Chapitre essentiellement composé de passages Clexa avec de nouvelles réponses apportées. Bonne lecture !

clarkelexa31 : merci ! Cette histoire est un peu dure en effet, mais le plus dur est passé ! La façon dont Clarke et Lexa essaient de résister à leurs sentiments face à la situation sans pouvoir y parvenir rend leur relation encore plus forte je trouve, c'est pour ça que j'ai créé ce contexte.

OoO-RED-OoO : C'est bien le problème... ce campus n'est clairement pas net. Et Abby ne l'apprendra pas de sitôt mais elle apparaîtra tout de même dans plusieurs chapitres.

Chloesegawa : merci *-* ! Sans développer... mon but n'est pas de faire faire des cauchemars... plutôt "rêver"... alors je suis bien avec toi là-dessus. :3

tigreen : contente que ma fiction te passionne à ce point :') tu devrais comprendre bien vite le comportement de Lexa. J'ai hâte de vous faire lire un certain passage qui devraient en rassurer plus d'un... mais il n'est pas dans ce chapitre, malheureusement. Il sera certainement dans le prochain ou celui d'après. Mais je n'en dis pas plus !

Brittana1409 : Oh, merci beaucoup ! Le développement des personnages et de leurs relations me tiennent particulièrement à coeur. J'espère que la suite sera à la hauteur de ce côté-là !


Le coup du réfectoire avait fonctionné. Pas le mien, qui avait été d'exposer mes contusions pour que tous les étudiants présents se rendent compte de la gravité des actes des membres du Bureau qu'ils soutenaient, mais celui de Lexa, qui enflammait encore mes joues lorsque j'y repensais ou que je revoyais les images disséminées sur le campus et diffusées sur internet. Sur les vidéos prises par des élèves à différents endroits du réfectoires, on voyait clairement mon expression médusée. Il était vrai que j'étais restée assise, immobile sur la table, à reluquer Lexa. J'avais pris du temps à reprendre mes exprits, l'idée qu'elle ne jouait pas vraiment avec moi, qu'elle pouvait réellement avoir des sentiments à mon égard avait ouvert une nouvelle porte : je ne voulais plus aller vers elle pour découvrir ses secrets par l'humiliation comme je l'avais fait à plusieurs reprises, je voulais aller vers elle et comprendre ce qui s'était passé auparavant pour qu'une telle rage s'abatte sur moi cette année. Mais surtout, je voulais la connaître. Pas seulement ses secrets, mais aussi ses goûts, ses pensées, ses origines.

Je ne l'avais pas vue ces derniers jours. Le jeu avait pourtant continué car il fonctionnait plus ou moins bien. Il était apparu que Lexa arrivait la plupart du temps à me contrôler par un simple regard, le désir montant de plus en plus à son approche, aux souvenirs de ses lèvres ardentes contre les miennes. Je me montrais particulièrement affectée, un peu plus à chaque fois, tout en essayant vainement de reprendre le pouvoir de temps à autre. Il fallait bien que ce soit crédible, je m'étais montrée particulièrement bornée jusqu'ici alors je n'allais pas changer du jour au lendemain. Ceci dit, ma dernière défaite n'avait pas été jouée. Je ne l'avais admis à personne, pas même à Raven, mais Lexa m'avait impressionnée plus encore que la fois précédente. Dans la cour, un membre du Bureau dont je ne connaissais pas le nom m'avait arrêtée. Après une altercation verbale, son poing était venue s'écraser contre mon menton et ma lèvre inférieure s'était mise à saigner sous le choc. Lexa venait de débarquer, discutant avec d'autres membres. Elle arrêta l'étudiant violent, qu'elle nomma Quint, et s'approcha de moi. Son air avait donné l'impression qu'elle s'apprêtait à faire une démonstration de force. J'avais hésité à reculer d'un pas mais avais finalement trouvé cela trop peu crédible par rapport à mon caractère. Elle avait attrapé mon menton de ses doigts, mêlé ses lèvres aux miennes dans un court baiser, et s'était tournée vers Quint avec un air de défi.

- Tu as tant envie de goûter à son sang ?

Elle passa le bout de sa langue sur ses lèvres, les rinçant du sang qui s'écoulait encore de ma lèvre percée. Quint, encore plus borné que moi, s'était approché de moi dans le but de reproduire le geste de Lexa. Mais celle-ci l'avait arrêté, le repoussant en arrière. Il grogna et n'eut pas le temps de rappliquer qu'elle m'avait déjà prise dans ses bras et passé son index sur ma lèvre ensanglantée. Elle lança un regard amusé à Quint en posant son index sur sa langue, faisant mine de se délecter de mon sang. Et pour en rajouter une couche, le bout de sa langue était venue effleurer mon menton, remontant jusqu'à la source du saignement.

- Si tu veux jouer au vampire, lui avait-elle lancé, va trouver ta propre victime. Je ne mangerais jamais dans la même gamelle que toi.

Quint était parti en grommelant, poussant quelques grognements de rage qu'on avait pu entendre dans toute la cour. Après un dernier regard, pour les autres amusé, pour moi rassurant, Lexa m'avait lâchée et était repartie. Je m'étais laissée tomber dans l'herbe, car je m'étais rendue compte que Lexa changeait ma réputation pour faire de moi sa propriété. Ainsi, personne d'autre n'oserait lever la main sur moi. Du moins, j'espérais que son plan fonctionne. Pour l'instant, je ne voyais que ce moyen pour écarter les autres membres de moi. Je cherchais une autre idée pouvant me permettre de passer pour autre chose qu'un objet, mais aucune ne me venait à l'esprit. L'idée me viendra, me répétai-je à chaque fois que ma lèvre gonflée me rappelait le plan en exécution. Elle me rappelait aussi le contact de Lexa et je me détestais moi-même quand la même pensée-éclair venait me narguer, celle qui me murmurait de me laisser posséder par Lexa parce qu'au fond, c'était tout ce que je voulais. Mais je n'étais pas un objet ! Et l'expression « être à » venait me rappeler que, au vu de l'omniprésence de Lexa dans mes rêves et pensées, je n'étais pas contre être à elle, je n'attendais certainement que ça. Ô grand esprit, pas toi aussi... tout était décidément contre moi, non plus seulement le campus mais aussi mon esprit qui me bousculait inlassablement pour parvenir à me jeter dans les bras de Lexa. Je n'étais pas certaine de savoir pourquoi je luttais. Cela me paraissait idéologiquement idiot, de se laisser avoir ainsi, en si peu de temps, sur quelque chose de souvent présenté comme un énorme cliché. L'Amour, avec ce grand A, le coup de foudre, les sentiments éternels... tout ça n'avait jamais été moi. J'avais aimé, et j'aimais mes proches, mais je ne me laissai jamais dépassée par la raison quand il s'agissait d'aimer. Je disais que je trouvais ça cliché, idiot, mais j'avais probablement peur. On disait que la chute était merveilleuse mais que le choc était si brutal qu'on ne se relevait jamais complètement. Alors je n'avais jamais mis un pied dans le vide. J'avais aimé, oui, mais jamais à en perdre la tête. Je m'y étais toujours refusée.

J'essayais de faire mes devoirs. Raven était plongée dans son manuel des « réactions chimiques les plus rares ». Je finis par abandonner, incapable de me concentrer. Raven leva le nez de son livre pour me demander :

- Toujours pas de nouvelles ?

Elle lisait dans mes pensées. Non, non, aucune nouvelle, lui répondis-je avec un hochement de tête. Si encore deux semaines auparavant je profitais de chaque moment de répit, aujourd'hui je me demandais où elle pouvait bien être. Nous ne nous étions pas croisées une seule fois en quatre jours. Raven avait pitié de moi. Elle voyait bien que je m'inquiétais quand bien même je ne l'aurais jamais admis. Elle appela Octavia qui elle se chargea ensuite de demander à Lincoln s'il était au courant de quoi que ce soit concernant l'absence de Lexa. La réponse vint plus rapidement qu'espérée : il était dit que Lexa était malade et qu'elle se reposait. Je ne savais pas si je devais croire le Bureau sur parole, mais s'il y avait une autre raison elle ne regardait pas le campus. Enfin, dans tout établissement habituel. Ici... on révélait tout sauf la vie de la Présidente. La personne sur qui on avait le moins d'informations n'était autre que la plus populaire du campus. Ironie, vieille amie.

Je n'avais pas réussi à me sortir ces pensées de la soirée et il était environ vingt-deux heures lorsqu'une idée vint éclairer mon esprit embrouillé. J'envoyai un message à Bellamy dont j'avais enregistré le numéro deux jours auparavant et fut soulagée de recevoir une réponse à peine un quart d'heure plus tard. Il acceptait de me servir encore une fois de chauffeur. Nous discutions peu sur la route. Je le remerciai de me rendre ce service et il me répondit qu'il voulait autant que moi éclaircir toute cette histoire. Autant que moi ? Peut-être pas. Je n'avais pas « envie » d'éclaircir cette affaire, je le devais. C'était contre moi que se tenait le campus, mais ce n'était plus le seul problème. Lexa se tenait au milieu, et je ne comprenais pas encore la nature de cette position. J'en savais encore trop peu pour comprendre la situation dans sa globalité. Bellamy gara la voiture au même endroit que la dernière fois. A quelques mètres, une autre voiture était garée. Celle de Lexa. J'avais vu juste. Si Lexa devait se trouver quelque part autre que le campus, à l'abri des regards, c'était certainement dans la maison perdue au milieu de la forêt. Comme quoi, certains ne plaisantaient pas quand ils affirmaient aller s'isoler au milieu des bois pour abandonner toute civilisation...

Bellamy me prévint qu'il resterait au volant une quinzaine de minutes et que, si je n'étais pas de retour, il m'enverrait un message pour s'assurer que « j'étais encore en vie » et partirait une fois ce fait confirmé. Je le remerciai et me dirigeai vers la maison. Une faible lumière crépitait à la fenêtre droite du rez-de-chaussée. Du feu ? Cela m'avait tout l'air de venir d'une cheminée. Je ne me souvenais pas en avoir vu une la dernière fois, Bellamy avait dû m'appeler avant que je ne pusse l'apercevoir. Je toquai à la porte et il y eut un long silence avant que la porte ne s'ouvre sans avoir été précédé de bruits de pas. Quelle discrétion ! Lexa apparut dans l'encadrement de la porte et me dévisageait avec curiosité. Elle m'interrogea du regard, sûrement surprise de me voir ici à une heure si tardive.

- Je me demandais où tu étais... avec tout ce qui se passe... balbutiai-je.

J'aurais pu simplement admettre que je m'inquiétais pour elle mais au dernier moment les mots n'étaient pas sortis. La fierté, peut-être ? Difficile à dire. Je n'avais plus à conserver une fierté féroce en sa présence, pourtant il apparaissait qu'elle n'était pas prête à lâcher l'affaire. Lexa ne bougea pas, elle devait avoir compris ce que je voulais dire, et elle finit par hocher la tête en se décalant pour me laisser entrer. Je quittai l'obscurité de la forêt nocturne pour un salon baigné dans les halos des flammes qui se mouvaient dans une petite cheminée au fond de la pièce. Une plaque blanche – couleur du mur – était posée à côté de la cheminée. C'était sûrement car la plaque refermait habituellement le trou que laissait la cheminée que je n'avais pas vu celle-ci la dernière fois.

- Comment as-tu su ?

Je me tournai, Lexa venait d'apparaître à l'entrée du salon après avoir refermé la porte. Je réfléchis un instant et répondis :

- Je pense que c'est l'endroit idéal pour fuir.

Elle hocha à nouveau la tête et rejoint le canapé sur lequel elle était probablement assise avant mon arrivée. Une couverture recouvrant ses genoux, les flammes se reflétant certainement dans ses yeux pâles, elle me lança de m'asseoir aussi, si je le souhaitais. Je m'installai sur le fauteuil à droite du sofa, de profil à la cheminée. La chaleur du petit feu était agréable. J'observai la lumière des flammes danser sur le visage de Lexa.

- Tu n'es pas malade, lui fis-je sans trop savoir si j'avais formulé une question ou une remarque.

Sans quitter les flammes du regard, elle répondit :

- Je devais m'éloigner quelques jours.

Pourquoi ? Pouvait-elle cesser un instant de donner des réponses incomplètes et m'aider à comprendre ?

- Qu'est-ce qu'il se passe, Lexa ?

Son regard tangua, hésitant, et elle tourna la tête vers moi.

- Je t'expliquerai, mais s'il te plaît, pas ce soir.

Et ses yeux se tournèrent de nouveau vers le foyer. Elle resta immobile une dizaine de secondes, je ne savais pas quoi dire, je n'osais pas parler, et je n'eus pas besoin de le faire car elle souleva le bout de la couverture à côté d'elle, m'invitant du regard à la rejoindre. Je me levai après un moment d'hésitation et vins m'installer à ses côtés. Elle rabattit la couverture et mon regard se plongea automatiquement dans les flammes en face de lui. J'avais posé sans m'en rendre compte ma tête sur l'épaule de Lexa. Nous ne dîmes plus rien, bercées par le feu dansant, apaisées par sa chaleur. Seules au milieu d'une vaste forêt à contempler de fines flammes, nos mains étaient venues s'entrelacer. Je ne pouvais pas dire laquelle de nous deux avait pris l'initiative, il me semblait que cela avait été un geste inconscient. Il m'était impossible de réfléchir ainsi. Je me laissais voguer au cœur de cet océan de bien-être. Je finis par m'endormir, la chaleur du feu contre mon visage accompagnée de celle de la main de Lexa au creux de la mienne.

Une douce lumière pâle caressait mes paupières. Je reprenais conscience de l'endroit où je me trouvais. La lumière était sûrement celle du jour. J'ouvris les yeux, les laissant s'habituer à la lumière. J'étais allongée sur le canapé, une couverture me couvrant des pieds au cou. Des oiseaux chantaient autour de la maison. Je regardai par la fenêtre. L'aube, j'avais dormi toute la nuit. Cette pensée fit lever ma main. Celle qui, désormais vide, s'était blottie contre celle de Lexa. D'ailleurs, où était-elle ? Pas dans cette pièce, en tout cas. Elle s'était levée plus tôt. J'écoutais. Un son ? Non. Aucun ne pouvant m'indiquer la présence de Lexa dans la maison. Je fouillai la pièce du regard et vis une feuille posée sur la table. Je la lus, attrapai ma veste et sortis aussitôt de la maison. L'air était frais, le soleil encore bas dans le ciel. Je tentai de me souvenir du chemin et m'enfonçai dans les sous-bois en direction de la falaise. J'espérais ne pas me tromper. La dernière fois, il faisait nuit. Je m'étais contentée de suivre Lexa. Là, j'étais seule. Je me souvenais seulement du point de départ et du point d'arrivée. J'espérais avoir choisi la bonne trajectoire pour relier les deux. Je dus prendre une bonne demi-heure pour retrouver la falaise. A son bord, Lexa était assise les pieds dans le vide, la tête droite. Je vins m'asseoir à ses côtés, ignorant le précipice si proche de moi. Lexa avait dû m'entendre arriver car elle ne sursauta pas. Elle me demanda :

- Bien dormi ?

Elle ne devait pas savoir quoi dire. Je répondis aussitôt :

- Oui, merci de m'avoir laissée... et pour la couverture...

Moi non plus je ne savais pas quoi dire. Nous fixions toutes les deux l'horizon. Le rose s'éclaircissait au fil des minutes. J'hésitais à briser le silence qui s'était calmement installé. Tout comme la contemplation des flammes, l'observation du soleil levant était apaisante. Je décidai de ne rien dire, d'attendre que Lexa reprenne la parole quand elle le souhaiterait. Elle le fit quelques minutes plus tard, le rose avait presque disparu du ciel.

- Costia était en deuxième année quand je suis arrivée ici. Elle étudiait l'Histoire. Elle n'était pas du genre à se faire remarquer. Elle n'était pas timide, mais elle ne cherchait pas à se faire particulièrement connaître. Je l'ai rencontrée pendant les sélections pour l'équipe de Lacrosse. Elle était gardienne. Nous nous sommes très vite entendues.

Elle fit une pause. Elle ne voulait clairement pas raconter l'histoire de sa relation avec Costia. Cela devait être trop douloureux, à moins qu'elle ne trouve ça étrange de me la raconter à moi.

- Jusqu'aux élections de fin novembre, la Présidente était Nia, aujourd'hui en dernière année. J'avais été nommée capitaine de l'équipe au début du mois, après trois victoires de suite. Costia m'avait proposé d'intégrer le club d'arts dramatiques, ce que j'ai fait. J'ai rejoint les clubs de judo et de karaté des deuxième année car les arts martiaux m'ont toujours intéressée. Non pas me battre, mais maîtriser mon corps et mes émotions. J'avais déjà rencontré la moitié des élèves du campus par le biais des cours, des clubs, et des quelques conférences ouvertes du Bureau appréciées des étudiants car ils pouvaient y donner leurs avis. J'avais proposé pas mal d'idées. La politique m'intéressait, j'ai baigné dedans en quelque sorte. On m'a conseillé de me présenter aux prochaines élections. Je n'étais pas pour, je ne pensais pas être faite pour ça. Anya et Indra avaient lancé un sondage pour connaître le nombre de personnes favorables à ma candidature. Ceux qui me connaissaient même vaguement étaient pour la grande majorité favorables et le reste s'est renseigné sur moi et ils ont aussi, pour la plupart, adhérés. Je me suis donc présentée. J'ai gagné, écrasant Nia au passage. Ce que je ne savais pas, c'était que l'ancienne présidente était très rancunière. La présidence représentait pour elle la place d'étudiante la plus populaire et offrait pas mal de possibilités pour une future carrière dans la mode, en tant que designer. Je me suis très vite rendue compte qu'elle ne m'appréciait pas, mais beaucoup trop d'étudiants me soutenaient, elle ne pouvait pas essayer de me faire tomber sans se décrédibiliser aussitôt. Alors je ne me suis pas inquiétée. J'aurais dû. Ma relation avec Costia avait été rendue publique par les autres membres de l'équipe. Tout le monde était au courant. Ce n'était pas méchant, au contraire, nous étions en quelque sorte les mascottes de l'université : la gardienne et la capitaine. Nia a compris qu'il n'y avait qu'une seule façon de m'atteindre : Costia. Elle lui a trouvé tous les torts, piégée pour obtenir des preuves qu'elle a ensuite rendues publiques. Elle avait bien préparé son coup. Je n'ai rien pu faire pour l'en empêcher, ni même la contrer. Une humiliation en lança une autre. Costia ne comprenait pas. Je me suis battue à ses côtés, essayant de faire cesser ce harcèlement qui devenait de plus en plus violent. Les gens ne comprenaient pas comment je pouvais être de son côté. Les choses allaient dégénérer pour moi aussi, et je m'en fichais. Anya et Indra m'ont tirées de là, laissant les autres penser que j'étais aveuglée par l'amour. Mais j'ai refusé d'observer Costia sombrer. J'ai refusé de voir son corps dépérir sous les coups qu'elle tentait tant bien que mal de cacher. J'avais prévu d'aller rejoindre Costia et de faire éclater la vérité au grand jour, peu importe combien ce serait difficile. Mais Anya avait mis mon téléphone sur écoute, par « inquiétude » avait-elle dit, et elle a découvert lors d'une conversation privée avec Costia que je n'étais pas prête à la laisser tomber. Le soir de la conférence du Bureau pendant laquelle j'avais prévu de faire monter Costia sur l'estrade pour expliquer la vérité à tous, elles ont mis une dose de somnifère assez forte dans ma bouteille d'eau pour me faire dormir dix-sept heures de suite. Elles prétendaient vouloir me protéger. Quand je me suis réveillée, j'ai appris que Costia était morte. Nia avait voulu l'humilier une bonne fois pour toutes en lui faisant faire toutes sortes de choses sous l'effet de la drogue. Ils lui ont fait prendre une dose trop forte de psychostimulants. Certains ont trouvé amusant de la faire boire une bouteille entière de vodka en la laissant croire que ce n'était que de l'eau. On m'a dit qu'elle avait été tellement défoncée qu'elle ne s'était pas rendue compte que l'eau était en fait de la vodka et avait tout bu d'une traite. Personne n'avait appelé les pompiers. Ils ont pris peur. L'Administration a fait passer ça pour un accident. Pendant l'année de présidence de Nia, celle-ci avait récolté assez d'informations pour mettre en péril l'université. Le président du Conseil d'Administration avait lui-même des choses à cacher. Quand j'ai appris ce qu'il cachait, j'ai menacé de tout raconter à la police s'il ne faisait pas lui-même le nécessaire pour que la mort de Costia soit reconnue comme un homicide volontaire. Nia savait ce qu'elle faisait autant ce soir-là que le jour où elle a décidé de détruire Costia pour me détruire moi. Je voulais tout raconter moi-même, mais Anya et Indra m'en ont encore une fois empêchée. Soutenues par le reste du Bureau, elles ont construit un dossier avec Nia pour que je sois prouvée coupable en cas d'enquête puis de procès. Un dossier trop solide pour que je puisse le contrer seule. Le campus entier savait ce que le jeu sordide de Nia avait causé, mais ils ont choisi d'oublier. Tous choqués, tous niant le fait d'avoir pris part à ne serait-ce qu'une seule manifestation de haine envers Costia. Pour le campus, pour la police, pour le monde entier, cette histoire ne s'est jamais produite. Même sa famille pense que sa mort est due à un accident. Et je ne pourrais certainement jamais leur dire la vérité.

J'imaginai qu'elle avait terminé son récit. Je ne savais pas quoi dire et pensais qu'un lourd silence allait s'installer entre nous mais elle reprit la parole :

- Ceux qui savent, quand bien même ils font comme si rien ne s'était passé, ne te détestent pas seulement pour les histoires qui ont été montées sur toi. Ils te détestent aussi car ils ont peur que ça recommence. Mais si rien ne s'est jamais produit... alors qu'est-ce qui recommencerait ? Rien. Rien ne recommencerait, et ce « rien » ne serait qu'un tragique accident.

Elle fit une pause.

- On n'apprécie pas de me voir me rapprocher de quelqu'un. Il faut dire aussi que peu de temps après son enterrement, je me suis noyée dans les occupations pour y penser le moins possible. Nos équipes et clubs ont remporté de nombreux prix. J'étais major de promo en fin d'année. J'ai continué ainsi. Je continue encore, en un sens. Mais cette année, c'est différent.

Elle tourna la tête vers moi. Elle était parvenue à garder une voix forte et lisse, pourtant je vis ses yeux bordés de larmes.

- Je t'ai aperçue plusieurs fois pendant ta semaine d'intégration. Je t'ai entendue parler en passant près de ta table au réfectoire. Ton amie s'est moquée de toi et tu t'es mise aussitôt sur la défensive avant d'éclater de rire. Quand je t'ai vue au bord de la route, je ne pensais pas que de te ramener au campus déclencherait tous ces événements. Je voulais juste te rencontrer, Clarke. Juste une fois, comme ça.

Nouvelle pause. Elle avait tout déballé et avait encore des choses à raconter mais avait de plus en plus de mal à les dire.

- J'espérais que tu me détestes à cause de mon comportement, de ce qui a été dit sur toi...

Ses mâchoires étaient crispées. Elle ravalait ses larmes, contenait la colère qui s'accumulait depuis le début du récit. Je tournai la tête, le soleil jaune s'élevait, presque à hauteur de mon nez à présent. Je baissai le regard vers le précipice. J'avais l'impression qu'il m'aspirait, me faisant chuter inlassablement. Je n'avais pas peur de tomber. J'avais peur de la fin de la chute, le contact brutal avec le sol. Je levai le regard vers le ciel, aussi haut que je pus le contempler. Je tombais peut-être depuis le début. De très haut. Et plus je tombais, plus je ressentais. L'air, s'emplissant de multiples odeurs, mers et forêts, glissant sur ma peau, la rafraîchissant tandis que le soleil me réchauffait de son rayon qui semblait converger vers moi et uniquement moi. L'attraction de la Terre qui m'attirait dangereusement vers elle. Et pourtant, sans être sûre d'avoir dans mon dos un parachute, je savais que je ne ferais rien pour stopper cette chute, que si une corde était dans ma main je ne tirerais pas dessus pour libérer la voile qui me sauverait la vie. Car je me sentais bien, à tomber, à ressentir toutes ces choses. Libre, insouciante, guidée par la nature et non plus par une raison fabriquée de toute pièce par l'Homme.

Je sortis de ma réflexion et tournai à nouveau la tête vers Lexa qui s'était aussi laissée aller à la contemplation de l'horizon pour répondre :

- Ni toi ni moi n'a jamais eu le contrôle de la situation, au fond. Les limites ont été dépassées il y a longtemps. C'est trop tard, on ne peut pas arrêter, faire comme si rien ne s'était passé. Ils ne s'arrêteront pas avant de s'être assurés que je ne suis plus rien. Je ne peux pas laisser tomber, Lexa. Tu peux me dire d'arrêter des milliers de fois que cela ne changerait rien. Je continuerai de me battre, jusqu'au bout.

Lexa me dévisagea un instant. Je lus de l'admiration derrière la tristesse de son regard. Je pus voir son regard glisser discrètement sur mes lèvres avant qu'elle ne tourne la tête. Elle sembla se renfrogner.

- Je ne t'ai pas raconté tout ça juste pour me montrer honnête envers toi, Clarke. C'est ta vie qui est en jeu.

- Je compte bien gagner. Il est hors de question qu'ils s'en sortent.

Je voulus ajouter que même si je l'avais voulu, je ne pourrais pas arrêter mais il aurait fallu que je justifie. Je ne saurais quoi répondre, ou n'osais pas le faire, je ne savais pas trop. Lexa était passée d'ennemie à alliée en un court laps de temps. Si cette histoire paraissait irréelle, autre chose semblait bien trop réaliste.

- Nous devrions y aller, me dit Lexa en se relevant, il nous reste peu de temps avant le début des cours.

Elle retournait au campus ? Je supposai qu'elle avait assez réfléchi, ou qu'elle n'avait plus besoin de le faire si sa réflexion avait porté sur la façon de me raconter son histoire. Elle m'aida à me relever. Je n'avais pas besoin d'aide mais à l'air concerné qu'elle portait, elle devait avoir peur que je tombe. Il était vrai que je pouvais me montrer maladroite. Nous marchâmes en silence jusqu'à la maison, mangeâmes un fruit accompagné d'un thé et repartîmes pour le campus. Elle me déposa un quart d'heure avant le campus pour qu'on ne nous voit pas ensemble. Cela aggraverait la situation si l'on était vues après une virée toutes les deux en-dehors du campus. Déjà qu'en son sein, nos rencontres faisaient polémique...

Avant de descendre de la voiture, je la remerciai du regard. Je ne dis rien car j'étais persuadée que si je commençais à parler, je ne m'arrêterais plus. Marchant au bord de la route, j'essayais de me convaincre qu'il me fallait du temps pour réfléchir, tout comprendre, trouver des idées d'actions, prendre des décisions. Mais le fait de raisonner me paraissait absurde, ce qui n'était pas dans mes habitudes. J'étais pour la réflexion sur la situation du campus mais pas pour Lexa. A son sujet, j'étais déjà aveuglée par le reflet de la pancarte dont j'avais pu lire de loin, avant l'apparition du premier rayon de soleil, les quatre lettres d'un prénom et une flèche indiquant une direction inconnue que je suivrais avec la forte probabilité de me perdre. De toute façon, j'étais déjà perdue, me répétai-je encore en arrivant à l'entrée du campus, mais ça ne me dérangeait plus. Je tombais, certes, je n'y pouvais plus rien, n'essayais même plus de battre d'ailes invisibles, mais avec la sensation que le sol était trop loin pour m'atteindre. Peut-être même que je tombais à l'inverse, mon monde retourné par un puissant vent nouveau, et que j'avais décollé du sol pour tomber dans le ciel. Peut-être bien... je préférais cette hypothèse... car je sentais encore la main de Lexa au creux de la mienne et je craignais d'y voir un jour s'écouler quelques gouttes de sang.


- Mais t'es à fond sur elle, en fait, trouva à répondre Raven après que je lui eus raconté le récit de Lexa.

Nous mangions un sandwich dans notre chambre. Elle faillit s'étouffer avec sa bouchée quand je lui répondis que ce n'était pas l'important dans le récit.

- Pas « le plus » important, mais ça l'est quand même.

Elle s'arrêta de rire, reprenant doucement son sérieux, m'indiquant qu'elle allait sortir autre chose qu'une blague douteuse.

- Sois prudente, quand même. Si vos sentiments sont bien réciproques, il faut faire attention à la façon dont vous les utiliser. Je veux dire, après ce qui est arrivé à Costia... elle qui n'avait rien fait de mal... ou rien demandé à personne... enfin, fais attention.

Je comprenais son inquiétude, j'étais un peu inquiète moi-même. Un peu... cela dépendant de quelle partie de l'histoire on parlait... je n'étais pas très fan de la partie « drogue plus alcool ».

- Il me faut trouver un moyen de faire exploser la vérité sur l'affaire Costia.

C'était seulement en éclaircissant cette histoire que je pouvais espérer illuminer la mienne de la vérité. Raven parut intéressée.

- On lance notre propre enquête personnelle ? S'il faut cacher des micro-caméras, je suis là ! Et Monty peut hacker l'ordinateur de Nia, même celui de chaque membre du Bureau s'il le faut !

Cette idée me sembla folle. C'était aller un peu loin... puis je me souvins que l'expression « aller loin » n'avait plus de sens ici. Alors, autant employer tous les moyens possibles pour résoudre le problème... ce n'était pas comme si la légalité régnait en maître sur le campus, après tout.

Le lendemain, Raven profita de la pause déjeuner pour aller s'infiltrer dans la salle du Bureau des Elèves et y cacher quelques caméras et micros qu'elle s'était procurée par je ne savais quel moyen. Elle aimait avoir sa part de mystère. Je me dis que ce n'était peut-être pas si mal si je n'étais pas au courant. Je me promenai dans les lieux de passage principaux du campus. Je savais que l'équipe de Lacrosse avait entraînement juste après la pause déjeuner et qu'ils s'y rendraient bientôt. Cela ne manqua pas, même plus tôt que prévu. A moi de maintenir l'attention sur moi pour laisser le champ libre à Raven. Les seuls membres du Bureau susceptibles de retourner à leur salle étaient ceux de l'équipe de Lacrosse, tous les autres étant soit au réfectoire soit en cours. Heureusement que le Bureau attirait l'attention... on pouvait facilement connaître l'emploi du temps de chaque membre. Je les entendais arriver et débouchai d'un couloir, tête basse, vive allure. Je rentrai « accidentellement » dans Lexa et je reçus un « Tu peux pas regarder où tu vas ? » d'un autre membre. Gustus, si je me souvenais bien. Mais je ne fis pas attention à lui. Je figeai mon regard sur Lexa, reculant d'un pas avec un air semi-désolé sur le visage. Elle avait la même prestance qui m'avait agacée lors de nos premières rencontres. Mais je n'allais pas m'imposer à elle, pas tout de suite du moins. J'allais encore une fois donner raison aux rumeurs. Lexa fit un pas en avant et je me laissai tomber à genoux, sans la quitter des yeux. Je ne m'étais pas encore totalement écrasée... pas encore. Elle s'arrêta, relevant le menton. Ce qu'elle était douée pour les airs de supériorité ! Je sentais les regards étonnés et amusés des autres membres autour de nous. Lexa s'approcha et se baissa pour me relever à l'aide de ses deux bras.

- Tu bloques le passage, me glissa-t-elle à l'oreille suffisamment fort pour que les autres pussent entendre.

Je rougis, un rouge probablement assez vif pour être vu à plusieurs centaines de mètres. Je n'étais pas certaine d'exagérer sur cette remarque. Je décidai de répondre, avec assez de confusion pour que ma réponse pusse être interprétée de toutes les façons possibles.

- Lequel ?

Je ne regardais pas les autres, pourtant je sentais les expressions médusées de certains et entendais les rires des autres. Un petit sourire, très léger, apparut au coin des lèvres de Lexa. Son regard essayait de rester le plus neutre possible mais j'étais assez près pour y voir de l'amusement. Elle avait envie de rire, et moi aussi en fait. Je m'humiliai, certes, mais je le faisais consciemment. Et je ne m'humiliai pas aux yeux de Lexa, car elle-même avait initié le plan de ma décrédibilisation pour qu'on ne m'accorde plus le statut de harceleuse complotiste démagogue. Ce titre n'avait pas vraiment de sens mais il était sorti tout droit des rumeurs, alors il n'était pas étonnant qu'il ne soit pas très logique.

- Celui menant à ma raison, répondit-elle avec sarcasme.

Les autres rirent car, à son ton, elle se fichait complètement de moi. Mais son regard, que j'étais la seule assez proche pour pouvoir déchiffrer, montrait une sincérité totale. Je ne dis plus rien, que répondre à ça ? Je ne voulais pas répondre une phrase idiote et j'étais trop surprise pour avoir une idée de réponse ironique qui valait la sienne. Elle avait utilisé l'ironie pour me dire la vérité. Ils ne s'imaginaient pas qu'elle ne plaisantait pas. Elle me relâcha, reportant son intérêt sur son équipe et ils partirent tous pour le stade, sans qu'aucun ne pense à se rendre au bureau. Cela avait fonctionné. Si l'un d'entre eux avait voulu passer au bureau, je le lui avais fait oublier. Lexa, Lexa, grommelai-je intérieurement, les joues encore brûlantes, tu peux te montrer particulièrement convaincante parfois... peut-être trop. Je secouai la tête, esprits, esprits, revenez à moi, et allai rejoindre ma chambre. Raven arriva un quart d'heure plus tard, mission accomplie, et se moqua bien assez de moi sur les photos qui défilaient déjà sur internet.