Salut à toutes et à tous !
Après la parution de la superbe série The Queen's Gambit, je n'ai pas pu m'empêcher de rédiger un petit one-shot concernant Benny et Beth. Je trouvais que ces personnages avaient une telle alchimie à l'écran que ça m'a tout de suite inspiré pour écrire une petite suite.
J'espère que cette petite histoire vous ravira.
Les personnages appartiennent à Walter Tevis, je ne fais que m'amuser avec :)
Championne du monde.
Elle avait battu Borgov. Elle avait battu Borgov, putain. Sa tête tournait, et ce n'était même pas dû à l'alcool, la drogue ou les calmants. Sa tête tournait de bonheur, submergée par la fierté et l'émotion.
Elle sentit aux remous que faisait sa boisson que l'avion était sur le point de se poser. Beth avait commandé un Coca bien frais. Plus d'alcool pour elle dernièrement. Si cette victoire lui avait appris quelque chose, c'est qu'elle était capable de gravir monts et merveilles lorsqu'elle avait toute sa tête. Qu'elle n'avait plus besoin de se réfugier là-dedans pour pouvoir mieux jouer.
Et puis… il y avait Benny.
Non pas qu'elle le fasse pour lui. Mais il lui semblait mal venu qu'ils se retrouvent alors qu'elle était saoule. Et de toute façon, elle n'avait plus autant envie de boire qu'avant.
Lorsqu'elle avait gagné, elle s'était empressé de rappeler Benny et ses amis entassés dans son appartement à New-York pour leur annoncer sa victoire de vive voix. Évidemment, ils le savaient tous déjà. Les nouvelles allaient bon train dans le monde des joueurs d'échecs, surtout lorsqu'il s'agissait du couronnement du meilleur joueur d'échecs au monde.
Elizabeth Harmon, championne du monde ayant détrôné le grand Borgov à coup de dame, de fous et de tours. Tout cela semblait encore si fou, encore si flou.
Si M. Shaibel était encore en vie, il aurait probablement esquissé un tout petit sourire sous sa moustache. Elle pouffa un coup, seule dans l'avion : elle avait peine à l'imaginer ne serait que sourire un instant. Mais elle aimait à croire qu'une telle chose aurait été possible s'il n'était pas parti aussi vite rejoindre sa mère.
Beth n'était pas triste en songeant à toutes les vies qui l'avaient laissé. Elle sentait une fierté incommensurable lui transpercer la poitrine. S'ils n'étaient plus là pour la féliciter, elle s'auto-congratulerait bien pour eux. Sa fierté n'avait d'égal que sa rage de vaincre.
Et maintenant ?
Que ferait-elle à présent? Prendrait-elle sa retraite aussi vite qu'Harry semblait lui avoir suggéré ? Certainement pas, se dit-elle. Elle continuerait à jouer aux échecs aussi longtemps qu'elle respirerait.
Ses pensées se brouillèrent alors qu'elle aperçut le haut de l'Empire State Building percer les nuages. Elle arrivait à New-York. Elle allait tous les revoir bientôt.
Est-ce qu'ils lui en voulaient encore ? Est-ce que Benny lui adresserait la parole comme avant ? Est-ce qu'Harry la regarderait avec l'air de pitié avec lequel il l'avait laissé sur le parking au Kentucky ?
Ses poings se serrèrent sur le pion qu'elle tenait. Après le plus grand match de sa vie, Beth continuait à s'entrainer comme si elle s'apprêtait à recommencer à tout moment. Les échecs avaient su venger ceux qu'elle avait pu braver toute sa vie.
Sur le tarmac, un jeune homme grassouillet invita l'avion à se poser tandis que le garde envoyé par l'État mandait Beth de se méfier des communistes qui pullulaient à New-York.
« Une vraie ville de Rouges si vous voulez mon avis. M'enfin, maintenant vous saurez les repérer. »
Elle ne l'écoutait que d'une oreille distraite, bourdonnante d'excitation. Elle ne parvenait même plus à réfléchir sur son jeu. Elle referma son échiquier et le rangea dans son sac à main.
« Avez-vous besoin que je vous raccompagne chez vous ? proposa-t-il platement.
- Ce n'est pas la peine, je vous remercie. Je marcherai.
- Encore ? Vous n'avez pas assez marché toute à l'heure ? Vous avez failli manquer votre vol, lui reprocha-t-il presque. »
Pour qui est-ce qu'il se prend ? se demanda-t-elle, le visage teinté d'ironie.
- Je n'ai plus rien à manquer à présent. Vous m'avez déjà bien aidé là-bas.
- Comme vous voudrez. Ne vous faites pas raccompagner par n'importe qui.
- Je suis une grande fille, je m'en sortirai, sourit-elle. »
Qu'est-ce qu'il est barbant, souffla-t-elle doucement. Mais elle ne parvenait même pas à être fâchée qu'on la chaperonne autant. Après tout, c'était son travail. Et puis, elle était championne du monde. Rien ne pourrait gâcher sa soirée.
Benny lui avait proposé de passer la soirée chez lui. Et par « passer la soirée » il avait probablement sous-entendu « dormir »… ou davantage. Beth essayait de ne pas trop y penser.
Si elle s'était écouté, elle aurait immédiatement répondu par l'affirmative, mais elle n'avait pas réussi à lui donner une réponse définitive. Elle se sentait mal à l'aise de ne pas rembourser Jolene à l'instant-même où elle posait pied aux États-Unis. Elle avait donc pris un ticket pour New-York pour passer le bonjour à tous les garçons et elle repartirait le soir-même pour rendre son argent à sa sœur (et les intérêts en plus). Elle lui devait déjà tellement. Elle était tellement fière et heureuse de pouvoir la compter parmi ses proches.
Sa poitrine se gonfla d'une sensation qu'elle n'avait jamais connu sobre : la tranquillité. Se savoir aimée, et surtout soutenue malgré ses vices était sans aucun doute la plus douce des émotions qu'elle n'eut jamais ressenti de sa vie.
Elle traina sa petite valise à roulette à la recherche d'un taxi. Elle voulait voir ses amis le plus vite possible… Et si elle était tout à fait honnête, elle voulait revoir Benny le plus vite possible.
« Beth ! »
Soudain une masse la recouvra entièrement l'étreignant tellement fort que son souffle en fut coupé. Elle reconnut Matt (ou était-ce Mike ?) sous sa poigne ferme. Elle rit, alors que son intuition avait vu juste :
« Matt !
- Notre championne ! l'ovationna Mike deux mètres plus loin avant de l'embrasser à son tour. Toi alors, tu es vraiment quelqu'un !
- Il paraît, fit-elle. »
Ils venaient tous manifestement d'arriver à l'aéroport. Elle ne s'attendait pas à ce qu'ils viennent la chercher tous ensemble, ni même qu'un seul fasse le déplacement. Elle ne savait pas quoi faire d'autre que sourire. Elle n'était pas très douée pour ce genre de choses.
Son regard chercha malgré elle le reste de la troupe – et Benny. Elle vit Harry débarquer d'un pas pressé du coin du hall. Elle se précipita dans ses bras : c'était bon de le revoir.
« Je suis tellement, tellement fier de toi, murmura-t-il ému, près de son oreille.
- Merci, sourit-elle sincèrement. »
Il lui rendit son sourire. Ses yeux n'étaient plus remplis de pitié. Ouf. Il était doux, tendre, presque comme le jour où il l'avait embrassé – enfin, peut-être un peu moins nerveux.
« Ta technique sur la fin était éblouissante, on était estomaqués avec les autres et… »
Soudain, elle aperçut Benny, les poings dans les poches. Il sait se laisser désirer celui-là. Elle mourrait d'envie de laisser Harry parler de ses techniques seul et de lui courir dans les bras mais elle se retint et fit comme si elle ne l'avait pas vu. Il avait voulu la faire attendre ? Oh, elle savait se faire attendre elle aussi.
Ses talons claquaient sur le sol carrelé de l'aéroport jusqu'à arriver vers Beth. Si proche d'elle, une tension si nette se distingua dans l'air qu'Harry s'arrêta de parler sur l'instant.
Beth avait visiblement plus de mal qu'elle ne le croyait à retenir son envie irrépressible de lui courir dans les bras pour le remercier. Pour le remercier de l'avoir pardonné, de l'avoir aidé, d'être revenu.
Elle observa ses pupilles, il ne la regardait pas tout à fait dans les yeux. Il n'avait pas l'air plus content que ça de la revoir. Le regard vissé sur ses lèvres, il la salua :
« Beth.
- Benny.
- … Eh bien. Bien joué, gamine. C'était pas mal.
- Pas mal ? »
Lui non plus n'arrivait manifestement plus à contenir sa joie de la revoir. Son regard manifestement indifférent se mut pour trahir un bonheur indicible. Il laissa tomber son chapeau et fit claquer sa langue :
« Putain allez, viens dans mes bras. »
Il l'attrapa fermement, bien plus que Matt. Elle sentit son corps entier se tendre vers lui et répondit, pour la première fois, à son étreinte. Elle n'était pas du genre à être très expressive dans les marques d'affection, mais elle apprenait vite. Elle laissa tomber sa valise, emballée par l'émotion.
« Trop contente de me voir ? chuchota-t-il contre son oreille.
- La ferme, sourit-elle, les larmes aux yeux. »
« Et alors, comment il était ? demanda Matt, une bière à la main.
- Eh bien, impressionnant. Tu l'as déjà vu, bien entendu. Mais très bon perdant.
- Meilleur que toi, c'est sûr, la taquina Benny.
- Benny, quand on perd cinquante dollars aux parties rapides on se la boucle, rétorqua-t-elle, faussement hautaine. »
Il attrapa sa bouteille, but lentement une gorgée et finit par la pointer du goulot :
« C'est petit, ça. »
Elle fronça son nez et pouffa gentiment, comme elle en avait l'habitude. Benny mordit discrètement sa joue. Ce n'était pas bon, il commençait à être saoul. Il ne voulait pas être saoul pour son retour. Et il savait qu'éméché il n'était plus vraiment lui-même la concernant – ou peut-être au contraire, était-il trop lui-même.
« Bref, c'était un match abs-
- Et, la coupa-t-il, quand tu as décidé de poursuivre, tu as mis du temps à faire ton coup. On disait à la radio que tu regardais le plafond. » Elle acquiesça de la tête : « C'est quoi ton truc ?
- Oh, ça. Ça, c'est mon petit truc à moi.
- Oh, très bien, madame la championne du monde ne peut pas révéler tous ses secrets.
- Allez, arrête, rit-elle. Comme si ça avait de l'importance !
- Tu plaisantes ? Évidemment que ça a de l'importance ! Tu as battu Borgov Beth ! Tu réalises que tu es la meilleure joueuse d'échecs du monde ? »
Gênée, elle fit un petit signe de la main. Matt et Mike se levèrent et la firent tournoyer en chantonnant : « La meilleure du monde, c'est Beth Harmon ! »
Elle riait. Cela lui faisait tant de bien qu'elle ne pût retenir une petite larme de rouler sur sa joue.
« Oh, Beth tu pleures ? s'enquit Harry.
- Ça va, s'empressa-t-elle de l'essuyer, je suis sans doute un peu fatiguée. » Elle observa la Bulova réparée et tapota l'aiguille pour vérifier l'heure : « Je devrais y aller. Si je veux pouvoir voir Jolene demain matin, je dois prendre le premier train de nuit.
- Tu t'en vas déjà ? Mais il n'est que vingt-trois heures !
- Oui, je suis désolée. Je dois aller la rembourser. C'est elle qui m'a financée mon voyage. J'ai… eu la mauvaise habitude de me faire des dettes au début de ma carrière, je ne veux pas que ça se reproduise, dit-elle la boule au ventre, songeant à M. Shaibel.
- Ça ne peut pas attendre demain ? Passe la soirée ici, la supplia Matt. »
Beth coula un œil discret vers Benny, mais ce dernier regardait ailleurs et ne semblait pas le moins du monde concerné par le fait qu'elle reste ou non. Elle aurait aimé dire que cela ne lui avait rien fait, mais elle ne pouvait ignorer la douleur lancinante dans sa poitrine à cette idée.
« Je ne sais pas trop, je lui ai promis et-
- Dors-ici, lui ordonna presque Benny, les yeux dans le vague. »
Sa voix parue sortir d'outre-tombe. Tout le monde se retourna vers lui. Ses joues rosées trahissaient son ivresse. Beth reconnue son timbre désirant. C'était la même voix rauque que lorsqu'ils avaient couché ensemble. La même voix qu'elle ne parvenait à se sortir de l'esprit le soir avant de se coucher et qui l'empêchait d'être totalement concentrée depuis sa victoire.
« Je te demande pardon ?
- Je veux dire… dors-ici. Tu sais que tu es la bienvenue, et puis tu as ton lit, fit-il plus contrôlé, en indiquant le matelas gonflable dans le coin de la pièce.
- Mon lit, hein, répéta-t-elle à mi-chemin entre la plaisanterie et la sècheresse. »
Est-ce qu'il se moquait d'elle ? Est-ce qu'il cherchait à prendre sa revanche par rapport à la dernière fois ?
L'atmosphère pourtant si détendue tourna à partir de ce moment de la soirée. Ils échangèrent quelques parties, rejouant cette finale. Ils la félicitèrent encore et finirent tous par partir vint minutes plus tard.
Il ne restait plus que Beth et Benny, seuls dans l'appartement.
« Je devrais y aller moi aussi, dit-elle en attrapant son manteau.
- Beth. »
Sa main attrapa la sienne pour l'empêcher de finir son geste. Il avait le même regard que la dernière fois, avant qu'ils ne décident de coucher ensemble.
« Oui, Benny ?
- Est-ce qu'on pourrait parler un peu… toi et moi ? »
Sa voix était plus grave que d'habitude, et il bégayait très légèrement remarqua Beth. Sobre et parfaitement en possession de ses mouvements – contrairement à lui – elle savait pertinemment de quoi est-ce qu'ils allaient parler. Mais son état lui conférait un avantage, et elle se mentirait si elle avouait ne pas vouloir entendre ce qu'il avait à lui dire.
Plus les secondes s'égrainaient en sa présence, plus elle se sentait attirée par lui.
« Bien-sûr. »
Ils s'installèrent sur le divan. Il s'attrapa la tête, admettant doucement :
« D'accord… par où commencer-
- Peut-être par la façon dont tu m'as laissé aller seule en Russie ? »
Elle ne s'attendait pas à ce que son ton soit aussi cassant, mais il le fut. Ça le surpris. Elle avait été très blessée par son attitude. Elle avait tellement eu besoin de lui à cette époque pas si lointaine, et il n'avait pas répondu présent :
« Tu te fous de moi, encore ? Tu m'avais laissé avant ça, Beth.
- Tu m'as quand même laissé y aller seule. »
Elle secoua la tête :
« Cléo n'avait peut-être pas tort.
- Allons, qu'est-ce qu'elle a dit encore ?
- En disant que tu n'aimais personne d'autre que toi-mê-
- Elle a vraiment dit ça ? demanda-t-il. »
Beth haussa les épaules. Il rit jaune, terminant sa bouteille.
« Alors ça, c'est vraiment la meilleure. »
Il semblait vraiment contrarié. Plus qu'une simple remontrance, c'était une attaque à la façon dont il gérait ses sentiments face à Beth.
« Peu importe, reprit-elle. Je suis bien consciente de qui je suis. J'ai un gros tas de problèmes que je traine derrière moi, c'est vrai, mais-
- C'est là que tu te trompes. Je sais déjà tout ça Beth. Quand je t'ai invité à New-York, avant Paris… je savais dans quoi je m'embarquais. Enfin… non, pas vraiment. »
Il ne savait pas qu'il tomberait petit à petit amoureux d'elle. D'ailleurs il s'était imposé des barrières (bien qu'elles aient trop vite volé en éclats).
« Mais je savais qui j'invitais. Et j'ai choisi de le faire parce que je te trouve brillante et que je pensais qu'il fallait te donner toutes tes chances. » Il laissa un petit temps passer : « Je te trouve putain d'incroyable Beth. »
Elle ne savait pas trop comment réagir. Ses aptitudes aux échecs, bien-sûr qu'elles étaient incroyables. Mais elle-même ? Elle ne savait pas.
Et la question était là. De qui parlait-il à cet instant ? De la Beth jouant aux échecs, ou de la Beth toute entière, avec ses vices et son histoire familiale complexe ?
« C'est plus compliqué que ça en a l'air je… »
Il avait du mal à parler. C'est comme s'il s'empêchait de dire tout ce qu'il avait sur le cœur. Soudain, son regard se fit très sombre. Il but d'une traite le reste de sa bière, la posant bruyamment sur la table.
« Quand j'ai appris ce que tu avais fait à Paris, j'ai eu envie de t'étriper. »
Elle pinça ses lèvres. Que dire de plus ? Elle aussi avait eu envie de s'étriper à ce moment. Et elle était déjà suffisamment en colère contre elle-même pour qu'il en rajoute une couche.
« J'ai eu envie d'étriper Cléo, d'étriper les fabricants d'alcool… de m'étriper moi pour ne pas t'avoir empêché-
- Benny, c'est de ma faute, pas la tienne, d'accord ? »
Elle leva les yeux au ciel. Elle était celle qui souffrait d'addiction et c'était lui qui se reprochait les choses ? Non mais, on nage en plein délire là, songea-t-elle.
« Tu l'as dit toi-même. J'ai agi égoïstement. Je le savais. Et Cléo-
- Cléo ne m'a forcée à rien.
- Elle n'aurait jamais dû te proposer un truc pareil la veille d'un match contre Borgov. Et tu n'aurais jamais dû accepter.
- Je ne comprends pas, quel est l'intérêt qu'on se dispute là-dessus maintenant ? s'exaspéra Beth. C'est de l'histoire ancienne maintenant.
- Pas tant que ça. »
Il se prit la tête entre les mains. Beth ne se figurait pas qu'il s'inquiétait tant que cela pour elle. Tout le monde s'inquiétait à vrai dire seulement, Benny était le seul à le dire haut et suffisamment fort pour que ça fasse la différence chez Beth.
« Beth. Ce n'est pas parce que tu as arrêté depuis Moscou que tu arrêteras indéfiniment. Se sevrer est un long chemin.
- Sans déconner. » Elle leva les sourcils, très ironique : « Tu ne sais pas à qui tu parles.
- Si, justement. »
Il lui attrapa le bras pour la forcer à le regarder dans les yeux. Elle n'aimait pas la tournure que prenait la discussion. Elle décida de la tourner à son avantage, comme lorsqu'elle se retrouvait aculée dans un coin de l'échiquier.
Elle se leva et tourna autour d'une chaise pour le surplomber, debout.
« Je n'ai pas bu une goutte ce soir, fit-elle remarquer.
- J'ai vu.
- Je n'en ai même pas eu envie.
- J'espère bien.
- Toi en revanche…
- Oui mais moi je n'ai pas de problèmes d'alcool, fit-il catégorique.
- Non, je veux dire… toi tu as bu, moi pas… »
Il comprenait évidemment qu'elle faisait référence à la dernière fois. Mais Benny redoutait cet « amitié avec bénéfices » qui semblait se dessiner sous ses yeux. Il n'en voulait pas, il s'en rendait compte. Il ne voulait pas qu'ils soient amis.
« Quelle différence ça peut faire ?
- Benny… »
Comme s'il ne comprenait pas, se dit-elle. Il me fait encore marcher.
Elle s'approcha de lui et passa doucement une main dans ses cheveux. Ses beaux cheveux. Mais il avait trop à dire, trop d'enjeux. Il ne pouvait pas simplement la laisser coucher avec lui sans qu'elle ne comprenne ce qui se tramait dans sa tête.
« Beth.
- Oui ?
- Ce qu'il faut que tu saches c'est que, si je fais tout ça c'est parce que je tiens à toi. Et pas parce que je… n'aime que moi.
- Je sais.
- Je… » Il fronça les sourcils, se rendant compte de ce qu'il venait de dire. Bon, il était trop tard maintenant, autant aller jusqu'au bout : « Je tiens vraiment à toi.
- Je sais. »
Un temps passa. Elle se rapprocha et vint tout près de lui :
« Benny. »
Les yeux de l'intéressé se mirent à briller.
« Merci de m'avoir rappelé… malgré tout. Merci de vous être tous regroupés pour m'aider. C'était… vraiment sympa de votre part.
- Tu pensais vraiment que j'allais te laisser rentrer bredouille ?
- Tu m'avais dit de ne plus jamais te rappeler.
- Je n'ai pas dit « jamais ».
- Peu importe, tu… Je pensais vraiment que toute cette histoire, ça m'avait fait te per… » Elle se retint de parler davantage.
Elle n'était pas saoule. Elle ne voulait pas lui avouer de telles choses. Et pourtant c'est ce qu'elle pensait. Si elle avait arrêté, depuis Moscou, c'était parce qu'elle n'avait jamais ressenti une telle honte depuis ce coup de téléphone. Et que la simple idée d'avoir pu perdre Benny à tout jamais pour une addiction aussi stupide qu'elle ne semblait rationnelle sur le moment la rendait malade.
Mais leur dernière fois lui faisait douter des véritables intentions de Benny à son égard. Est-ce qu'il fait tout ça pour les échecs ? Pensait-il vraiment à elle, outre la championne ? Et s'il faisait ça seulement pour ses aptitudes ?
« Tu pensais quoi Beth ?
- Allez, tu comprends bien, sourit-elle mal à l'aise.
- Tu sais, je pensais ce que j'ai dit.
- Quand ça ?
- Au téléphone.
- Quand tu disais que tu ne voulais plus que je t'appelle ?
- Ça. Et autres choses aussi.
- Quoi alors ?
- Quand je disais que tu me manquais. J'ai réagi égoïstement parce que je pensais que ça te ferait percuter, parce que je ne trouvais plus d'autres solutions.
- Tu aurais pu venir au Kentucky.
- J'ai voulu. Et puis j'ai été trop fier, trop con. »
Il avala difficilement sa salive. Combien de bières est-ce qu'il avait bu ?
« Et aussi parce que j'étais vraiment déçu, triste et… putain ce que j'étais énervé que tu ne sois pas avec moi. Alors ouais, c'était sans doute égoïste de ma part, mais… on agit égoïstement quand on… aime bien quelqu'un. »
- Je t'en prie Benny, tu m'as laissé en plan boire ma solitude. Ne te fous pas de moi.
- Je ne me moque pas de toi Beth. J'ai… et puis merde. »
Il se pencha vers elle, glissa une main à la base de son cou et l'embrassa sur-le-champ. Si elle fut surprise sur l'instant, elle approfondit immédiatement le baiser. Maintenant qu'ils s'embrassaient, elle pouvait dire qu'elle avait attendu ce moment toute la soirée. Et qu'elle avait espéré que Benny veuille lui parler.
Ils poursuivirent leur langoureux ballet, fermant les yeux, profitant de chaque seconde l'un contre l'autre. Ils se ressemblaient tant, ils étaient si fiers, si doués, si… attachés mystérieusement l'un à l'autre.
Il interrompit le baiser mais garda sa main contre son cou, les lèvres à quelques centimètres des siennes. Il sentait délicatement la bière et l'envie, ce qui rendit l'esprit de Beth plus brumeux qu'il ne l'était déjà – enivré par sa victoire.
« Reste dormir ici… s'il-te-plaît.
- Jolene… dit-elle seulement, dans l'espoir de se faire comprendre.
- Je suis sûr qu'elle s'en fout, Beth. »
C'est vrai qu'elle s'en moquait probablement. Elles n'avaient même pas conclu de date de remboursement à proprement parler.
« Sans doute.
- Alors ? »
Sa voix sonnait vraiment comme une supplication.
« Je veux bien rester… seulement si je ne dors pas sur ce foutu matelas gonflable. »
Benny rit de bon cœur. Ce son ravit Beth du plus profond de son être, elle ne put s'empêcher de sourire à son tour.
« Beth, évidemment que non tu ne dormiras pas sur ce matelas de merde. Je disais ça pour les autres.
- Tu sais, je pense qu'ils ont compris depuis ce temps. Ils ne sont pas tous aussi naïfs qu'ils le laissent croire, expliqua-t-elle.
- Qu'ils ont compris quoi ?
- Eh bien, qu'on couche ensemble ? N'est-ce pas ce que l'on fait ? »
Benny ne semblait pas vouloir entendre cela. Pas seulement cela. Il planta un regard douloureux dans celui de Beth.
« Alors, c'est comme ça que tu nous vois, hein ? murmura-t-il pour lui-même. »
Beth ne s'attendait pas à ce qu'il réagisse de la sorte. Plus le temps passait, plus l'idée de seulement coucher avec Benny semblait creux, incomplet. Elle voulait passer du temps avec lui, qu'ils arrêtent ce semblant de guerre, ce semblant de paix. Qu'ils mettent les choses véritablement au clair.
Peut-être que vouloir dominer la situation n'était pas la solution. Et si Beth se mettait en danger, et si elle décidait enfin—
« Écoute tu as raison, dit-il, ce n'était pas une si bonne idée que ça, je—
- Je t'aime bien Benny. »
Il s'interrompit.
Elle manipulait les plis de sa jupe comme une enfant que l'on punit. Aux premiers abords, il pensait qu'elle lui mentait, qu'elle ne disait cela que pour qu'ils finissent enfin par coucher l'un avec l'autre. Mais c'était la première fois que Benny la voyait aussi vulnérable. Qu'était-il arrivé à la fille qui lui avait mis une série de raclées à son jeu favori ?
Il était le seul à chercher à la comprendre au-delà des échecs – même si sa passion prenait parfois un peu trop de place. Il était le seul à la confronter de face lorsqu'un problème se présentait.
« Vraiment… » Elle souffla, consternée par le sentiment qui fleurissait en elle : « ... vraiment bien. » Elle se maudit pour avoir osé dire une chose pareille, sobre. Pour qui passait-elle maintenant ? Mais elle avait trop peur de le perdre une deuxième fois. « Alors, qu'est-ce qu'on fait ? »
Que faire ? En voilà une question difficile. Un couple pourrait-il marcher ?
Benny la regarda longuement, détaillant chaque reliefs de son magnifique visage.
« On avisera, répondit-il simplement. On n'a qu'à poursuivre et aviser plus tard. »
Ils s'embrassèrent alors et firent l'amour toute la nuit. Benny fut encore plus attentif à ses désirs et ses requêtes. Elle lui retourna volontiers l'ascenseur, étourdie par ce qu'elle pouvait ressentir à son égard. Comment avaient-ils pu attendre aussi longtemps avant de se reparler ?
Nus l'un contre l'autre, Benny la serrant dans ses bras, elle ne vit que la moitié de son visage éclairée par la faible clarté de l'aube. Et alors qu'elle s'endormait dans ses bras, il embrassa son front et chuchota un discret secret :
« Je t'aime, Beth. »
Well, that escalated quickly. J'étais d'humeur romantique, je voulais les réunir enfin et laisser un avenir incertain quoiqu'optimiste disponible devant eux. Ne soyez pas trop durs avec Beth, c'est un peu une handicapée sentimentale ;)
J'ai prévu de traduire cette fic en anglais sous peu.
J'espère que cette fanfic vous a plu, à bientôt ! N'hésitez pas à me laisser une petite review à l'occasion :)
Nizzie
