Bonjour à tous !

Et voici le deuxième chapitre, où on rentre réellement dans le vif du sujet. Bonne lecture !

Tout bascula et le trio se retrouva instantanément dans un salon, où, sur le canapé faisant face à la cheminée, se trouvait un jeune couple qu'Harry reconnut instantanément comme étant ses parents. Albus Dumbledore était assis à leurs côtés, dans un fauteuil confortable. Les mines étaient graves. Dans un coin de la pièce, un parc pour bébé était installé, et Harry se découvrit lui même, en train de jouer avec attention avec un cerf en peluche. Hermione manqua de pousser une exclamation attendrie et Harry eut un petit rire gêné avant que tous reportent leur attention sur les trois adultes assis près de la cheminée crépitante. A la pluie qui tombait à flots continus sur le carreau de la fenêtre, et aux feuilles jaunies de l'arbre du jardin, Harry pouvait voir que l'été s'était achevé et que l'automne avait déjà pris place. Ils l'ignoraient probablement encore, mais dans quelques semaines, ses parents seraient morts.

« Mais vous êtes sûr, Albus, que Harry sera l'enfant de la Prophétie ? »

James avait posé la question d'un air anxieux et lançait des regards inquiets vers son fils qui ne semblait pas percevoir la gravité de la situation.

« Cette Prophétie peut concerner deux enfants. Harry, et le petit de Frank et Alice, qui est né à la même période que Harry. Seulement … Je ne pense pas que Voldemort choisira un enfant de sang pur.

- Et pourquoi pas, justement ? N'est-il pas complètement obsédé par la pureté du sang ? S'exclama James.

- Il l'est, concéda Dumbledore d'un geste apaisant de la main. Mais il est lui-même un Sang-Mêlé. Et il devra le marquer comme … son égal. De plus, mon informateur m'a bien indiqué que Voldemort allait s'attaquer à votre famille. »

La pièce resta silencieuse un instant et Dumbledore reprit :

« Je vais bien sûr indiquer aux Longbottom de prendre les mesures nécessaires de protection, mais vous trois semblez être la cible principale. »

Il y eut un nouveau silence, lourd de réflexion.

« Il … commença Lily. Il est déterminé, non ?

- D'après mon informateur, plus que jamais.

- Il ne s'arrêtera pas tant … tant qu'il n'aura pas atteint son but, non ? »

Sa voix se brisait en fin de phrases et elle tenait fermement dans sa main celle de James. Dumbledore eut un regard douloureux.

« J'en ai bien peur. »

Massant distraitement la main de son épouse, James semblait perdu dans ses pensées. Il lâcha enfin :

« C'est ridicule ! Pourquoi lâcher une prophétie sur un enfant. Autant faire une prophétie pour raconter que On-sait-qui va gagner et tous nous détruire un par un !

- Ce n'est pas ce qui se produira si …

- Si quoi ? Vous voulez qu'on se cache pendant vingt ans ? Qu'on attende sagement qu'Harry grandisse et nous libèrent tous ? C'est ça l'avenir de ce gamin ? Et comment le protéger alors que ce psychopathe cherche à …à … Enfin, Albus ! Comment voulez-vous qu'on le protège correctement, comment peut-on lui offrir... »

Il serrait des poings de colère et semblait perdre ses mots. Lily lui caressait doucement l'épaule en un geste d'apaisement, tout en ayant les yeux rivés vers le petit garçon qui jouait dans son parc.

« Il y aurait un moyen. » fit enfin Dumbledore, l'air grave.

Le couple tourna instantanément les yeux vers lui, l'oeil brillant d'attention et d'espoir.

« Un moyen de lui offrir la protection dont il aurait besoin. Une protection que Voldemort lui-même ne pourra pas comprendre. Un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore ... Mais il s'agit de magie ancienne, très ancienne. Les chances de réussite sont minces. Et le prix à payer serait terrible.

- Quel pouvoir ? S'empressa de demander Lily.

- L'Amour. »

James eut un reniflement sarcastique.

« Harry baigne déjà dans l'Amour. Il a des parents qui l'aiment, et mes amis sont complètement gâteux. Je ne vois pas en quoi cela va le protéger …

- Le pouvoir de l'Amour est bien au-delà de ce que vous pouvez imaginer, James. »

Lily eut une exclamation. Elle avait compris. Dumbledore parlait d'une magie méconnue. Une magie si ancienne et si pure, que rares étaient les personnes qui osaient l'aborder ou même la nommer. Une magie qu'elle comprenait au fond même de son être. Une magie liée à ses tripes, à son corps qui, une année auparavant, s'était déchiré pour donner la vie. Dumbledore plongea son regard bleu dans le sien et hocha doucement de la tête.

« Mais oui. Un acte d'Amour si fort qu'il aura une protection pour le restant de sa vie.

- Mais qui implique le sacrifice ultime. » finit sombrement Lily.

James la regarda sans comprendre. Elle se tourna vers lui.

« Quand une mère meurt pour protéger son enfant, celui-ci se retrouve comme baigné d'une magie si puissante qu'elle peut parfois le protéger des pires maléfices.

- Mais, Lily, non ! »

La bouche de James s'entrouvrit en une expression de révulsion et il secoua la tête vigoureusement, et Lily la secoua également, mais pour une toute autre raison.

« Mais, Albus, ça ne fonctionnera pas. Ce ne sera pas un sacrifice, car Celui-dont-le-nom-ne-doit-pas-être-prononcé nous tuera dans tous les cas.

- Non. D'après mon informateur, il te laissera le choix, Lily.

- Le choix ? … A moi ? Mais … Mais … Et James ? »

Dumbledore hésita un instant et pris une grande inspiration.

« Cet informateur … était dans un état de détresse indescriptible quand il est venu me voir. L'idée que Voldemort puisse s'en prendre à toi lui était insupportable. Il … Il l'a supplié de t'épargner. Et il est fort possible que Voldemort accède à sa requête.

- Cet informateur… Demanda Lily, timidement. Je le connais ?

- Oui. » Répondit simplement et gravement Dumbledore.

Le cœur de Harry fit un bond dans sa poitrine. Une personne avait cherché à sauver sa mère. Un mangemort, puisqu'il s'agissait sans nul doute d'un mangemort, avait été prêt à supplier son Maître pour que la vie de sa née moldue de mère soit épargnée. Si cela n'avait pas fonctionné, il ne put s'empêcher de ressentir une vague de reconnaissance pour cet inconnu, tout mangemort qu'il avait pu être. Mais qui était-ce ? Il se replongea dans les yeux de Dumbledore, qui n'avait laissé transparaître aucun indice supplémentaire.

« Oh et puis, qu'est-ce qu'on en a à faire de ce mangemort ! S'écria James, agacé. Probablement un type malsain, qui a développé un fétichisme bizarre. Peu importe qui c'est, il reste un mangemort, et je ne veux pas en entendre parler !

- Peu importe qui il est, d'après lui, j'aurais le choix, fit Lily, en recentrant le sujet.

- Oui, acquiesça Dumbledore. Et ce choix, même infime, même s'il ne sera donné qu'une fois, donnera toute la force à ce sacrifice. »

James se leva d'un bond.

« Non, non, non, vous n'imaginez quand même pas que …

- James, calme-toi.

- Non, LILY JE NE ME CALME PAS ! Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ?

- Si je fais ça, j'offre à Harry une chance de survivre.

- Mais … Mais … Lily !

- Une chance de grandir. De vivre hors du danger. Tu n'as pas envie qu'il aille à Poudlard ?

- Il aura besoin de sa mère !s'écria-t-il avec force.

- Il aura besoin de vivre ! » s'écria Lily, avec plus de force. Ses poings serrés avaient frappé brutalement ses genoux et sa voix s'était faite plus aiguë qu'à son habitude. Les joues rosies, elle respirait intensément comme pour essayer de garder une certaine contenance.

James bégaya un instant, puis se tut, en se contentant de regarder Lily d'un air désespéré. Celle-ci prit une profonde inspiration.

« Bien. Ce qui doit être fait sera fait, fit-elle d'une voix beaucoup plus calme.

- Il faut que Voldemort vous attaque de front. Il vous faudra vous cacher, sinon il se doutera de quelque chose. Il vous faut un gardien du secret. Qui fera illusion. »

James fronça des sourcils.

« Nous en avons un. Il … Il ne tiendra pas longtemps. Je me pose d'ailleurs des questions sur sa loyauté actuelle, pour tout vous dire. »

Il serra la mâchoire et un voile de colère passa sur ses yeux. Dumbledore ne posa pas plus de question, et hocha simplement la tête d'un air entendu.

Le silence qui suivit fut le plus lourd qu'Harry ait pu jamais entendre de sa vie. Le poids du destin tragique qui les attendait semblait avoir pris place en chaque recoin de la pièce et avait rendu l'atmosphère si étouffante qu'Harry se sentit un instant mal et eut une envie irrépressible de quitter le souvenir. La culpabilité l'envahit, à voir ses parents si jeunes, faisant face à un destin si funeste. Mais le regard déterminé que lui portait indirectement sa mère, tournée vers le petit parc, lui donna la force de rester. Un regard empli de force et de courage, où l'hésitation n'avait pas pris place une seule fois. Un regard qui força le respect et l'admiration de Harry pour sa mère.

Dans ce même parc, le petit Harry avait dû se sentir déstabilisé par le soudain silence et l'attention qui semblait lui être accordée, et se mit à pousser un petit cri, appelant l'un de ses parents. Cela suffit à alléger temporairement l'atmosphère.

James se leva pour aller à la rencontre de son fils.

« Bah alors, Prongs Junior, tout va bien ? Sniff sniff oulà ! Il a besoin d'être changé. Je reviens ! »

Son ton jovial était trahi par l'éraillement de sa voix, et le sourire qu'il lui portait peinait à contenir la boule qui s'était formé dans sa gorge. Malgré tout, Harry admira sa capacité à faire bonne figure.

Il agrippa le bambin en faisant une grimace pour le faire rire, et s'éloigna de la pièce. Lily le suivait du regard, attendrie, mais les poings encore fermés. Quand ils eurent tous deux disparu de son champ de vision, elle se tourna à nouveau vers Dumbledore.

« Avant que vous ne veniez aujourd'hui, je me disais justement, que mon souhait le plus cher était de pouvoir le voir grandir. Maintenant ce souhait me paraît bien futile, face au désir qu'il puisse lui-même grandir. »

Elle essuya discrètement une larme du revers de sa manche.

« Vous êtes sûr que cela marchera ? »

Dumbledore acquiesça doucement.

« Harry est l'enfant de la Prophétie. Il aura le pouvoir de détruire Voldemort. Et tu lui offriras la plus puissante des armes. Le plus puissant des boucliers. »

Le regard de Lily se fit encore plus déterminé qu'il ne l'était.

« James saura se débrouiller sans moi, fit-elle avec confiance. Il s'en sort déjà très bien. Et puis, il y aura ses amis... »

Elle resta un instant pensive, les yeux plongés vers la cheminée et le feu qui y crépitait doucement se reflétait dans ses yeux et dans sa chevelure, la baignant d'une lumière douce. Au delà de la trouver extrêmement forte et courageuse, Harry ne put s'empêcher de la trouver incroyablement belle. La beauté de son sacrifice lui apparut enfin dans son entièreté. Il est une chose de savoir que sa mère avait donné sa vie pour soi. Il en est une autre de pouvoir assister à la seconde même où la décision avait pu être prise, et de constater que le doute n'avait jamais pris place. Que ça n'avait pas été une décision soudaine liée au danger du moment, mais bien une décision réfléchie et pesée. Et que rien n'aurait pu la faire fléchir.

Le regard de Lily changea soudainement, et une lueur de curiosité s'y forma. Elle releva un sourcil et se tourna vers Dumbledore.

« Albus, cet informateur ... ?

- …. préfère rester anonyme.

- Oh. Ok. »

Elle garda ses pensées pour elle quelques secondes, puis, n'y tenant plus, elle osa tout de même demander.

« C'est Severus ? »

Dumbledore la regarda de son traditionnel air énigmatique et eut un sourire triste.

« Je n'ai rien dit. »

Elle eut un sourire empli de nostalgie, et ses yeux brillèrent étrangement.

« Après toutes ces années… Je savais qu'il reviendrait du bon côté. »

Le salon se dissipa et Hermione, Ron, et Harry – adulte, se retrouvèrent à nouveau assis devant le téléviseur dont l'image figée de Dumbledore continuait de les fixer.