deux épisodes de sommeil.

Ce fut cette idée qui me conduisit jusqu'aux vestiaires de notre équipe de lacrosse. Bien évidemment, la présidente en était la capitaine. Ses plus proches sbires étaient ses coéquipiers. Je fis simple, la partie la plus difficile de mon plan ayant été de me faufiler à l'intérieur des vestiaires, je n'avais plus besoin de me compliquer la tâche une fois à l'intérieur. Je posai le matériel pris dans la remise au sol et jetai un regard à la salle, prête à commencer.

J'avais tout ce qu'il me fallait. Dans le secteur « Arts Plastiques » se trouvait une grande remise avec du matériel en libre service. Tant que les élèves n'en abusaient pas, on pouvait se servir. Certes, j'allais en abuser un peu – un tout petit peu – mais c'était nécessaire. Je n'allais pas laisser cette humiliation passer. J'ouvris les casiers à l'aide de mon génie – aussi connu sour le nom de pied de biche qui m'avait aussi permis d'ouvrir la porte des vestiaires – et pris toutes les tenues. Je plaçai à l'intérieur mes mini-bombes de peinture mélangée à un produit irritant pour la peau. Disséminées un peu partout dans chaque uniforme, la majorité du corps serait couvert. Même la tête, grâce au casque. Je replaçai tout dans le casier, nettoyai soigneusement mes traces, fis attention de ne rien laisser derrière moi et sortis. J'avais tout installé en quarante minutes, vingt minutes avant l'arrivée des joueurs pour leur entraînement. Ce qui me restait de matériel avait été replacé dans la remise. Aussi innocente que je pouvais paraître naturellement – cela faisait toujours office de débat – je rejoignai ma salle de cours après m'être changée et nettoyée.

Ce cours d'histoire de l'art devait durer trois heures. Deux venaient de s'écouler. Les soixante élèves de cette salle, assez calmes jusqu'ici, commençaient à s'agiter sur leur siège, portable en main. Le prof, agacé de constater que plus personne ne l'écoutait, rappela la globalité des élèves à l'ordre. Une élève, Harper, la coqueluche de service, se leva et lui mit l'écran de son téléphone en face du nez. La mine agacée du professeur s'atténua, ses yeux s'agrandirent, sa bouche s'ouvrit et laissa échapper un « oh » surpris. Je devais bien être la seule à ne pas savoir ce qui se passait. Je me tournai vers Octavia, assise un siège derrière moi, et elle me tendit son téléphone sans que je n'eus besoin de dire un mot.

Ma bouche s'ouvrit grand. Je ne pus m'empêcher de retenir un sourire. A vrai dire, je n'étais pas la seule à vouloir en rire. Beaucoup souriaent mais le rire était retenu par le choc. Il était rare de voir les élèves les plus populaires de l'établissement dans un état aussi pitoyable après qu'ils aient été recouvert par une « substance douteuse ». Sur la photo, la présidente était au centre. Elle était la plus touchée. Du moins en peinture. Une fille que j'avais aperçue à la cantine hier midi avait la peau parsemée de plaques si rouges que le mélange de peintures qui les recouvrait ne parvenait à les cacher. Je me mordis la lèvre face à cette photo de l'équipe paniquée. Enfin presque toute l'équipe. Le visage de la présidente était impassible. Mais que lui fallait-elle pour la rendre expressive à celle-là ? Le nombre de retweets de la photo me remonta le moral mais j'étais tout de même déçue de ne pas avoir réussi à atteindre la présidente. Présidente, d'ailleurs, dont je ne connaissais pas le prénom. Je n'avais jamais vu quelqu'un l'appeler par son prénom. Toujours son titre ou son nom de famille. Après le cours, je fis un détour par le bureau des élèves – une salle qui semblait bien plus grande qu'un simple bureau – et lus les noms inscrits sur la liste des répresentants. Je découvris que la présidente s'appelait Lexa. Cela me fit sourire, je m'attendais à un prénom plus... grave, qui imposait le sérieux. Lexa, au contraire, c'était joli, entre le mignon et l'agressif. Un mélange des deux. Et tandis que je tournai les talons pour quitter ce couloir avant qu'on ne me voit en train de lire la liste, je commençai à rire bêtement à l'idée que Lexa, comme prénom, ça lui allait bien à la présidente.

On trouvait plein de vidéos et photos de notre équipe de lacrosse ce soir. Les conversations étaient encore centrées sur cet « incident » quand je quittai le campus pour aller travailler.

Je pris ma pause à un peu plus de la moitié de mon service. Assise dehors, à l'air frais, sur un banc de pierre, je sortis mon portable et consultai les news. Dans mon fil d'actualité s'affichèrent très vite les nouvelles du campus. Je découvris avec dégoût les messages de haine des membres de l'équipe à mon égard. Ils pensaient tous que c'était moi l'auteure de cette « blague de mauvais goût ». Ils n'avaient pas de preuves mais après ce qu'ils m'avaient fait la veille, dont les photos avaient presque cessées de circuler depuis que de meilleurs potins étaient arrivés ce matin, ils se doutaient bien que ce petit tour était ma vengeance personnelle. Bon, d'accord, ils avaient raison sur le fait que c'était bien moi qui avait fait le coup. Cependant, ils auraient dû s'y attendre après ce qu'ils m'avaient fait hier. Je ne me laissais pas faire, moi ! Je me mordis la lèvre inférieure par réflexe lors de mes moments d'anxiété. Allaient-ils se venger à leur tour ce soir ? Je rangeai mon portable dans ma poche après l'avoir mis en silencieux, ignorant les messages de mes amis, et retournai travailler. Pour l'instant, cela était inutile d'y penser. Je verrai en rentrant.

J'étais couchée. Dans mon lit, dans ma chambre, dans ma résidence universitaire. Saine et sauve. Je pouvais enfin souffler. J'étais rentrée à pied, mon courage à deux mains. Deux mains quelque peu tremblantes. J'étais certaine qu'ils trouveraient un moyen de se venger, le fait de ne pas savoir lequel me stressais au plus haut point. Les questions « quand ? » et « comment ? » tournaient en rond dans mon esprit sans que je puisse les effacer. Je mis du temps à m'endormir et fus réveillée par un verre d'eau froide versée sur mon visage. Cadeau de Raven. Tiens, cela m'avait manquée...

J'entrai dans le réfectoire pour prendre mon petit-déjeuner. Raven, déjà assise à une table, me fit signe de la rejoindre. Octavia, Harper, Jasper et Monty étaient à ses côtés. Je lui fis un signe de tête approbatif et allai me chercher un plateau. Pour atteindre le comptoir et se servir en nourriture, il fallait traverser une bonne partie de la cafétéria. Je dus ainsi passer devant la moitié du campus, provoquant toutes sortes de réaction. Des murmures s'élevaient à chaque table devant lesquelles je passais. Ce n'était pas simplement des moqueries. Quelque chose se tramait.

- Non.

La dame de cantine me regardait avec de grands yeux sombres.

- Comment ça, non ?

Ma question ne lui fit pas plaisir du tout. Elle m'arracha le plateau des mains et me dit de foutre le camp. Apparemment, je n'avais plus le droit de me restaurer ici. Vexée et choquée, je rejoignis mes amis à leur table.

- On a essayé de te prévenir hier soir, m'expliqua Raven, mais tu ne répondais pas aux messages. Du coup, on pensait que tu savais...

- C'était pour ça que tu me faisais signe tout à l'heure ?

- Oui...

J'aurais pu éviter de me ridiculiser. J'étais un peu bête parfois. Enfin, pas autant que ceux qui avaient décidé de m'interdire l'accès aux services de l'établissement. Apparemment, tout ce que je pouvais désormais faire était aller en cours et dans ma chambre. Le reste... pas de restauration, pas de clubs, pas d'accès aux matchs de nos équipes sportives.

- Tu pourras toujours aller à la fête organisée pour Halloween. Elle est ouverte à tous les membres de l'école, des élèves aux profs jusqu'au personnel. Sans restriction. Ils se contrediraient eux-mêmes s'ils t'interdisaient d'y aller.

Je hochai la tête, le regard fixé sur la pomme verte qu'Octavia m'avait gentiment donnée. Cette dernière avait raison, ils ne pourraient pas m'interdire d'aller à cette fête et rien que pour cette raison, j'irai.

J'espérais tout de même que les choses se calmeraient un peu pour moi d'ici Halloween. La fête était dans un mois. Je tâchai de me faire petite, ne voulant pas envenimer les choses. Toute cette histoire était stupide et ces interdictions plus encore. Si je m'énervais pour ça, ils gagneraient.

- Dit Clarke, ça te dérange si je te pique une crème dessert ?

- Tu me demandes la permission de te servir dans mes affaires, maintenant... lui lançai-je avec suspicion.

- C'est que ce mini frigo est trop mignon, je me sentirais mal si je l'ouvrais sans ton accord.

- ...sers-toi...

- Merci, je t'aime Clarke. Pas autant que ton mini-frigo mais c'est déjà ça.

Sa remarque était tellement pathétique que j'en ris. Un collègue de boulot m'avait prêté un mini-frigo bleu turquoise pour que je puisse conserver ma propre nourriture. A vrai dire, il n'avait pas été le seul à avoir eu pitié de moi. Mon patron m'avait autorisé à prendre quelques fruis et légumes dans le grand local réfrigéré du restaurant et à me cuisiner quelques plats. Il fallait dire que mon histoire avait fait le tour de la ville... je priais pour qu'elle ne dépasse pas ses frontières mais les photos avaient bien finies sur internet alors...

- Au fait, Clarke, tu comptes faire quoi ?

Je tournai la tête vers Raven qui me fixait avec un sourire malicieux aux lèvres. Elle avait pris le temps de savourer son dessert avant d'engager une nouvelle conversation.

- Comment ça ?

Je me doutais bien qu'elle voulait parler d'une possible revanche mais la laissai lancer le sujet d'elle-même.

- Tu ne vas quand même pas te laisser faire ?

Non. Oui et non. Peut-être que si ? Je n'avais pas envie de riposter à coups de peinture comme je l'avais fait après ma première humiliation. Première, c'était un beau mot, je pouvais presque parler de première fois. Magnifique.

- Sérieusement, reprit Raven, tu dois faire quelque chose. Sois la première à ne pas se laisser écraser par la dictature !

Première, encore une fois. Apparemment, ce mot m'appréciait. Quel honneur !

Raven trouvait ça drôle, divertissant, surtout venant de moi.

- Dois-je encore te répéter que je n'ai rien fait pour déclencher cette histoire ?

Elle me lança un regard soupçonneux.

- Ce n'est pas ce qui se dit, me charria-t-elle.

Elle aimait m'agacer mais je savais qu'elle me croyait. Si seulement tout le monde connaissait le prologue de toute cette histoire, peut-être que plus de personnes me croiraient.

Je me redressai brusquement, une idée soudaine me forçant à bondir de mon lit pour aller attraper mon ordinateur posé sur le bureau. Je m'empressai d'ouvrir un nouveau document et commençai à taper sur le clavier sous le regard interrogateur de Raven.

- Pas mal ton idée...

Elle s'éloigna de l'écran pour retourner s'asseoir sur son lit. J'avais écrit tout un article pour expliquer ma version de l'histoire. Comment j'avais rencontré la présidente qui était venue à moi et non le contraire. Elle m'avait juste ramenée au campus sans chercher à faire ma connaissance. Personne n'aurait rien su si je n'avais pas malencontreusement pris son trousseau de clés. Trousseau que, par ailleurs, je lui avais rendu le lendemain. Aussitôt pris, aussitôt retourné au propriétaire. On ne pouvait me blâmer pour m'être comportée en personne honnête, non ?

La voix d'Octavia résonna à travers le haut-parleur du téléphone de Raven. Elle « rassemblait les troupes », comme elle avait dit avec un grand sourire collé au visage. Il était près de vingt heures, je ne travaillais pas ce soir. On avait prévu d'attendre le milieu de la nuit pour mettre notre plan à exécution. Si on pouvait vraiment parler d'un plan...

A notre duo s'étaient rapidement ajoutés Octavia, son frère Bellamy âgé de deux ans de plus qu'elle, ainsi que Jasper qui s'était empressé de prévenir son meilleur ami Monty. Raven avait aussi appelé Harper mais cette dernière avait « un devoir à finir ». Raven n'en croyait pas un mot, elle se doutait que son amie si studieuse avait en réalité peur de se faire prendre.

- Demain, tout le monde saura la vérité, qu'ils veulent bien la croire ou non ! S'exclama Raven.

Je ne me faisais pas d'illusions, mon article ne changera pas grand chose à la situation. Peut-être même qu'elle l'aggraverait. C'était ce que je craignais. Néanmoins, j'avais bien trop envie de connaître la réaction de la présidente tant adorée de tous pour me rétracter. Si tous les autres pouvaient me qualifier de menteuse ou de calomniatrice, Lexa ne pouvait nier la vérité car elle la connaissait aussi bien que moi. Voire mieux. En effet, pour quelqu'un qui se trouvait au centre d'un cercle d'amis très fermé – si on pouvait les appeler des amis – avec une réputation telle que la sienne, il était bien surprenant qu'elle s'arrête au bord de la route, tard le soir, pour aider une âme en peine. Clairement, elle avait plus à expliquer que moi.

L'heure venue, Raven et moi allâmes rejoindre l'imprimante du secteur jaune. Chaque binôme avait un secteur attribué que tout le monde nommait par sa couleur. Question de simplicité. Chaque binôme avait pour mission d'imprimer deux cents copies de l'article. J'avais envoyé par mail le fichier et nous avions tous mis le fichier sur clé USB. Trois dizaines de pages étaient déjà sorties de notre imprimante lorsque Raven, trop enthousiaste à mon goût, me lança :

- On va en mettre partout, personne ne pourra le rater !

Je lui souris, j'étais contente d'avoir son soutien dans cette histoire. Le sien, mais aussi celui d'Octavia, de son frère qui avait fini par me croire car il faisait confiance à sa sœur et que celle-ci me croyait, de Jasper et Monty que j'apprenais à connaître. Au moins, je n'étais pas toute seule.

Deux heures plus tard, nous avions tous terminé. L'article avait été imprimé en six cents exemplaires eux-mêmes répandus sur tout le campus. Il ne restait plus qu'à attendre demain.


Raven m'avait appelée du réfectoire pendant que je prenais mon petit-déjeuner dans notre chambre. Mon article faisait bien évidemment parler de lui. Mais ce n'était pas la raison pour laquelle elle m'avait appelée. Je posai mon bol sur le bureau de peur de le faire tomber sous la surprise. La présidente avait fait une annonce vidéo sur le site internet du bureau des élèves. Je ne me fis pas prier et me ruai sur mon ordinateur. Je retins ma respiration, cliquant sur la vidéo pour la lancer. Je sentis très vite les muscles de mon visage et de mes bras se contracter peu à peu. Je fixai le regard de celle qui avait une annonce si importante à faire avec l'infime souhait qu'elle puisse me voir, me regarder dans les yeux alors qu'elle niait le contenu de mon article. Sans émotions, son visage incroyablement impassible. Je fermai mon ordinateur portable avec hargne. Non seulement elle n'avait pas pris longtemps pour répondre à mon article, mais en plus sa réponse avait pour objectif de me dénigrer. Elle pensait pouvoir faire croire ses mensonges à tout le campus mais s'il y avait bien une personne qui ne la croirait jamais, c'était bien moi.

J'entrai en trombe dans le réfectoire avant la fin du petit-déjeuner. J'ignorai les interpellations surprises de mes amis et marchai d'un pas décidé vers la grande table. Je poussai du pied la chaise en face de celle de la présidente, déclenchant des plaintes chez l'élèves assis dessus. Les mains posées à plat sur la table, je plantai mon regard dans celui de la grande chef absolue et lançai :

- C'est quoi ton problème ?

J'avais parlé fort mais c'était encore loin du hurlement. Pourtant, tout le monde avait entendu car tout le monde s'était tu à mon arrivée à la table des élèves du Bureau. Long silence. Des bras me saisirent et me tirèrent en arrière mais je ne lâchais pas la présidente des yeux. Mon regard quitta le sien seulement lorsque la porte de la cantine se referma devant moi. Elle n'avait pas répondu mais son regard m'avait déjà donné quelques indices. De la colère, voilà ce que j'avais pu y lire. Cependant, cette colère ne me visait pas seulement moi. Elle m'en voulait peut-être de m'accrocher à la vérité, de ne pas me laisser aplatir par le rouleau de l'humiliation. A ce stade je savais qu'il y aurait des représailles mais j'étais au moins fière de l'avoir touchée. Juste un instant, mais je l'avais bien vu sur son visage, dans ses yeux. Personne ne lui faisait habituellement face, c'était bien ce qui allait sûrement me coûter ma dignité déjà bien atteinte – en espérant que cela n'aille pas jusqu'à me coûter un membre ou deux – mais moi, je tâchai de lui tenir tête du mieux que je pouvais. Je n'avais pas autant de moyens qu'elle et son groupe mais j'avais toujours la vérité de mon côté. Vérité que je comptais lui rappeler autant de fois que nécessaire.