Réponses aux reviews anonymes :
Mimily : Et oui, Hinata… Toujours là où on ne l'attend pas celle-là ! xD Mais ne t'inquiètes pas, la force du NaruSasu gagne toujours ! Enfin… J'espère ! ahah Bonne lecture et merci pour ta review ! A bientôt !
Invité : Ahah, non non, je n'ai pas oublié cette histoire, ne t'inquiètes pas ! Merci pour ta review, j'espère que ce chapitre te plaira tout autant ! Bonne lecture et à bientôt !
Max132 : En effet, j'ai peint un Sasuke plutôt faible… Mais malgré un caractère fort on a toujours des moments de faiblesse… Ne t'en fais pas pour lui, il ne va pas tarder à remonter la pente ! Et effectivement, Naruto a besoin d'un bon coup de pied aux fesses pour se rendre compte qu'il est sur le mauvais chemin ahah ! A bientôt et merci pour ta review ! J'espère que ce chapitre continuera de te plaire !
Lea : Hello et bienvenue sur le site alors si tu es arrivée il n'y a pas longtemps ! Je suis très touchée par ta review, ça me fait vraiment plaisir de savoir que mon travail est apprécié ! J'espère que cette fiction continuera de te plaire et te faire passer de bons moments ! Bonne lecture à toi et merci beaucoup pour cette belle review 3 A bientôt !
Ma muse – Partie 2
Chapitre 14
Le vague-à-l'âme, Sasuke rentrait chez lui après une longue journée de cours. Le froid de l'automne s'était désormais bien installé, laissant les habitants se revêtir peu à peu de leurs manteaux. La nuit tombait beaucoup plus tôt désormais, si bien que la pénombre était déjà présente aux sons de cloches de dix-huit heures. C'était le début du dernier week-end du mois d'Octobre et la plupart des étudiants se pressaient pour rentrer jusqu'à leur ville natale.
Sasuke poussa la lourde porte de la tour HLM, s'engouffrant dans le sas alors qu'un frisson dû à la différence de température saisissait ses épaules. Il ignora les quelques jeunes qui trainaient près des boîtes aux lettres en train de faire leur business et emprunta la cage d'escaliers. Il les monta sans conviction, le pas traînant. Quelque-chose le tourmentait depuis quelques heures.
Le soupir au bord des lèvres, il poussa la porte de l'appartement lorsqu'il atteignit le sixième étage. Il fut accueilli par Sasori et Gaara qui s'activaient dans le salon. Sasuke jeta un œil à leurs bagages près de la porte d'entrée : ils étaient sur le départ. Ils se chamaillaient pour savoir lequel des deux conduirait jusqu'à Suna.
- C'est ma voiture, grogna Sasori en tendant la main. Rends-moi les clés !
Gaara jaugea son frère cadet un instant. Ils n'avaient qu'un an d'écart tous les deux, mais Sasuke avait du mal à cerner l'aîné. Il semblait inabordable et de mauvais caractère. Hormis son lien fraternel avec Sasori et son amitié améliorée avec Anko, il ne savait pas grand-chose de lui. Il évitait de se retrouver seul dans la même pièce que lui, ne sachant pas comment se comporter en sa présence.
- On est en retard, répondit Gaara, las. Bouge-toi.
Gaara le mettait mal-à-l'aise. Il avait ce franc parler et cette rudesse dans la voix qui le distinguaient des autres. Rien ne semblait le gêner ni l'atteindre.
Les yeux des deux frères se lançaient des éclairs. Sasuke leur fit un signe de la main pour déclarer sa présence et les contourna, ne souhaitant pas s'imposer entre eux. Leurs disputes s'élevaient souvent dans l'appartement, tant et si bien que les autres colocataires n'y faisaient plus vraiment attention. Mais pour lui qui avait cette relation si singulière avec Itachi, il n'arrivait pas à s'y habituer.
- Ah, Sasuke, le retint Sasori alors qu'il allait s'engouffrer dans le couloir. On mange toujours ensemble Dimanche soir ?
Sasuke hocha la tête. Il avait pris l'habitude d'être entouré pour ne plus ressasser le passé. Depuis l'épisode Naruto, il avait trouvé en la personne de Sasori un ami, un confident. C'était encore un peu bancal, un peu étrange de s'ouvrir à quelqu'un mais son soutien lui faisait du bien. Le rouquin l'aidait à avancer, à la fois par sa présence mais aussi par l'intérêt particulier qu'il lui portait.
Gaara rappela une nouvelle fois son frère à l'ordre puis ils quittèrent l'appartement dans un brouhaha infernal. Lorsque la porte d'entrée se referma derrière eux, Sasuke sentit le poids du silence s'abattre sur lui. Dans la presque pénombre du salon, il sentit la solitude l'assaillir. Depuis son entrée dans la colocation, c'était la première fois qu'il se retrouvait seul. Pour lui qui avait tant aimé ça par le passé, aujourd'hui il sentait à regret quelque-chose de désagréable s'installer dans son estomac.
Saï était également rentré chez ses parents pour le week-end. Quant à Anko, elle avait prévu de disparaître pour la nuit –ou peut-être plus, avait-elle précisé dans un clin d'œil. Sasuke eut un petit rictus en pensant à elle. C'était une femme amusante. A l'exception de Gaara avec qui il n'avait aucun lien, il s'entendait bien avec les autres locataires. Cette liberté acquise depuis son départ de la demeure familiale lui permettait enfin d'avancer, de commencer à enterrer le passé. Le poids sur ses épaules semblait se dissoudre avec le temps.
Lorsqu'il arriva dans sa chambre, il lança son sac sur son lit d'un geste désinvolte. Sasuke ne savait pas comment occuper son week-end. C'était Vendredi soir et il n'avait aucun projet pour la soirée. Pas que l'insociabilité ne le dérange mais l'ennui profond qui l'attendait ne présageait rien de bon pour son esprit torturé. Il fallait qu'il trouve une occupation pour ne penser à rien.
Il se laissa tomber sur le lit aux côtés de son sac échoué, songeur. Lundi, et pour la première fois depuis la rentrée scolaire, il allait devoir reprendre le dessin. Cette pensée le tourmentait depuis quelques heures. Depuis la fin des vacances – depuis son esquisse de Naruto sur ce fichu rocher, il n'avait pas réussi à noircir une page de plus. Son esprit était bloqué, comme après le décès de sa mère. Il n'avait pas la moindre inspiration, comme s'il était simplement devenu vide. Comme si Naruto avait définitivement achevé son cœur meurtri.
Pratiquer le dessin en cours l'angoissait et il savait que ce sentiment ne le quitterait pas du week-end. D'où l'importance qu'il attachait à trouver une occupation pour se changer les idées. Il se retourna sur lui-même pour trouver une position plus confortable. Qu'allait-il pouvoir bien faire ? Il passa en revue toutes les distractions disponibles dans l'appartement, les unes après les autres. Mais rien ne le tentait vraiment.
Epuisé de sa journée, il finit par s'assoupir juste là, habillé et ses chaussures toujours aux pieds. Il ne se réveilla qu'aux alentours de vingt-heures, tiré de ses songes par son estomac qui grognait. L'esprit embrumé, il se leva difficilement pour se faire à manger. Mais après un rapide coup d'œil dans le frigo rempli quasi-exclusivement de bières, Sasuke attrapa mollement une veste et les clés de l'appartement. S'il ne sortait pas pour s'acheter de la nourriture, il allait mourir de faim.
Alors il prit la route du centre-ville, passant par les rues pavées de la zone piétonne. Konoha était une ville agréable, avec ses grandes structures de pierres et son patrimoine historique. Sasuke aimait flâner là, le long du fleuve qui menait au cœur de la commune. Sous la lueur des lampadaires, il pouvait suivre le parcours des feuilles orangées sur le court d'eau. C'était un tableau qu'il aurait bien immortalisé si seulement il arrivait encore à dessiner.
Il tourna à l'angle d'une ruelle pour rejoindre le centre. Les lumières vives de ces quelques rues animées lui firent plisser les yeux alors qu'il passait devant des bars. Les mains dans les poches, il continua son chemin jusqu'au restaurant où il avait l'habitude d'aller avec son frère. C'était une petite échoppe traditionnelle et qui ne payait pas de mine. A dire vrai, Sasuke n'y aurait jamais mis les pieds de lui-même si Itachi ne l'y avait pas traîné.
La clochette tinta lorsqu'il passa la porte et il fut accueilli par un sourire du patron. Les deux frères étaient connus ici si bien que Sasuke n'eut qu'à confirmer lorsque le vieil homme lui demanda s'il prenait son plat habituel. Il partit s'asseoir en attendant son menu, essayant de trouver quelque-chose à faire jusqu'à l'heure du coucher.
Lorsqu'il ressortit du restaurant, son plat chaud dans un sac en papier, le froid de l'hiver vint lui mordre le cou. Il pressa alors le pas, désireux de se mettre au chaud et entama le chemin inverse jusqu'à l'appartement. Il avait finalement décidé qu'il regarderait un vieux film pour accompagner son repas.
En remontant le fleuve, distrait, il se figea cependant quand il entendit une voix qu'il connaissait bien. Une voix grave, au ton rieur. Son sang se glaça dans ses veines alors qu'il reconnaissait le timbre derrière lui. C'était sa voix, à lui. Son cœur s'affolait dans sa poitrine. Il l'aurait reconnue entre mille.
Naruto se trouvait juste derrière lui, à quelques mètres à peine. Il lança un regard en biais alors qu'une boule naissait dans son ventre : il n'avait pas envie de le revoir. Il sentait remonter à la surface toute la souffrance, cette infâme déception qu'il avait eu tant de mal à enterrer. La plaie toujours ouverte de son cœur ne le supporterait pas. Et lorsqu'il aperçut la jeune femme qui lui tenait le bras, Sasuke sentit qu'il recevait un coup de massue sur le crâne.
Etourdi, il se força à accélérer le pas alors qu'il sentait ses jambes commencer à chanceler. Naruto avait déjà trouvé quelqu'un d'autre. C'était une douleur insupportable qui l'accaparait. Son cœur cognait fort dans sa poitrine, comme s'il n'allait pas tarder à exploser. Il ne s'était pas préparé à voir celui qui l'avait tant touché refaire sa vie si rapidement. L'éjecter aussi simplement que s'il n'avait jamais existé.
- Sasuke ? l'appela la voix grave de Naruto derrière lui. Sasuke, c'est toi ?
Sasuke sentit son cœur se figer alors que la panique l'assaillait. Il ne pouvait pas se retourner et lui faire face. Il ne le supporterait pas. Alors il ajusta le col de sa veste pour cacher davantage son visage et continua d'accélérer le pas. C'était une question de survie.
Quelques secondes plus tard, il tourna à l'angle de la ruelle qui menait au quartier HLMS, le cœur battant à lui en rompre le corps. Essoufflé par la panique, Sasuke s'adossa au mur d'une vieille bâtisse. Son corps entier était en train de défaillir. Seule la lumière vacillante d'un lampadaire l'éclairait encore. Cette rencontre impromptue le bouleversait.
Il n'avait pas eu le temps de voir le visage de la jeune femme qui l'accompagnait, mais une chose était sûre : Naruto était passé à autre chose. Il n'avait été qu'un trophée de plus sur le tableau de Naruto Uzumaki. Alors que lui continuait de se morfondre, le blond l'avait déjà envoyé aux oubliettes. Seul au milieu de cette ruelle sombre, Sasuke sentait que son cœur venait de lui être arraché.
Il ne sentait même plus le froid, là, adossé sur le vieux mur en pierre. Naruto avait pris le peu de joie qui lui restait encore. Alors quand il reprit le chemin de l'appartement, le pas lent, Sasuke sentait une sensation étrange l'envahir. Comme s'il n'arriverait plus jamais à rire.
Assis en tailleur au milieu de sa chambre dans la demeure familiale, Sasuke attrapa le carnet qui trainait sous son bureau. Il n'avait pas bougé de cet endroit depuis qu'il l'y avait lancé au retour des vacances. Une fine pellicule de poussière s'était logée sur la couverture, preuve de son abandon. Alors il passa la manche de son pull dessus pour la dépoussiérer.
Il avait pris le bus jusqu'à chez son frère pour venir chercher son carnet de croquis. Il aurait simplement pu s'en acheter un autre mais Sasuke espérait retrouver l'inspiration en feuilletant ses derniers dessins. S'il ne retrouvait pas bientôt son exutoire, il ne tarderait pas à devenir fou. Fou de toutes les émotions qui le submergeaient et qu'il n'arrivait pas à extérioriser.
Il sentait l'émotion l'envahir alors qu'il commençait à en feuilleter les pages. Tous ces paysages qu'il avait dessiné, tous ces lieux qui avaient touché son cœur, Sasuke se souvenait de chacun d'entre eux. Et des sentiments qu'il avait éprouvé lorsqu'il les avait couchés sur le papier. Comme ce fameux coucher de soleil, immortalisé depuis la terrasse de la demeure. C'était son dernier dessin avant le départ en vacances. Le dernier dessin avant que sa vie ne bascule.
Il tourna les pages, les unes après les autres, laissant glisser ses doigts contre le papier. Il avait du talent, à ne pas en douter. Mais pourquoi n'arrivait-il donc plus à l'exprimer ? Ses mains semblaient ne même plus savoir tenir un crayon. Il devait y remédier, et vite.
Il arriva sur les deux dernières pages les yeux embués par l'émotion. Ses deux portraits de Naruto étaient gravés sur les feuillets blancs. Sasuke sentit son cœur se serrer dans sa poitrine alors que le souvenir de ces moments-là le submergeait. Ce bonheur qu'il avait ressenti le détruisait aujourd'hui.
Il referma vivement le carnet alors qu'à nouveau, des pensées négatives se bousculaient dans son esprit. Sa rencontre inopinée avec Naruto deux jours plus tôt l'avait complètement démoli. Le début de la soirée du dimanche commençait déjà et Sasuke se sentait vide. Epuisé même, d'avoir passé son vendredi soir et la journée de samedi à détester Naruto.
Il se trouvait idiot de s'être autant attaché à lui. Aujourd'hui, il se voyait si faible devant lui. Le temps passait oui, mais il ne guérissait pas. Quelle malédiction Naruto lui avait-il lancé ? Quel dieu –auquel il ne croyait même pas, avait-il bien pu offenser ? Il n'arrivait pas à se dépêtrer de tout ça. De lui, et de l'emprise qu'il avait sur lui. Pourquoi était-il si faible ?
- Fait chier, marmonna-t-il, les doigts agrippés aux reliures de son carnet. Qu'est-ce qui m'arrive, putain ?
Pourquoi le temps, que l'on disait seul guérisseur de tous les maux, n'agissait pas sur lui ? Avait-il trouvé la seule personne sur Terre qu'il ne pourrait jamais avoir ?
- Sasuke ? l'appela la voix douce de Sakura dans son dos.
Sasuke se retourna, balayant les larmes de rage qui menaçaient de lui échapper. Sakura se trouvait dans son dos, à l'entrée de la chambre. Ses cheveux relevés en une queue de cheval, elle arborait une mine inquiète.
- Tout va bien ? demanda-t-elle en faisant un pas vers lui.
Un coup de tonnerre gronda dehors et Sasuke reporta son regard sur la pluie qui battait fort contre le velux. C'était un dimanche bien triste, aussi triste que lui.
- Laisse-moi tranquille, répondit-il, la voix basse. S'il te plaît.
La jeune femme lui sourit tristement. Ses yeux émeraudes baignaient d'inquiétude.
- Naruto est en bas, annonça-t-elle, hésitante. Il veut te voir.
Sasuke se crispa.
- Quoi ?
Etait-il venu l'achever ?
Sakura hocha la tête pour lui confirmer.
- Je suis occupé, ajouta-t-il finalement, plus froidement qu'il ne l'aurait voulu.
La jeune femme hocha la tête et quitta la pièce en s'excusant de l'avoir dérangé. Lorsqu'elle referma la porte derrière elle, Sasuke expira difficilement. Son souffle était saccadé, son cœur complètement affolé. Pourquoi Naruto voulait-il subitement le voir ? Ne souffrait-il déjà pas suffisamment pour en rajouter une couche ?
Prostré sur lui-même, Sasuke laissa une bonne heure s'écouler avant de redescendre. Lorsqu'il atteignit les dernières marches des escaliers, il appela le nom de son frère.
- Je vais rentrer, cria-t-il en espérant trouver son frère.
Il passa la porte du salon, son carnet de croquis sous le bras. Mais il se figea soudainement lorsqu'il vit une tignasse blonde dépasser de l'une des chaises de la salle à manger. Naruto était là, juste quelques mètres devant lui en train de boire une bière avec son frère. Les deux hommes se retournèrent vers lui et Sasuke ne vit que les deux orbes azures se poser sur lui.
Naruto était là. Après toutes ces semaines interminables, il était là. Son bourreau prenait l'apéritif tranquillement juste sous ses yeux. Son cœur se mit à tambouriner si violemment dans sa poitrine qu'il n'entendait plus qu'un bourdonnement dans ses oreilles. Il vit son frère ouvrir la bouche pour dire quelque-chose, mais il ne l'entendit pas.
Les yeux ancrés dans ceux de Naruto, plus rien ne semblait exister. Son regard lui brûlait la peau. Le bleu de ses prunelles allait droit jusqu'à son âme.
- Sasuke ? appela son frère, les sourcils froncés.
Il ne savait dire combien de temps ils restèrent à se fixer, mais il avait l'impression que cet instant avait duré une éternité, ou peut-être deux.
- Hein ? fit-il bêtement en revenant à la réalité.
Mais il ne lâchait pas Naruto des yeux. Sa présence était à la fois obsédante et étourdissante. Sa beauté, inchangée depuis ces derniers mois, lui pinça le cœur. Le blond brillait sous son regard.
- Tu ne vas pas rentrer sous cette pluie ? répéta son frère, inquiet.
Sasuke tourna finalement la tête vers son frère, si lentement que le temps semblait s'être arrêté. Derrière lui, Sakura restait silencieuse, le regard inquisiteur. Naruto envahissait tout son être.
- Quoi ? redemanda-t-il, abasourdi par la présence du blond.
Son frère répéta une nouvelle fois sa phrase, l'air inquiet, alors que les yeux émeraudes de Sakura semblaient percer son âme.
- Si, si si, balbutia-t-il. Ça va aller, ne t'en fais pas.
Naruto fit un pas en avant.
- Je vais te ramener, dit-il avec empressement. C'est sur mon chemin.
Sasuke sentit son cœur rater un battement.
- Quoi ?
Naruto eut l'air amusé.
- Tu ne sais dire que ce mot ?
Sasuke avala difficilement sa salive. Naruto avait fait exprès de l'attendre pour le raccompagner, il en était sûr. Toute personne connaissant un minimum Itachi savait qu'il n'aurait pas laissé son petit-frère rentrer sous la pluie battante. Mais il ne voulait pas se retrouver seul en sa présence.
- Je peux marcher, se défendit-il en se tournant vers son frère. Sérieux, ça me dérange pas.
Mais il connaissait suffisamment son frère pour deviner sa réponse juste en voyant l'expression ferme et sans appel sur son visage.
- Ne discute pas, trancha Itachi, impassible.
Sasuke se sentit traité comme une petite chose fragile. Il avait eu beau déménager, mettre de la distance avec son frère et sa protection presque toxique mais certaines choses semblaient ne jamais changer. Vaincu, il soupira alors que Naruto finissait les dernières gorgées de sa bière. Comment allait-il pouvoir survivre à un trajet seul avec lui ?
Le blond sonna le départ et Sasuke le vit enfiler sa veste à capuche par-dessus son jogging gris. Il était habillé pour aller faire du sport. Résigné, le brun salua son frère et Sakura avant de suivre son bourreau. Ils descendirent du porche de la maison et coururent le long de l'allée de cailloux blancs pour rejoindre la rue où Naruto s'était garé.
En montant dans le véhicule, Sasuke fut envahi par l'odeur de pomme qui embaumait dans l'habitacle. Cette odeur si particulière qui lui rappelait tant les vacances, tous ces trajets passés dans la voiture du blond. Et lorsque Naruto alluma le contact, il se retint pour ne pas se laisser envahir par ses souvenirs.
Naruto lui faisait cet effet-là, celui d'un souvenir doux-amer qui le transportait. Sa présence l'envahissait, comme omniprésente malgré son silence. Comment freiner son cœur qui battait à toute allure dans sa poitrine ? Sasuke ne se sentait pas bien. Le visage terré derrière son écharpe, il tentait de calmer les vives émotions qui se bousculaient en lui. De faire taire sa peine mais aussi la haine qui naissait en lui.
Il resta silencieux, le regard perdu sur la pluie diluvienne qui battait contre son carreau. Le trajet lui parut durer une éternité, comme si se retrouver en la présence de Naruto après tous ces mois d'absence semblait être devenu un supplice. Comme si, cette fois-ci, c'était l'épreuve à laquelle il ne saurait survivre.
Le trajet ne fut animé que par les vibrations du moteur et Sasuke retint un soupir de soulagement lorsqu'il reconnut les tours HLMS de son quartier populaire. Naruto se gara devant son bâtiment sous ses indications et il se rua presque sur la portière pour s'échapper. Il étouffait, si proche de lui.
- Attends ! cria Naruto.
Mais Sasuke claqua la portière derrière lui pour s'enfuir. Il avait envie de vomir. La présence de Naruto le rendait malade. La douleur des derniers mois lui lacérait l'estomac tandis que l'image de sa petite-amie lui torturait l'esprit. Et malgré cette souffrance infâme, il ne pouvait empêcher son cœur de battre un peu plus fort.
Alors il accéléra le pas, laissant la pluie s'infiltrer sous ses vêtements. C'était totalement contradictoire, presque masochiste mais la présence de Naruto lui faisait toujours l'effet d'une douce couverture d'hiver. Pourquoi l'aimait-il toujours, malgré la haine ?
- Sasuke !
Dans son dos, il entendit Naruto sortir de la voiture et se mettre à le poursuivre. Il entendait le bruit de ses pas pressés claquer contre les flaques d'eau. Sasuke se mordit la lèvre, essayant d'avancer plus vite pour ne pas avoir à lui faire face. Il ne pourrait pas le supporter. Il devait rentrer chez lui pour se protéger.
Il allait atteindre la grande porte du hall d'entrée quand il se sentit tiré vers l'arrière. Il se retourna malgré lui, forcé d'affronter le regard bleu lagon de son bourreau.
- Qu'est-ce que tu me veux, putain ? cria-t-il en dégageant son bras de l'emprise du blond. Tu peux pas juste me foutre la paix !?
Il y eut un moment de flottement pendant lequel la beauté parfaite de Naruto le frappa de plein fouet. Là, les cheveux dégoulinants d'eau sur son si beau visage, le blond le regardait avec toute la sincérité dont il pouvait faire preuve. Ce regard qui l'avait tant fait chavirer quelques mois plus tôt, celui même qui avait fini par le détruire. Naruto était son châtiment divin.
- Tu m'en veux toujours ? souffla Naruto.
Sasuke laissa son regard suivre une goutte d'eau naître de l'une de ses mèches dorées jusqu'à mourir sur sa mâchoire carrée. Il déglutit tandis que le monde autour de Naruto ne semblait plus exister. Il y avait cette connexion entre eux, à la fois visuelle et chimique qui semblait avoir subsisté à travers les mois.
- Non… répondit-il tandis que le souffle commençait à lui manquer.
Bien-sûr que si, mais Naruto le subjuguait. Il était si beau, juste là devant lui. Et il le détestait tellement qu'il en voulait à son cœur de s'adoucir ainsi. Les poings serrés, il luttait pour ne pas se laisser dominer par ses sentiments si difficilement enfouis. Il ne devait pas paraitre si faible devant lui.
Devant lui, Naruto semblait aussi mal-à-l'aise que lui.
- C'était toi l'autre soir, hein ?
Sasuke détourna les yeux, gêné. Bien-sûr que c'était lui. Mais comment pouvait-il justifier sa fuite sans passer pour un idiot ? Après tout, qui aurait pu comprendre qu'il soit aussi affecté par une rupture datant de plusieurs mois ? D'autant plus pour une relation qui n'avait duré que quelques jours ? Personne ne pouvait comprendre, pas même Naruto. Et il avait même du mal à se suivre lui-même.
- C'était toi, affirma Naruto devant son silence. Je…
- Laisse tomber Naruto, le coupa précipitamment Sasuke. Ça me rend nerveux de te voir, mais je ne t'en veux plus.
Naruto le regarda de bas en haut, comme pour savoir s'il mentait. Mais il tenta tant bien que mal de rester impassible, de ne pas être pitoyable devant celui qui lui avait tant fait de mal.
- Bien alors, tout va bien entre nous ? demanda Naruto en mettant ses mains au fond de ses poches.
La nuit était tombée depuis un moment déjà, en cette fin de mois d'Octobre. Et ils étaient tous les deux frigorifiés, immobiles sous la pluie battante.
- Tout va bien, confirma Sasuke.
Non, bien-sûr que non tout n'allait pas bien ! Comment pouvait-il lui pardonner de s'être moqué de lui ainsi ? Après s'être ouvert pour la première fois à quelqu'un d'autre, Sasuke n'arrivait pas à encaisser la trahison. C'était bien plus fort que lui.
- On peut peut-être se mettre à l'abri ? demanda Naruto en désignant le hall de l'immeuble. Ton frère me tuerait si tu tombais malade à cause de moi !
Naruto eut un sourire et Sasuke dut détourner le regard une fois de plus pour empêcher son cœur d'exploser dans sa poitrine. Comment pouvait-il rester insensible à la douceur de son sourire ?
Résigné, Sasuke ouvrit la porte de l'immeuble pour qu'ils puissent tous les deux s'y engouffrer. Il retint un frisson alors que la chaleur du hall contrastait avec le froid de l'extérieur. Naturellement, il s'engagea dans la cage d'escaliers, Naruto sur ses talons.
A chaque marche qu'il montait, Sasuke se demandait inlassablement s'il n'était pas devenu fou. Etait-il réellement en train d'emmener Naruto jusqu'à son appartement ? Pourquoi !? N'était-il juste qu'un abruti fini avec un cœur débordant d'amour pour cet enfoiré ?
Ils arrivèrent sur le sixième palier et Sasuke fut soulagé de constater que personne n'était présent dans l'appartement. Comment aurait-il réussi à justifier la présence du blond dans les lieux ? Il n'avait aucune envie de répondre à un interrogatoire.
Il alluma la lumière et balança ses clés sur le comptoir en bois de la cuisine. A part lui, personne n'avait remis les pieds ici de tout le week-end.
- Alors tu vis ici maintenant ? demanda Naruto.
Sasuke acquiesça d'un hochement de tête. Naruto grelottait dans ses vêtements mouillés. Son jogging gris collait presque à ses cuisses musclées. Il devinait son corps à travers les tissus imbibés d'eau et il aurait même parié que le blond avait développé encore plus musculature depuis ces quelques derniers mois. Après tout, il avait eu le plaisir de le voir nu.
- Tu as froid ? demanda-t-il machinalement.
Naruto le toisa quelques secondes.
- Ouais…
La gêne entre eux était palpable. Alors Sasuke s'éclipsa à la salle de bain, lui intimant de le suivre. Il lui donna une serviette pour qu'il puisse se sécher. Les joues rosies, il l'observa se dévêtir et poser ses vêtements mouillés sur le sèche-serviette. Le blond était en caleçon juste sous ses yeux.
- Tu vas rester trempé ? demanda Naruto en rigolant.
Sasuke déglutit en se rendant compte qu'il l'observait. Il bafouilla une excuse minable et partit chercher des rechanges jusque dans sa chambre. Lorsqu'il revint au salon, sec et en survêtements, Naruto l'attendait assis sur l'un des tabourets de bar, une serviette autour de la taille. Alors il prit sur lui et vint s'installer de l'autre côté du comptoir.
- Tu veux boire quelque-chose ?
Sa voix, peu assurée, menaçait de trahir son manque de confiance en lui. Naruto l'impressionnait. Sa présence dominait entièrement son être.
- Une bière, si tu as.
Naruto se mit à rire lorsqu'il ouvrit le réfrigérateur rempli de bières. Sasuke en sortit deux, essayant de ne pas se laisser envahir par ce rire qui l'avait hanté des nuits entières.
- C'est la fameuse colocation de Sasori, c'est ça ? demanda Naruto.
Sasuke posa les deux bières sur le comptoir et vint s'asseoir sur le tabouret à côté de celui de Naruto. Il n'arrivait plus à faire la part des choses entre la haine et l'admiration qu'il ressentait pour lui. Il voulait qu'il s'en aille, pour ne plus souffrir. De toutes ses forces, il souhaitait que Naruto quitte l'appartement. De manière complètement contradictoire cependant, il voulait continuer de ressentir la douce chaleur qui l'envahissait. Parce que sa présence semblait pouvoir enfin combler le trou béant que le blond avait laissé dans sa poitrine.
Pourquoi était-il si faible, merde ?
- Ouais, Sasori et d'autres colocataires. C'est plutôt cool ici.
Naruto eut un regard indéchiffrable sur lui et Sasuke sentit son cœur vaciller. Il y eut un silence, long et gênant pendant lequel il baissa les yeux. Les prunelles de Naruto lui brûlaient la peau.
- Je pars dès que vêtements seront secs, lâcha Naruto, la voix impassible. Je ne veux pas te déranger davantage.
Sasuke haussa un sourcil, sceptique alors que le visage si jovial de Naruto semblait imperceptiblement s'assombrir.
- Pourquoi voulais-tu me voir ? demanda-t-il. T'es quand même venu me chercher jusque chez mon frère.
Naruto but une gorgée de sa bière, l'air un peu ailleurs. Sasuke ne l'avait côtoyé que quelques semaines pendant les vacances, mais il le connaissait suffisamment pour se rendre compte que quelque-chose clochait.
- Je voulais seulement savoir si c'était cool, répondit Naruto, les yeux perdus au fond de sa bière. Entre nous, je veux dire.
Sasuke fronça les sourcils, peu convaincu par cette explication bancale. Naruto mentait.
- Et il t'a fallu tout ce temps ? demanda-t-il, un brin de colère au fond de la gorge. Juste pour me dire ça ?
Naruto planta à nouveau son regard dans le sien et il se sentit tressaillir.
- J'avais trop honte de ce que je t'ai fait, avoua-t-il à voix basse. J'aimerais que tu continues à faire partie de ma vie...
Sasuke le vit déglutir, sa pomme d'adam roulant le long de sa gorge. Son regard turquoise, piteux, lui criait les excuses muettes qu'il n'avait jamais entendues.
Sasuke sentit son cœur se pincer dans sa poitrine. Il avait tant attendu de le voir s'excuser à nouveau, rongé par le regret. Mais c'était comme s'il brisait à nouveau toutes ses barrières, l'atteignant une fois de plus.
Pourquoi venait-il tout détruire une fois de plus ?
Il détourna le regard. Il avait la sensation que Naruto pouvait lire à travers son être. Et à l'instant, il n'avait qu'une seule certitude : il ne pourrait pas supporter de se faire trainer plus bas que terre une fois de plus. Il devait se protéger de lui, coûte que coûte.
- On pourra jamais être potes, Naruto, trancha-t-il, se forçant à rester impassible.
Naruto hocha la tête. Ses yeux semblaient emplis de déception.
- Je sais.
C'était douloureux, mais Sasuke tint bon. Il ne devait pas commencer à se rapprocher de nouveau de Naruto, au risque de se brûler les ailes une fois de plus. Il serait inlassablement pris sous son charme, comme prisonnier à jamais de ses sentiments. Et il savait qu'il ne tiendrait pas longtemps le coup s'il devait le voir avec sa petite-amie. C'était au-dessus de ses forces.
Naruto se racla la gorge et Sasuke le vit tourner sa bière entre ses doigts. Il semblait hésitant et pensif.
- Je pars à l'armée, avoua Naruto, le regard bas. En réalité, c'est ça que j'étais venu te dire.
Sasuke resta figé un instant, choqué à l'entente de cette nouvelle.
- Quoi ?
Naruto eut un sourire tristement amusé.
- Je pars demain matin.
Sasuke sentit le poids du monde s'effondrer sur ses épaules. Alors, il ne le reverrait plus ? Définitivement ?
- Oh, articula-t-il. Tu pars combien de temps ?
Son cœur lui faisait mal, même s'il savait que son éloignement serait bénéfique.
- Je pars dix mois, lui expliqua Naruto en captant son regard. Ma première permission ne sera qu'à Noël.
Malgré lui, Sasuke ne pouvait empêcher cette infinie tristesse de l'envahir. Jusque-là, Naruto était en ville, à seulement quelques kilomètres de lui. Mais en partant à l'armée, il mettait une réelle distance entre eux. Cela prenait une tournure bien plus définitive : il n'y aurait plus rien qui les lierait à nouveau. Et cette pensée lui serrait le cœur.
- Et tu passes ta dernière soirée ici, avec moi ? demanda Sasuke, un fin sourire aux lèvres pour cacher sa tristesse. Tu n'as pas une petite-amie qui t'attend ?
Naruto le regarda à nouveau, indéchiffrable. Sasuke voyait dans ses prunelles un mélange de déception et de… tristesse ?
- Tu as raison, je vais y aller, répondit-t-il en finissant sa bière.
Naruto se leva pour aller se rhabiller et Sasuke resta seul avec sa bière. Ce départ à l'armée le tuait de l'intérieur. Mais s'il restait lucide un instant, c'était certainement la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Peut-être qu'enfin, le souvenir de Naruto s'effacerait de son esprit.
Il but une gorgée, le cœur en miettes. Oui, peut-être que son départ lui permettrait de recommencer à vivre. Mais pourquoi le regard empli de tristesse de Naruto lui faisait-il autant de peine ? Pourquoi était-il venu le voir la veille de son départ au lieu de rester avec ses proches ? Et tout simplement, pourquoi être venu lui annoncer son départ après autant de mois passés sous silence ? Sasuke ne comprenait pas. La démarche du blond lui échappait totalement.
Lorsque Naruto revint au salon –le jogging toujours trempé, la situation parut pressée. Le blond semblait vouloir partir rapidement, comme gêné de l'avoir dérangé. Alors ils échangèrent un dernier regard sur le pas de la porte, et l'azur rencontra l'onyx peut-être pour la dernière fois.
- Prends-soin de toi, souffla Naruto, la voix rauque.
Sasuke ne sut quoi répondre. Alors il vit Naruto lui tourner le dos, une fois de plus, le laissant avec sa solitude meurtrière et son cœur à la déchirure béante. Encore une fois, il eut cette sensation d'être abandonné par celui qui faisait battre son cœur. Alors il referma la porte de l'appartement tandis que la silhouette de Naruto disparaissait dans les escaliers.
Naruto emmenait une partie de son âme avec lui, encore une fois.
Helloooooooooooo !
Finalement je ne suis pas si mauvaise en délai de parution ! ahah Bon après faut voir la qualité du chapitre : en effet, je ne le trouve pas forcément à la hauteur de mes espérances même s'il contient des éléments nécessaires pour la suite. J'ai l'impression de ne pas réussir à mettre les mots sur les émotions, c'est assez frustrant ! Mais bon, j'espère que vous aurez tout de même apprécié votre moment de lecture !
Pour ceux que ça intéresse, je prépare une autre fic en ce moment. Un NaruSasu aussi mais qui se passera dans une cité. Publication du premier chapitre dans la semaine, si tout va bien. : )
Bon Dimanche soir à celles et ceux qui le liront aujourd'hui et bonne semaine pour les autres !
A bientôt !
Anaëlle
