Le voilà, le chapitre 12 ! Un passage très important de l'histoire, qui j'espère vous plaira !

Merci à ceux qui ont laissé des reviews, ça fait toujours autant plaisir !

fireandblood : oh merci ! *-* la suite est là *sort* plus sérieusement, le prochain chapitre sortira dans la semaine !


L'atmosphère me paraissait trop banale. Pour ce que cette journée allait m'offrir, j'avais imaginé une certaine tension dans les rangs d'étudiants ce matin. Pourtant, chacun faisait ce qu'il avait l'habitude de faire en cours. C'est-à-dire travailler pour certains, et bavarder pour d'autres. Les plus ambitieux jouaient sur leur téléphone ou leur ordinateur portable. D'autres encore ne faisaient absolument rien. En somme, tout était normal.

- Tout va bien se passer, Clarke, me chuchota Raven à la vue de ma mine concernée.

Je lui répondis par un léger hochement de tête. On avait un plan, en quelque sorte. J'étais la seule à en connaître tous les éléments, pour éviter tout débordement. Il était important de garder notre plan secret. On ne pouvait pas se permettre de rater ce coup-là.

- D'ailleurs Clarke...

Je levai la tête. Raven affichait un air sérieux.

- Le parfum de Lexa n'a toujours pas quitté la chambre depuis l'autre jour.

Elle sourit devant ma mine déconfite. Elle l'avait évidemment remarqué. Je ne savais pas quoi répondre. Elle en ajouta une couche.

- Je vois que ça se passe aussi bien pour toi que pour moi avec Finn.

Elle m'acheva avec un clin d'oeil et retourna son attention vers le cours. Repose en paix, ma très chère répartie.

La fin de l'heure annonça ma délivrance et je pris mon chemin pour mon prochain cours, que je n'avais pas en commun avec Raven. Je traversai un couloir calme. J'étais étonnée de la sérénité qui régnait dans ce couloir habituellement très fréquenté. Ce n'était pas un des couloirs principaux, mais tout de même un point de passage important entre deux secteurs. Dans le calme absolu, un bruit me fit sursauter. Je n'eus pas le temps de me retourner un bras m'attrapa le poignet. Retournée par ce bras, je me retrouvai face à une carrure imposante. Des yeux marrons fixaient les miens, intimant le silence.

- Si tu es élue, ne retourne pas directement à ta chambre.

Il me lâcha. Repartit. Lincoln avait semblé alerté. Pendant un instant je crus qu'il allait ajouter un « fais attention », comme la dernière fois, derrière l'estrade. Il me prévenait d'un danger. Alors, Nia prévoyait de piéger ma chambre ? Elle s'y était déjà introduite auparavant. Elle pouvait tout à fait recommencer.

Le midi, je quittai le campus pour rejoindre le restaurant où je travaillais certains soirs, pour fêter l'anniversaire d'un de mes collègues. Toute l'équipe était déjà là quand j'arrivai. Mon patron me fit signe de les rejoindre à la grande table, où le déjeuner commençait à être servi. Chacun raconta ses nouvelles joyeusement, et quand vint mon tour, j'annonçai n'avoir rien à raconter. Je ne voulais pas gâcher la bonne ambiance avec mes histoires. Le héros du jour me tendit alors son téléphone sur lequel s'affichait une photo #Clexa. Je soupirai, me cachant le visage d'une main.

- Bon d'accord, justifiai-je, peut-être qu'on est ensemble...

- Peut-être ?

Ma collègue serveuse assise à ma droite me mit sous le nez une photo où Lexa et moi étions bien assez ensemble pour pouvoir le contredire. Décidément, j'avais fait le tour de la toile ! Si seulement je pouvais me faire piquer par une araignée, devenir Spider-Clarke et partir loin, très loin d'ici après m'être débarrassée de Nia, ça m'arrangerait bien !

Je n'ajoutai rien de plus, embarrassée. Ils tâchèrent de me rassurer en m'expliquant qu'ils ne faisaient que plaisanter, mais j'avais la boule au ventre depuis un certain temps. Il était déjà treize heures, l'heure approchait plus vite que je ne pouvais courir. Je ne pouvais pas fuir le temps.

Ma seule heure de cours de l'après-midi me paraissait à la fois longue et rapide. Je voulais partir et en finir avec cette journée, mais je ne pouvais pas nier ma crainte.

A la fin de l'heure, Octavia surgit à l'ouverture de la porte de la salle. Son regard me pointa immédiatement. Je la rejoignis et nous quittâmes la salle. Alors que les élèves se ruaient vers le hall pour obtenir les résultats de l'éléction, Octavia me prit à part dans un coin et me déclara ma victoire. J'étais arrivée première. Jusque-là, rien d'étonnant.

J'étais convoquée à une sorte de réunion un peu plus tard dans la soirée. Je me souvins de l'avertissement de Lincoln, aussi je décidai d'attendre à la bibliothèque, que mon nouveau statut de membre du Bureau des Elèves m'autorisait à fréquenter. On ne pouvait plus m'interdire l'accès aux structures et événements de l'Université maintenant que je faisais partie du comité organisateur. J'avais un certain temps devant moi, car il s'agissait de rendez-vous individuels et qu'ils avaient commencé dans l'ordre inverse des élus : l'élu en tête en dernier. Je ne doutais pas de la raison de l'ordre établi, j'étais première et ça ne leur plaisait pas. Alors forcément, ils me faisaient passer en dernière. Je passai tout le temps qui me séparait de la bataille à faire semblant de lire, révisant dans ma tête le plan mis en place. Une demie-heure avant l'heure, je quittai la bibliothèque pour me rendre aux toilettes. Je ressortis un quart d'heure plus tard, l'esprit vide.

Pour ne pas me rendre anxieuse, ils eurent la décence de me faire attendre un quart d'heure de plus avant de finalement ouvrir la porte de la salle du Bureau. Une fille me fit signe d'entrer alors qu'elle-même sortait. Bon... bonne nuit... il était déjà vingt heures et le dîner avait été servi.

La salle était plus grande que je ne l'imaginais. Plus grande qu'une salle de cours, elle offrait un grand rectangle de table au centre, pas très loin d'un mur avec un tableau blanc et un rétroprojecteur au plafond. Dans les différents coins, des espaces de détente et de jeu. Livres, jeux vidéo, télévision, nourriture, il y avait de tout. Au fond à gauche, une porte menant vers une autre salle, a priori une salle d'eau. La pièce était bien éclairée, les murs de couleurs claires, et aussi bien organisée, ce qui faisait de cette salle une pièce plaisante à regarder et il semblait agréable d'y passer du temps. Mais je n'étais pas confortable. Je ne me sentais pas à l'aise. Pas ici. Pas maintenant. La chaleur que dégageait cette pièce ne s'accordait pas avec ma solitude.

Deux minutes devaient s'être écoulées et j'étais encore debout, plantée à quelques mètres de la porte d'entrée.

- Tu aurais pu t'installer, c'est aussi ta salle maintenant.

La porte venait de s'ouvrir, laissant entrer Nia. Un large sourire hypocrite illuminait son horrible visage. Je préférais rêver de zombies. Au moins, j'avais la liberté de les tuer sans risquer de terminer en prison. Et puis, depuis que j'avais rencontré Lexa, il m'arrivait de la voir surgir dans mes rêves post-apocalyptiques pour me débarrasser d'une horde de mort-vivants qui tentaient de me dévorer. Puis elle et sa famille m'accueillaient dans leur groupe. Et la suite, vous vous en doutez.

- Alors Clarke, reprit-elle m'extirpant ainsi de mes pensées, dois-je t'expliquer le fonctionnement du Bureau ou sais-tu déjà tout ? Je suppose que tu sais déjà tout, étant donné ton intérêt pour Lexa et sa fonction de Présidente.

Pas taper. Surtout, ne pas s'énerver. Rester calme, ne pas lui offrir une once de colère.

- Au contraire j'aimerais beaucoup quelques explications, répondis-je poliment.

Elle me jaugea du regard et me délivra les informations principales d'un ton détaché. Elle se fichait de tout ça, elle attendait surtout une réaction de ma part à ses piques.

- La chaise en bout de table est celle de la Présidente. Elle n'est jamais occupée par un membre lambda, même si elle est convoitée.

Elle me toisa encore une fois. Je répliquai :

- Je me doute bien qu'elle doit attirer l'attention de beaucoup. De certains plus que d'autres.

Je lui aurais offert un petit sourire mesquin si je n'étais pas censée garder une attitude assez innocente. Contrairement à Nia, je savais que de nombreuses personnes pouvaient nous voir grâce aux caméras de Raven, qui pour l'occasion retransmettait ce moment en direct sur le réseau du campus.

- Je vais te dire honnêtement Clarke, tu ne cesses de m'étonner. Quand je t'ai aperçue la première fois dans le groupe des nouveaux paumés, je te voyais plutôt comme une jeune femme intelligente. Timide, mais intelligente. Je ne pensais pas que ton intelligence te conduirait à une attitude proche de la prostitution pour l'obtention d'un poste au sein d'un comité d'étudiants.

J'imaginais sa tête exploser au contact du mur. Son corps se décomposer. Ou plutôt, une horde de zombies la dévorer. Lexa regarderait avec plaisir.

- La prostitution inclut un gain. J'aimerais bien savoir ce que j'ai gagné. Si c'est de ce « poste » dont tu parles, alors je n'aurais jamais commis un tel acte pour l'obtenir.

Ma réponse fit s'afficher sur le visage de Nia un « Ah oui ? » provocateur. Elle s'approcha d'une des tables constituant le grand rectangle et souleva le haut d'un ordinateur portable. Elle appuya sur la barre d'espace et une vidéo défila. Mes yeux s'ouvrirent grands sous la stupeur. Devant moi défilait une compilation des moments où Lexa et moi nous donnions en spectacle. La surprise s'évanouissant, je m'approchai un peu de l'ordinateur, et par conséquent de Nia.

- As-tu fait la même chose sur la mort de Costia ? Une compilation des meilleurs instants ?

Touché. Son visage se décomposa. Une grimace hargneuse apparut. Elle fit un pas en avant, insuffisant pour combler l'espace qui nous séparait.

- Je serais bien curieuse d'apprendre ce que tu sais de cette histoire.

- Assez, répondis-je aussitôt. Et je me demande, puisque nous en sommes à nous poser des questions chacune notre tour, ce que tu as bien pu lui donner comme drogues pour la shooter à ce point. Les mêmes que celles que tu as utilisé sur moi quand tu as essayé de me tuer à la sortie de mon travail ?

Dit fort et distinctement, pour être sûre que ce fut bien entendu par tous. Le sourire de Nia n'existait définitivement plus. Elle plongea les mains dans ses poches arrière de jeans. Je pensais qu'elle allait parler, mais au lieu de ça elle s'approcha précipitamment et, sans que je n'eus le temps de réagir, ni même de voir quoi que ce soit, un picotement se fit ressentir dans mon cou. Je sentais un liquide s'introduire dans ma nuque. Nia relâcha sa prise sur moi et je tombai à genoux sur le sol. La tête commençait à me tourner. Je la relevai quand Nia s'adressa à moi d'une voix faussement pathétique.

- La culpabilité, Clarke, fait faire de terribles choses à l'Homme.

Comme t'éclater la tête contre le sol, par exemple, même si t'es déjà tombé plus bas, maugréai-je mentalement, entendant ma voix spirituelle perdre de sa constance au fil des mots. J'allais m'effondrer. Très bientôt. Pourtant, j'avais une folle envie de sourire. Je n'étais même pas sûre de savoir si mon visage était encore neutre.

- Tu trouves ça amusant, Clarke ?

Voilà la réponse à ma question. Je devais avoir un grand sourire affiché sur le visage. Et il avait ses raisons d'être là.

- Terriblement, essayai-je de prononcer malgré le marteau qui martelait mon crâne. Je vais te dire pourquoi.

Je marquai un temps d'arrêt, clignant des yeux en espérant que la lumière arrête de me transpercer le cortex cérébral.

- Tu es trop prévisible, Nia.

Pas de réponse. Je ne la situais plus dans la pièce. Où était-elle ? Clic. Je me retournai. Elle était à quelques mètres derrière moi, une arme à feu pointée sur ma tête. L'arme noire concordait avec la main de même couleur : Nia portait des gants.

- J'ai toujours trouvé les médicaments plus classes pour un suicide. Mais poudre de pilules ou poudre de balle, cela revient au même, n'est-ce pas ?

Je voulus répondre mais les mots glissèrent au mauvais moment et vinrent s'évanouir en souffle sur mes lèvres. J'entendais des tambours dans ma tête, graves, funestes. J'avais reculé en ligne imprécise. J'avais peut-être fait des zigzags, je n'en savais rien. Au point où j'en étais les licornes pourraient danser la macarena sur fond métalleux devant moi que je ne les remarquerais pas. J'essayai de me relever, sans succès. J'étais sonnée.

- Tu recommences, sans scrupules, entendis-je à côté de moi.

La voix m'était agréablement familière. Lexa. Je tournai légèrement la tête et aperçus ses jambes. D'où sortait-elle ? Je me tournai encore et découvris la porte de l'autre salle, dont j'avais soupçonné être une salle d'eau. J'avais donc atterri là. Mais alors, Lexa était là depuis le début ? Dans la salle adjacente ? Plus maintenant, évidemment.

- Tu as recommencé aussi, Lexa, à te présenter chaque année. Une fois n'a donc pas suffi ?

- Oh si, la première a amplement suffi.

Elle avança de quelques pas. Son nom parvint à quitter mes lèvres.

- Tout ira bien, Clarke. Je te le promets.

- Ce n'est pas beau de mentir, lâcha Nia amèrement.

Et c'était là que le coup de feu avait retenti. Je pensais mourir, mais non. Le corps de Lexa tombait deux mètres devant moi. Je me précipitai sur lui, mes oreilles ne captant plus aucun son, ma vue à demie brouillée, avec une odeur de métal dans l'air. Je hurlai son nom. Je ne l'entendis pas mais je sentis le cri sortir de ma gorge. Et alors que je perdais tout espoir, elle se redressa. Les mâchoires crispées, elle pressait sa main droite contre son épaule gauche. J'essayai de me placer devant elle mais elle me retint de son bras libre. Elle voulait que je reste derrière elle. La raison : Nia, son arme toujours pointée sur nous.

- Vas-y, cracha Lexa, tue-moi et tu l'auras la place de Présidente.

Ma vue était totalement brouillée, aussi je suivais la conversation uniquement par l'écoute. En plus du vertige, il me semblait que des larmes s'écoulaient de mes yeux en masse. Je n'avais pas mal pour moi, non, je pensais pouvoir tout supporter, mais je ressentais la souffrance de Lexa. Sa souffrance physique, elle venait de se faire tirer dessus mais était encore déterminée à me protéger. C'était ma balle qu'elle s'était prise. Elle n'aurait pas dû. Je ne savais pas ce que j'aurais fait si cette balle lui avait été fatale. Je refusai d'y penser. J'avais déjà terriblement mal. Et sa souffrance psychologique, parce que Lexa avait vécu des événements similaires avec Costia et que l'histoire se répétait à nouveau. Tout ça parce que Nia avait refusé à Lexa d'être heureuse. De vivre. Au lieu de ça, Lexa survivait.

- Personne ne voudra l'élire après ça, grommelai-je. En fait, après ça, il y a de fortes chances qu'elle finisse en prison.

L'attention se reporta soudainement sur moi. Les deux jeunes femmes qui se lançaient précédemment des éclairs me fixaient.

- Tu n'es pas la seule à avoir des vidéos, adressai-je à Nia. Tu as commencé les humiliations avec des vidéos, tu les termineras de la même façon.

Je pensais voir son visage se raidir mais, loin de là, il se renforça en détermination. Ses lèvres se courbèrent en grimace dégoûtée. Si ma vision avait été libre de voir correctement, j'aurais pu voir bien plus, et peut-être comprendre. Mais non, rien. Je ne vis que l'arme se lever, mais dans une autre direction cette fois. Un nouveau coup de feu retentit. Des gouttes de liquide rouge se dispersèrent, et le corps de Nia tomba au sol. Mais cette fois, je savais que le corps n'avait plus aucune chance de retrouver la vie. Une flaque de sang se formait sur le sol clair, le sang fuyant le crâne de Nia. Je me tournai vers Lexa, sous le choc. Sans réfléchir, je portai une main à son visage, repoussant quelques mèches de cheveux.

- On va t'emmener à l'hôpital, et ça ira. Ça ira, répétai-je.

Je retirai mon t-shirt à manches longues, le roulai et le plaquai contre la blessure, faisant pression sur la plaie.

- Clarke, tu vas avoir fro...

- Chut, la coupai-je aussitôt.

Il pouvait faire moins trente degrés que je ne ressentirais pas le froid. La température de mon corps était fortement élevée, cela étant dû au sérum combattant la drogue que Nia m'avait injectée. J'avais demandé de l'aide à ma mère pour l'obtenir. Quelque chose qui puisse contrer la drogue de Nia. Et ça fonctionnait, sinon je serais morte.

J'essayais d'appuyer le plus fort que je pouvais, mais je n'avais plus de force. J'avais beau lutter, le combat des produits me dérobait toute mon énergie. Une main froide se posa sur la mienne.

- Clarke, arrête, tu...

Je n'entendis pas la fin de la phrase. Ma main fut arrachée de son épaule. Je sentais la fatigue de Lexa. Je voulais l'aider. Elle s'était faite tirer dessus, j'étais censée faire quelque chose ! La rassurer, faire en sorte qu'elle ne pisse pas le sang à mort, aller déverrouiller la porte... la porte. On cognait dessus de l'extérieur. Raven ou Octavia, ou n'importe qui ayant assisté au spectacle, avait dû appeler les secours. Mais la porte ayant été verrouillée de l'intérieur, ce que j'avais fait pour empêcher la troupe de Nia de venir me sacrifier sur un bûcher ensorcelé, ils prendraient plus de temps à entrer. J'essayai de bouger. Il fallait que j'aille ouvrir la porte, il fallait évacuer Lexa maintenant. Un bras me retint. Déjà à quatre pattes, je trébuchai et me serait étalée de tout mon long si le bras n'avait pas amorti ma chute. Allongée sur les jambes de Lexa, sur lesquelles je pouvais sentir l'odeur de sang, qui devait être suffisamment forte pour avoir réveillé mon odorat, je laissai mes yeux se fermer, fatigués de ne plus voir qu'un halo de lumière pâle. Avant de sombrer, je sentis une main dans mes cheveux et entendis un faible murmure : « ça ira ».

Le blanc. Lumineux. Aveuglant. Puis ce corps qui s'effondre au sol. Pourquoi ? Pourquoi avait-elle choisi de mettre un terme à sa vie plutôt que de se battre ? Peu importe ce qu'elle avait fait, elle s'en serait sorti. Mais il aurait fallu qu'elle soit assez courageuse pour assumer ses actes. C'était vrai, je le croyais, Nia était morte. Vraiment ? Cela paraissait irréel. Je fixais le mur en face de moi. Je venais seulement de m'en rendre compte. J'avais ouvert les yeux pour échapper au halo brillant. Le mur, blanc. Mais un blanc doux. Un blanc qui ne reflétait aucune lumière éclatante. Un blanc uniquement éclairé par la lumière du jour qui filtrait entre les rideaux. C'était une chambre d'hôpital. J'avais une aiguille plantée dans le bras. Je me redressai. Il fallait que je sache. Je le vis, l'autre lit d'hôpital à trois mètres du mien. Je retirai mon cathéter et me levai, me précipitant au bord du lit opposé. Ma tête me tournait encore, je n'aurais pas dû me lever aussi brusquement, mais cela m'importait peu. Je clignai des yeux, ma vue se stabilisa, et je les posai sur son visage. Elle paraissait paisible, ainsi. Ses yeux clos, son visage détendu. Pâle, mais détendu. Ma main frôla la sienne au bord du lit. Je déposai ma main en son creux et y entrelaçai mes doigts, incertaine de pouvoir un jour la lâcher. Mon poignet contre le sien, je fus rassurée d'entendre sa peau cogner contre la mienne, preuve que le sang pulsait bien dans ses veines. Elle était bien vivante. Je ne rêvais pas, elle était en vie. Je soufflai, fatiguée mais soulagée. Sans lâcher sa main, j'attrapai la chaise dépliante posée contre le mur entre les deux tables de chevet, et m'assis au bord du lit. Les sensations revenaient peu à peu, ma tête me faisait mal, et mes jambes, mes bras, puis tout mon corps qui s'alourdissait. J'étais censée être allongée. Mais il était hors de question que je m'éloigne, même de trois mètres. Je voulais rester auprès d'elle, tant que j'avais peur qu'elle disparaisse si je la lâchai. Je la contemplai longtemps, mais mon corps eut raison de moi, et je posai ma tête sur mon bras dont ma main tenait encore la sienne. Sa main était tiède. Je me concentrai sur sa faible chaleur, le battement sur son poignet, et ne résistai pas quand le halo blanc vint m'envelopper à nouveau.

Je levai doucement la tête, l'esprit embrumé. Elle me regardait. Depuis combien de temps était-elle réveillée ? Avais-je dormi longtemps ? Je me redressai sur ma chaise. Je sentais la chaleur de sa main qui s'était réchauffée. Je la dévisageai. Son regard était doux malgré ses yeux fatigués. Elle était encore sous l'emprise de l'anesthésie. Son dos tenait un bandage en guise de haut. Sa longue chemise d'hôpital cachait l'endroit touché par la balle.

- Comment te... commençai-je avant d'être coupée.

- Je vais bien, ne t'en fais pas. Le médecin est passé, tout va bien.

Une onde de chaleur se propagea en moi, j'étais soulagée. Elle allait bien. Elle n'avait plus qu'à guérir maintenant, mais elle irait bien. Vraiment. L'idée qu'elle aurait pu mourir à ma place ne me quittait pas.

- Lexa, tu aurais dû...

- Non, Clarke. S'il te plaît.

Un léger silence s'installa alors qu'elle semblait chercher des mots pour se justifier.

- Pas deux fois. Elle m'a eue une fois, mais pas deux. Cette balle ne t'étais pas réellement destinée.

Nouveau silence.

- Tu devrais retourner t'allonger, tu n'es pas censée être assise.

- Je reste là, répondis-je aussitôt avec une vivacité qui me surprit. C'était notre balle, Lexa. Je me suis incluse dans cette histoire depuis un bout de temps maintenant, et je n'en sortirais pas sans toi.

Et si la balle l'avait tuée ? Cette pensée me hantait. J'essayais à tout prix de la chasser.

- Je ne sais pas ce que j'aurais fait si tu étais morte, me surpris-je à dire tout haut.

Elle réagit aussitôt. Mon regard, plus tôt tombé, se redressa.

- Tu aurais conquis le prochain président. Ou tu l'aurais été.

- Je ne veux pas d'un prochain président !

Ma voix se brisa.

- Je te veux toi.

Je la vis redresser légèrement la tête. Ses yeux brillaient d'un nouvel éclat. Peu à peu, des larmes vinrent border chaque œil. Lexa, pleurer ? Elle était si forte. Elle avait tout surmonté. Elle m'aurait laissé la détester pour m'éviter le piège de Nia. Elle avait pris une balle tirée dans ma direction. Et jusqu'ici, elle n'avait pas versé une seule larme. Lorsque la première s'écoula sur son visage, à la bordure de son nez, elle dit :

- Ce sont les effets des médicaments.

J'éclatai de rire. Un rire de soulagement, après toute l'anxiété et cette angoisse qui ne m'avait pas lâchée.

- Bien sûr... répondis-je en essuyant la larme de mon pouce libre.

Le silence s'installa confortablement. Elle me dévisagea longuement, finissant par remarquer :

- Tu ne comptes pas retourner t'allonger, n'est-ce pas ?

- Non, souriai-je.

Elle soupira et se décala un peu, m'invitant à ses côtés. Je m'allongeai sur le côté, tournée vers elle. Je restai longtemps à la dévisager tandis qu'elle s'endormait, assommée par les calmants. Je finis par m'endormir aussi. Je n'avais toujours pas lâché sa main.


Je déverrouillai la porte et entrai dans la chambre de Lexa. Nous étions rentrées au campus ce matin après une seconde nuit à l'hôpital. C'était le week-end. Je devais pouvoir reprendre les cours le lundi suivant, mais Lexa avait encore besoin de repos. Elle devait éviter les grands déplacements si elle ne voulait pas rouvrir sa plaie. Je déposai quelques affaires sur son bureau et allai m'asseoir sur son lit à côté d'elle. Le bras en écharpe, elle était condamnée à rester allongée encore au moins deux jours. Je la vis essayer de se redresser pour prendre quelque chose sur son bureau. Le regard que je lui jetai l'arrêta tout de suite. J'allai moi-même chercher ce qu'elle avait essayé d'attraper : son ordinateur portable. Je le lui donnai et elle l'ouvrit aussitôt pour consulter les « nouvelles » du campus. Evidemment, les vidéos étaient partout sur internet. On n'en parlait pas que sur le campus. Un suicide en direct avait de quoi faire parler de lui.

- Elle n'a rien dit, fis-je remarquer, pas d'insultes, pas d'histoire pathétique, rien. Elle a retourné l'arme contre elle et a tiré. Sans rien dire. Sans justification.

- Rien n'aurait pu justifier ses actes. Nia avait ses raisons, certes, mais aucune n'était valable.

Je me mordis la lèvre, sceptique.

- On ne connaîtra jamais vraiment ses motivations. Elle n'aurait pas agi ainsi par simple jalousie pour ton poste, non ?

Elle réfléchit à son tour.

- Peu importe la réponse, elle s'est laissée prendre dans son propre piège. Elle a voulu jouer et le jeu tant amusant auquel elle adorait jouer s'est transformé en roulette russe.

Je hochai la tête alors qu'une vidéo du coup de feu sur Lexa s'était lancée automatiquement. Elle n'avait pas réfléchi, elle s'était jetée devant moi. Je lui lançai un regard discret, pour me prouver une énième fois qu'elle était en vie.

Je me levai pour aller dans la salle de bain et, quand je ressortis, découvris Lexa essayant de se lever.

- Faut-il que je te menotte pour que tu arrêtes de bouger ainsi ?

Elle eut un sourire gêné, bien qu'amusé.

- Ce ne serait pas la première fois, souffla-t-elle.

- Je ferais peut-être mieux de te bâillonner aussi, ajoutai-je en guise d'affront.

Son sourire s'étendit encore, et je sus que j'avais déjà perdu ce match.

- Je serais donc coincée avec toi tout le week-end, menottée et bâillonnée. Ça promettrait d'être intéressant.

Trop facile, mais touché. Je répliquai quand même :

- Ne me tente pas, c'est moi qui vais changer tes bandages.

- Fille de médecin, ça aide.

L'ambiance était légère. Bientôt nous devrons faire face aux opinions partagées sur ce qui s'était passé. J'avais déjà vu des commentaires négatifs à mon égard, mais ils m'importaient peu. La vérité parlait d'elle-même. La police était venue enquêter suite à ce suicide – surtout la vidéo du suicide, en réalité – et nous avions bon espoir de voir la mort de Costia admise en tant que « homicide involontaire ». Lexa pourrait appeler la famille de Costia et leur raconter ce qui s'était réellement passé. Ils avaient le droit de savoir.

Ma mère arriva le lendemain matin, sans prévenir. Elle avait vu la vidéo. Elle me serra si fort dans ses bras qu'elle faillit m'achever, ce qui aurait été dommage après tout le mal que nous nous étions donné pour que je survive à Nia. Je la remerciai pour son aide. Elle insista pour voir Lexa. Je l'emmenai donc à sa chambre. A l'intérieur, je trouvai Lexa assise à son bureau, un casque sur les oreilles. A mon regard assassin, elle le retira. Elle se leva pour saluer ma mère. Celle-ci soupira quand elle aperçut le petit point rose au travers de l'épais bandage. J'aidai Lexa à se remettre au lit, décidée à l'attacher à son lit dès le départ de ma mère. Elle défit le bandage de Lexa. Sans grande surprise, laissa-t-elle entendre, un point avait craqué. La plaie saignait un peu, mais rien de dangereux. Heureusement, on avait un peu de matériel. Juste ce qu'il fallait, bandages et de quoi refaire un point ou deux. Les infirmiers avaient dû lire l'entêtement sur le visage de Lexa, alors ils avaient prévu le coup. Ma mère refit un point en un temps et plaça un nouveau bandage. Lexa n'avait pas bougé, probablement parce que la personne qui s'était occupée d'elle était ma mère. Et puis, il fallait dire que ma mère imposait le calme, une qualité plutôt utile pour un médecin. Nous discutâmes longuement toutes les trois, puis j'allai marcher un peu dehors avec ma mère. Elle s'était beaucoup inquiétée, ce qui semblait logique, mais était désormais rassurée. Je lui promis de rentrer pour les vacances de Noël. Elle voulait tant avoir sa fille pour les vacances qu'elle me proposa même d'emmener Lexa avec moi. Je n'avais pas eu besoin de lui dire que c'était d'elle que j'avais évoqué au téléphone, elle l'avait compris. A moins qu'elle ne fut tombée sur les vidéos « Clexa » et là, je voulais bien me prendre une balle tout compte fait.

Je retournai le soir à la chambre de Lexa, consciente du fait que notre dernier jour de calme – relativement parlant – touchait à sa fin. Mais il fallait bien revenir à la réalité, celle dans laquelle nous devions expliquer, et admettre, parce qu'on allait nous poser pas mal de questions.

Chaque chose en son temps. Ce soir, je devais encore empêcher Lexa de se déplacer toute seule. Je l'aidais parfois à se rendre à la salle de bain, mais ces déplacements devaient être les seuls. Alors, quand vint l'heure de dormir, je m'installai contre elle. Il était hors de question qu'elle se lève toute seule en pleine nuit, car, contrairement à ma mère, je ne faisais pas des points de suture propres en un quart de temps.

- Clarke ?

Je redressai la tête. Lexa reprit :

- Tu ne me lâcheras pas la main, n'est-ce pas ?

J'éclatai de rire.

- Je ne te lâcherai pas du tout. Si tu ouvres encore ta plaie je t'emmène à l'hôpital, ils avaient l'air de t'apprécier.

- Ma plaie cicatrisera, affirma-t-elle calmement.

Et cela suffit, parce que c'était vrai. Cette plaie cicatrisera, elle et toutes les autres.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! Il s'est terminé sur une note douce. Le prochain chapitre évoquera le plan, répondant à quelques questions. Malgré l'élimination du grand méchant, il y a encore des choses à éclaircir !

Dites-moi ce que vous en pensez ! :)