Nouveau chapitre ! Merci encore pour vos reviews, ça motive ! *-*
Je vais essayer de poster tous les jours cette semaine, si ça m'est possible. Après, je reprends les cours et j'essaierai de poster au moins deux chapitres par semaine. Si c'est plus, tant mieux, bien que j'en doute, sinon je m'excuserais de l'attente. Je ne sais que trop bien ce que c'est que d'attendre la suite d'une fiction. Sur ce, je vous laisse découvrir ce chapitre !
Deux jours s'étaient déjà écoulés depuis ma dernière « altercation » avec la présidente. Pour tout le campus, j'étais une jeune femme impulsive qui avait agressé verbalement la Présidente des élèves et très certainement physiquement si ses proches amis si fidèles ne m'avaient pas jetée dehors. Mais ce fait était loin d'effrayer tous les étudiants. Au contraire, beaucoup prenaient plaisir à me cracher des insultes au visage dès qu'ils m'apercevaient dans les couloirs. Ma réputation se dégradait de jour en jour. Pour cette raison, je dis à Raven de m'éviter sur le campus et de faire passer le mot aux autres. Je voulais bien les laisser me prouver qu'ils me soutenaient mais seulement lorsque leurs identités restaient secrètes. S'ils me défendaient en public, ils seraient très certainement pris à parti eux aussi. Je traversai la cour intérieure. Il était onze heures, j'avais encore un cours de deux heures avant la pause déjeuner. Les têtes se tournaient sur mon passage. Des insultes s'élevaient dans les groupes d'élèves éparpillés ici et là. Je tâchai de les ignorer, gardant un visage neutre. C'était agaçant au bout d'un moment mais il ne fallait pas le montrer, ils en seraient bien trop fières. Je faillis partir à la renverse. On venait de me rentrer dedans. Je voulus relever la tête pour voir qui venait de me bousculer quand une masse heurta violemment ma joue. Je venais de me prendre un crochet du gauche. Je me rattrapai de justesse en repoussant mon pied droit vers l'arrière.
- Fais attention, la prochaine fois.
Cette voix, je ne me souvenais pas l'avoir déjà entendue. En-dehors des insultes qu'on me lançait à longueur de journée, je n'avais jamais entendu cette voix. J'eus à peine le temps de reconnaître une des plus proches amies de Lexa avant que celle-ci ne disparaisse dans la masse d'élèves qui rejoignaient leur salle de cours. Ma joue me faisait mal mais je ne saignais pas et ma mâchoire semblait intacte.
Trois heures plus tard, je consultais les réseaux sociaux et découvrais que la vidéo de mon agression avait été postée un par partout. Et bien évidemment, c'était moi la fautive, celle qui avait attaqué un membre du Bureau. Mais ce n'était pas tout. Maintenant, je n'étais plus seulement impulsive mais jalouse. De qui me direz-vous ? De toutes les personnes proches de Lexa. En haut d'un article posté sur le site du Bureau des Élèves, le titre « Clarke Griffin agirait finalement ainsi à cause d'un crush sur notre Présidente ? ». Je pensai à lancer violemment mon portable contre le mur mais j'en avais besoin. Contrôle de soi. Je soufflai. Une phrase de l'article faillit me faire balancer mon téléphone pour de bon. « Sa tentative d'approche est néanmoins la plus pathétique que nous ayons pu voir chez les adorateurs de la Présidente, qui plus est vilainement surligné par le fait qu'elle n'assume pas ses gestes. » Ils voulaient me faire passer pour une pétasse ? Long soupir. De toute façon, avec la réputation que j'avais gagnée ces derniers jours, cela ne changeait pas grand chose pour moi. L'idée que je n'en étais plus à ça près m'arracha un rire cynique. Je me demandais si Lexa avait accepté les hypothèses ayant données vie à cet article. Je n'aurais pas été étonnée si elle en avait été elle-même l'instigatrice. Fatiguée et souhaitant me vider l'esprit, j'activai le réveil de mon téléphone et profitai de ma dernière heure de pause déjeuner pour dormir un peu.
En fin d'après-midi nous décidâmes d'aller en ville. On voulait juste se détendre un peu dans un café du coin. Parler, boire, jouer aux arcades. Je pouvais rester avec eux jusqu'à six heures avant de devoir les quitter pour aller travailler. Le restaurant où je travaillais n'était pas loin. Je pouvais donc profiter de l'heure et demie qu'il me restait avec eux sans me soucier de rater le bus. Nous étions tous assis à une table rectangulaire six places, trois chaises et une banquette arrondie à l'angle du mur. Nous discutions des derniers films sortis au cinéma quand Harper nous interpella, les yeux rivés sur son téléphone.
- Une page a été créée rien que pour vous deux. Elle est remplie de montages de vous.
Je haussai un sourcil et compris de quoi elle parlait quand tous les regards se tournèrent vers moi.
- Oh, mademoiselle a un fanclub... fit Raven avant d'éclater de rire.
J'arrachai le téléphone des mains de Harper et découvris le sujet de tant de rires. All for Clexa. Je fis défiler la page et le rouge me monta aux joues face à tous les montages qui nous représentaient Lexa et moi comme un couple. Raven ne manqua pas de le faire remarquer.
- Avoue-le Clarke, toi aussi tu adores.
Je l'envoyai gentiment se faire voir et bus quelques gorgées de mon cocktail – sans alcool, je devais rester sobre pour travailler ensuite – avec l'espoir qu'une nouvelle découverte les détourne de cette conversation. Malheureusement, rien ne les détachèrent de cette page. Ils riaient aux éclats à chaque nouveau montage. Il semblait que « Clexa » avait un véritable groupe de fan au sein de l'université. Je quittai le café désespérée quand l'heure vint pour moi de me rendre au travail.
- Hé Clarke, encore un verre s'il te plaît !
J'ai fini mon service, Jaha.
- …J'ai dit s'il te plaît ?
- Non, je rentre. Et vous devriez peut-être faire de même avant de finir ivre mort.
Je sortis du restaurant avant qu'il ne puisse répliquer. Jaha était un client régulier. On le connaissait bien à force. Il venait au moins quatre soirs par semaine boire suffisamment d'alcool pour purifier un pestiféré. Au bout de trois verres il commençait à râler et neufs à chanter. Comme quoi on aurait pu créer un groupe de musique et le nommer « Les pestiférés de Jaha ». Ce groupe aurait fait un malheur, on en était sûrs.
Il faisait frais mais pas encore assez froid pour me faire frissonner. Je jetai un regard à l'arrêt de bus inoccupé à un peu moins de cent mètres de là et décidai encore une fois de rentrer à pied. Tant que le temps me le permettait, autant en profiter. Cela faisait du bien de marcher et j'appréciais le calme et la sérennité de la nuit. Ce calme fut brisé par le roulement de moteur d'une voiture à l'approche. Je la reconnus aussitôt. Aucune voix ne m'ordonna de monter, cette fois, mais je le fis tout de même car je voulais des réponses. A peine entrée dans la voiture, elle démarra. J'attachai ma ceinture et me mis de biais pour me permettre de fixer la conductrice sans relâche. La façon dont j'étais assise était assez explicite : elle savait que je ne la quittais pas des yeux. J'espérais l'agacer, la faire déclencher la conversation. Elle ne le fit pas avant notre arrivée au campus.
- Je t'avais dit de prendre le bus.
Elle fit une pause, avant de reprendre sur le même ton calme et posé que précédemment :
- Ne t'approches plus de moi.
Cette simple phrase suffit à me faire sortir de mes gonds.
- C'est toi qui m'a approchée ! Je ne t'ai jamais rien demandé jusqu'à ce que tu t'arrêtes sur le bord de la route. Et pourquoi, d'ailleurs ? La Présidente fait de la charité ?
Elle ne répondit pas. Son silence m'offusquait. Je me tournai pour attraper la poignée de la portière et quitter ce véhicule au plus vite, en faisant attention de ne rien prendre cette fois-ci. A croire que toute cette histoire avait commencée ainsi... à cause d'un maudit trousseau de clés... je n'aurais jamais dû le lui rendre. Si je l'avais gardé, peut-être aurait-elle oublié ou alors elle serait venue le chercher elle-même. Une idée germa dans mon esprit au moment même où j'ouvris la porte de la voiture. Passant mes jambes à l'extérieur, j'attrapai mon sac et passai discrètement un doigt au creux du porte-clefs, dans le vide-poche de la portière. Elle avait dû le remettre à la même place que la dernière fois. Pas très futé. Je fis exprès de me cogner contre la porte pour qu'elle ne remarque rien et, une fois sortie, je claquai la porte avec hargne pour couvrir les appels au secours des clés sur le trousseau kidnappé – à nouveau. Cette fois-ci, je ne le lui rendrai pas. Elle viendra le chercher elle-même, si tant est qu'il eût quelque valeur à ses yeux. Je m'éloignai de la voiture, me retournant vers elle à un angle qui me permettait de me cacher de sa vue. De loin, je pus apercevoir son visage éclairé par les lampadaires et l'expression d'effarement sur celui-ci. Après la colère, l'effarement. Et bien maintenant, je savais que Madame Impassibilité était capable d'au moins deux expressions faciales distinctes.
J'avais tout expliqué à Raven pour qu'elle ne soit pas surprise si elle trouvait le fameux trousseau en fouillant dans mes affaires. J'en avais d'ailleurs profité pour lui intimer de ne pas fouiller dans mes affaires. Son visage s'était montré sérieux mais son regard s'était bien foutu de moi. Je ne la changerais jamais ! Cependant, elle avait adoré mon idée et attendait le résultat de cette expérience avec autant d'impatience que moi. Presque autant d'impatience. Bon, trois jours après, je jouais encore avec le trousseau de clés, écouteurs dans les oreilles, jusqu'à en être lassée et enfin parvenir à m'endormir. Trois jours... soit Lexa était longue à la détente, soit elle avait décidé d'ignorer mon coup. J'en doutais. Ces clés devaient bien servir à quelque chose. Le trousseau avait beau ne pas être personnalisé, une clé avait toujours son utilité. Si elle ne me les avait pas encore réclamées, c'était probablement car ce que ces clés ouvraient ne se trouvaient pas sur le campus. Elle ne devait pas en avoir besoin quotidiennement.
J'avais arrêté de consulter régulièrement les pages internet concernant le campus. Selon les dires de Raven, ça dérapait de plus en plus et on trouvait des montages Clexa vraiment douteux. Je préférais ne pas savoir. J'essayais aussi de passer le plus inaperçue possible lorsque je traversais le campus car des « fans » me prenaient souvent en photo pour créer de nouveaux montages avec. Ce campus était vraiment dingue...
Il était près de quinze heures. Je rejoignis la bibliothèque universitaire pour aider Octavia sur un devoir. Elle n'était pas dans le même cursus que moi mais nous avions trois cours en communs, par ailleurs communs à tous les cursus en première année. Après, nous serions libres de conserver ou abandonner ces matières. Je m'assis en face d'elle après l'avoir saluée. Elle avait déjà rassemblé une pile de bouquins.
- Merci d'être venue, je ne m'en sors pas !
Je lui répondis par un sourire. L'histoire de l'art n'était pas son truc et ça s'était déjà remarqué. Elle passait les cours sur son téléphone. En revanche, je m'en sortais plutôt bien. Il fallait dire que j'étais en cursus d'arts. Mon cursus mélangeait plusieurs formes d'art, des arts plastiques au spectacle vivant, passant par la littérature. J'avais longuement hésité sur le choix de mes études supérieures. J'avais toujours été fascinée par le métier de ma mère, qui était médecin généraliste. J'avais longtemps pensé me diriger vers la médecine mais en grandissant je m'étais rendue compte que ce n'était pas ce qui me passionnait. Tout ce que je n'arrivais pas à dire, j'essayais de l'exprimer d'une autre manière. Tout ce que je trouvais beau ou laid, magnifique ou horrible, je voulais le représenter, le faire comprendre aux autres par tous les moyens possibles. Alors j'avais choisi ce cursus, loin, très loin de chez moi. Si je cherchais surtout du dépaysement, je l'avais trouvé.
- Raven m'a tout expliqué, me fit Octavia qui venait de s'arrêter soudainement de rédiger.
Je levai la tête, surprise. Elle reprit :
- Tu n'es pas curieuse de découvrir ce qu'ouvrent ces clés ?
Bien sûr que si, je l'étais. Ces clés étaient un véritable mystère et plus encore car elles appartenaient à Lexa. J'espérais secrètement que l'une de ces clés lui ouvrait la tête pour que je pusse enfin voir ce qu'il s'y passait là-dedans.
- Non, je m'en fiche. Je les garde encore un moment et si elle ne se décide pas à venir les reprendre, je les vire.
Elle m'avait regardée avec un air étonné quelques longues secondes et était retournée à son devoir. Elle ne me croyait peut-être pas, je me demandais ce qui pouvait m'avoir trahie. Mon regard ? Une mimique ? Peu importait car la bibliothèque se remplissait de plus en plus. Si je restais j'allais probablement me faire virer, aussi je décidai de partir. Octavia me remercia encore une fois et je quittai les lieux discrètement. Je ne m'étais pas faite remarquer, j'avais probablement échappé à une nouvelle vague d'insultes. Pour ressortir de ce bâtiment et rejoindre ma chambre, je devais passer par le grand hall. Je pensais qu'il serait bondé à cette heure-là mais il y avait à peine une dizaine d'élèves qui ne faisaient que passer. Je m'arrêtai pour regarder les grands panneaux d'informations. Entre les infos viables traînaient deux types d'affiche : celles qui me dénigraient avec des illustrations grotesques de moi, mettant en valeur la Présidente en contrepartie et celles qui mêlaient les montages Clexa les mieux réussis. Génial. J'étais au centre de l'attention. Je repartis, il me restait un peu moins d'une heure avant de devoir rejoindre la ville pour commencer mon service.
Je croisai encore quelques affiches collées ici et là sur le campus, mais la majorité ne me concernait pas. Certaines semblaient être là depuis plus longtemps que moi. Je m'arrêtai en face d'une affiche représentant l'équipe de Lacrosse en vainqueur du tournoi inter-universités de la saison dernière. Ou plutôt, représentant Lexa. La photo était magnifique. Lexa avait retiré son casque et ses coéquipiers la portaient en triomphe. Un rayon de soleil filtrait parfaitement, faisant ressortir son teint hâlé et ses yeux verts-gris. La couleur de ces derniers était particulière, maintenant que j'y pensais, ils changeaient de teinte selon la luminosité. Ils ressortaient encore mieux entourés d'un maquillage noir qu'elle devait mettre pour les matchs. Il n'y avait pas à dire, elle était vraiment belle. Mais cette affiche, imprimée en un nombre d'exemplaires trop grand pour que j'eus le courage de les compter, n'était qu'une infime preuve de l'éloge fait à la Présidente des élèves de cette université. Depuis mon arrivée ici, tout ce que j'avais pu constater à son sujet n'était pas juste lié à sa popularité. Elle semblait être une véritable icône que seuls ses proches amis pouvaient approcher. Sinon, voilà ce qui se passait. J'en étais la triste preuve. Je me détournai de l'affiche, alertée par le brouhaha d'un groupe d'élèves sortant du bâtiment adjacent, et repris ma marche silencieuse. J'étais convaincue que Lexa n'était pas seulement populaire mais au centre d'un véritable culte.
Fin de service. Cela allait faire un mois que je travaillais ici. J'étais rodée et mes services se déroulaient presque de façon mécanique. J'arrivais, j'enfilais ma tenue de travail, j'allais en salle accueillir les clients, je prenais les commandes, je faisais des allers-retours entre la salle et les cuisines pour servir les plats, le restaurant finissait par se désemplir doucement et je finissais mon service à des heures variables selon les soirs. C'était souvent entre vingt-deux et vingt-trois heures, parfois un peu plus tard en fin de semaine. Le bar du restaurant, quant à lui, pouvait rester ouvert jusqu'à trois heures du matin mais heureusement, je n'étais pas barmaid. Je me damnerais si je devais m'occuper plus encore de Jaha. Déjà qu'il mangeait régulièrement au restaurant, accompagnant ses plats de différents alcools...
La nuit était plus fraîche que les jours précédents. La température chuterait bientôt. Pour l'instant, je pouvais encore me permettre de rentrer à pied. Je portais une main exaspérée à mon visage. C'était réellement le même mécanisme. Mes faits et gestes, mes pensées, toujours les mêmes chaque soir de travail. Mes journées se ressemblaient bien trop à mon goût. Je redressai mon sac sur mon épaule quand une masse sombre vint se poster en face de moi, me faisant sursauter et bondir en arrière comme un chaton effrayé. J'étais courageuse, seulement très facilement surprise. Je reprenais une longue bouffée d'oxygène pour aider mon cœur à retrouver son calme. Très facilement surprise. En même temps, il était tard, il faisait nuit noire, et la seule source de lumière était un vieux lampadaire à l'angle du restaurant qui avait l'air de vouloir vendre son âme au diable pour arrêter de souffrir dans le monde des mortels. Les mains sur les genoux, je me redressai. Le silence me fit penser que la masse n'avait dû être qu'un effet d'ombre, une sorte d'hallucination, et qu'il n'y avait en réalité rien. J'avais tort. La faible lumière jaunâtre me permis de distinguer les traits de Lexa. Sans déconner... grommelai-je intérieurement. Elle me fixait sans rien dire depuis qu'elle s'était plantée devant moi et j'étais sûre qu'elle était fière de m'avoir effrayée ainsi.
- Tu t'amuses bien ?
Je lui avait presque craché ma question au visage. Mon cœur avait repris un rythme plus ou moins normal mais la présence de la grande Présidente de ma merveilleuse université me mettait mal à l'aise. Avec tout ce qui s'était passé depuis que je l'avais rencontrée, il était normal que j'aie quelques doutes sur ses intentions. Surtout à ce moment-là, dans un coin de la ville en plein milieu de la nuit. Non, je n'exagérais pas, tout le monde aurait eu des doutes. N'est-ce pas ?
Son manque de réactivité m'agaçait et j'allais insister quand elle répondit sur un ton incroyablement neutre :
- Non.
Je lus tout le contraire au fond de ses yeux. Si son visage était impassible – je n'avais plus de synonymes pour le qualifier tant il restait toujours le même – ses yeux se montraient de plus en plus expressifs. Son regard riait. Cependant, l'amusement dans son regard s'évanouit pour adopter un sérieux concerné.
- Rends-moi mes clés, Clarke.
Même ton neutre. J'étais bouchée bée par sa façon de me les demander. Elle venait à la sortie de mon lieu de travail pour m'ordonner de lui rendre ce qui lui appartenait sans même une salutation. Les formalités, avec elle... et d'ailleurs, comment avait-elle su que je travaillais ici ? Question stupide, c'était la présidete du Bureau, elle avait accès à tout un tas d'informations. Et il fallait dire que les infos tournaient vite sur le campus.
- Bonsoir, Lexa, fis-je sur un ton faussement poli, appuyant fortement sur les syllabes de son prénom.
Contrairement aux autres, je ne l'appellerais pas par son nom de famille ou son titre. Sauf si c'était pour me moquer d'elle, ce que je comptais bien faire sans manquer une seule occasion. Son regard ne cilla pas. Il était fixe. C'était perturbant à quel point elle pouvait avoir l'air d'une statue de marbre, celles qui vous donnaient l'impression de vous suivre du regard sans pourtant le bouger.
- J'en ai besoin. Elles ne t'appartiennent pas.
Devant son air sérieux, je lui ris au nez. Façon de parler bien sûr. J'étais à trois bons mètres d'elle.
- Je me demande à quoi elles peuvent bien servir, soulevai-je après avoir retrouvé une certaine contenance.
- Cela ne te regardes pas, me coupa-t-elle brusquement.
Je savais que j'avais touché une corde, sensible ou non, et que je pouvais peut-être tirer quelques informations en la titillant encore un peu.
- Pourtant, le fait que je rentre à pied au campus en pleine nuit ne te regardait pas non plus. Qui je suis ne te regardait pas, ni toi ni personne, et maintenant tout le monde connaît mon visage, chacun s'est formé une image négative ou grotesque de moi.
Elle releva légèrement le menton. Ses traits se durcirent. Bien, ça fonctionnait.
- C'est ce qui arrive à tous ceux qui s'approchent de moi, souleva-t-elle sur un ton dur.
- Non, répondis-je d'emblée, c'est ce qui m'arrive depuis que tu m'as approchée.
Je me mis en marche pour la planter là, la bousculant au passage avec fierté. On m'avait tant bousculée ainsi dans les couloirs, avec un mépris sans fondement, que j'étais soulagée de pouvoir le rendre à celle qui avait tout déclenché. Je pensais la laisser bouche bée dans la ruelle sombre mais elle attrapa mon poignet avant que je m'éloigne suffisamment.
- Dépose mes clés dans mon casier demain matin. Cette fois, personne ne le saura.
Trop gentil de sa part de me promettre une chose aussi importante à mes yeux ! Je me tournai et perçai son regard de mes yeux noirs de colère.
- Va te faire voir, Présidente, crachai-je en appuyant bien sur ce dernier mot.
Je profitai de sa surprise pour dégager mon bras de sa main et engageai une démarche rapide. Quitter cet endroit, vite. Je ne me retournai pas mais à l'air qu'elle avait avant que je ne lui tourne le dos, elle ne devait pas être habituée à ce qu'on agisse ainsi avec elle. Eh bien, elle pouvait me ridiculiser autant qu'elle le voulait, je ne la respecterais certainement pas. Le respect fonctionnait dans les deux sens. Tant qu'elle continuait de me considérer comme un phénomène de foire, je la planterais de cette façon à chaque fois qu'elle viendrait me voir. Si elle avait encore l'audace de venir à moi.
Ce soir, je ne jouais pas avec le trousseau. Je n'écoutais pas de musique. Raven dormait paisiblement et je me perdais dans mes pensées. J'essayais de comprendre mais la logique de la situation m'échappait. Y avait-il au moins une logique dans tout ça ? Au moins, maintenant, je savais que je pouvais atteindre Lexa. Ce qui m'effrayait et me rassurait à la fois était le fait que, tant que j'avais le trousseau de clés, les choses n'étaient pas terminées entre elle et moi. Je supporterais encore un moment les insultes, les critiques, les coups s'il devait y en avoir d'autres. Je ne supporterais pas, en revanche, son manque de réponses. Elle avait puisé dans je ne savais quelles sources pour s'informer à mon sujet. Contrairement à elle, je puiserais dans la source originelle.
