Je poste ce nouveau chapitre sans en dire quoi que ce soit cette fois ! Je m'excuse d'avance s'il y a des fautes, je suis un peu fatiguée. x)

J'espère que ce chapitre vous plaira !

DrWeaver : Je suis bien d'accord, ce n'était pas simple pour elle. Malheureusement, c'était nécessaire.

Clexa9223 : haha en effet, ce chapitre devrait te plaire :p


Les caméras cachées dans la salle du Bureau des Elèves nous avaient d'ores et déjà montré de passionnantes réunions. Nous avions eu droit à l'organisation des plannings des clubs sportifs, des choix des dates pour les prochains événements, et le meilleur : la sélection des « meilleurs » élèves pour des recrutements de membres de tel ou tel club qui avait besoin de « pièces maîtresses ». Fascinant. Si fascinant que j'avais arrêté de regarder régulièrement au bout de deux jours. J'avais dû voir quatre ou cinq heures de différentes réunions desquelles je n'avais tiré aucune information pouvant m'être utile. J'avais au moins pu mettre un nom sur chacun des visages des membres, c'était déjà ça.

- Clarke, as-tu un instant à m'accorder ?

Je m'arrêtai, mes yeux ronds dévisageant Nia. Que me voulait-elle? Pourquoi ici, en plein milieu d'un couloir emprunté par de nombreux élèves ? J'acquiesçai du regard. Si elle avait quelque chose à me dire, j'étais bien curieuse de savoir quoi. Elle me prit par le bras et me tira sur le côté.

- J'ai compris, commença-t-elle sur un ton un peu plus bas que précédemment. Je tenais à m'excuser. J'ai été trop loin, et j'en suis navrée. Vos sentiments ne sont pas un jeu.

Hein ? Ce n'était pas possible. Elle avait été bien plus loin que ça et elle s'était montrée assez cruelle par le passé pour craindre aller plus loin aujourd'hui. D'après les dires de Lexa...

Je répondis par un court hochement de tête. Elle repartit après m'avoir dévisagée assez longtemps pour me donner l'envie de lui hurler de me foutre la paix. Je sortis à l'air frais, tant pis pour mon cours de littérature contemporaine. Nia avait joué la carte du petit sucre rose, pensant que je fondrais aussitôt et la pardonnerais. Mais honnêtement, les sucres roses, je les noie dans un café bien noir. Celui si fort qu'on s'étouffe avec. Je soupirai. Si en plus de comprendre Lexa je devais essayer de comprendre Nia, dans dix ans je n'aurais toujours pas quitté l'université.

Je relus mes cours, attendant la prochaine interclasse, et me levai quelques minutes après la sonnerie. J'avais les jambes engourdies à être restée assise dans l'herbe pendant une heure et demie. Je rangeai mes feuilles et rejoignis le bâtiment dans lequel j'allais assister à mon prochain cours. Au détour d'un couloir, je croisai quelques membres du Bureau, Lexa en tête qui m'accorda un regard discret. Moi aussi je vais bien, et toi ? Tu m'as l'air en pleine forme ! Ah, tu dois y aller ? Bon, beh à plus tard, c'était cool de te revoir, ça faisait longtemps. Inutile de préciser que j'étais fatiguée. Il m'aurait été utile de lui parler de Nia mais elle était déjà partie, ne m'accordant qu'une seconde d'attention.

Je m'étais concentrée sur les cours – il ne fallait pas que je perde le fil – mais avait profité de mon service pour réfléchir. Nia préparait un mauvais coup, cela semblait logique. Pourquoi s'excuserait-elle maintenant autrement ? Pourquoi arrêterait-elle avant la fin alors qu'elle avait été jusqu'au bout avec Costia ? Jusqu'au bout... jusqu'à sa mort. Cela ne me rassurait pas du tout, j'avais intérêt à regarder les dernières réunions du Bureau pour voir s'ils n'avaient pas préparé tout un plan machiavélique contre moi. Cela devait attendre, car je venais à peine de finir mon service.

- Tu viens de rater le bus.

A peine passé la porte, on engageait la conversation. Une personne se tenait à quelques mètres, les mains dans les poches. En effet, il faisait froid.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Ce n'était pas Lexa. Autrement, je n'aurais pas été surprise. C'était Nia. Mon sang se glaça dans mes veines et je n'étais pas sûre que cela fut dû au froid ou aux yeux glacés qui me fixaient.

- J'étais sérieuse tout à l'heure. Tu ne m'as pas répondu. Je souhaite savoir ce que tu en penses.

Mes pensées ? En quatre mots : pauvre fille manipulatrice psychopathe. Redondant, mais je réfléchissais surtout à la réponse que j'allais vraiment donner.

- Qu'est-ce qui t'as fait changer d'avis ?

En admettant qu'elle fût sincère, pourquoi aurait-elle soudainement eu envie de me laisser tranquille ?

- Je te l'ai dit tout à l'heure. J'ai réalisé que tes sentiments pour Lexa étaient sincères et que tes intentions n'étaient en rien mauvaises.

Bien sûr. Dit comme ça, j'eus tout de suite envie de la croire. Et si on devenait BFF aussi ?

- Qu'attends-tu de moi ?

Autant aller droit au but. Ses excuses étaient bien trop insistantes pour qu'elle n'eût pas d'autres idées derrière la tête. Elle sourit, avança de quelques pas. Je la passai en revue. Quelque chose semblait faux, encore plus faux que notre rencontre de ce matin.

- Que nous puissions enfin nous entendre, fit-elle enfin.

Je m'apprêtai à répondre quand une main surgit de derrière moi pour enserrer mon buste et l'air froid vint frapper mon cou dégagé de mes cheveux. Un fin pincement mis tous mes sens en alerte. J'essayai de me débattre, de hurler, mais je n'y arrivai pas. Mes pensées ne parvenaient plus à se transformer en actions, elles étaient bloquées à l'intérieur. En quelques secondes mes pensées s'évanouirent et, malgré ma résistance, je fermai les yeux et eus le temps d'apercevoir une silhouette familière avant de sombrer.

Je reconnus le confort particulier de mon matelas. L'odeur de ma couverture, de ma chambre, et pas très loin, le parfum de Raven. J'ouvris les yeux, clignant abondamment pour les habituer à la lumière du jour et une main vint prendre la mienne. J'émergeai lentement. J'entendis la voix de Raven :

- Clarke, tu m'entends ? Tout va bien ?

Encore un petit instant et je parvins enfin à garder les yeux ouverts. Je tournai légèrement la tête vers Raven, à mon chevet. Je hochai la tête. Elle poussa un soupir de soulagement. Je me redressai, ma tête grésillait, j'avais l'impression que l'arrière avait été cogné fortement contre un mur de béton. Je jetai un regard interrogateur à Raven. Je ne savais plus trop ce qui s'était passé et, si je m'en étais souvenu, je doutais avoir assez d'éléments pour comprendre.

- J'ai essayé de t'appeler plusieurs fois hier soir, mais tu venais sûrement de commencer ton service. Vers cinq heures quelques membres du Bureau se sont réunis. Nia, Titus et... Lexa. La conversation était tendue mais sans menaces directes. Nia a évoqué un précédent ultimatum et le choix de Lexa de t'humilier une bonne fois pour toute. Lexa a coupé court à la conversation, ne revenant pas sur son choix, et est partie. Seuls, Nia et Titus ont parlé d'un plan pour... ben, tu le sais maintenant... Je n'étais pas sûre d'avoir compris la date de l'exécution de leur plan, mais dans le doute je suis venue. Tu étais seule, écroulée sur le sol. Pendant un instant j'ai cru...

- Je vais bien, parvins-je à dire.

Les événements, avant la piqûre, m'étaient revenus en mémoire et je ne fus pas surprise de découvrir que j'avais eu raison au sujet de Nia. Je ne pouvais pas lui faire confiance. Je ne savais pas ce qu'elle m'avait fait injecter mais je savais qu'elle avait fait le même coup à Costia. Ceci dit, j'étais encore en vie. Raven venait de dire que j'étais seule quand elle m'a trouvée. Cela n'avait pas de sens, ils ne pouvaient pas m'avoir endormie pour simplement me laisser par terre dans la rue. Bon, en pleine nuit, j'avais de grandes chances de mourir, surtout que les températures avaient considérablement chutées ces derniers jours, mais me tuer ainsi ? Sans en faire tout un spectacle ? Ce n'était pas le genre apparent de Nia. Il manquait une pièce à ce puzzle.

Je parvins à m'asseoir sur le bord du lit. Il fallait que je réussisse à me lever et marcher jusqu'à la salle du bain qui me paraissait alors terriblement loin.

- Je dois y aller, dit Raven en me lâchant la main, les cours vont commencer. Repose-toi bien.

Elle se retourna une dernière fois avant de quitter la pièce.

- Au fait... je m'inquiétais hier alors j'ai envoyé un mail à Lexa sous ton adresse pour lui demander de venir à la fin de ton service. Mais apparemment, elle n'est pas venue... heureusement Bellamy m'a laissée emprunter sa voiture...

Hein ?! Je me levai d'un bond. Trop tard, Raven était déjà partie. Au moins, j'étais debout...

Après m'être douchée et changée, je retournai m'asseoir dans mon lit. Les sons graves résonnaient dans ma tête. J'essayai de ne plus y penser. La révélation de Raven m'était d'une grande aide. Un mail en mon nom. Sérieusement. Je ne me demandais pas comment elle avait eu accès à ma boîte mail ou encore comment elle avait obtenu l'adresse personnelle de Lexa, Raven était particulièrement douée dans ce domaine et je ne doutais pas du fait qu'elle pouvait obtenir l'aide de Monty quand elle le désirait.

Je somnolais, deux doses de paracétamol dans le sang lorsque l'on toqua à la porte. Je grommelai en me levant avec peine. Je m'agrippai à la poignée de la porte, fatiguée des quelques mètres parcourus. J'espérais que ce qu'il me restait de drogue dans le sang allait quitter rapidement mon organisme, bien que je n'aidais pas beaucoup à prendre des anti-douleurs régulièrement.

- Lex...

Elle me coupa en entrant et refermant la porte aussitôt. Dans sa précipitation, elle faillit me faire perdre l'équilibre. J'allai m'asseoir sur le bord de mon lit pour ne pas m'écrouler.

- Tu vas bien ?

Je ne m'attendais pas du tout à cette question, dix points pour l'originalité !

- Je suis en vie, répondis-je avec sarcasme.

Que dire d'autre ? J'allais bien, oui et non, je savais que ça irait mais pour l'instant mon corps me faisait un mal de chien.

- J'ai reçu ton mail hier, je ne pensais pas que –

- Il n'est pas de moi, mais de Raven, la coupai-je. Elle a eu peur pour moi. Elle a bien fait.

Oui, elle avait bien fait. C'était dur de l'admettre mais c'était la vérité. Même si au final ce mail n'avait pas été très utile...

- Je suis venue hier soir, reprit-elle.

Je rayai ma précédente pensée.

- Raven m'a dit que –

Cette fois, ce fut elle qui me coupa.

- J'ai tout juste eu le temps d'arracher le bras qui tenait la serringue avant que le piston n'ait été complètement pressé. Je n'ai pas pu rester avec toi. Il fallait les faire partir, leur faire croire que –

- Quelle dose voulaient-ils m'injecter ?

Surprise de ma question, elle se tut. Mais une fois la surprise passée, elle ne reprit pas non plus la parole. La réponse ne me plairait pas. Je scrutai le sol un moment, perdue dans l'imagination de ce qu'aurait pu être la veille. Elle finit par briser le silence.

- Je ne suis pas seulement venue pour te dire ça. J'ai quelque chose à te donner, ou plutôt à te rendre.

Je relevai la tête. Elle avait attisé ma curiosité. Je pris la boîte qu'elle me tendait et l'ouvrit sans plus attendre. Je faillis la lâcher sous la surprise. Je fixais l'objet depuis plusieurs secondes qui s'accumulaient lourdement les unes sur les autres. Impossible, ça ne pouvait pas être... je pinçai les lèvres, fermant les paupières un instant. Quand je les ouvris, je me rendis compte que je ne rêvais pas. Je retins des larmes. Elles voulaient jaillir à tout prix, s'enfuir avec la peine, la colère, le soulagement, l'amour que la vue de l'objet provoquait en moi. Je le pris, vérifiai qu'il s'agissait bien de ce que je pensais. Le nom était gravé au dos. C'était bien elle. C'était bien la montre de mon père. Les larmes jaillirent. Je relevai la tête, prête à la détourner pour la cacher, mais il n'y avait plus personne à qui cacher mon visage. Lexa était partie. Depuis combien de temps, aucune idée. Encore une fois, elle m'avait eue. Elle avait réussi son coup, j'avais vraiment cru qu'elle avait détruit la montre. J'en avais souffert. Et pour quoi ? Elle avait dit vouloir que je la déteste, elle avait voulu me faire passer pour inoffensive face au campus et plus particulièrement face au Bureau. Je ne pouvais pas être en colère. Pas pour ça. J'avais été en colère, blessée, quand elle avait détruit ce que j'avais pensé être la véritable montre de mon père, mais elle venait de me la rendre. En un seul morceau. Alors, non, je ne voulais pas lui en vouloir pour ça. Il y avait beaucoup de choses que je ne comprenais pas, et j'en voulais peut-être un peu au monde entier pour être aussi complexe, trop difficile à comprendre. Mais là tout de suite, je voulais simplement me reposer, m'endormir avec contre moi la montre qui portait encore l'odeur de mon père. Il l'avait portée si longtemps que l'objet s'était imprégné de lui à jamais.


Deux jours plus tard, j'étais encore confuse. Néanmoins, je me sentais physiquement mieux. J'étais retournée en cours le lendemain. J'avais eu l'espoir de revoir Lexa, d'avoir l'occasion de lui parler en privé, en contraste avec mon incompréhension qui me donnait envie de fuir ce monde. S'il y avait bien une chose qui revenait sans cesse, c'était ma confusion. Il y avait toujours une chose que je ne savais pas et qui pourtant me permettrait de comprendre. J'étais la première concernée et la dernière au courant.

- En forme pour le jeu, Clarke ?

Je me tournai vers Octavia, qui m'offrait un grand sourire malicieux. Je haussai un sourcil. Quel jeu ? Au même moment, une femme distribuait des enveloppes. Je ne l'avais pas vue entrer dans la salle, déjà que je n'écoutais pas le cours...

- Ils ont expliqué les règles hier. Tu devais encore dormir en cours.

Encore ? Je ne dormais pas si souvent... je rêvassais... j'étais souvent épuisée en ce moment.

- Dans moins de deux mois sera la fin du premier semestre. Chaque année, les nouveaux sont testés sur la connaissance du campus pour voir s'ils peuvent être considérés comme étudiants à part entière et non plus comme des vulgaires newbies.

- Ce qu'elle essaie de te dire, la coupa Raven, c'est que dès demain tu seras menottée à un élève de troisième ou dernière année pendant une semaine et il ou elle verra si tu te comportes comme un véritable étudiant ! Mais le meilleur : les élèves du campus forment les paires via un vote.

Oh non... leur sourire en disait long et je les fusillai du regard pour qu'elles s'abstiennent de le dire. Aussitôt reçue, j'ouvris l'enveloppe et, évidemment, obtins Lexa. Entre les « fans » et ceux qui, parce qu'ils me détestaient, adoraient me voir perdre mes moyens en présence de la Présidente, le choix était évident. Demain, je serais menottée à Lexa pour une semaine, hum... je ne voyais pas vraiment notre relation comme ça.

Raven et Octavia avaient eu respectivement un troisième année nommé Finn et Lincoln. Octavia avait été chanceuse, elle avait eu son copain. Je ne pouvais pas qualifier Lexa de petite-amie. J'essayais de voir les choses du bon côté en me disant que je pouvais profiter des sept prochains jours pour lui extorquer quelques réponses. Ce soir-là, je me couchais anxieuse. La semaine à venir s'annonçait particulièrement compliquée.

Le lendemain. Neuf heures. Tous les première année étaient rassemblés dans la cour pour retrouver leur mentor. Lexa n'eut pas de mal à me trouver. Il fallait dire que ma présence était souvent très remarquée. Elle saisit mon poignet et l'enserra de la menotte. Quelques dizaines de regards avaient convergé vers nous.

- Pas trop serré ? Me fit Lexa sur un ton amusé.

Je répondis un simple « non » et la journée de cours commença. Je devais suivre Lexa dans ses cours. J'avais toujours rêvé de commencer une journée par un cours de sciences politiques, ce sujet m'intéressait tellement ! Je commençai à somnoler en à peine dix minutes de cours. Cela ne m'aurait pas dérangé de faire une sieste, mais Lexa en avait décidé autrement. Elle avait collé sa jambe contre la mienne, la frottant doucement de temps en temps. Je finis par me décaler mais elle se rapprocha sans discrétion. Ah, évidemment, la comédie continuait... et cette fois encore, je n'avais pas besoin de jouer pour paraître touchée. J'étais probablement une torche humaine. Les regards glissaient régulièrement vers nous, le professeur fit mine de ne rien voir. Elle se rapprocha encore, jusqu'à ce que nos épaules se touchent, prétextant avec une voix mielleuse qu'elle ne pouvait pas écrire si je tirais trop sur la menotte. Quelle idée d'avoir menotté les mains avec lesquelles on écrivait, aussi... enfin, « elle » écrivait. Je ne prenais pas de notes, déjà que j'écoutais à peine !

Le cours se termina et j'étais partagée entre l'envie de tuer Lexa et celle de l'embrasser fougueusement. Elle pouvait paraître à la fois impassible et capable d'exprimer des sentiments très forts : tristesse, douleur, inquiétude... mais elle était aussi parfaitement capable de me faire tourner en bourrique avec ses petits sourires en coin et ses doux petits gestes. Cette fille n'était pas croyable...

Au déjeuner, nous étions allées au réfectoire. Être littéralement attachée à la Présidente m'autorisait à y manger. Nous nous étions assises avec Raven, Octavia, Jasper, Monty et Harper, qui étaient attachés à Finn, Lincoln, Bellamy – Bellamy attaché à Jasper ?!, Echo et Cage. Je rencontrais ces deux derniers pour la première fois. Cage nous dévisageait régulièrement Lexa et moi, ce qui était loin d'être étonnant compte tenu de notre réputation, mais Echo semblait plus intéressée par Bellamy. Nous parlâmes de tout et n'importe quoi. Raven et Octavia en profitèrent pour se moquer de moi : des photos et vidéos de la matinée circulaient.

- Tu te sens encore fiévreuse ?

Je fusillai gentiment Raven du regard. Elle faisait référence à ma journée post-drogue. Je n'avais pas eu de très grandes fièvres mais avait eu des instants de « trop chaud » et « trop froid » dus à ma légère hypothermie. Tomber inconsciente dans la rue, cela pouvait passer, mais en pleine nuit alors que l'hiver me saluait sadiquement de la main... c'était un peu moins recommandé. Ceci dit, ce n'était pas exactement de cette fièvre là dont elle voulait parler. Ma main gauche entravée, Lexa en profita pour utilisée sa main libre et m'aider à manger.

- Je ne vais quand même pas lever ma main droite sans arrêt, elle tient mon couteau, se justifia-t-elle sur un ton faussement innocent.

Cela fit évidemment marrer Raven et Octavia. Jasper se retenait de rire mais échoua. Il aurait au moins essayé de me soutenir, lui ! Je sentais les regards d'une dizaine de téléphones autour de nous. J'étais habituée, alors j'essayais de le prendre bien. Autant en rire qu'en pleurer, non ? J'avais un peu envie de faire les deux, mais je devais contenir ces émotions pour rester la fragile Clarke Griffin qui tombait lamentablement sous le charme de la Présidente. On parlait encore de jeu alors que, théoriquement, du point de vue du campus, elle avait gagné. Au moins, les insultes avaient été remplacées par des moqueries. J'avais beau paraître faible, je me disais que j'étais en quelque sorte sous couverture. Derrière ces moments totalement ridicules se cachait une vérité bien moins sympathique. J'avais l'espoir de parvenir à la faire éclore. J'espérais aussi arracher les mauvaises herbes au passage – petite référence à Nia.

- Ne bave pas trop, Clarke, on dirait un bébé, ajouta Raven.

Je lui lançai ma serviette au visage, avalant ma bouchée. Comment pouvais-je ne pas rire à ça ?

- Mais au fait Raven, comment ça se passe avec, qui, Finn, c'est ça ?

Son sourire courut se cacher au coin de ses lèvres. Un sourire que je connaissais très bien.

- Très bien, répondit-elle en jetant un regard en coin au jeune homme à côté d'elle. Je n'ai rien à t'envier, Clarke.

Le déjeuner se termina dans cette ambiance. Raven et moi passâmes notre temps à nous envoyer des piques et Jasper proposa de nous attacher ensemble pour le reste de la semaine. Lexa en profita pour prendre ma main et dire qu'elle n'en avait pas fini avec moi, ce qui fit réagir de nombreux élèves autour de nous. J'avais bien envie de leur dire de s'acheter une vie et la personnalité qui allait avec, mais leur naïveté pouvait se montrer utile alors il valait mieux conserver mon personnage.

Le soir, nous passâmes par ma chambre pour que j'y récupère quelques affaires. Je passerai les prochains jours dans sa chambre, ce qui me rendait particulièrement anxieuse. Avant de partir, je vérifiai que la montre était bien cachée. Je sortis de la chambre avec un au revoir temporaire à mon lit. Il allait me manquer.

Contrairement à moi, Lexa avait sa propre chambre. Privilège d'un étudiant de troisième année ou privilège de Présidente, aucune idée. Je ne lui posai pas la question, cela importait peu. Elle m'indiqua une étagère sur laquelle je pouvais poser mes affaires. Une fois fait, je m'assis sur le lit, tirant sans faire exprès sur sa menotte. Elle était assise au bureau à consulter je ne savais quoi sur son ordinateur et elle vint me rejoindre sur le bord du lit.

- Très pratique, lui fis-je en désignant les menottes. On va s'amuser.

Elle sourit, un petit air gêné sur le visage. J'en déduis que ce n'était pas elle qui avait instauré ce jeu débile. Imaginer les origines de ce jeu me fit penser à un certain fait...

- Dis-moi, si ce jeu existait déjà quand tu étais en première année... avec qui as-tu dû passer une semaine ?

Elle se figea. Elle ne s'attendait pas à cette question. Elle ferma son ordinateur et le reposa sur le bureau.

- Une troisième année, finit-elle par répondre. Luna. Elle avait une façon de penser très atypique. En fait, tout était atypique chez elle. On ne s'entendait pas particulièrement bien, mais pas mal non plus. Même quand elle n'était pas d'accord avec moi, elle est restée correcte.

Elle n'avait pas eu de mal à me parler d'elle, j'en conclus que rien d'extravagant ne s'était produit avec elle. Par « extravagant », je pensais à un fait tirant vers la psychopathie, la démence, ou tout autre chose dont je soupçonnais Nia d'être ou d'avoir. Je profitai de ce début de conversation pour poser une question qui avait eu du mal à se formuler mais, étant seules et attachées, je supposai que c'était le bon moment.

- Lexa, la montre... pourquoi m'avoir fait croire que tu l'avais détruite ?

Son regard divagua. Elle sembla chercher ses mots. Je voyais à son air qu'elle ne voulait pas répondre. Elle essaya néanmoins, voulant sûrement se montrer juste envers moi.

- Ce serait long de tout expliquer. Parlons simplement d'un sale coup de Nia. Je devais choisir : te détruire ou elle s'en chargeait elle-même. Je devais détruire la montre, lui donner des preuves...

Elle se coupa, elle chercha encore ses mots.

- J'ai décidé de remplacer la montre après avoir vu les initiales au dos. Je me doutais qu'elle avait une certaine valeur pour toi. Pour ce qui est de Nia, elle continuera sa partie d'échecs jusqu'à pouvoir prendre mon roi.

Elle ne m'avait pas vraiment expliqué ce qui s'était passé avec Nia pour en arriver à la destruction de la montre – voire même à mon injection personnalisée de drogue. Elle se leva et je dus la suivre. Elle ouvrit un tiroir et en sortit une épingle avec laquelle elle nous libéra des menottes.

- Prends ta douche. Je prendrai la mienne après toi. Ne traîne pas, quelqu'un peut débarquer à tout moment et même si on remet les menottes avant d'ouvrir la porte, ils entendront le cliquetis.

Je m'exécutai. Cela me paraissait ridicule de prendre ce jeu au sérieux mais il faisait partie de notre intégration, à nous les première année, et tricher pouvait nous faire envoyer en conseil de discipline. Ridicule, certes, mais la triche était très mal vue à l'université... comme partout, en fait. Je finis ma douche en cinq minutes et laissai Lexa prendre la sienne. Cela me faisait du bien d'être libérée, même pour quelques minutes. Ressentir une pression constante sur mon poignet me donnait la boule au ventre. S'ajoutant à cela la présence de Lexa... encore six jours à survivre, courage. Je craquerais probablement avant.

Lexa fut encore plus rapide que moi. Les cheveux encore humides, elle nous raccrocha. Aucune de nous n'avait envie de parler de choses sérieuses. Nous regardâmes des vidéos stupides sur internet et nous couchâmes l'esprit léger. C'était étrange, au combien Lexa paraissait différente... d'un calme nouveau. Pas de soucis, pas de peine. Je ne savais pas si c'était la vidéo du raton-laveur passant le balai qui l'avait apaisée, mais elle semblait bien plus sereine qu'habituellement. A peine allongées, chacune d'un côté du lit, nous nous endormîmes. Nous étions épuisées.

Le deuxième jour s'était déroulé de la même façon. Cet après-midi, je subissai un cours de psychanalyse. J'essayai de ne pas penser à la lenteur des jours. A côté, Lexa griffonnait des notes sur sa feuille dont je savais déjà que j'allais en regretter mon existence. Elle m'avait prise en cobaye pour son exercice. Au cas où j'avais un doute, elle allait me dire ce que je ressentais en analysant mon comportement : façon de me tenir, expressions du visage... j'essayais de rester neutre mais elle faisait tout pour ajouter du piment à sa solution. Sa main menottée était posée sur ma jambe, son pouce caressant mon genou. Quand je repoussai sa main de la mienne, elle l'attrapa et entremêla ses doigts aux miens. La soirée devant le feu de cheminée me revint en mémoire et j'eus la soudaine envie de m'enterrer très profondémment. Mais si j'essayais de cacher mon visage maintenant, j'aurais plutôt l'air d'une autruche.

Autant dire que je divertissais bien la galerie, Lexa y compris.

- Tu t'amuses bien, fis-je à Lexa une fois nos poignets rattachés après nos douches.

Elle m'offrit un petit sourire à moitié désolé.

- On ne peut pas dire que tu n'es pas crédible, au moins.

Je ne savais pas quoi répondre à ça. Rien.

- As-tu réellement une idée de la façon dont on peut vaincre Nia ?

Vaincre était un bien grand mot mais on ne pouvait pas dire qu'il n'y avait pas de combat, concret ou non.

- Les élections auront lieu dans deux semaines. Elle va se représenter et compte bien gagner cette fois.

Nul besoin de réfléchir. Je lançai aussitôt :

- Je suppose qu'elle va essayer de m'utiliser pour gagner ?

Lexa hocha la tête de haut en bas, mais son regard perplexe me dit que c'était plus compliqué que ça. Je soupirai. Toujours compliqué... n'y avait-il rien de simple dans tout ça ? Le nouvel épisode d'une comédie commença et on laissa nos esprits se vider devant les blagues qui s'enchaînaient.

Une heure et demie plus tard, après une série pauvrement dramatique, Lexa voulut aller dormir. Elle s'allongea et fixa le plafond. La faible lumière de la lampe de chevet se reflétait dans ses yeux qui, de là où j'étais, paraissaient gris.

- C'est comme ça que tu dors, lançai-je au bout de quelques minutes, les yeux ouverts ?

Elle tourna la tête, démunie de toute réponse directe à ma moquerie. Elle prit deux bonnes minutes pour répondre :

- Je somnolais.

Elle bougea son bras droit inconsciemment et fit ainsi bouger ma main gauche. Je me rendis alors compte de la distance qui nous séparait. L'écart avait l'air encore plus grand que la veille, plus encore que le premier soir. Je saisis ma chance pour me venger.

- Tu es timide, Lexa ? Tu n'es plus aussi proche que tout à l'heure, en cours de sociologie.

Elle avait profité du manque de place sur le banc pour se coller à moi. Elle se passa une main sur le visage, comprenant là où je voulais en venir.

- On est plus en cours, Clarke.

- Justement, répondis-je aussitôt. Je peux me comporter tout à fait normalement ici.

Je me rapprochai d'elle, posant mon oreiller au bord du sien. De profil, je la fixai avec un grand sourire sur les lèvres.

- Je suppose que ça ne te dérange pas si je reste là, toi qui semble apprécier être à mon contact.

Lexa rit. Un mélange d'amusement et de gêne. Les rôles s'étaient presque inversés. Presque, parce que je sentais mes propres joues brûler. Je ne m'arrêtai pas pour autant, posant mon visage au creux de son épaule.

- C'est confortable, comme ça, murmurai-je.

Elle resta immobile quelques secondes et finit par se dégager. Je levai la tête. Elle me transperçait du regard. Un regard concerné. Je retrouvais la peine et l'inquiétude que j'avais pu y lire à plusieurs reprises, mais s'ajoutait à ceux-ci une certaine forme de tendresse. J'arrêtai de sourire bêtement devant son sérieux.

- Clarke, commença-t-elle doucement, il n'y a que toi et moi.

Personne ne nous épiait. Personne ne publiait nos moments là où n'importe quel curieux pouvait les voir. Il n'y avait pas de jeu. C'était notre réalité. Elle était vraie. Et toutes les variantes de ces mots défilèrent dans mon esprit avant que je ne comprenne enfin où elle voulait en venir. Elle s'était rallongée. Je portai ma main libre à son visage et le tournai doucement vers moi pour qu'elle me regarde. Je sentis mes sourcils se froncer. Ces derniers jours je n'avais attendu que ça, un moyen de me venger en quelque sorte, d'assouvir ce désir ardent, mais je réalisai qu'il s'agissait de plus que ça. On n'avait jamais affirmé ressentir le besoin d'être en présence de l'autre sans autre raison que parce que nous le voulions, on n'avait jamais échangé un seul mot sur cette relation ambigüe par peur, peut-être, de mentir, on n'avait jamais rien dit et pourtant, on savait toutes les deux que ça était réciproque. Comment ça était arrivé là, compliqué. Quand, difficile à déterminer. Où ça allait nous mener, impossible à dire. Mais ça était là, à ce moment précis, et ce moment-là on ne pouvait pas nous l'arracher. Personne ne le pouvait, pas même Nia. Le bâtiment pouvait prendre feu que nous aurions toujours eu ce court moment pendant lequel nos regards auraient admis ce que les mots n'osaient pas dire. La folie même ne pouvait rien changer : ni la fin du monde, ni une apocalypse nucléaire provoquée par une intelligence artificielle à qui la morale humaine n'avait pas été apprise ne pouvait changer ça. Et là, pas d'entrave. Même les menottes qui étaient censées entraver nos poignets en réalité nous rapprochaient. Alors je laissais une, deux, trois secondes à mon regard pour expliquer toutes les raisons qui allaient me pousser à faire ce que j'allais faire. Cela semblait énorme, expliqué comme cela, mais ça me paraissait irréel de me dire que c'était plus réel que jamais. Un de ces moments où tout vous semble absurde. Tout, sauf ça. Lexa accueillit mes lèvres sans surprise. Je l'avais imaginé ardent, ou seulement douloureux. C'était un mélange des deux. Je passai ma jambe droite par-dessus son corps. Mes lèvres au-dessus des siennes redoublèrent d'ardeur. Elle fit de même, me renversant pour prendre le contrôle, ce qui semblait être la raison aux premiers abords, mais en réalité elle avait plutôt une prestance protectrice. Son corps pour rempart, même sa chaleur me protégeant du froid, j'avais le sentiment d'être en sécurité. Inatteignable. Nos mains menottées vinrent se joindre pour que les mouvements de nos bras se synchronisent. Le flot d'émotions qui s'écoulaient de ses lèvres brûlantes me firent comprendre mieux que tous les mots du monde à quel point la situation était complexe. Elle avait peur, pour moi, peur sûrement de ce qu'elle ressentait car son amour avait déjà tué quelqu'un. Elle craignait qu'il ne m'arrive la même chose et ma main libre vint glisser sur sa nuque en geste rassurant. Je ne comptais pas partir, ni abandonner, j'avais encore assez d'optimisme pour croire que tout pouvait être réglé. Je la fis basculer à mon tour. Au fond de moi, je voulais peut-être la protéger, en un sens. La rassurer. Je mourrais un jour, mais pas ici. Pas par la main d'un autre. Le désir atteignit rapidement son sommet. Ma langue vint caresser sa lèvre supérieure et Lexa ne tarda pas à répondre. La peine, provoquée par tout un schéma d'événements en série dont notre difficulté à assumer ce que nous étions l'une pour l'autre face à ceux qui essayaient de détruire ce qui peinait à exister, se fit vite décimer par les flammes qui émanaient de nos corps. Mes lèvres vinrent brûler son menton, son cou, et elle dut lire dans mes pensées car sa main libre vint me débarrasser de mon t-shirt à manches longues. Il resta coincé sur le fil joignant les menottes mais nous n'y pensâmes pas. Son haut fut condamné au même sort et le contact de nos peaux nous empalâmes toutes les deux sur la même lance. S'il devait y avoir un échec et mat ce soir, ce serait bien celui de nos cœurs qui n'avaient plus aucun garde aux portes de leur palais.


Le chapitre devait être plus long mais j'ai décidé de couper ici pour finir sur cette note ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, vos avis me sont toujours intéressants !