Clause de non responsabilité : Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Shonda Rhimes, je les emprunte ainsi que certaines lignes de dialogue de la série que j'utilise pour l'histoire


Chapitre 3

Seule dans sa chambre d'hôpital, Callie repensait à la visite d'Arizona. Elle la revoit appuyée sur le cadre de la porte de sa chambre, les bras croisés sous sa poitrine, ce demi sourire suffisant sur son visage. Elle avait épousé cette femme, l'avait accompagnée dans les pires situations, obligée de la pousser dans une douche quand elle n'était plus capable de trouver le courage d'y entrer toute seule. Elles avaient traversé le pire sur le plan physique et émotionnel, pourtant elle continuait toujours et encore, de la trouver d'une beauté époustouflante et même si elle voulait s'en défendre, sa simple présence l'apaisait. Elle ne comprendrait jamais pourquoi, autant d'années après la fin de leur histoire, après tant de drames, et de douleurs, Arizona Robbins avait une telle emprise sur elle. A plusieurs reprises, durant leur échange, apercevant la tristesse dans ses beaux yeux bleus, elle avait dû réprimer un geste tendre.

A peine Arizona avait-elle passé le seuil de sa chambre acceptant le plan de Callie, que la latine, avait ressenti un pincement au cœur, était-ce une pointe de déception qu'elle ait capitulé si facilement ? Elle se sermonne intérieurement : « Tu lui as dit de partir. Encore une fois. Pourquoi resterait-elle ? »

Elle avait mis fin à leur mariage, dans le bureau d'un psychologue, d'une façon pour le moins brutale et peu élégante.

Alors que sa femme avait profité de cette pause conseillée par leur thérapeute, pour faire le point sur sa vie, leur couple et retrouver la clarté dans son esprit, exprimant avec sincérité, tout son amour, et la volonté de se réveiller tous les matins du reste de sa vie, au côté de son grand amour, elle, au contraire s'était étourdie dans des soirées alcoolisée avec Meredith, avait plongé dans la légèreté de la vie, dont elle avait été écartée depuis longtemps, loin des soucis, des reproches, des choses à réparer. Cet éloignement bien que pesant au début, s'était révélé amusant, ainsi, épuisée par les difficultés, elle avait tout à coup lâché, abandonné, elle avait décidé en un clin d'œil, comme le toréro dans l'arène, la mise à mort de leur mariage, de leur amour, de leur famille.

Arizona ne s'y attendait pas. Comment aurait-elle pu ? L'estocade était pour le moins déroutante, la nuit précédente, elles avaient partagé une nuit d'amour, se reconnectant depuis des mois. Seulement un journée de travail les séparait de cet instant.

Elle n'oublierait jamais, les yeux de la femme qu'elle avait tant aimée, lui faisant face sur ce canapé.

Elle y avait vu se succéder, une lueur d'espoir, qui avait laissé rapidement place à l'inquiétude, l'incompréhension. Désemparée elle avait cherché un soutien auprès du thérapeute, comme si par magie, il pouvait éviter ce qui semblait se produire. Enfin quand la compréhension l'avait atteinte, la détresse et la déchirure avaient rempli ses yeux bleus délavés qui brillaient des larmes qu'elle luttait pour garder en elle. Elle avait vu ses mâchoires se serrer pour contenir et maitriser sa souffrance, et comme elle le faisait toujours Arizona avait tout gardé et n'avait pas prononcé un mot. Pour être parfaitement juste, elle ne lui avait pas non plus laissé le temps de le faire, elle s'était levée et avait quitté la pièce sans regarder en arrière.

Arizona, ne voulait pas de cette séparation, elle ne voulait pas non plus de leur divorce ni de la vente de leur maison, et même si elles n'en n'avaient jamais parlé, Callie mettrait ses deux mains à couper, qu'elle se serait certainement passée d'être conduite, et insultée dans un tribunal par l'autre mère de sa fille. Pourquoi se soucierait -elle, seulement de cette femme qui l'avait rejetée et avait fui de l'autre côté du pays avec son enfant ? Arizona avait certainement fait ce que son sens du devoir lui dictait, comme elle l'avait clairement exprimé, il ne s'agit pas d'elle, mais de Sofia elle n'était là que pour Sofia. Et quoiqu'il en soit, Callie se sent un peu chagrinée à cette pensée.

Le lendemain matin, elle devait subir de nouveaux examens et revoir l'oncologue. A son retour, une blonde absorbée sur l'écran de son iPad attendait, assise devant sa chambre. Callie essaie de dissimuler y compris à elle-même le sourire qui se profile sur son visage, un semblant de reproche dans la voix

- Je n'y crois pas Arizona, tu es revenue ?

- Je ne suis pas partie en fait. Ecoute, j'ai passé la nuit à étudier ton cas, j'ai appelé Smith… elle s'exprime, tout en suivant la brune qui entre dans sa chambre pour se coucher.

- Docteur Smith de Grey Sloane ? Elle n'attend même pas une réponse, elle la connait déjà.

Arizona tu n'as pas le droit de faire ça ! proteste Callie en s'allongeant dans le lit. Imperturbable la blonde poursuit son raisonnement.

- Avec une chimio certes un peu agressive ….

La latine, lève la tête vers la porte pour accueillir le médecin en charge de son cas.

- Bonjour Dr Stevens, Arizona c'est le docteur Stevens Mon oncologue, Docteur Stevens Mon ex- femme chirurgien général, pédiatrique et fœtal mais pas oncologue. Elle insiste volontairement sur le dernier mot, provoquant Arizona d'un air narquois

Le médecin relève l'ironie, ainsi que l'appellation de « ex ». Son regard passant successivement d'une femme à l'autre, il attend, afin de voir s'il pouvait parler devant la fameuse ex- femme. Réalisant les raisons de son hésitation, Callie interrompt le silence embarrassant.

- Oh, vous pouvez parler devant le Dr Robbins. C'est préférable pour vous, croyez- moi ! Sinon elle vous poursuivra toute la soirée, ou toute la nuit, ou le lendemain. On ne devient pas un si grand chirurgien, si on n'est pas un peu harceleur n'est -ce pas ?

Arizona avait l'impression d'avoir été nominée pour un Harper Avery. Elle avait gagné en tout cas, sa place de consultant sur l'état de santé de Callie. Le Dr Stevens la fixait cependant d'une manière peu sympathique.

- Je dois être également un grand harceleur. Pour information Dr Robbins, je suis un oncologue réputé !

Le raclement de gorge d'Arizona, les yeux baissés sur ses mains, tortillant ses doigts, n'échappe pas à son ex-femme qui fronce les sourcils en attente du développement.

- Au moins aussi bon que les docteurs Smith ou Shepperd ainsi que Bayle de Seattle, avec lesquels je viens d'ailleurs de m'entretenir longuement. Suite à l'examen du dossier que vous leur avez envoyé dans la nuit, ils confirment unanimement, mes choix de traitement.

- Arizona ! s'exclame Callie blâmant clairement son ex -femme pour son attitude

- J'étais en train de t'expliquer, mais je n'ai pas eu le temps grimace Arizona. Son air penaud, donnait l'impression qu'elle avait huit ans et qu'elle venait de se faire prendre le doigt dans le pot de confiture. Définitivement Callie ne pouvait pas résister à cette mimique, elle luttait pour réprimer un sourire.

Le docteur Stevens, observant l'échange des deux femmes, poursuit cependant l'explication de son plan de traitement. Pour la première fois depuis que Callie était sa patiente, il pouvait apercevoir une lumière différente dans ses yeux.

- Bien, nous pourrons donc commencer le traitement dans deux semaines environ, après avoir obtenu tous les résultats de vos analyses et examens et faire quelques recherches supplémentaires. Docteur Robbins, puis-je vous parler un instant ?

Sachant qu'elle avait bafoué de toute façon, plusieurs lois de l'état de Washington et de l'Oregon réunis, ainsi que les règles basiques du respect confraternel, Arizona devance l'oncologue.

- Dr Stevens, je suis sincèrement désolée de vous avoir offensé. J'avais besoin d'être rassurée, je veux le meilleur pour elle. Elle doit sortir de ça, j'ai besoin qu'elle soit, euh …peu importe où, mais dans ce monde.

- Je ne suis pas sûr que je vais beaucoup apprécier vos intrusions dans mon travail Dr Robbins, et je ne connais pas votre histoire avec le Dr Torres, mais ex -femme ou pas, harceleur ou pas, votre arrivée a clairement changé quelque chose. Elle n'a jamais été aussi intéressée, qu'aujourd'hui. Elle était résignée, acceptant sa maladie comme une fatalité et nous avons besoin qu'elle soit combattante, car la bataille s'annonce difficile, vraiment difficile.

- Je sais, je sais, elle va se battre, je vais m'en assurer croyez-moi et je resterai à ses côtés, jusqu'à ce qu'elle gagne.

- Vous devez vous préparer, Dr Robbins. La victoire est loin d'être l'issue la plus probable. Le ton de l'homme était détaché, il condamnait Callie tout en parcourant les feuilles d'un dossier avec une indifférence insupportable.

- Elle va gagner, vous m'entendez, et si vous, son médecin, n'y croyez pas, alors nous n'avons rien à faire ici.

La colère était montée de son cœur à sa bouche en moins d'une milli seconde. Les mots tournaient dans sa tête. Vous préparez ! vous préparez ! quelle phrase idiote ! Elle l'avait pourtant déjà prononcée en tant que médecin, elle avait utilisé ces mots stupides ! Comment pouvez -vous vous préparez à perdre à jamais l'une des personnes les plus importantes de votre vie. A quoi pensez ce Dr Stevens ? Il croyait qu'elle allait dire à sa fille : « Mon bébé il faut te préparer à perdre ta mama !» ? Alors, elle avait agressé l'oncologue, le doigt en l'air menaçant, le fixant à son tour de manière très antipathique, déversant sur lui, sa peur et son chagrin. L'homme était interloqué qu'autant d'hostilité puisse sortir de cette frêle personne, il avait tourné les talons sans dire un mot.

Quand elle passe la tête à travers la porte de la chambre, elle observe un instant Callie qui s'était déjà assoupie, elle avait les traits tirés, avait beaucoup maigri aussi, elle paraissait si vulnérable. La seule chose dont elle avait envie était de la serrer fort dans ses bras, de fermer les yeux et de se retrouver dans l'appartement 502 avant le crash, quand elle savait encore la protéger, la consoler. Mais tout ça paraissait si loin, c'était dans une autre vie.

Profitant du repos de la latine, elle quitte l'hôpital, pour calmer son esprit échauffé et donner des nouvelles à ses parents qui s'installaient chez elle, à Seattle, afin de s'occuper de Sofia et rendre les choses le plus facile possible pour l'enfant et ses mères. Elle avait parlé hier soir à sa fille essayant de la rassurer, et ça avait été étonnamment simple.

Depuis le jour de sa naissance, la vie de cette enfant n'avait été jalonnée que de tragédies. Par chance, alors que ses deux mères étaient toutes deux angoissées, même si elles avaient une façon diamétralement opposée de l'exprimer, leur fille avait hérité du tempérament de son père, positif et décontracté quoiqu'il arrive. Le souvenir de Marc, traverse son esprit : « oh mon dieu Marc me manque, il saurait mieux aider Callie, me rassurer, je l'entends me dire », elle renifle souriant au souvenir du père de sa fille dont elle enviait en silence la capacité de dédramatiser toutes les situations.

« Arrête de te torturer Blondie, elle a juste besoin de toi ! Ne te pose pas de questions, oublie le passé, concentre-toi sur elle maintenant, c'est juste ce dont elle a besoin. »

C'est ce que Marc dirait, c'est ce que Marc ferait et c'est ce qu'elle est déterminée à faire.

Callie s'était éveillée quelques heures après la visite du Dr Steven, la chambre était vide. Elle sourit à la vue du post-it posé tout près de son visage sur l'oreiller. C'était une vielle habitude d'Arizona. Lorsqu'elles vivaient ensemble, Callie avait le sommeil si lourd, une autre chose qu'elle avait perdue à Seattle pense-t-elle, qu'elle n'entendait jamais, lorsqu'elle était bipée. C'était toujours Arizona, qui la réveillait. En revanche, lorsque la pédiatre était appelée en pleine nuit, elle la laissait dormir.

Elle lui laissait des petits mots sur les post- it. Un sur son oreiller, un autre sur le miroir de la salle de bain, puis dans la cuisine. Des post- it avec des messages romantiques ou sexy, selon l'humeur, jalonnaient ses déplacements routiniers dans leur appartement. Un large sourire éclaire son visage se rappelant le matin où elle s'était réveillée nue dans leur lit, des post-it en forme de cœur, collés sur les différentes parties de son corps, avec les messages « j'aime », « beaucoup », « passionnément », « à la folie », « aveuglément ». Elle avait tant aimé cette partie d'Arizona amoureuse et un peu ringarde, attentionnée, tendre et espiègle. Leur vie était si amusante et facile à cette époque. Elle voyageait dans ces souvenirs heureux qui resurgissaient dangereusement dans sa mémoire, alors qu'elle avait passé des années à s'assurer de les garder enfouis au plus profond d'elle, quand soudain, la porte s'ouvre sur une blonde aux yeux bleus envoutant.

- Room service Le sourire creusant ses fossettes illuminait son visage. Au menu ta nourriture préférée

- Poulet Picata ?

- Non Poulet Picata, c'est Ma nourriture préférée la tienne c'est la cuisine française. J'ai évité le coq au vin car personne ne fait le coq au vin comme Marc, oh mais, je suis stupide, on ne l'a jamais goutté, tu l'as jeté à la poubelle avec la casserole en plus.

Les deux femmes pouffent de rire commentant la tête de Marc qui avait été renvoyé chez lui avec une malheureuse part de Pizza, en raison d'une urgence sexy. C'était la première fois, qu'elles évoquaient ainsi, le père décédé de leur fille, simplement, en plaisantant. Jusqu'ici Marc était un sujet chargé de chagrin, de larmes et même de rancœur. C'était aussi la première fois depuis des années qu'elles partageaient à nouveau un souvenir heureux de leur passé.

- Donc tartiflette accompagnée de son vin rouge, beaucoup de calories tu dois prendre des forces pour les prochains jours

L'évocation des séances de chimiothérapie fait immédiatement changer l'humeur de Callie.

- Arizona tu ne peux pas rester ici. Tu sais que ça va être un long chemin. D'abord les séances de chimiothérapie, la radiothérapie et dans le meilleur des cas, si je résiste à tout ça, la chirurgie et peut -être encore de la chimio. En plus de toute cette merde, que je ne veux pas encore t'infliger, tu ne peux pas tout abandonner pendant des mois. Sofia ne peut pas rester sans toi, l'hôpital, tes patients.

Arizona regarde la latine affectueusement, elle pose sa main sur le bras de son ex-femme, pour stopper l'angoisse de la brune et son discours exalté. C'est l'unique contact qu'elle s'autorise, cependant, la simple sensation de la douceur de la peau sous ses doigts, suffit à lui faire éprouver une quiétude oubliée, et jamais retrouvée, elle laisse échapper un souffle entre ses lèvres serrées.

- Callie, arrête, arrête ! Tu n'as pas à t'inquiéter de tout ça. Sofia est comme une reine avec mes parents et Portland est à moins d'une heure de Seattle. Je peux aller et venir comme je veux, des gens font le trajet tous les jours.

Callie hausse les sourcils gratifiant la blonde d'une moue sceptique

- Tu en connais ?

- Non, mais je suis sure qu'il y en a. Rétorque-t-elle l'œil pétillant. En ce qui me concerne j'aimerai beaucoup que tu arrêtes de me considérer comme une petite chose fragile toujours prête à s'effondrer. Je ne suis certainement pas celle dont on doit se préoccuper pour l'instant. Quant au boulot c'est okay, j'ai appelé Bayle hier et j'ai demandé une mise en disponibilité, elle vient de me téléphoner et l'hôpital aura un remplaçant dans la semaine. Dooonc tout est réglé. Satisfaite ?

- Mais tu ne peux pas arrêter de travailler ! Je ne peux pas travailler. Tu peux me dire comment nous allons nourrir notre enfant ! S'écrie la latine, absolument abasourdie par ce qu'elle vient d'entendre, son ton s'élevant à la hauteur de sa surprise. Son ex-femme, divorcée d'elle depuis presque 3 ans, obsédée par le travail, était prête à tout laisser de côté juste pour elle ?! Soit elle allait mourir dans la semaine, soit sa tumeur lui jouait des tours, soit Arizona avait perdu la raison.

Un sourire qu'elle n'aurait pas voulu, apparait sur les lèvres d'Arizona lorsqu'elle entend « nous ».

Ce « nous » qui avait fini par disparaitre de son esprit. La dernière fois qu'elle avait entendu Callie dire « nous » elle parlait de Penny alors qu'elles prenaient la décision de déménager avec Sofia. Il lui avait fallu quelques minutes pour réaliser qu'elle n'était plus à l'intérieur de ce « nous ». Elle avait reçu ce « nous » comme un coup de couteau, comme un éclair au milieu de la nuit, mettant soudain en lumière la réalité de sa vie. Elle s'était sentie dépossédée de tout, de sa femme, de sa fille, de sa famille, de sa vie. Ce « nous » brisait le seul lien qui lui restait avec son ancienne vie, il l'excluait de l'existence de sa fille. Ce « nous » l'avait tellement blessée et ce n'était que le début d'une longue période de douleurs.

Le temps passe et des choses changent mais ce qui était invariable, c'est qu'elle aimait que Callie et elle, soient un « nous » et plus encore elle adorait entendre Callie s'inquiéter du futur. C'était peut-être le tout début d'un petit sentiment d'espoir qu'elle avait essayé de semer depuis qu'elle avait mis un pied dans cette chambre. Cette seule pensée retire un peu du poids qui oppressait sa poitrine depuis qu'elle avait reçu cet étrange appel de New York.

- Arrête de t'angoisser ! sa voix était sure et calme, ce genre de voix qui vous sécurise, qui vous donne juste envie de vous laisser guider, de poser enfin vos lourds bagages et laisser quelqu'un d'autre les porter. Bayle a fait les comptes et m'a dit que j'avais effectué durant ces deux ans et demi le double des heures par rapport à n'importe quel autre chirurgien, elle a demandé au conseil que mon salaire soit maintenu. Donc la pauvre petite fille riche va être entretenue par la fille du colonel des marines. Oh J'adore l'idée ! s'exclame Arizona en pavoisant exagérément pour amuser Callie. La brune rigole face au spectacle, admettant pour elle-même, qu'elle n'avait pas eu de moments aussi agréables depuis des mois, et une conversation aussi décontractée avec son ex-femme depuis des années, elle n'avait pas vu ce côté lumineux d'Arizona depuis si longtemps.

Partageant leur repas dans un silence confortable Callie affirme pensive.

- Tous les couples se disputent en général pour l'argent, nous on ne s'est jamais disputé à ce sujet.

Assise sur la chaise dans une position très détendue, les jambes allongées, ses pieds reposant sur le bord du lit de Callie, Arizona lève les yeux de son plat en ricanant.

- Hum, mais peu de couples se disputent pour une jambe.

La latine se fige.

- Encore trop tôt ? Plaisante la blonde, avec une désinvolture extrêmement déconcertante pour son ex-femme, pour laquelle la jambe n'avait été que source de conflits ravageurs.

- Je suppose que si ça ne l'est pas pour toi, ça ne devrait plus l'être pour moi.

- Ça ne devrait plus. Confirme Arizona, un sourire sincère sur ses lèvres, appuyant son propos d'une tape amicale sur le genoux de la brune. Quoiqu'il en soit, nous nous sommes chamaillées pour absolument tout le reste, chérie. Elle baisse les yeux lorsqu'elle prend conscience, que dans la familiarité de l'instant, elle a utilisé ce terme de leur intimité d'autrefois. Humm désolé vieille habitude

-Agréable aux oreilles la latine lui adresse un clin d'œil joueur, voulant mettre fin immédiatement à la gêne d'Arizona qui lui sourit en retour un peu embarrassée quand -même. Un profond soupir s'échappant de ses lèvres, Callie repose sa tête sur l'oreiller du lit d'hôpital.

- Oh tu es fatiguée ! Tu dois te reposer, je vais partir et te laisser te reposer

- Non je vais bien, je suis bien. J'ai une tumeur maligne, quelques métastases, je vais subir une chimiothérapie dévastatrice, ma fille me manque, mais je n'ai pas été aussi détendue depuis des mois, des années même.

Pour sa part, Arizona n'a pas été aussi inquiète pour quelqu'un depuis l'accident de voiture. Cependant, malgré la peur qui la terrifie, passer la soirée avec Callie ainsi, sans cri, sans larme pourrait être son choix de soirée préférée pour le reste de sa vie, entendre son ex- femme partager ce sentiment, le décuple.

- Le double d'heures des autres chirurgiens hein ? Calcule Callie, la moue admirative. Ou ils ne foutent plus rien dans cet hôpital ou tu es une machine.

- Ouai, c'est énorme ! Pensive,la chirurgienne fœtale, réfléchit à haute voix. Remarque, depuis notre séparation, excepté quand je m'occupais de Sofia, je n'ai pratiquement fait que travailler. C'est sûr j'ai dû faire le double de travail par rapport aux autres. Je suis la meilleure ! Avec une pointe de sarcasme elle ajoute On pourrait demander à ton avocate, elle avait l'air très au courant de ma vie professionnelle.

- Et personnelle, même intime ajoute Callie visiblement désolée.

Arizona regrette déjà la pique, elle se réprimande mentalement, elle n'est pas ici pour régler des comptes, mais pour aider, et ça, ça n'aide vraiment pas.

- Désolé mon côté passif- agressif vient de refaire surface

- Non c'est moi qui suis désolée, je n'aurai pas dû laisser faire ça et je crois…qu'on aurait dû en parler… Qu'on devrait en parler.

- Callie, ça va. Je n'ai pas besoin d'en parler.

- Je sais. C'est bien le problème, tu gardes toujours tout en toi. Moi j'ai besoin que tu en parles.

Arizona prend une profonde inspiration, elle connait pertinemment ce trait de caractère qui a contribué à rendre les choses irrécupérables dans leur couple. Elle enfouit tout en elle, pensant pouvoir le garder sous cloche et au moment où personne, même elle, ne s'y attend, elle explose, surréagissant et devenant incontrôlable. C'est ainsi qu'elle a pu tourner le dos à l'amour de sa vie dans un aéroport et embarquer pour l'Afrique, ou pire encore, refermer la porte de cette chambre de garde derrière Boswell, aujourd'hui encore ce souvenir lui laisse un goût amer. Elle libère lentement un souffle entre ses lèvres serrées, c'est sa manière d'essayer de maitriser les émotions qui la dépassent, d'expulser la boule d'angoisse qui rend sa respiration difficile, regardant Callie elle parle comme on se jette à l'eau.

- J'ai dû me justifier d'être la mère de Sofia. C'était désagréable, et offensant. Être obligée d'étaler notre vie, de raconter Marc et toi…Être désignée, encore une fois comme la troisième dans la vie de Sofia, celle qui compte moins, je ne le méritais pas, mais je m'y attendais. Nous étions dans un tribunal pour la garde de notre fille alors, je m'y attendais. Elle déglutit difficilement pour trouver la force de faire face à ces souvenirs qui l'avaient tant éprouvée.

Mais m'insulter de la sorte, me faire passer pour une nymphomane qui préfère une partie de jambe en l'air à sa fille, ça, je n'aurai jamais pensé que tu me fasses un truc pareil. Il fallait vraiment que tu me détestes. Même furieuse contre toi, je suis certaine que je n'aurai jamais pu te salir ainsi, je ne pense même pas que l'idée aurait pu traverser mon esprit.

Callie avait lâché le regard de son ex-femme, son visage fermé, son front plissé ses sourcils froncés trahissaient la douleur de ce rappel. Elle n'était pas fière de son comportement au tribunal, et avait trop de mal à entendre, dans la bouche d'Arizona, les reproches qu'elle-même se faisait depuis ce jour. Cette période est certainement le pire moment de leur histoire, elles avaient atteint le point de non-retour dans ce tribunal, et Callie se sentait responsable de ça.

- Dès les premiers témoignages je savais que j'avais tort. Meredith parlait d'un village et c'est moi qui avais inventé le concept. J'allais éloigner ma fille de ce que j'avais créé pour elle. Ton avocate avait beaucoup de talent pour faire ressortir que je faisais des choix inconséquents.

Elle expulse un ricanement blasé.

Penny ne savait même pas, dans quelle classe était Sofia, et je ne la blâme pas, elle la connaissait tellement peu. La plupart du temps, soit elle était à l'hôpital, soit Sofia était avec toi, elles s'étaient vues si peu. Les yeux fixés sur un point du lit, la latine poursuit

J'en avais marre d'être toujours la plus mauvaise de nous deux, j'en avais marre d'être considérée comme l'irresponsable. Je voulais gagner pour ça. Toi il fallait te pardonner de coucher avec n'importe qui parce que tu étais traumatisée, mais personne n'a vu combien moi j'avais mal. Je sais que je n'étais pas dans le crash, je sais que je n'ai pas perdu de jambe, mais j'ai perdu toute ma vie dans ces bois où je n'étais pas. Absorbée à contrôler l'émotion qui la submerge, elle laisse couler une larme sur sa joue et inspire profondément avant de continuer. Tu vois ce n'était même pas, pour New York, pour moi ou Penny et encore moins pour Sofia. Je voulais te blesser comme tu m'avais blessée, je voulais gagner contre toi. Je voulais que pour une fois, tu sois l'irresponsable. Je suis vraiment désolée d'avoir été une garce. J'aurai bien tout repris juste après, mais c'était trop tard, le mal était fait et ça ne pouvait pas être pire. Elle ironise tristement. Ça ne m'a même pas fait du bien. Parce qu'après ton témoignage, jamais dans toute ma vie je ne me suis sentie aussi minable.

- Ouai quelques fois c'est trop tard, le mal est fait et on ne peut pas réparer. Arizona savait bien de quoi il s'agissait. Toute la haine de Callie avait surgi avec Boswell et Léa Murphy, globalement avec sa trahison. Nous sommes humains Callie, nous faisons tous des erreurs, j'ai fait des erreurs, d'énormes erreurs, et jamais dans toute ma vie, je ne me suis sentie aussi minable.

Elles partagent un regard entendu, elles savaient toutes les deux, de quoi elles parlaient, c'était leur façon de se demander pardon, pour toutes les blessures.

- Le truc c'est, comment ne pas rester bloquer dans ce tourbillon. Comment apprendre à vraiment pardonner, et je ne veux pas dire, juste effacer l'ardoise, juste essayer d'oublier pour essayer de passer à autre chose. Non, je parle d'essayer de comprendre l'autre et de vraiment, vraiment pardonner. Dans un soupir elle ajoute : Pardonner celui qui t'a blessé mais aussi te pardonner toi même d'avoir blessé, pour être enfin serein. Elle s'approche du lit, pour prendre les mains de Callie dans les siennes et donner plus de poids à ses mots. Je suis habituée à ta colère depuis des années maintenant. Ça fait mal, mais je te connais, je sais que c'est ta façon d'exprimer ta douleur. Je peux la supporter encore, je peux encore me battre avec toi. Cependant, je donnerai tout ce que j'ai pour que tu ne sois plus fâchée, parce qu'en ce moment il y a une autre bataille à mener, et on ne peut pas perdre celle-ci, Callie.

- J'ai rendu les choses assez difficiles à pardonner hein ?

- On essaie ? Moi, je commence dès maintenant. La blonde, penche la tête vers son ex-femme, le regard tendre et interrogateur, elle lui fait un clin d'œil. Toi ? Troublée par la douceur et la gentillesse qui l'avait séduite chez cette femme, il y a des années, Callie confesse

- Pas ma qualité naturelle tu le sais. J'essaie, j'essaie vraiment et depuis tellement longtemps. Mais, il y a urgence maintenant, je ne peux pas mourir en étant en colère contre toi. Je ne peux pas te laisser ce souvenir. On valait mieux que ça !

La mine d'Arizona tombe, elle ne s'attendait pas à ce que Callie évoque cette possibilité si franchement, sans sourciller comme si elle avait déjà renoncé à vivre.

- Tu ne vas pas mourir, tu ne vas pas mourir, tu m'entends ? Les yeux bleus plongent, dans la profondeur des yeux noirs. Si tu me laisses dans ce monde sans toi, je jure que je serai en colère contre toi jusqu'à la fin de mes jours…. Tu ne peux pas faire de moi une vieille personne toute ridée, acariâtre, donnant des coups de canne à toutes les magnifiques latines qu'elle croise sur son chemin.

Devant son sourire désenchanté, Arizona se penche vers Callie, une infinie douceur dans les yeux, elle efface la larme échappée sur le visage de la latine.

- Tu ne veux pas que je sois ce genre de vieille personne hein ? On vaut mieux que ça !

- Non, je préfère que tu sois une vieille personne hyper sexy qui trainera dans les bars lesbiens pour vieilles personnes et qui aura des relations sexuelles à couper le souffle.

A l'image de leur relation aux émotions exacerbées, les deux femmes pleuraient et riaient en même temps. Callie avait cependant laissé tomber ses défenses, et peut être qu'elle commençait à comprendre comment pardonner. Seule Arizona Robbins pouvait faire ça.


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