Un chapitre court mais qui ne manque pas d'action !

Merci pour vos reviews, j'adore vos commentaires ! :')


La fête était ce soir. Le mois d'octobre avait filé vite et rien n'avait changé entre Lexa et moi. Tous les quelques jours, je retrouvai un bout de papier dans mes affaires et je m'empressai d'y répondre. Ni elle ni moi ne comptions rendre à l'autre ce qui lui appartenait. J'étais étonnée de ne rien recevoir d'autres que des bouts de papier, m'attendant à un mauvais coup à chaque instant. Ma réputation sur le campus ne s'était pas améliorée mais elle ne s'était pas aggravée non plus. J'en aurais été soulagée si je n'avais pas l'impression qu'un nuage noir approchait dans mon ciel déjà gris. J'étais certaine que cette absence de grandes actions présageait un changement soudain de plan. Je me demandais constamment ce qui allait me tomber dessus et me préparais mentalement à tout et n'importe quoi.

Ceci dit, une chose avait changée. Le statut d'Octavia était passée de « célibataire » à « en couple ». Lincoln et elle s'étaient tournés autour pendant trois semaines avant de finalement sauter le pas. Malheureusement pour moi, leur couple n'avait pas eu autant que succès que le prétendu couple que je formais avec Lexa. Les affiches me concernaient toujours.

Les cours se terminaient à treize heures pour tous les élèves. L'après-midi était banalisée pour permettre la préparation de la fête. Je me rendis en ville avec Raven. Nous mangeâmes au fast food le plus proche et allâmes ensuite faire du shopping. Raven devait encore acheter son déguisement.

Dans la boutique de costumes, je la laissai choisir et attendis qu'elle les enfile pour lui donner mon avis. Tous lui allaient plutôt bien mais aucun ne la satisfaisait. Elle les remettait à leur place les uns après les autres sans pouvoir se décider d'un costume à louer et je commençai à m'endormir sur la chaise en face de sa cabine d'essayage. Une exclamation soudaine me fit sursauter et l'envie de dormir me quitta définitivement. Le rideau de la cabine s'ouvrit et je découvris Raven dans un costume d'astronaute. Il était vieux, sale, et la vitre du casque présentait un impact sous l'oeil, « pour l'effet ». Elle me demanda mon avis et je lui répondis que ça convenait très bien. En réalité je m'en fichais un peu de son choix de déguisement, je voulais juste quitter la boutique et revoir la lumière du jour. Je l'abandonnai à la caisse et allai prendre un grand bol d'air frais. Le chauffage était si fort à l'intérieur de la boutique que j'avais imaginé sa reconversion en sauna. Raven me rejoignit peu de temps après, le costume enveloppé dans un plastique sur son épaule.

- Mais au fait, commença-t-elle à me demander, tu ne nous as pas dit comment tu allais t'habiller !

Je répondis pas un simple « non ». Ils verront bien. Elle essaya pendant tout le trajet de retour de m'extorquer la réponse, suggérant des hypothèses toutes aussi fausses les unes que les autres. Elle arrêta une fois arrivée à notre chambre, elle devait aller se préparer. Il restait deux heures avant le début de la fête, on avait largement le temps, mais Raven voulait rejoindre Octavia, Jasper et Monty un peu avant le début pour prendre des photos et aller à la fête ensemble. Harper avait apparemment choisi la même option que moi qui était de rejoindre les autres au début de la fête. Plus ou moins. Je comptais prendre mon temps. Si la moitié du campus pensait que j'éviterais l'événement, l'autre moitié savait que je viendrais. Je décidai de donner raison à chaque partie en m'y rendant pour vingt-et-une heures. La fête commençait à dix-huit heures.

Quand Raven quitta la chambre habillée en astronaute déchu, je me levai de mon lit et rangeai mon livre et mes écouteurs. J'enfilai un pull à capuche noir et sortis. Dehors, la nuit tombait. Je traversai le campus pour rejoindre le secteur consacré aux sports. Encore une fois, je me faufilai dans le vestiaire de l'équipe de Lacrosse. Je n'ouvris qu'un seul casier, cette fois, celui de Lexa. Je fus étonnée de découvrir un casier en ordre. Je n'avais pas porté assez d'attention aux casiers la première fois, prise par le temps. J'avais piégé les tenues et étais partie. Mais maintenant que je n'avais à me soucier que du casier de Lexa, je trouvais la façon dont il était ranger contradictoire avec l'esprit de sa propriétaire. Remarquant le lourd silence qui régnait dans la pièce, je pris ce dont j'avais besoin, refermai le casier et me hâtai de rejoindre ma chambre. Les endroits trop calmes me rendaient anxieuse.

Le sac dans lequel j'avais plus tôt mis les affaires était désormais vidé, ce qu'il contenait éparpillé sur le lit. Je pouvais enfin commencer à me préparer.

J'étais prête. Je venais de finir de me maquiller. Il n'avait pas été simple de répliquer la sorte de bandeau noir autour des yeux de Lexa mais j'y étais parvenue, n'étant pas en cursus d'arts pour rien. La tâche aurait sûrement été plus facile si j'avais récupéré une affiche pour m'en servir de modèle mais je l'avais assez regardée pour m'en souvenir. Mes cheveux étaient repoussés en arrière, dégageant ainsi mon cou et mes épaules. Comme ça, je ressemblais vraiment à une joueuse de Lacrosse. Sans la crosse, le casque, et les muscles peut-être. Je n'étais pas très sportive mais je m'étais toujours débrouillée.

Je me trouvais devant la grande porte d'entrée de la salle des fêtes. L'université avait une grande salle spécialement conçue pour accueillir ce genre d'événement. Au départ, elle était surtout utilisée pour les conférences, les concours ou les remises de prix mais il avait été déclaré que, pour une fête ou un bal, cette salle était plus pratique et plus jolie que le gymnase ce qui, en soit, n'était pas faux. Je pris une dernière bouffée d'air frais avant d'entrer dans la salle où j'allais très certainement asphyxier au milieu des centaines d'étudiants venus festoyer et entrai.

Je remarquai tout de suite la décoration typique d'un film d'horreur. Ni elle ni ce dernier ne m'effrayaient. Ils semblaient trop faux pour que je puisse y croire. Comme envisagé, des élèves étaient éparpillés dans toute la salle. Je cherchai des visages connus du regard mais il y avait trop de monde et les danseurs, en très grand nombre, bougeaient plus que des abeilles dans une ruche. Je continuais de décrire la pièce et les gens du regard et je me rendis vite compte que de plus en plus de têtes se tournaient vers moi. Entre ceux qui ne s'attendaient pas à me voir ce soir et ceux qui pensaient avoir eu tord en pensant que je viendrais, il y avait de quoi faire une encyclopédie de réactions. Je ne bougeai pas, perçant la foule du regard, l'air assuré. Vous ne vous attentiez pas à ça, hein ? Certains avaient la bouche ouverte, d'autres fermée par des mâchoires crispées, mais tous étaient soumis au silence. Non, vous ne rêviez pas, j'étais bien habillée en Lexa. Celle-ci, d'ailleurs, apparut au milieu de la salle après que les étudiants se soient tous écartés pour laisser un passage. Elle me fixait. Je n'en étais pas surprise, loin de là. Une masse prit forme derrière moi et plus les personnes s'agglutinaient, plus je compris que je devais avancer. De toute façon, je ne comptais pas reculer. Je m'arrêtai à près de dix mètres de Lexa. Ses yeux essayaient de rester inexpressifs mais je voyais bien que ma tenue l'avait marquée. Dans quel sens, difficile à dire, car je ne regardais déjà plus ses yeux. Elle était habillée en une sorte de commandant de guerre futuriste. Tout son costume était sombre à l'exception d'une longue écharpe rouge glissant de chaque côté de son épaule droite. Même maquillage que moi. Autre chose. Sa tenue descendait en robe noire jusqu'au sol mais celle-ci était déchirée sur le côté, laissant apparaître une jambe nue alors qu'elle s'avançait vers moi.

- Clarke Griffin nous fait l'honneur de sa présence, déclara-t-elle avec sarcasme.

Je ne répondis pas. J'étais vexée qu'elle ait opté pour ma seconde idée. Elle n'était pas seulement élégante, elle allumait quiconque posait le regard sur elle.

Je faillis faire l'erreur de reculer lorsqu'elle me prit par la taille. Une musique venait de commencer à entonner sa mélodie au rythme lent. Je sentais les regards sur nous. Quelques centaines de personnes nous observaient, en cercle autour de nous, comme si nous étions un spectacle à ne pas manquer. C'était donc ça, le piège qui avait attendu si longtemps pour se refermer sur moi.

- Je vois que tu aimes te servir dans mes affaires, reprit Lexa dont le regard venait de passer de mon visage à mes pieds en moins d'une seconde.

Elle me défiait désormais du regard.

- J'ai pensé que puisque nous en étions à nous échanger nos petites affaires, le fait que je t'emprunte cette tenue ne te dérangerait pas.

Je m'attendais à ce qu'elle relève légèrement le menton, comme elle l'avait fait lors de notre dernier face à face pour montrer son agacement. Elle n'en fit rien, se contentant de me fixer. Je refusai de me laisser intimider, surtout par elle.

- Tu t'es décidée à montrer ton intérêt particulier pour moi, ce soir ? Moi qui pensais que tu ne l'admettrais jamais...

J'essayais de la faire réagir. Je réussis, simplement pas de la façon escomptée. Son bras s'enroula un peu plus autour de ma taille, nous rapprochant l'une de l'autre, me forçant à suivre ses petits pas au rythme de la musique. C'était un slow, alors on ne bougeait pas tant que ça. J'étais mal à l'aise mais surtout vexée de m'être piégée moi-même. Elle dut le remarquer car elle souffla :

- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'apprécies pas mon intérêt ?

Je me rendis compte que j'avais fui son regard. Je me hâtai de rattraper mon erreur.

- A quoi tu joues, Lexa ? Régler un problème par l'humiliation n'est pas très mature.

- Il n'y aura aucune violence ce soir, sauf si elle vient de toi. Anya ne peut pas t'atteindre tant que tu es ici.

Son bras passa autour de mes épaules et Lexa me serra contre elle, posant son menton sur le haut de ma tête. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Je savais que c'était un piège. Tout le monde regardait. J'étais presque sûre que certains prenaient la scène en vidéo. Tout le monde devait savoir que Lexa jouait, qu'elle essayait de m'humilier en démasquant mes prétendus sentiments pour elle. Je m'extirpai de ses bras, reculant d'un pas. Son regard rencontra le mien et je perçus de l'assurance, voire de la fierté. Je baissai mon regard vers ma main qui tenait toujours la sienne. Elle suivit mon regard et fronça les sourcils, relevant le regard vers mon visage. Raté, Lexa, j'avais vu ton air. Tu ne t'en étais pas rendu compte mais ta main s'était accrochée à la mienne, exactement comme le porte-clés à mon sac lors de notre première rencontre. Je rompai tout contact et tournai les talons pour quitter la salle. Mon cœur battait la chamade. Elle m'avait piégée, me prenant par surprise. Mais j'avais aussi ma fierté après avoir découvert que je ne la laissais pas indifférente. Si j'étais la seule à avoir ressenti la pression de sa main sur la mienne quand je m'étais dégagée de ses bras, demain son petit jeu se retournerait contre elle. Ce soir avait été une gifle en plein visage et j'appliquai la glace pour empêcher ma joue de gonfler. En somme, j'étais désormais obligée d'admettre que Lexa ne me laissait pas indifférente. Ce n'était pas étonnant, elle ne laissait personne indifférent sur le campus. Je grommelai en me débarrassant de mon costume. Après cette soirée, j'appréciais le calme de ma chambre. Je posai les vêtements de Lexa dans un coin et allai me cacher sous ma couverture. Je détestai me sentir vulnérable. Je détestai mon désir de me retrouver dans ses bras à nouveau l'idée que j'aurais dû dormir avec ses vêtements pour garder son odeur et avoir l'impression de l'avoir à mes côtés ma peine face au ridicule de la situation. Cette histoire était vraiment stupide, à un point qui dépassait les limites de ma propre bêtise. Lexa avait dépassé la barrière des affaires personnelles pour venir me voler quelques émotions. Je détestai tous ceux qui jouaient avec les sentiments des autres car cela finissait souvent très mal, pourtant je m'apprêtai à répondre. Dans cette guerre, ce jeu, ou qu'importe le nom qu'on pouvait donner à cette histoire grotesque, je saisis mon tour.


C'était l'heure du déjeuner. Les élèves avaient vite afflué dans le réfectoire. Je n'étais toujours pas autorisée à y manger mais je m'y étais rendue avec une seule idée en tête : me venger. La vidéo avait fait le tour du campus, voire de la ville, du pays, du monde ou même de l'univers tout entier pour ce que j'en savais, et on lisait partout le récit de la grande révélation de mes sentiments à Lexa. Car apparemment, je lui avais avoué mes sentiments et elle m'avait rejetée, c'était pour cette raison que j'étais partie avant la fin de la soirée. Je ne savais pas comment un mensonge avait pu me blesser mais je m'étais sentie mal ce matin, ou plutôt très mal à l'aise, avec les poings crispés par la colère. J'en étais venue à la conclusion que ce n'était pas les diffamations sur moi qui me blessaient mais la vérité que Lexa cachait. Elle aussi avait ressenti cette attirance, après tout. Les autres s'en rendraient bien compte. Et Lexa aussi, par la même occasion. Elle ne pourrait plus le nier s'il y avait une preuve et elle ravalerait sa fierté.

Encore une fois, j'ignorai les regards et les critiques. Je m'étais coiffée et habillée de sorte à rendre jaloux n'importe qui. Mon rouge à lèvres était en parfaite osmose avec mon décolleté plongeant. Je traversai le réfectoire, le menton haut, et tirai la chaise de Lexa en arrière, celle-ci faillit bondir de sa chaise pour se défendre. Trop tard, je m'étais assise sur ses cuisses, mes pieds posés au sol chacun d'un côté. Je ne lui laissai pas le temps de réagir, juste le temps d'apercevoir mes yeux pour qu'elle me reconnaisse, et passai une main dans son cou pour attirer son visage au mien. Nos lèvres s'entremêlèrent et je la sentis frissonner. Le rythme de son cœur s'accéléra pour se joindre au mien. Je rompis le baiser tandis qu'elle commençait à me le rendre. Je pus lire dans son regard une colère mélangée à de la tristesse quand elle comprit que je l'avais piégée à mon tour. Les gens autour de nous, qui avaient disparus de mon esprit le temps de notre échange, avaient compris eux aussi. Mais pas la même chose que Lexa. Ils avaient assisté à la scène, personne ne m'avait arraché des lèvres de leur présidente, pas même ses amis présents juste à côté. Ils avaient compris. Lexa s'était laissée aller au contact de mes lèvres sur les siennes, essayant même de rendre le baiser avec ardeur.

Un petit sourire narquois s'afficha sur mon visage à la vue des lèvres de Lexa rougies par mon maquillage. Je quittai la salle avec fierté. Le campus pouvait bien penser que j'étais une aguicheuse, maintenant il savait que Lexa avait un faible pour moi. J'avais gagné cette manche, peu importait les représailles. J'avais trouvé l'une des faiblesses de Lexa, et c'était moi.