La tension monte de plus en plus depuis la fête...

Pour répondre à quelques questions :

vidiana : c'est une problématique majeure de cette fanfiction. Clarke a déjà remarqué l'étrangeté de l'atmosphère sur ce campus qui semble tourner autour de la Présidente, soit Lexa. Elle a même utilisé le terme "culte" pour qualifier la réputation de Lexa. A part ses amis, personne ne vient en aide à Clarke.

virdiana : haha moi aussi j'adore évidemment x') Lexa trouvera bien des moyens pour se venger, ne t'en fais pas !

DrWeaver : les représailles montent en grade à chaque fois, ces deux-là sont irrécupérables ! xD


J'avais tout fait pour éviter de rencontrer mes amis ce week-end. Je dormais déjà quand Raven était rentrée de la fête et je m'étais levée avant elle le lendemain matin. J'avais traîné en ville toute la matinée et avait été travailler. J'avais pris tous les services du week-end sans expliquer à mon patron la raison pour laquelle « j'avais besoin de me changer les idées ». Il avait accepté, le week-end suivant Halloween étant toujours difficile à gérer. Beaucoup de clients, je n'avais pas eu le temps de penser à la fête, à ce qui s'était passé au réfectoire. Je m'étais assurée de rester suffisamment occupée pour ne pas y penser. La tâche avait été rude, mais j'avais réussi. Malheureusement, le retour en cours de lundi m'avait rendu mes souvenirs en flashs brusques.

J'essayais de me concentrer, écoutant le prof et prenant en notes tout ce qu'il disait même les choses inutiles. Et des choses inutiles, il en disait un bon nombre ! Cela ne dura pas longtemps car Octavia se tourna vers moi, l'air concerné.

- Tout va bien, Clarke ? Raven m'a dit qu'elle ne t'avait pas vu du week-end...

Commencer la journée par un cours commun, quel piège ! J'étais coincée.

- Je travaillais ce week-end, répondis-je en réfléchissant à un plan pour me sortir de cette conversation.

- Clarke, je dois te dire...

- Tout va bien, Octavia, je t'assure, la coupai-je.

Elle hésita un instant et me tendit son téléphone. Je le pris et regardai la photo que présentait l'écran avec attention. C'était moi, en train d'embrasser Lexa. Sauf que cette fois-ci, ce n'était pas un montage. Cette photo avait été prise à la cantine. Je posai le téléphone, mettant mes mains dans mes poches. Un froid soudain m'avait traversée. Mes mains avaient failli lâcher le téléphone. Ce n'était qu'une photo, et je ne faisais que l'embrasser, j'étais même consciente de mon acte quand il s'est produit, mais je ne m'attendais pas à le voir, du moins pas ainsi. J'avais évité de regarder les murs du campus ces trois derniers jours pour ne pas voir ce genre d'images. Pour ne pas voir la vérité, en quelque sorte. Je regardai Lexa avec attention. Je ne m'en étais pas rendu compte jeudi dernier, ayant été fixée sur mon plan, mais cela apparaissait si clairement sur la photo que j'avais l'impression de les ressentir. Les mains de Lexa, une sur ma hanche, l'autre sur ma joue, à la bordure de mon cou. Elle qui semblait toujours si rigide, exprimant le moins d'expressions possible, montrait à la fois l'envie de prolonger le baiser et la réticence. Elle semblait vouloir partir très loin, se cacher. Ce n'était pas seulement cette photo qui me faisait penser cela, mais aussi et surtout la façon dont elle s'était raidie lorsque mes lèvres avaient touché les siennes, juste avant qu'elle ne se détende légèrement et qu'elle ne m'offre ses lèvres. Il y avait quelque chose d'étrange, de faux, autant sur cette photo que dans cette histoire. Ce n'était clairement pas les sentiments de Lexa.

Je levai les yeux vers Octavia, lui demandant pourquoi elle me montrait cette photo. J'y étais après tout, je savais ce qui s'était passé...

- Lis la légende, me répondit-elle simplement.

Une légende ? Quelle légende ? Oh. Apparemment, mon geste n'avait pas fait l'unanimité. Si les « Clexa shippers » étaient contents, les autres me haïssaient pour avoir collé mes lèvres à celles de leur présidente mais aussi car, facteur aggravant, leur présidente avait aimé ça. Je pensais que l'illumination de l'attirance de Lexa envers moi aurait amélioré ma réputation. J'avais tort. Ma réputation s'était dégradée.

La cour était bondée à la pause déjeuner. J'appris que la cafétéria était fermée pour une raison qui différait selon les personnes. Je ne cherchais pas à comprendre, je n'y mangeais pas. En revanche, j'avais l'intention de pique-niquer avec le groupe. Nous n'avions pas le temps d'aller à la plage, nous étions obligés de déjeuner dans la cour. Nous nous installâmes sur un carré d'herbe libre. Raven s'aperçut bien vite que je grommelai intérieurement car elle se moqua de moi. Je lui offris un sourire, ne souhaitant pas montrer ma préoccupation. Des groupes d'élèves étaient éparpillés dans toute la cour qui, habituellement semblant très grande, avait l'air petite, écrasée par cette masse difforme d'étudiants. Malgré le brouhaha général, je n'entendais que les murmures s'élevant de chaque groupe, soufflant à mon oreille les nouvelles rumeurs, me répétant inlassablement la vérité. Cette vérité ne tarda d'ailleurs pas à faire son apparition. Lexa, en tête de son groupe de gardes du corps, traversait la cour. Elle marchait en diagonale, passant donc par le milieu. Nous étions proches du milieu. Je voulus tourner la tête, l'ignorer, mais son regard s'était déjà accroché au mien. Elle m'avait remarquée de si loin ? Elle devait être à trente mètres au moins quand elle m'avait aperçue, moi, au milieu de quelques centaines d'autres personnes. Je maintenais son regard. Elle s'approchait de plus en plus, aucune de nous deux n'étions prêtes à perdre ce défi de regard idiot. Elle passa devant moi, baissant la tête pour ne pas me quitter des yeux. Je reçus quelque chose à la figure. De la bave. Un de ses amis venait de me cracher dessus. Elle me lâcha du regard, sans dire un mot. Je ne pus voir ce que disait son visage car elle me tournait à présent le dos. Mais son regard avait été suffisant. Elle me haïssait car elle voulait m'apprécier. Qu'est-ce qui l'en empêchait ? J'essuyai la salive de mon visage avec une serviette qu'Octavia venait de me passer. Eux, très certainement. Ses « amis ».

Un cours ennuyeux venait de se terminer. C'était un cours que j'aimais beaucoup mais que je n'étais pas parvenue à apprécier aujourd'hui. Je n'avais cessé de penser à Lexa, de trouver des raisons à son comportement. Il me fallait trouver un moyen d'obtenir des réponses sur la raison de ses actes. De plus, ses amis l'entouraient en permanence. Ce midi, j'avais vu nettement Lexa pour la première fois en-dehors de la fête et de la cantine car, lorsqu'elle se déplaçait sur le campus, elle était toujours accompagnée par ses chiens de garde. Je ne pensais pas que Lexa eut besoin de plusieurs personnes pour l'escorter et la protéger, elle avait l'air bien assez forte elle-même. Je m'arrêtai. Une voix familière avait alerté tous mes sens. Je m'apprêtai à quitter le couloir que j'étais en train de traverser pour rejoindre mon prochain cours quand on me poussa violemment contre le mur. Je le heurtai et tombai au sol, poussant un grognement de douleur. Anya. Un pied heurta mes côtes et je me roulai en boule pour protéger mon visage et mon abdomen. Mais les autres coups attendus ne vinrent jamais. L'on me releva. Je vis le visage souriant d'Anya. Sa main droite serrait mon cou. Je l'avais ressenti à la douleur de celui-ci sous sa poigne, ma respiration ayant déjà été coupée par le coup de pied. Elle attendit que je manque d'oxygène à en rougir, à en perdre l'équilibre, me lâchant finalement avant que je ne m'évanouisse pour me voir m'effondrer lamentablement sur le sol.

- Continue comme ça, Griffin, la prochaine fois sera la bonne.

Mes mains à plat au sol tandis que je reprenais tant bien que mal ma respiration, je sentis les vibrations du sol au rythme des pas de mon agresseuse.

Finalement, je séchai le cours de théâtre pour aller m'isoler dans ma chambre. Je n'avais pas envie d'expliquer mes contusions au professeur ni aux autres élèves, d'ailleurs. Ma tête me tournait encore quand j'arrivai enfin devant ma porte. Je sortis mon pass et l'ouvris, heureuse que l'ouverture se fasse par carte électronique et non uniquement par clé. Je me serais amusée un moment à essayer d'entrer cette fichue clé dans la serrure avec ma vue à moitié brouillée ! Je posai mon sac près du bureau et fermai la porte. Les volets étaient fermés, je me demandai d'où provenait la lumière. Après réflexion, elle venait de la lampe au plafond. Mais... je me souvenais bien l'avoir éteinte et Raven était directement allée en cours après le déjeuner. Donc... par conséquent... ce n'était pas normal. Je me laissai tomber au sol, mon lit étant trop loin. Assise, les jambes repliées derrière moi, je clignai abondamment des yeux pour essayer de retrouver une vue normale. J'avais vraiment mal à la tête.

- On est ivre ? Fit une voix derrière moi.

Je pensai avoir eu une hallucination, et pensai plus à un rêve quand je découvris Lexa assise contre le bord du bureau. Je me relevai tant bien que mal – avec la souplesse d'un bâton de fer – et tâchai de me tenir droite pour regagner un minimum de crédibilité.

- Tu serais bien contente, tiens, grommelai-je.

Adieu la crédibilité. Je tenais quand même debout, c'était déjà ça.

- Tu n'aurais pas dû faire ce que tu as fait, déclara-t-elle sans bouger.

- Je n'aurais pas pu éviter de faire ce que je n'ai pas fait, en même temps.

Je n'avais pas de plan pour cette rencontre imprévue et je n'étais pas en mesure de réfléchir rapidement alors j'avais décidé de me contenter de, eh bien, tout simplement, me foutre d'elle. Elle me lança un regard meurtrier qui eut le temps de me tuer une bonne vingtaine de fois avant que, devant son silence, je ne reprenne la parole :

- Tu m'as touchée, c'est foutu...

J'avais besoin de m'asseoir.

- Exactement, répondit-elle. Regarde-toi. Je t'avais dit d'arrêter avant que ça n'aille plus loin.

Je fis un pas en avant, un deuxième, quelque peu chancelante. Mon regard, en revanche, ne chancelait pas. Il contrait celui de Lexa.

- Si je tombe, lui lançai-je, tu me rattrapes ? Ou tu te contentes de regarder comme tu l'as si bien fait quand ton amie m'a craché au visage ?

Regard immobile. Ses mâchoires, en revanche, se crispèrent. Je continuai sur ma lancée.

- Je te rends tes clés. Je ne t'approche plus jamais. Je me fais oublier. Alors, quoi ? On oublie tout ? C'est trop tard, Lexa. C'est déjà allé trop loin.

Encore un pas, puis un autre. Un marteau-piqueur dans mon crâne voulait me faire asseoir sur mon lit, m'allonger, dormir. Mon orgueil avait encore des choses à dire à Lexa. A moins d'un pas d'elle, je m'arrêtai et passai mes bras autour de son cou. Son visage se referma, preuve qu'elle essayait de ne pas me montrer ses émotions. Elle était probablement gênée mais aussi désireuse de réduire cet espace entre nous. C'était ce que je ressentais. Je laissai ces émotions de côté, le bruit dans mon crâne ajouté au vacarme de mon cœur battant à une vitesse folle m'aidant considérablement à taire les voix me murmurant d'enfouir mon visage dans son cou et d'enfin me laisser aller au sommeil. C'était horrible, l'attirance, quand on était censé détester quelqu'un. Une véritable torture. Encore une fois, je tombai dans mon propre piège mais c'était nécessaire pour la faire tomber elle.

- Peut-être aurais-je dû, en fin de compte, mettre ces clés dans ton casier, si j'avais su à l'époque que tu en avais un. Rien de tout cela ne serait arrivé, ajoutai-je mes lèvres à moins de cinq centimètres des siennes.

- Peut-être, réagit-elle enfin, nous n'en serions pas là.

Son ton, neutre jusqu'ici, avait laissé s'échapper une once d'un mélange de colère et de tristesse. C'était très ambigu et je ne compris pas cette réaction. Je sentis son regard glisser sur ma bouche avant de s'enfuir. Je la lâchai pour m'écrouler sur mon lit. Je n'avais pas seulement été assommée par le manque d'oxygène mais aussi par son regard, son contact. Avant de partir, elle déclara :

- Je t'attendrai ce soir à la fin de ton service. Je te rendrai ta montre.

Je m'enfonçai dans le sommeil au son de sa voix. Son odeur était encore dans l'air, sur moi. Je plongeai mon visage dans l'oreiller. Oublier, juste un instant. Oublier que j'aimais sa présence pour pouvoir la détester. Après tout, tout était de sa faute. Ce fut ma dernière pensée avant qu'une vapeur grisâtre n'envahisse mon esprit et m'arrache toute conscience.

Quand je sortis du restaurant et trouvai Lexa assise sur le banc de pierre, sa dernière réplique me revint en mémoire. Elle se leva, retrouvant la posture droite et assurée qu'on lui connaissait si bien. Je voulais lancer une conversation, briser le lourd silence qui s'était installé, mais un geste de sa part m'arrêta. Elle venait de sortir la montre. Je pensais qu'elle allait me la tendre, tenir parole. Au lieu de ça, elle la laissa tomber sans me quitter des yeux et l'écrasa d'un coup sec du plat du pied. Un cri s'étouffa dans ma gorge. Elle observait mon visage décomposé tandis que je fixai les débris de la montre sans être capable d'esquisser un seul mouvement. Pourquoi avait-elle fait ça ? Etait-ce cela, sa vengeance ? Mes mâchoires étaient si serrées que je n'étais pas certaine de pouvoir les rouvrir un jour. Lexa s'avança vers moi, s'arrêtant à deux pas. Je supposai qu'elle voulait juste afficher sa supériorité car elle me dépassait d'une demi-tête.

- C'est ce qui t'arrivera si tu restes près de moi, se justifia-t-elle calmement.

Changera-t-elle de discours un jour ? Elle n'avait pas besoin de briser le seul objet qui me restait de mon père pour me le faire comprendre. Son message était clair depuis bien longtemps, j'avais juste choisi de l'ignorer. Si elle pensait que son geste allait m'arrêter, elle pouvait aller se crever les deux yeux car c'était la seule solution pour elle de ne plus jamais me revoir.

- Encore tes menaces, parvins-je à répondre.

Les mots avaient glissé entre mes lèvres. Je commençai à retrouver mes capacités motrices.

- Non, je te préviens.

Sa voix s'était adoucie un court instant. Je ne comprenais pas son comportement. Elle avait peut-être pitié de moi car des larmes commençaient leur descente le long de mes joues. Mais mes yeux ne montraient aucune tristesse, noyés par la colère. Au fond, elle devait trouver ça drôle. Elle était probablement fière de ce qu'elle avait fait.

- Bravo, Lexa. Tu as gagné. Rien que pour cette fois. Car pendant les prochaines manches du jeu que tu as lancé, je t'écraserai plus fort encore que tu n'as écrasé cette montre.

Je fis une pause, laissant rechuter la colère qui ne demandait qu'à abattre ses poings sur le visage de Lexa.

- Tu voulais que je m'arrête, repris-je, je vais continuer. Je serai même ce que le campus pense de moi, soit une salope manipulatrice avec un complexe de supériorité l'empêchant d'aller harceler quiconque autre que la grande Présidente des Elèves de l'université. Et cette fois, ils auront certainement raison en affirmant que je ne souhaite que ta destruction.

Je m'arrêtai là, j'en avais assez dit. Elle maintint mon regard un moment, par pure fierté.

- Je t'aurais prévenue, Clarke, déclara-t-elle avant de partir.

Je restai seule à contempler la montre détruite en plus de morceaux que je ne pouvais compter. Les souvenirs des moments passés avec mon père me revenaient un à un en mémoire. La montre avait toujours été le bracelet de protection qui me permettait de ne pas m'effondrer en pensant à lui. Je me sentais vulnérable, à présent, et affreusement seule. A genoux devant le tas de débris, à ramasser les morceaux pour les déposer dans un tissu, je relâchai la peine que la colère avait jusqu'ici retenue. Papa... tous ces moments que j'avais peur d'oublier étaient aussi beaux que douloureux. S'il me manquait terriblement chaque jour, le fait de ne plus avoir rien de matériel me donnait l'impression de l'avoir encore perdu. A la différence que, cette fois, c'était pour de bon.

Je n'étais pas rentrée en marchant, hier soir. J'avais couru, aussi vite que je l'avais pu. Tout le long du chemin, sans m'arrêter. Ma colère pour Lexa s'était transformée en haine au rythme de mes foulées. L'image du trousseau m'était revenue à l'esprit et je n'avais pensé qu'à le détruire jusqu'à ce qu'une autre idée plus cruelle ne me vienne à l'esprit. Je devais trouver ce que ces clés ouvraient et détruire ce que ces lieux contenaient. Ils semblaient importants puisque Lexa m'avait souvent réclamé le trousseau.

Ce matin, j'ai demandé à Raven de me les rendre. Elle les avait très bien cachées, je l'avais remerciée avec un pâle sourire. Elle était au courant, je lui avais expliqué. En fait, je lui avais tout dit. Tout ce qu'elle ne savait pas, du moins, car le campus était au courant de beaucoup de choses. Elle m'avait demandé ce que je ressentais vis à vis de Lexa, en-dehors de la colère. Elle voulait savoir si j'avais des sentiments amoureux pour la présidente, je lui avais répondu que non. Même si j'en avais probablement, je ne pouvais pas y penser maintenant. La peine de la veille ne m'avait pas quittée et je cherchais juste un moyen d'enfoncer Lexa. Mais pas pour l'instant. Je n'étais pas d'humeur à confectionner des plans diaboliques qu'on pouvait plutôt qualifier de ridicules. Je chercherais tout d'abord les lieux que les clés permettaient d'ouvrir et je verrais ensuite ce que je ferais vis-à-vis de Lexa.

Nous venions d'arriver dans la cour. La cafétéria était encore fermée. Je n'avais pas le cœur à manger dehors même si le ciel nous offrait un peu de soleil mais Harper m'avait fait remarquer qu'on n'aurait plus autant d'occasions de pique-niquer ensemble une fois le service de la cantine repris. Surtout que l'hiver approchait et que les températures ne nous le permettront bientôt plus. Déjà qu'il faisait un peu froid aujourd'hui alors dans un mois...

Debout sur la pelouse à chercher un carré de pelouse assez grand pour nous accueillir tous les six, nous ne vîmes pas les élèves du bureau arriver. La voix de Lexa me fit me retourner.

- Comment vas-tu, Clarke ?

Elle osait me demander ça ! Elle faisait mine de rien, les autres ne devaient pas savoir pour la montre.

- Dégage, Lexa, c'est pas le moment.

Silence général dans un rayon de trente mètres autour de nous. Je roulai les yeux. Non, pas possible ! Quelqu'un parler ainsi à la Grande Présidente Suprême ? Quel manque de respect total ! Quelle... infamie ! Blasphème ! Oui, bon, j'avais compris, vous misérable populace donneriez tout pour une conversation de plus de deux minutes avec votre idole. Je vous la donnais volontiers. Quel campus débile...

Nul besoin de préciser que j'étais en colère. C'était assez explicite pour tout le monde. Sauf pour Lexa, peut-être, qui profita de mon humeur massacrante pour jouer une nouvelle carte. Pour mes propos, l'un des compères de Lexa me poussa violemment en arrière, me hurlant de m'excuser. Je ne vis pas son visage, je ne regardais que celui de sa chef. Son regard me donnait l'impression qu'elle maîtrisait parfaitement la situation. Et c'était le cas. Elle s'agenouilla à mes côtés, glissa sa main dans la mienne pour m'aider à me redresser.

- Laissez là, lança-t-elle à ses pions, il y a encore plus de monde ici qu'au réfectoire. Tout le monde peut nous voir. Elle doit être intimidée.

Fous-toi de ma gueule... grommelai-je intérieurement.

- Ce n'était pas moi qui semblait être la plus intimidée de nous deux la dernière fois.

Je faisais évidemment référence à l'événement du réfectoire. Elle sourit. Elle sourit ? D'accord, elle jouait, réellement, comme elle l'avait déjà fait lors de la fête la semaine dernière. Elle avait choisi le bon moment, hein... j'arrêtai de grommeler intérieurement et essayai d'adopter une attitude confiante. Evidemment, je n'y arrivais pas, encore hantée par le souvenir de Lexa écrasant la montre de mon père.

- Et maintenant, répliqua-t-elle en caressant le dos de ma main de son pouce, comment te sens-tu ?

Merveilleusement bien. Non. Sans déconner Lexa, il t'avait fallu quatre jours pour te remettre de tes émotions ? Ou tu attendais juste de me faire un sale coup pour te décider à m'humilier en public à nouveau ? Je ne répondis pas car elle connaissait la réponse et que je n'arriverais pas à mentir à ce sujet, pas maintenant, pas aujourd'hui. J'avais à peine dormi la nuit dernière car mon esprit n'avait cessé de me remontrer tous les films sur mon père qu'il avait en réserve. En un sens, le fait de briser la montre avait relâché tous les souvenirs le concernant. Après un court silence général, Lexa ajouta :

- Tu es plus bavarde d'habitude. N'as-tu plus envie de m'insulter ?

Face à mes lèvres closes elle se redressa et passa une jambe par-dessus mon corps. Une main vint repousser une mèche de cheveux, et je la laissai faire. Je doutais de sa capacité à aller plus loin. Pas devant toutes ces personnes. Elle s'approcha, resserant l'étau.

- A moins que tu ne veuilles me dire autre chose ?

Le piège se refermait sur moi. Son regard rempli de malice me fit perdre tout espoir de gagner cette manche. Lexa avait choisi le bon moment pour prendre sa revanche sur vendredi dernier. Son visage s'approchant lentement du mien insistait sur sa dernière question. Je reculai en arrière, ou plutôt me baissai, seul moyen pour moi de m'écarter. Elle se rapprochait toujours plus et le sol m'empêcha de reculer mon visage encore un peu plus. La main gauche de Lexa était encore contre mon oreille, ses doigts dans mes cheveux. Lexa maintenait son équilibre avec son bras droit, main à plat sur le sol au-dessus de mon épaule. Je compris que je n'aurais pas dû reculer car Lexa était pratiquement allongée sur moi, son visage à quelques centimètres du mien.

- Qu'est-ce qu'il y a, Clarke ? Tu avais l'air d'aimer notre proximité la dernière fois.

- La dernière fois ? Laquelle ? parvins-je à souffler. Celle où tu t'es languie de mes lèvres ou celle où tu as détruit la dernière chose qu'il me restait de mon père ?

Pendant un très court instant, son regard sembla s'excuser. Oh, on ne savait pas que cette montre appartenait à un défunt ? Ou que sa destruction pouvait causer plus de mal que celle d'une babiole sans histoire, sans cette valeur particulière ?

Son fin sourire ne l'avait pas quittée. Elle gardait les apparences face à tous ces spectateurs autour de nous. Mes paroles, seule elle avait pu les entendre. En revanche, elle parlait assez fort pour qu'on pusse l'entendre à au moins vingt mètres de rayon. Ceci dit, elle jouait bien car sa voix était douce, joueuse, mais en aucun cas elle ne criait. Elle répondit :

- Affirmerais-tu me haïr ? Y parviendrais-tu, au moins ?

Elle était si proche, trop proche. Je pouvais sentir son cœur battre contre ma poitrine, son souffle sur mon visage, ses yeux fondant les miens de leur chaleur. Je sentais mes joues s'enflammer. Difficile de garder le contrôle avec Lexa au-dessus de moi. J'avais perdu cette manche mais je n'allais pas me laisser totalement écraser non plus. Du moins, pas métaphoriquement parlant. Lexa était déjà sur moi, alors de ce côté-là, j'avais déjà perdu...

Je redressai légèrement la tête et, sous son sourire qui se moquait de mon visage rougi, je murmurai au bord de ses lèvres :

- Et si je te disais que je n'avais d'yeux que pour toi... que je ne désirais que toi... que tu pouvais rester là autant que tu le voulais... que me répondrais-tu ?

Elle ne bougea pas, conservant indéniablement les apparences, mais je pus sentir son cœur s'emballer. Nos cœurs faisaient tous deux une course de vitesse. Elle se rapprocha encore, nos lèvres se frôlaient et ne demandaient qu'à se joindre. Lexa ne se laissait pas démonter, aujourd'hui. Je n'arrivais pas à la déstabiliser suffisamment pour la faire reculer. Elle savait qu'elle avait l'avantage.

- Je ne répondrais pas, murmura-t-elle, sa voix bien plus assurée que la mienne. Je t'embrasserais. Je ne te lâcherais plus. Parce que si tu venais à l'admettre alors... tu n'aurais plus de raison de résister...

La température montait à une vitesse folle. Je voulais que cette scène se termine, emmener Lexa dans une pièce à part, sans spectateurs – n'étant pas trop fan du voyeurisme – et me laisser aller à ce désir qui m'étouffait. Qui enserrait Lexa aussi, d'ailleurs, je le sentais. Mais celle-ci avait la position du maître du jeu, la position de la fierté suprême. Alors que ma fierté se faisait inlassablement écraser. Ceci dit, mon orgueil était encore là. Pour cette raison, mon regard retomba sur les lèvres à cinq millimètres des miennes et je fis remarquer :

- Je t'ai embrassée il y a quatre jours à peine, si l'une de nous serait en train de résister, ce serait plutôt toi.

Même sourire. Elle avait une réponse à cette réplique aussi ? La connaissant, elle était sûrement la présidente du club de théâtre. Elle semblait tout présider ici, pas seulement les Elèves. Elle tenait le campus entier au bord de ses lèvres et avait réussi à m'avoir aussi. Littéralement parlant.

- Tu es partie avant que je ne puisse te rendre ton baiser, répondit-elle avec un calme agaçant.

Elle maîtrisait trop bien la situation. Je la laissai finir sans la couper.

- Aurais-tu peur de perdre le contrôle, Clarke ? Ou bien... de me laisser prendre le contrôle ?

Elle contrôlait déjà tout le campus de toute façon... ou était-ce le campus qui la contrôlait, j'avais quelques doutes là-dessus. Je reposai ma tête sur le sol, la défiant du regard.

- Faudrait-il encore que tu oses réellement me le prendre.

Elle sourit, encore une fois. Certains avalaient des clowns et riaient sans cesse, elle avait dû avaler un comédien pour se maîtriser ainsi. Les autres devaient penser qu'elle voulait simplement prouver que j'étais la plus instable émotionnellement mais on savait toutes les deux que, seules dans une chambre, cette scène aurait tourné tout autrement. Ou peut-être pas, d'ailleurs, nos orgueils auraient confronté l'autre pour le forcer à commettre l'action du véritable premier pas.

- Je préfère te regarder rougir encore un peu, dit-elle en se relevant avec un niveau d'agilité que je n'atteindrais jamais.

C'était dur de l'admettre mais trop évident pour ne pas le faire, elle m'avait vaincue haut la main. Si elle n'avait pas laissé les spectateurs se rendre compte de la force de son désir, le mien illuminait mon visage comme un feu rouge qui avait longuement hurlé à Lexa qu'il était passé au vert à son approche. Comme à chaque fois, les vidéos et photos de l'événement se promèneront tranquillement sur internet, décoreront les murs du campus, les photos de mon visage pouvant même servir de modèle pour un nouveau genre de feux de signalisation. Ou de campagne de prévention contre les dangers du soleil pour la peau. Si je me sentais mal hier soir, c'était pire maintenant. En me relevant pour quitter cette cour, ignorant le fait que je pouvais paraître faible en fuyant ainsi le regard des autres, je réalisai que mon manque d'assurance n'était pas seulement lié à la peine mais à l'absence de la montre autour de mon poignet. Maintenant que je savais que je ne pourrais plus jamais l'y remettre, j'avais l'impression d'avoir perdu confiance en moi. Sans que je ne le réalise vraiment, mon père m'avait donné du courage encore longtemps après sa mort. Jusqu'à ce qu'on détruise ce qui détenait en quelque sorte son esprit, ce qui restait de lui.

Je me couchai dans mon lit, exténuée. J'allais rater les cours, rester enfouie sous la couverture. Les larmes ne sortaient pas. La mort de mon père n'était pas récente, je devais faire mon deuil. Je pensais l'avoir fait mais en réalité je m'étais accrochée à sa vie par le biais de la montre. Je devais arrêter de me torturer avec les souvenirs de l'annonce de sa mort. Je devais au moins mettre tout ça de côté le temps de cette guerre s'étant transformée en jeu malsain et dont on pouvait se demander si la gravité des conséquences serait celle de la guerre ou du jeu.