Nouveau chapitre, un peu plus court que les précédents. Il prépare très bien au prochain chapitre qui promet de l'action et quelques coups de théâtre ! :D
N0N0100 : J'avoue m'être marrée toute seule sur cette référence au ship. Mais en même temps, c'est sympa d'imaginer les murs d'une université couverts de montages Clexa. xD
Je fixai le mur, incrédule. J'étais la star d'une toute nouvelle affiche. Pas de montage cette fois, c'était une photo d'un fait bien réel : moi, hier, devant l'affiche acclamant l'équipe de Lacrosse. En somme, moi en train « d'admirer Lexa ». On m'avait pris en photo sans que je m'en rende compte et je regrettais déjà de ne pas avoir été plus discrète. J'avais pourtant fait mon possible pour que le moins de personnes me remarque mais, preuve à l'appui, cela avait été vain. Si cette affiche avait été un montage, j'aurais été agacée, mais pas si surprise. Je m'étais habituée à voir des montages de Lexa et moi sur tous les murs du campus. Ils étaient partout ! Mais au moins je savais que c'était faux. Car cette fois, la vérité était placardée aux murs. Certes, ce n'était pas rare pour un élève de lire des affiches mais pour quelqu'un qui, selon les rumeurs, était particulièrement intéressé par Lexa, cette photo était une preuve incontestable. Et moi qui essayais de noyer cette rumeur avec le temps... je passai nerveusement une main dans mes cheveux en réalisant que si tout le campus pouvait voir l'affiche, alors Lexa le pouvait aussi. Tout le campus passait encore. Mais Lexa ? Je revoyais encore l'amusement dans son regard. Elle ne manquerait pas de me le faire remarquer, j'en étais sûre. Heureusement, j'avais quelque chose qu'elle voulait récupérer et se moquer de moi ne l'aiderait certainement pas.
Je rejoignis les filles sur la plage. On avait décidé de déjeuner ensemble. Le vent soufflait mais pas assez fort pour nous décourager. Nous nous installâmes et commencèrent à manger en silence. Chacune contemplait la mer agitée. Harper fut la première à briser le silence.
- Dis-nous, Clarke, la photo de toi sur l'affiche... ça n'a pas l'air d'un montage...
Raven lui intima de se taire d'un regard. Trop tard, je l'avais vu. J'avais aussi compris ce qu'elle voulait me demander.
- Ce n'est pas un montage.
Je posai mon sandwich et remontai mes manches, me redressant légèrement. Je faisais parfois ce geste quand je m'apprêtais à expliquer quelque chose de compliqué.
- Je vois bien que cette histoire vous amuse beaucoup. Je ne dirais pas qu'une partie ne m'amuse pas mais je n'apprécie pas tellement le harcèlement quotidien. Vous avez vu comment les gens se comportent avec Lexa, l'importance qu'elle semble avoir ici. Je ne sais pas encore si c'est vraiment elle l'influence néfaste, j'essaie néanmoins de le découvrir.
Elles restèrent muettes un moment. Mon discours avait retiré tout sourire des visages. Chacune affichait sa propre version d'un air désolé. Octavia finit par répondre :
- Tu sais qu'on est avec toi. Je veux bien aller lui lancer mon plateau à la figure si ça peut te permettre de souffler un peu. Et puis, comme ça, il me reconnaîtrait...
Un large sourire s'étendit sur son visage. Je tournai la tête vers une Raven complice qui se décida à m'expliquer :
- Elle a un coup de cœur sur un des amis de Lexa, Lincoln.
- Je ne serais pas contre des montages rien que sur nous deux, ajouta-t-elle avec un rire. Linctavia, ça sonne bien, non ?
Au début sceptique, je finis par pouffer de rire. Présentée comme ça, cette histoire paraissait ridicule. Une fois calmée, je fis tout de même remarquer :
- Au moins, les montages te représenteraient avec un gars que tu aimes bien.
Elle allait répondre, l'air plus sérieux que précédemment, mais Raven la prit de court.
- Oh, aller, tu t'es rendue compte de l'intensité avec laquelle tu regardais l'affiche de Lexa ? Tu ne vas pas me dire qu'elle ne te fait pas d'effet...
Celle-là, elle avait envie d'un peu de mon mélange de peintures dans son lit ! En guise de réponse, j'attrapai une poignée de sable et la lui jetai dessus. Cela déclencha une bataille qui se termina à l'eau. Il faisait douze degrés celsius cet après-midi là. La température de l'eau était sous la barre des dix degrés. On pouvait vraiment être stupides parfois, mais on s'amusait bien.
Nous nous étions séparées après nous être lavées et changées dans nos chambres respectives. J'avais laissé Raven prendre sa douche avant moi car son prochain cours commençait une demi-heure avant le mien. Il n'était pas de nos habitudes de nous laver en plein milieu de la journée mais nous étions toutes pleines de sable et les cristaux de sel nous démangeaient. Je sortis vingt minutes après Raven pour rejoindre ma salle de cours. Il y avait du monde dehors et je craignais de tomber sur les mauvaises personnes. Gagné. La fille qui m'avait envoyé son poing dans la figure l'autre fois s'avançait vers moi, accompagnée de six autres étudiants que je connaissais de vue. Ils étaient partout où était Lexa. Cette dernière, en revanche, n'était apparemment pas constamment avec eux.
- Salut, Clarke. Tout va bien j'espère ?
Merveilleusement bien. Cette remarque me donna envie de devenir leur amie. Ou pas. Je ne répondis rien. Qu'ils en viennent au fait.
- On se demandait, reprit la fille en tête du petit groupe, tu n'aurais pas autre chose à faire que de reluquer constamment notre amie ? Franchement, la Présidente des Elèves, t'as pas cherché loin !
Mes yeux roulèrent dans leurs orbites. Je n'allais pas cherché loin non plus pour envoyer mon poing dans la figure de quelqu'un.
- Vous n'auriez pas autre chose à faire que de me reluquer sans arrêt ? C'est vrai quoi, toutes ces photos de moi un peu partout sur le campus... c'est vous qui avez lancé cette mode, j'ai de quoi me poser des questions.
La fille le prit mal et m'envoya rouler dans l'herbe d'un coup de pied. Le reste du groupe était aussi vexé par ma remarque sauf un qui riait aux éclats. La fille s'approchait pour réitérer son geste lorsque quelqu'un s'interposa.
- On ne frappe pas à terre, sinon point à l'adversaire.
C'était Octavia qui se tenait debout devant moi, bras ouverts. Je pensais qu'elle allait se prendre un coup mais une voix masculine – celle qui riait l'instant précédent – rappela la chienne enragée. Le groupe partit sans rien de plus qu'une insulte de la part de la fille qui avait été nommée Anya. Octavia m'aida à me relever, mon remerciement s'évanouissant dans l'air à l'aperçu du sourire qu'elle portait au visage.
- Maintenant, il me connaît, me confia-t-elle avec un clin d'oeil.
Bien sûr... elle n'était pas juste venue me sauver, elle était venue se faire remarquer par Lincoln. Maintenant, je pouvais coller un visage à ce nom. Il avait l'air moins mesquin que les autres, il avait bien rappelé Anya à l'ordre ! Je me demandais en revanche s'il l'avait fait par considération pour une personne sur le point de se faire passer à tabac ou pour les beaux yeux d'Octavia. La seconde hypothèse me semblait plus plausible.
Après les cours, j'étais retournée dans ma chambre. Debout au milieu de la pièce, je constatai les dégâts qui y avaient été causés. Le matelas était à moitié retourné, l'oreiller gisait sur le sol, les objets censés être en ordre sur l'étagère étaient éparpillés sur le bureau. Mon ordinateur portable était ouvert et allumé. Je m'approchai, fixant l'écran montrant un document texte ouvert. En grosses lettres noires était écrit « Echangeons. ». Court mais efficace. Je commençai déjà à fouiller la pièce du regard pour déduire ce qui me manquait. La réponse se trouvait dans mon armoire. Ou au contraire, ne se trouvait pas. La montre de mon père avait disparue. Je frappai la porte du poing avec rage. Je me reculai aussitôt et remis mon lit en ordre pour m'y asseoir et essayer de me calmer. Il fallait que je range tout ça. Je me laissais cinq minutes pour encaisser le coup. La montre était tout ce qui me restait de mon père, en-dehors de mes souvenirs. Il était mort deux ans auparavant, en service. Il fut inspecteur de police pendant un peu plus de vingt ans. Le jour de sa mort, il avait oublié sa montre à la maison. Je l'avais remarquée et avais décidé de la porter pour la journée. Je pensais pouvoir la lui rendre le soir, lui dire en riant que je la lui avais « empruntée », mais cette montre n'avait jamais quitté mon poignet. Jusqu'à ce que ce campus ne me prenne pour cible et que, par peur de me la faire casser ou voler, je l'avais mise à l'abri dans mon armoir. Apparemment, j'aurais dû la cacher mieux que ça. Je ne pensais pas qu'on serait venu jusque dans ma chambre trouver de quoi me blesser mais Lexa avait trouvé, et pas n'importe quoi, quelque chose de particulièrement efficace. N'importe quel coup physique ne m'avait jamais fait aussi mal que la disparition de cette montre qui me rappelait avec brutalité la disparition de mon père. C'était d'ailleurs un terme bien faible que « disparition ». Mon père était mort, il n'avait pas disparu. Car s'il avait disparu, je l'aurais retrouvé. J'aurais inversé le sens de la terre pour le retrouver. Mais il était mort, alors le faire était inutile.
Je me levai pour remettre de l'ordre dans la chambre avant que Raven ne revienne et me pose des questions auxquelles je ne voulais pas répondre, pas encore, et réfléchis à mes possibilités. Je pouvais aller lui rendre son fichu trousseau de clés et récupérer la montre de mon père, en finir avec tout ça, mais je doutais que cela termine cette histoire qui s'éternisait. Ce n'était plus un simple malentendu. C'était devenu l'équivalent d'une affaire d'état pour un campus. L'histoire ne se terminerait qu'avec l'une de nous deux partie. Mais aucune de nous deux ne comptait quitter le campus. Lexa avait remarqué mon entêtement et elle essaierait probablement de me piéger encore une fois. Elle venait de le faire avec la montre mais je refusai d'accepter un échange. Ce serait se rendre. Elle avait eu l'occasion d'abdiquer, elle ne l'avait pas fait, alors je ne voyais pas pourquoi je le ferais. Tant que j'avais son trousseau, elle ne se risquerait pas à détruire ma montre. Si elle le faisait, elle ne reverrait plus jamais ses clés. Je pouvais très bien les détruire maintenant et la faire chanter mais si elle se décidait à me rendre ce qui m'appartenait, j'aurais détruit ma seule chance de revoir la montre. Je soupirai, m'asseyant sur mon lit une fois tout remis en place. Nous voilà entrées en guerre froide.
Ce soir-là j'avais confié le trousseau de clés à Raven. Je ne voulais pas risquer de me le faire voler en le gardant sur moi. Raven était un choix trop évident à mon goût mais Harper ne voulait clairement pas être directement mêlée à cette histoire et j'avais peur qu'Octavia ne les donne à Lincoln par inadvertance. On ne savait jamais, l'ami de Lexa pouvait se décider à draguer mon amie pour obtenir des informations sur moi, bien qu'il avait aussi l'air intéressé par Octavia. J'étais allée au travail avec les mêmes gestes et pensées que mes autres soirs de service et étais rentrée sans entrave. Je me tenai devant le mur de casiers du Bureau des Elèves. Je déposai dans celui de Lexa un papier. Elle ne pourrait pas dire ne rien y avoir trouvé. J'avais écrit à l'encre bleue cyan qui rendait l'écriture plus difficile et par conséquent plus agaçante à lire « Garde la montre aussi précieusement que je garde tes clés. Ne t'en fais pas, elles vont bien. ». Le papier glissé dans la fente du casier, je repartis calmement. Ce geste m'avait apaisée, d'une certaine manière. Après plusieurs heures à intérioriser ma colère, l'exprimer d'une quelconque façon me faisait du bien. Cette quelconque façon ne pouvait être meilleure que la probable réaction de Lexa une fois la note lue. Mais ce n'était qu'une note. Ce n'était pas une vengeance. Par ailleurs, je n'étais pas certaine de vouloir une vengeance. Je voulais plutôt asséner à Lexa un coup qui la mettrait hors-jeu. J'avais longuement réfléchis et avais tout un tas d'idées mais aucune ne me semblait vraiment réaliste, ou assez efficace. Je m'endormis sans en trouver une viable.
Je marchai dans les couloirs aux côtés d'Octavia. Depuis qu'elle était venue me secourir des coups d'Anya, elle s'affichait de plus en plus avec moi sur le campus. Je lui avais dit que ce n'était pas une très bonne idée mais elle pensait autrement : plus elle était avec moi, plus elle était vue, et elle avait donc plus de chances d'être vue par Lincoln. Je trouvais ça un peu idiot car Lincoln l'avait déjà aperçue la dernière fois et l'avait bien remarquée étant donné son air joyeusement surpris. Mais je n'étais pas non plus contre la présence d'une amie à mes côtés, aussi je la laissais rester avec moi autant qu'elle le souhaitait.
- Bon, sinon... commença-t-elle après s'être arrêtée face à moi en plein milieu du couloir. Tu vas porter quoi pour la fête du 31 ?
Elle m'avait prise de court. Le 31 ? Eh, c'était bientôt !
- Halloween ? Hum... j'avoue ne pas y avoir encore pensé...
- T'as bien des idées de costume ?
Je ne pus retenir un rire cynique. Elle fit une moue vexée et je justifiai :
- Je ne pense pas avoir besoin de costume, je suis déjà un monstre pour le campus. Je peux venir comme je suis maintenant que ça serait bien assez divertissant !
- Mais ça ne fait pas peur... souleva Octavia.
- C'est Halloween. Aucun costume ne fait réellement peur, on se déguise pour se marrer.
Octavia ne dit rien pendant une longue et ennuyeuse demi-minute avant de répliquer :
- Il faut quand même que ce soit choquant...
Déclic. Certes, il fallait un costume marquant, mais le terme « choquant » avait donné racine à de nouvelles idées dans mon esprit. Choquant, c'était un costume choquant qu'il me fallait. Choquant, oui, mais dans un sens « vraiment très marquant pour une personne en particulier ». Je pouvais très bien y aller en tenue du quotidien, ma simple entrée déjà bien marquante, mais ce n'était pas forcément choquant. Non, je voulais attirer l'attention d'une autre manière. J'hésitai entre deux idées et me décidai finalement.
- Clarke ? Tu... tu viens d'avoir une illumination ?
Je clignai plusieurs fois des yeux, revenant à la réalité, et remerciai Octavia d'un regard avant de partir, la laissant seule au milieu du couloir. Oui, je venais d'avoir une illumination. Pour Halloween, je serai Lexa. Exactement comme elle était représentée sur la photo de l'affiche. Pour un soir, je serai la Présidente des Elèves et Capitaine de l'équipe de Lacrosse. Mais je ne ferai pas ça pour m'amuser – je ne savais pas encore si le résultat me serait plaisant ou non – mais simplement pour provoquer. Pas les autres, dont je me fichais éperdument. Lexa.
