Clause de non responsabilité : Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Shonda Rhimes, je les emprunte ainsi que certaines lignes de dialogue de la série que j'utilise pour l'histoire
Merci pour les commentaires du dernier chapitre. J'ai adoré écrire celui ci. J'espère que vous aimerez le lire.
Chapitre 5
Carlos avait réservé la suite au nom d'Arizona Robbins. Un peu empruntées, les deux femmes se tiennent au milieu du salon n'échangeant ni mot, ni regard.
A l'hôpital, c'était différent, même si elle passait le plus clair de son temps avec Callie, Arizona arrivait le matin, et repartait le soir. Cela faisait très longtemps qu'elles n'avaient pas vécu dans le même lieu, partageant l'intimité du quotidien. Elles avaient préféré ignorer ce fait, mais elles sentaient bien qu'elles marchaient sur un fil tendu entre deux précipices. D'un côté se trouvaient des sentiments forts envahissant chaque jour d'avantage leurs esprits et leur corps, même si chacune d'entre elles pour des raisons différentes, se les interdisaient. De l'autre côté du fil il y avait l'angoisse nourrie par des années de manque de communication, de blessures, de ressentiments qui n'avaient pas été traitées, menaçant de resurgir à toute occasion.
Souhaitant mettre fin à l'embarras et meubler le silence Arizona décide de se métamorphoser en agent immobilier prête à vendre le lieu avec un enthousiasme exagéré.
- On pourra éventuellement cuisiner, bien qu'il y ait absolument tout ce que dont on peut rêver comme repas à emporter dans cette ville. C'est absolument génial ! Ah et regarde, on pourra même manger sur la terrasse, il y a une vue imprenable sur la ville, euh…et ta chambre est ici, la mienne là-bas, on devra partager la salle de bain…Euh enfin je veux dire l'utiliser toutes les deux, enfin …à tour de rôle je veux dire…
- Euh …Ouai Arizona j'avais compris, plaisante Callie observant avec amusement l'état d'excitation et de gêne de son ex-femme qui bafouille timidement.
C'est immense ! Arizona as-tu vraiment les moyens de tout ça ? Je crois qu'il faut qu'on en parle
- Calliope Iphygénia Torres, peux- tu arrêter de contrôler ma vie ?
- Oh non je ne le fais pas ! dément rapidement la brune, elle n'était pas certaine du degré d'humour dans cette phrase. Elle se souvient trop bien des accusations agressives d'Arizona chez le thérapeute, lui reprochant qu'elle prenait toutes les décisions.
- Alors tais- toi et va te reposer, je commanderai notre repas.
- Okay, et c'est toujours moi qui passe pour le mauvais flic autoritaire marmonne Callie obéissant néanmoins
Arizona sourit à la réflexion, elle ne se sent pas très à l'aise de garder secret la personne qui est à l'origine de la réservation de l'hôtel. C'était un tout petit mensonge, pour de bonnes raisons, mais leur relation avait été tellement franche et sincère depuis ces quelques jours qu'elle craignait de tout gâcher.
Se reposer lui paraissait la meilleure des idée, elle avait vu de nombreux médecins aujourd'hui, avait parcouru l'hôpital pour faire signer des papiers de sortie et c'était bien plus que ce qu'elle avait fait depuis deux semaines, elle se sentait éreintée et incapable de polémiquer avec son ex-femme. Callie s'apprêtait à sortir de la pièce pour aller dans sa chambre.
- Callie ? Elle se retourne à l'appel d'Arizona
- Ouai ?
- La première fois que je suis venue à Seattle je ne pensais pas y rester, la pluie tu sais. Je pensais que c'était juste une étape dans ma carrière. La blonde s'assied sur le canapé les mains serrées entre ses genoux.
Je suis allée boire un verre chez Joe's, et quelques mois à Seattle ce sont transformés en presque 10 ans de ma vie. Seattle est l'endroit où je t'ai rencontrée, où j'ai appris ce qu'était l'amour, le vrai. Elle lève ses yeux pour rencontrer ceux de son ex -femme.
J'y ai appris à aimer, elle renifle en secouant un peu les épaules, enfin, j'ai fait de mon mieux, mais ce qui est sûr c'est que j'y ai ressenti ce que c'était d'être aimée.
Elle prend une pause, son regard fixant un point sur le sol, rattrapée par les souvenirs, inspirant profondément, ses yeux reviennent sur la latine. Un sentiment valorisant et tellement sécurisant, comme je ne l'avais jamais connu avant. Elle ricane doucement se moquant d'elle-même. Tellement fort que quelquefois ça me faisait peur.
Contre toute attente, je suis même devenue mère, à Seattle. Seattle est l'endroit où j'ai eu, mes plus gros fous rires et mes plus gros chagrins, où j'ai vécu mes plus belles victoires et mes plus grands échecs, mais Seattle est l'endroit où j'ai grandi. Ça c'est mon histoire, c'est ma vérité. Nous avons chacune la nôtre, ça dépend de ce que nous voulons en faire, de ce que nous voulons voir. Je te laisse méditer à ça.
La fierté envahit tous les traits de son visage, se livrer avec sincérité ainsi n'était pas naturel pour Arizona, mais elle apprenait, et elle apprendrait encore si c'est ce qu'il fallait pour ramener Calliope Torres, pour lui rappeler que tout n'avait pas toujours été noir, et tout ne l'était pas en ce moment non plus.
- Euh … ne t'inquiète pas ! tu restes « le mauvais flic » aucun doute sur ça. Tu peux aller dormir maintenant Pour jouer elle souligne ses mots, d'un geste autoritaire montrant la direction de la chambre, comme on le fait à un enfant puni.
Callie riait, et c'était reparti, elle tombait. Bien sûr Arizona était d'une beauté renversante, elle l'avait toujours été, mais elle était stupéfiante. Dès leur première rencontre elle avait été intriguée par cette personnalité énigmatique. Le médecin blond affichait une joie permanente, mais à bien y regarder elle cachait de terribles souffrances. Elle exhibait une force tranquille mais son extrême sensibilité la rendait fragile et vous donnait envie de la protéger. Arizona Robbins était une montagne de paradoxes. Elle était compliquée, déroutante, exaltante et vivante. Ça la rendait encore plus attirante et attachante, et dieu qu'il était difficile de s'en détacher. Elle avait essayé pourtant, plusieurs fois.
Callie fixait Arizona, une expression dans les yeux avec laquelle elle ne l'avait plus regardée depuis des lustres, la blonde brusquement intimidée, sent la rougeur monter sur ses joues
- Tu es incroyable ! Tout est incroyable. On pouvait lire dans les yeux de la latine, une profonde tendresse
- Euh…Juste pour ne pas récolter tous les lauriers, une autre information. L'hôtel, la suite et tout ça… c'est ton père. Une ombre passe dans le regard de la latine, comme si brusquement le ciel s'était couvert de gros nuages noirs. S'avançant vers la femme la plus petite bien décidée à obtenir plus de renseignements sur cette situation, elle questionne sèchement.
- Quoi mon père ?
L'humeur avait tout à coup changé et Arizona se demandait si elle n'avait pas poussé sa chance un peu trop loin.
- Comment ? Pourquoi parles-tu seulement à mon père ?
- Parce que j'ai été mariée à sa fille, que je la cherchais partout et qu'elle ne répondait pas à mes messages. J'ai pensé qu'il pourrait m'aider à la trouver. Autant que tu saches de suite j'ai aussi appelé Penny et les trois quarts des hôpitaux des Etats Unis. Donc sur la liste, ton père est apparu dans les premiers. Il était ravi de m'entendre d'ailleurs et adorerait t'entendre aussi.
La latine prend conscience, qu'elle ne s'était même pas encore demandée comment Arizona l'avait retrouvée et évidemment, son ex-femme comme toujours avait gardé pour elle, les détails.
Même si tout ce que son ex-femme a fait pour la retrouver la touche, notamment elle était intimement convaincue qu'appeler Penny n'avait certainement pas dû être la chose la plus simple pour Arizona, le fait qu'elle puisse converser tranquillement avec son père la rend déraisonnablement furieuse.
Son esprit s'emballe, Arizona et son père avait dû s'en donner à cœur joie, ils devaient avoir une sorte d'accord tacite pour convenir qu'elle était irresponsable, inconséquente, impulsive et stupide. L'œil noir, les mâchoires serrées, caustique, elle se moque.
- Tu vas encore me dire ….
- Calliope, il t'aime, il est inquiet Arizona essaie de désamorcer la colère qu'elle sent pointer
- Oh s'il te plait, ne me Calliope pas ! Tu lui as refait le coup de l'homme bon dans la tempête, et il l'a encore gobé. Ne me dis pas qu'il a encore cru à ces conneries ?
Callie commence à marcher de long en large dans la pièce, gesticulant nerveusement. Contrairement à son habitude, lorsqu'elle est dans un tel état de nervosité, elle ne s'exprime pas en espagnol, mais en anglais son ex-femme, ne perdant ainsi hélas aucun mot de son monologue exalté
- Putain, je ne comprendrai jamais. Toi tu me trompes, tu gâches notre mariage, je veux dire il y a des milliers d'autre façons de traiter un S.S.P.T. Non Arizona Robbins elle… Elle baise. Elle couche avec une femme qu'elle connait depuis 5 minutes, puis avec une résidente stupide, totalement associable et revancharde, qui, pour que je ne l'oublie jamais, dépose une plainte qui me poursuivra toute ma carrière.
Se plantant devant Arizona, la fixant droit dans les yeux elle crache ironiquement toute la colère intériorisée depuis des années, son visage à quelques centimètres du visage de la blonde qui ne sourcille pas.
Remarque, comment aurait-elle pu porter plainte contre toi ? Te connaissant, tu as dû faire tout ce qu'il fallait pour qu'elle n'ait pas à se plaindre de toi ! Et plus de dix fois en plus !
La blonde avait fermé les yeux à ce coup bas hurlé dans ses oreilles, elle laissait se déverser sur elle toute la haine et le dégout qu'exprimaient les paroles de Callie.
Mon père, mon propre père va te donner la légion d'honneur, et moi alors que j'essaie juste de m'en sortir, d'être juste un peu heureuse, d'oublier toute cette merde, j'ai tous les torts. « Il ne fallait pas abandonner Calliope, tu réalises ce qu'elle a traversé, c'est difficile de perdre une jambe ? Je me fous de cette jambe, j'en peux plus de cette maudite jambe. Parce que tu crois que ce n'est pas difficile de perdre sa femme papa ?
Arizona sous le choc, se tient là immobile et figée, les mâchoires serrées. Durant ces quelques jours, Callie n'avait été que douceur et gentillesse, et brusquement, pour un mot, une contrariété, les blessures se rouvraient, encore et encore avec leur cortège de rage et de douleur.
Elle avait une tumeur cérébrale, le chirurgien fœtal savait que ce genre de pathologie pouvait entrainer des sautes d'humeur, des comportements incohérents ou inappropriés, elle l'avait personnellement vérifié avec Nicole et même Amélia. Elle aurait bien voulu le croire, mais partager une partie de sa vie avec Callie lui avait appris que la latine avait beaucoup de mal à pardonner, faire l'autruche, sur leur passé difficile n'était plus une option, elle avait appris ça aussi.
Malgré le fait que tout ce qu'elle venait d'entendre, la faisait retourner brutalement dans un passé qu'elle préférait généralement occulter, malgré le chagrin qu'elle ressentait pour toute la douleur qui était enfermée au plus profond de Callie depuis des années, elle ne veut et ne peut plus se laisser entrainer dans les abîmes de la haine et de la rancœur. Il y a longtemps, elles les avaient trop visités, elle en était sortie, ce n'était plus elle ça et ça ne le serait plus jamais. Elle rassemble toutes ses forces, pour garder sa voix neutre et calme
- C'est pourtant exactement ce que je suis. Je suis un homme bon dans la tempête, hochant la tête pour renforcer ses propos je l'ai souvent été avec toi. Tu n'as hélas apparemment retenu que le moment où j'ai échoué, car ce n'était pas une tempête mais un tsunami qui a englouti ma vie, et du même coup la tienne aussi. Je le sais et j'en suis désolée.
Comme dans un duel, les deux femmes se font face soutenant leur regard, le choix des armes étaient les mots.
-Alors écoute bien ce que je vais te dire, car je ne le répèterai plus.
T'avoir déçu restera toujours mon plus grand remord. Je n'aurai jamais imaginé pouvoir te tromper. Je n'aime pas les tricheurs, ce sont des faibles qui perdent toujours à la fin. Mais je l'ai fait, et j'ai tout perdu, bien plus qu'une jambe. Tu ne sauras jamais combien je me suis moi-même déçue et détestée pour ça. Je peux comprendre que tu ne me pardonnes jamais. Au fond de moi, même si je l'espérais, j'ai toujours su que tu ne le ferais pas.
Je pourrai passer le reste de ma vie à te demander pardon, mais ça ne servirait à rien, tu n'as jamais cru à mes excuses, tu n'as plus jamais eu confiance en moi. Donc, aujourd'hui, hélas je ne peux plus rien pour toi à ce sujet. Elle déglutit tentant d'avaler la boule qui se formait dans sa gorge. Je pense cependant que ça ferait de toi une sacrée garce, si tu continuais à utiliser cette seule erreur pour me blesser.
Elle avait terminé de parler, les trémolos dans la voix, la gorge serrée, car autant qu'elle voulait en finir avec cet épisode de sa vie, elle avait du mal à l'évoquer devant Callie. Parmi, toutes les erreurs qu'elle avait pu faire, ça restait celle qu'elle n'avait jamais pu se pardonner. Aller chez un thérapeute, lui avait seulement appris à vivre avec, en général elle essayait d'éviter de penser à toutes les conséquences que cela avait eu sur leurs vies. Elle s'éloigne pour quitter le salon, laissant Callie au milieu de la pièce, bouche bée, le regard perdu au loin.
Arizona tournait comme un chien en cage dans la luxueuse suite. Elle avait pleuré sous une très longue douche, indispensable pour tenter d'effacer les tensions dans tous les muscles de son corps.
Inspirer autant de mépris à la femme que vous avez tant aimée est un sentiment mortifiant. Elle avait pleuré et ça l'avait calmée. Elle s'était allongée sur son lit fixant le plafond, se demandant, si elle était la bonne personne pour aider Callie. Apparemment, elle était la bonne personne pour déclencher sa colère en un quart de tour.
Ils y étaient tous : les cris, les reproches, la douleur, les doutes, les peurs, la culpabilité, tous les ingrédients qui avaient contribué à leur échec. C'était certainement la dernière chose dont Callie avait besoin, elle devait trouver la sérénité pour se battre contre cette sale maladie. Si sa présence la ramenait toujours à cette colère, aux blessures du passé, alors elle devait s'y résoudre, elle n'était pas celle dont la latine avait besoin en ce moment. Son téléphone sonne.
- Hey Miranda
- Hey comment vont les choses à Portland ?
- Euh…
- Arizona, est-ce que Callie est consciente de son état ?
- Miranda, elle est médecin ! Elle comprend très bien que c'est grave. Elle n'en parlera pas de toute façon, elle est tellement forte. Saisissant l'accablement dans la voix de la pédiatre Miranda s'inquiète
- Et toi comment vas-tu ?
- Je…Je ne suis pas certaine d'être celle dont elle a besoin, avec notre passé tu sais… La petite femme coupe court aux atermoiements de son amie, elle connait bien son tempérament anxieux et hésitant
- Arizona, je dois t'arrêter de suite. Qui voudrais-tu à tes côtés si tu étais à sa place ? Aurais-tu pu accepter l'aide de quelqu'un d'autre que Callie après l'amputation ?
- Oh Bailey, je ne suis pas le bon exemple. J'ai été odieuse avec Callie. Je…
Elle se remémore son état de dépendance lorsqu'elle est rentrée à la maison après des semaines d'hospitalisation. Après son amputation, regagner son autonomie avait été un long chemin et Callie avait été à ses côtés à toutes les étapes. Elle repense à sa femme qui avait dû la porter sur les toilettes car elle ne pouvait pas s'y rendre seule Elle se revoit assise pendant des heures dans sa propre urine, attendant que Callie rentre parce qu'elle avait essayé de le faire, et avait échoué. C'était humiliant, elle était folle de colère, mais au fond, personne d'autre n'aurait pu l'aider et certainement personne d'autre que Callie n'aurait pu supporter autant de haine car en face d'elle, c'était sa femme, c'était Calliope.
... Non bien sûr que non, tu as raison, personne d'autre qu'elle n'aurait pu. Bon sang, j'ai même refusé que ma mère vienne m'aider. Même si je ne pouvais pas l'admettre sur le moment, si ça n'avait pas été elle, ça aurait été pire et crois moi c'était déjà assez horrible je n'étais déjà pas un beau spectacle, je lui ai fait vivre l'enfer.
- Torres a besoin de quelqu'un qui se soucie d'elle. Quelqu'un qui a partagé tellement avec elle, que les choses ne seront pas gênantes. Je crois que le casting est bouclé, tu es parfaite pour le rôle Arizona. Assure-toi juste de ne pas être seulement un médecin …Je pense que tu vois ce que je veux dire.
A la manière « Bailey », Miranda avait mis fin à la conversation, ne laissant pas le temps à Arizona de discuter
Quelques heures après, assise sur le canapé, elle zappait sur toutes les chaines de télévision sans trouver le moindre intérêt à aucun des programmes proposés. Callie avait disparu depuis des heures dans sa chambre et ne réapparaissait pas. Au début elle pensait que c'était bien car elle avait besoin de repos, puis les heures s'égrainant sans que la latine ne donne signe de vie, elle pensait que leur échange avait été vraiment un peu rude et qu'elle avait certainement besoin d'espace. Après une dizaine de minutes passées à s'agiter sur son siège, elle était vraiment inquiète, et se dirigeait hésitante vers la chambre de la brune.
Alors qu'elle avait le poing levé, s'apprêtant à toquer à la porte, son estomac se resserre, quand elle entend les sanglots de son ex-femme. Elle entre dans la pièce, l'image devant elle, la bouleverse. Callie recroquevillée en position fœtale, le visage enfoui dans le coussin, pleure. Elle parait soudain plus petite et si fragile, elle perçoit des mots étouffés que Callie répète entre deux reniflements comme un leitmotiv.
- Je ne me souviens pas que de ça, je ne me souviens pas que de ça….
- Callie, Callie qu'est-ce qu'il se passe ? Arizona se précipite paniquée
- Je ne me souviens pas que de ça, je me souviens de tout le reste, c'est le problème, je me souviens de tout. Je suis une garce Elle continuait à gémir.
- Chut, chut. Je suis désolée. Je n'aurai pas dû te parler comme ça, j'étais contrariée, blessée en fait. Arrête, arrête de pleurer, tu vas avoir la migraine. Tu sais que tu as toujours la migraine quand tu pleures
Surprise qu'elle évoque ce détail et que son ex -femme en ait même le souvenir, Callie lève des yeux rougis, vers la blonde. Elle ne voit que des regrets, une grande inquiétude, et une profonde tendresse sur le visage d'Arizona. Et ça fait mal, parce que, ce qu'elle ressent ne peut exister, parce que le timing ne peut pas être plus mauvais, parce qu'il est plus probable qu'elle meure plutôt qu'elle ne vive, parce qu'elle est un putain de bon médecin, et qu'elle ne peut pas l'ignorer.
- J'ai besoin d'être en colère, si je me souviens de la joie, j'ai mal et j'ai peur. Comment suis-je censée quitter tout ça, si je pense à toi, à nous, à Sofia ? Si je me souviens comment c'est d'être heureux j'ai peur… …j'ai…j'ai trop peur de mourir.
Elle est secouée à nouveau par de profonds sanglots qu'elle avait retenus depuis des mois, essayant de tout planifier pour protéger tout le monde, y compris elle- même, et aller se cacher pour mourir.
Ce qui se passait dans le corps d'Arizona était indescriptible. Elle avait physiquement mal, elle avait l'impression d'être transpercée par un coup de poignard, sa respiration semblait s'arrêter pour toujours, elle voulait hurler sa peine, sa colère contre tout. Contre la vie, les circonstances, l'univers, qui les mettaient à l'épreuve encore et encore, leur laissant juste un répit pour récupérer, afin de recommencer à les assommer. Elle avait envie de s'effondrer contre son ex-femme, et de pleurer avec elle, mais était-ce vraiment sa place ? Les mots cliquent dans son cerveau.
« Arrête de te torturer Blondie, elle a juste besoin de toi ! Ne te pose pas de questions, oublie le passé, concentre-toi sur elle maintenant, c'est juste ce dont elle a besoin », « Assure-toi juste de ne pas être seulement un médecin »
- Oh mon amour, non, non, non arrête, arrête de pleurer. Ça va aller… ça va aller
Arizona avait grimpé sur le lit de Callie et l'avait enlacée spontanément comme elle l'avait fait chaque fois que Callie, en avait eu besoin, il y a longtemps, il y a une vie, il y a une éternité. Elle la berce longuement, son visage enfoui dans les cheveux de la brune dissimulant ainsi ses propres larmes. Elle reste dans cette position pendant de longues minutes, sans un mot, la tenant simplement, laissant la brune déchargée toute son chagrin, ses peurs, et comme c'était Calliope il y avait aussi de la rage dans les larmes.
Elles avaient évité tout contact physique, et n'avaient pas eu une telle familiarité depuis des années, pourtant les deux femmes se détendaient dans le confort de cette étreinte, comme si elles étaient rentrées à la maison après un long voyage. Callie avait cessé de pleurer, sa tête posée sur l'épaule d'Arizona, elle ne croise pas le regard de la blonde, lorsque les mots sortent de sa bouche
- Tu ne dois pas rester Arizona, je ne veux plus te blesser
- Hey, je sais comment ça marche, okay. Tu es en colère parce ce qu'il n'y a rien de plus injuste que ce qu'il t'arrive et tu te sens impuissante face à ça. Après le crash j'ai été ignoble, pendant des mois. Tu es restée à mes côtés, jusqu'à ce que je finisse par accepter cette injustice. Il n'y a aucune possibilité pour que je te laisse okay ?
Les sanglots de Callie résonnent à nouveau dans le silence de la chambre. Elle pleure sur son présent, sur leur passé, sur tout ce qu'elles ont perdu, versant toutes les larmes qu'elle ne s'était jamais autorisée à verser, tout au long de ces années, parce qu'elle avait dû rester forte, pour sa femme, pour sa famille.
Elle reconnait ses propres paroles pendant le mariage de Bailey et Ben, lorsqu'elle cherchait à rassurer sa femme qui paniquait à l'idée qu'elle puisse fuir la situation horrible qu'elle lui faisait vivre. Si elle était honnête, ça lui avait traversé l'esprit, une ou deux fois, juste une seconde. Mais elle l'aimait si fort, qu'elle ne voulait pas qu'elle ressente cela comme un sacrifice, comme un acte héroïque de sa part, alors elle lui avait simplement dit qu'elle ne faisait rien de plus que ce qu'elle même avait fait, après l'accident de voiture. Elle resterait aussi à ses côtés, parce que c'était comme ça que ça marchait entre elles.
Aujourd'hui Arizona faisait exactement la même chose, alors qu'elles étaient divorcées depuis presque trois ans. A cet instant, elle aurait pu lui dire qu'elle l'aimait, qu'elle n'avait jamais cessé, car c'était le sentiment qui avait envahi toutes les cellules de son cœur, de son corps et de son cerveau malades, mais voilà, c'était exactement le souci, elle était malade, elle avait une tumeur cérébrale, même si rien ne pouvait plus apaiser son cerveau que d'être posé sur cette épaule, elle n'avait plus le droit de donner à Arizona, des espoirs qui seraient encore une fois déçus,
- Pourquoi faut-il que j'aie tellement besoin de toi ?
- Parce que j'ai toujours raison et que je suis géniale ! Plaisante Arizona, pressée de détendre la latine.
Elle ne peut s'empêcher de penser à cette bête immonde qui grandit comme bon lui semble, phagocytant les fonctions cérébrales de son ex-femme. Elle s'inquiète sans cesse pour Callie, quoiqu'elle fasse, qu'elle pleure ou qu'elle essaye de faire un effort, ou qu'elle se mette en colère. Si elle le pouvait, elle l'enfermerait dans une prison dorée.
Elle se sent maintenant tellement stupide, d'avoir si souvent reproché à Callie de la surprotéger à cause de la jambe et de tout décider pour elle. D'avoir mis tellement de temps à comprendre que, ce que son ego endommagé prenait pour de la dépréciation n'était que des actes d'amour, quelque fois maladroits, d'autre fois excessivement protecteurs, mais toujours motivés par l'amour.
Elle repense à ce que Callie devait ressentir, et combien ce devait être difficile d'être rejetée en permanence. Elle la revoit dans le bureau du thérapeute, si souvent déroutée par les invectives de sa femme, lui affirmant, qu'elle lui donnait des choses qu'elle ne demandait pas, suggérant même une pause de 6 mois. Arizona réalise qu'elle l'avait achevée chez le thérapeute. Elle est interrompue dans ses pensées.
- Tu sais pourquoi tu es géniale ?
- Non, mais j'adorerai que tu me le dises, ça changerait un peu de nymphomane, folle de sexe…
Callie secoue la tête, un air sincèrement navré sur son visage.
- Je ne pense pas ça Arizona. Je suis jalouse. Stupide et jalouse pour être exact. Et je sais que c'est une vielle histoire et que je ne devrai pas. En plus on est divorcé, c'est encore plus déplacé, mais ça fait toujours mal. Je suis pathétique. La blonde pose un doigt sur les lèvres charnues de la latine pour arrêter l'autoflagellation
- Non, tu ne devrais pas. Et tu n'es jamais pathétique. Tu es rancunière et revancharde. La blonde ricane, poussant un peu la latine de son épaule.
Un trait que tu partages apparemment avec Murphy. C'est surement ce qui a dû m'attirer chez elle, si on l'ajoute au fait que j'étais l'autre associable de l'hôpital, handicapée et tricheuse montrée du doigt par tout le monde. Tu vois que des bonnes raisons. Un autre grand moment de ma vie…
- Vraiment ? Tu le fais exprès ou quoi ? s'insurge la latine levant la tête l'air renfrogné
- Oui. Elle regarde Callie un sourire moqueur et un peu provocateur sur le visage. Je te mets un peu à l'épreuve.
Donc, revenons-en plutôt aux raisons pour lesquelles je suis géniale. J'écoute.
- Tu sais que si on demande un compliment, ce n'est plus un compliment.
- Je m'en satisferai, ce n'est pas comme si j'en avais beaucoup entendu sortir de cette belle bouche ces dernières années.
La brune grimace, elle avait été tellement dure avec Arizona depuis qu'elle l'avait trompée, se victimisant sans cesse pour justifier ses abus. Elle avait essayé, mais n'avait jamais pu passer au-dessus de l'adultère. La culpabilité avait fini par être le sentiment principal, qui régnait dans leur relation. Arizona culpabilisait de l'avoir trompée, elle culpabilisait de ne pas pouvoir la pardonner, emprisonnées dans ce cercle infernal, elles avaient simplement oublié comment s'aimer.
- Tu es géniale pour donner, ce putain de sentiment d'espoir. J'y crois toujours avec toi, une nouvelle chance, une nouvelle maison, un nouveau départ, chaque fois j'y crois…
- Jusqu'à ce que tu aies cessé d'y croire, alors que je continuais à le faire. Les yeux chocolat, plongent intensément dans ceux azurs. Tout était dit, enfin presque tout.
- Je téléphonerai à mon père demain ajoute Callie après un long silence
La blonde ne dit pas un mot, elle hoche simplement la tête fermant les paupières pour signifier que c'était une bonne décision. En son for intérieur, elle était extatique, Callie avançait à grands pas, elle renouait avec la vie, Sofia les rejoignait demain pour plusieurs jours, elle acceptait de téléphoner à son père, elle avait même parlé avec Meredith il y a deux jours au téléphone. Oui, elle devait garder l'espoir.
Les deux femmes, n'avaient pas réalisées qu'elles n'avaient pas bougé depuis de longues minutes. Exténuées par toutes les émotions qu'elles venaient de traverser, elles se ressourçaient, dans les bras, l'une de l'autre. Elles inhalaient leur parfum, retrouvaient la douceur de leur peau. Arizona dessinait des figures aléatoires sur les bras nus de la latine qui promenaient lentement ses mains dans le dos de la blonde. C'était dangereusement enivrant, terriblement sécurisant, chacune d'entre elle savait qu'elles devaient y mettre fin mais ni l'une ni l'autre ne le souhaitait. La voix de Callie brise toute fois la perfection du moment
- C'est peut -être un effet de la tumeur ?
- Quoi ?
- La colère, tu ne crois pas que ça pourrait être à cause de la tumeur ?
Arizona glousse un « Hum » sceptique. Voir Callie tenter de s'excuser était un spectacle attendrissant. Elle voulait le faire, mais elle tournait autour du pot, elle tordait ses doigts dans tous les sens, elle était timide dans ces moments-là, et aussi stupide que cela puisse paraitre, Arizona l'aimait aussi pour ça. Il faut croire que lorsqu'on aime quelqu'un, on se débrouille pour aimer aussi ses défauts
- Ne me fais pas le coup de la cancéreuse, j'ai été mariée avec toi Calliope. J'ai assisté à trop de tes colères. Malheureusement pour moi celle-ci n'était pas en espagnol. Si tu veux t'excuser, il faut simplement dire « Désolé Arizona »
- Ouai, Pardon. Marmonne Callie.La blonde sourit, au minimalisme des excuses elle devra s'en contenter- Blessée ? grimace la brune désolée.
Après avoir pris une profonde inspiration parce que ça piquait comme au premier jour Arizona hausse les épaules
- Ça fait toujours très mal et tu le sais bien
- Je suis désolée Arizona, je suis vraiment désolée. J'essaie, j'essaie vraiment et je vais essayer plus fort
- Okay je te crois. Répond simplement Arizona, parce que c'était vrai, elle la croyait vraiment, et aussi parce que la douleur de Callie lui importait plus que la sienne.
- J'aurai dû être celle qui t'aidait, et j'ai échoué, tu as eu besoin d'elles, pas de moi. Et ça, quand j'y pense, ça me tue encore.
- Callie, tu n'as pas échoué, ça n'a rien à voir avec toi. Arizona soupire désabusée, s'apprêtant encore à expliquer à Callie ce qu'elle a déjà essayé d'expliquer il y a des années, mais que la brune ne pouvait manifestement pas entendre à l'époque et toujours pas aujourd'hui.
Calliope, j'avais l'impression que je ne pourrais jamais te suffire. Tu m'avais aimée avant, avec deux jambes…
- Oh putain, nous y revoilà ! c'est tellement offensant. Explose la brune quittant brusquement les bras de son ex-femme
- Quoi ? qu'est-ce que j'ai dit ? Tu sais quoi ? Arrêtons de parler de ça !
Callie exaspérée, assise sur le lit faisait maintenant face à une Arizona excédée ne souhaitant certainement pas reprendre cette conversation, et l'éternel combat.
- Avec deux jambes, avec une jambe, mais putain, tu crois que je suis fétichiste des jambes ou quoi ?
Quand tu m'as embrassée chez Jo, je ne me suis pas dit "au putain cette fille elle a une belle jambe gauche, la droite moyen, le reste pas génial, mais waouh sa jambe gauche elle est canon ! hyper sexy ! Je pourrai l'épouser pour sa jambe gauche." Pour toi sans jambe gauche je cessais de t'aimer ? Notre amour se limite… Euh se limitait à ta jambe gauche ?
La jambe pour Arizona n'était plus vraiment un problème, elle avait appris à vivre avec son handicap. Exceptées, quelques précautions, elle menait sa vie comme tout le monde, personne ne pourrait se douter que sous son pantalon il y avait une prothèse à la place de sa jambe gauche.
D'abord médusée, par le show de la latine qui s'excitait, tout en déclamant à grand renfort de gestes, son discours hilarant, la blonde laisse exploser un éclat de rire.
- Je me sens tellement stupide. Je sais tout ça, maintenant Callie, mais je ne le savais pas alors. Je n'avais pas fait le chemin. Boswell, elle ne me connaissait pas avant, elle flirtait avec moi, je lui plaisais, elle était intéressée par moi alors que j'étais handicapée. Elle baisse sa tête sur ses genoux. J'ai été stupidement flattée, ça m'a fait me sentir comme avant la jambe, et j'avais peur que tu ne puisses plus jamais me faire sentir comme ça, parce que tu m'avais connue et aimée avant. J'étais fragile et faible. Elle fait une pause, se connectant aux yeux noirs elle grimace Tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire.
Callie fronçait les sourcils, attendant avec anxiété la suite, les deux femmes se regardent avec sincérité
- Sais-tu ce que c'est de se sentir insuffisant ? Toujours, en tout et tout le temps. Insuffisant fonctionnellement, professionnellement, physiquement, intimement, j'étais même insuffisante pour porter notre bébé, même ça je n'y étais pas parvenue. Ça peut paraitre idiot, mais, j'avais si peu d'estime de moi, je manquais tellement de confiance, que j'ai eu besoin de savoir que je pouvais être suffisante et sexy pour quelqu'un d'autre, pour me convaincre que je pouvais encore l'être pour toi. Elle ferme les yeux pour confesser Et je déteste en avoir eu besoin. Elle ouvre à nouveau les yeux se reconnectant aux yeux noirs qui la fixaient, elle secoue son épaule gauche de dépit. Ça n'excuse pas, mais ça explique un peu.
Elles n'avaient jamais eu une conversation aussi sincère et saine. Elles s'écoutaient enfin vraiment. Callie déglutit à l'aveu d'Arizona, aussi difficile que ce soit à accepter, cet adultère paraissait avoir été, un mal nécessaire. La fausse couche, encore un exemple de leur difficulté à communiquer, elles avaient vécu cette nouvelle perte séparément. Totalement absorbée par des difficultés professionnelles essayant d'éviter l'amputation de ses deux jambes à un champion de snow- board, Callie n'avait pas été très présente, et de crainte de rendre triste sa femme, elle avait préféré laisser le sujet de côté. Arizona, s'était sentie seule et abandonnée, et n'avait pas su gérer cette nouvelle épreuve.
Elle aurait pu répondre à Arizona qu'elle savait ce qu'était que de se sentir insuffisant, elle l'avait senti chez le thérapeute, face aux reproches de sa femme, et elle l'avait senti à New York, face au fiasco de sa vie. Alors oui, elle savait ce qu'on ressentait quand on se pensait insuffisant et toutes ces expériences aidaient à la compréhension et à l'indulgence.
De son côté Arizona attend impassible que Callie traite l'information difficile à digérer. Elle a fait une longue analyse pour arriver à cette conclusion et son thérapeute l'a beaucoup aidée durant ces trois années à comprendre, pour accepter l'inconcevable. Cependant, elle reconnaissait volontiers qu'apprendre que ta femme avait besoin de coucher avec quelqu'un d'autre pour se prouver qu'elle pouvait être encore ta femme n'était certainement pas le concept le plus aisé à encaisser. Elle n'est pas convaincue que si la situation était inversée, elle en serait capable. Les mots de Callie qui avait gardé les yeux baissés, bousculent sa pensée.
- Je t'aime parce que tu es la seule femme qui soit capable avec son sourire et ses fossettes de me faire oublier toutes les tragédies de ce monde- Je t'aime parce que tes yeux sont ma mort, mais dès qu' ils se posent sur moi, je me sens en sécurité- J'aime la mère en toi qui est la seule à pouvoir rendormir notre fille- J'aime quand tu la regardes comme si elle était la 1ère merveille du monde- J'aime le médecin qui peut passer son temps de repos à jouer avec un enfant pour lui faire oublier pendant un moment, qu'il est à l'hôpital- Le chirurgien à qui on ne peut plus souhaiter son anniversaire, parce qu'un jour elle avait promis à un enfant qu'il fêterait ses onze ans et qu'il ne l'a pas fait- La femme dans les bras de laquelle j'ai besoin de me blottir dès que les choses deviennent difficiles- La femme qui s'est donnée à moi, celle à qui j'appartiens, avec qui j'ai partagé une telle intimité que je n'imagine plus le pouvoir avec personne d'autre - La femme que j'aime plus que moi, au-delà de la raison, tellement que lorsqu'elle souffre, je souffre aussi…
- Callie…proteste Arizona dans un souffle, les yeux remplis de larmes, certaine qu'elle ne pouvait pas continuer à écouter, sans se briser. La brune relève la tête croisant le regard humide de son ex-femme
- Voilà tout ce que j'aurai dû te dire, et plus encore, et le répéter, jusqu'à ce que tu me croies, au lieu de te pousser à être fonctionnelle professionnellement, socialement, intimement. J'avais tellement peur de te perdue que j'étais pressée que tu sortes de cet enfer, et je t'ai poussée. Voilà pourquoi, je suis en colère, parce que ce n'est pas seulement ta faute c'est la mienne aussi.
Arizona pleurait silencieusement, les larmes roulaient sur ses joues sans qu'elle ne puisse les arrêter, maintenant. Même si c'était trop tard, que les dégâts étaient faits, ces larmes la libéraient d'un poids avec lequel elle vivait depuis si longtemps. C'était la plus belle déclaration d'amour que Callie, ne lui ait jamais faite. Ces trois dernières années, elle avait fini par douter de tout dans leur histoire. Entendre de la bouche de son ex-femme, qu'elle n'avait pas été la seule à penser, que leur amour avait été aussi fort, était la chose dont elle avait eu le plus besoin depuis le soir où Callie était sortie du bureau du thérapeute. Car Calliope Torres c'était aussi cette femme, elle vous rendait furieuse et ridiculement amoureuse dans la même minute. Elle essuie les larmes qui coulaient et qu'elle ne cherchait plus à cacher.
- C'est la faute de personne, c'était …c'était trop. C'est impossible d'être le bon flic et le mauvais flic en même temps, alors tu as juste fait ce que tu as pu et tu as été parfaite. Tu n'as pas échoué, j'avais besoin de toi pour me pousser aussi, et me tirer de cet enfer. Prenant le visage de son ex-femme entre ses mains, elle se noie dans les yeux bruns J'ai tellement eu de chance de t'avoir Calliope. Elle appuie son front contre celui de la latine. Je veux que tu te débarrasses de cette colère, tu dois te libérer de toute cette souffrance parce qu'il y a mieux à faire en ce moment.
- J'étais prête, Arizona, j'étais prête à tout laisser, j'avais fait le chemin. Mais tu es venue avec tes sourires, ta joie et ton espoir et maintenant j'ai peur, j'ai peur de mourir Arizona.
- Oh mon amour, je sais, je sais gémit Arizona. Le seul chemin c'est celui de la vie Calliope ! Elle resserre son étreinte sur la latine, son menton posé sur son épaule, ses lèvres effleurant l'oreille de la latine, elle murmure une grande émotion dans la voix. Tu dois te battre, je serai avec toi tout le temps. Je peux même être ton punching ball de temps en temps. Elle déglutit. J'ai peur aussi. C'est mieux si on a peur ensemble, non ? Ça aide un peu ? Callie se recule légèrement, elle glisse une mèche de cheveux derrière l'oreille de la blonde et la scrute un sourire malicieux sur les lèvres.
- J'ai toujours aussi peur, mais au moins tu m'as appelée « mon amour ».
- Vraiment ? J'ai dit ça moi ? Arizona simulant l'étonnement
- Ouai. Deux fois sourit Callie hochant la tête
- Tu ne joues pas juste. Tu sais que je ne supporte pas tes beaux yeux plein de larmes.
- Encore ? Arizona hausse les épaules comme une enfant face à l'évidence
- Toujours.
Elle passe sa main sur le front de la latine, massant ses tempes, elle était réellement inquiète des effets de cette crise de larmes, sur son cerveau malade.
- Tu n'as pas la migraine ?
- Dr Robbins vous ne seriez pas en train de me proposer votre super traitement personnel des migraines ?
- Callie! s'écrit Arizona offusquée, ne pouvant cependant s'empêcher de rire à la suggestion de son ex-femme, Tumeur ? elle propose
- Okay tumeur répond Callie
Installée sur le canapé, Callie ne regardait pas vraiment l'émission de télé qu'avait choisi Arizona, elle pensait à son ex-femme, et souriait bêtement. Elle avait l'impression de retrouver la jeune fille audacieuse, confiante, se déplaçant avec ses chaussures à roulettes dans les couloirs du service pédiatrique, toujours gaie, comme si elle avait été piquée par la mouche Tsé- Tsé du bonheur, c'était il y a une éternité.
Callie savait mieux que tout ça d'Arizona. Elle n'était pas uniquement cette beauté au charme envoutant, au yeux pétillants et au sourire ravageur. Elle était une personne aux valeurs et aux sentiments profonds et sincères. Arizona était un être humain sincèrement bon, dans la tempête comme dans le beau temps. Il y avait tellement plus derrière la façade. Elle avait découvert la profondeur de son âme, ses blessures qu'elle taisait, les défenses qu'elle érigeait pour les dissimuler. Callie avait essayé de combattre tout ça si fort, si longtemps pour qu'elle revienne. Tout son amour, n'avait pas été assez.
Il semblait qu'il ait suffit qu'elle quitte Seattle pour qu'Arizona puisse se retrouver. Le sentiment un peu désagréable était cependant adouci par le fait, qu'elle voulait sincèrement que son ex-femme soit enfin heureuse.
Partageant le repas servi par l'hôtel, elles regardaient « The Great American Baking Show »
- Arizona, pourquoi adores tu regarder ce genre d'émission alors que tu ne cuisines jamais ?
- Je cuisine …un peu…quelques fois proteste la blonde faussement indignée par la remarque
- Oh si cuisiner consiste à prendre son téléphone, donner les chiffres de sa carte bleue et passer la commande alors okay tu cuisines. Tu es même un chef étoilé.
Callie riait à sa propre blague, et Arizona s'étouffe, crachant un peu de sa nourriture, la main devant la bouche pour retenir ce qu'elle n'arrivait pas à avaler, elle explose plus fort, Callie contaminée la rejoint riant encore plus fort. Leur fou rire calmé, Arizona pouvait sentir le regard insistant que Callie posait sur elle
- Quoi ?
- Tu as l'air vraiment bien, dès que tu es rentrée dans la chambre à l'hôpital le premier jour, je pouvais dire que tu allais bien. Tu es…plus épanouie que jamais.
Hochant la tête légèrement, dans un sourire Arizona soupire
- Je vais mieux, je vais vraiment bien.
- On dirait que mon départ t'a fait du bien non ?
- Ouai. Euh… enfin non ! Ce n'est pas aussi simple. Elle grogne de dépit, ayant l'impression que des mots ne peuvent pas traduire sa pensée. Rien entre nous n'a jamais été Blanc ou Noir…Vrai ou Faux… rien n'a jamais été aussi simple Elle se concentre sur ce qu'elle veut exprimer.
C'était dur, c'était vraiment dur de te voir avancer sans moi, de te voir tomber amoureuse de quelqu'un d'autre n'a pas été non plus, mon moment favori. Vivre sans toi et te voir tous les jours au travail c'était dur aussi, mais si on m'avait demandé mon avis, j'aurais préféré cette douleur quotidienne pour le reste de ma vie, à la déchirure de savoir Sofia et toi à des kilomètres de moi. Pourtant c'était ce dont j'avais besoin, même si c'est la chose la plus difficile que j'ai eu à vivre Callie.
Un hochement d'épaule et un sourire accompagne cette révélation. Tu m'as aidé à apprendre à marcher, même à patiner à nouveau avec une seule jambe, il était temps que j'apprenne à marcher sans toi. Tu l'avais compris bien avant moi. Tu as toujours tout su avant moi. Son regard s'égare au loin, plongeant dans les réminiscences de cette journée, lorsqu'elle était revenue de New-York en y laissant une partie d'elle.
Je suis rentrée de l'aéroport et je ne voulais rien d'autre que rester recroquevillée dans mon lit, enfermée dans ma nostalgie et pleurer. Je l'ai fait. Tout à coup ça m'a frappée.
Autant d'efforts, de sacrifices, de douleur, ne pouvaient pas donner ce résultat. Ma plus grande histoire d'amour ne pouvait pas avoir cette fin dramatique. Alors j'ai feuilleté notre album photo, j'ai regardé une dernière fois toutes nos vidéos et j'ai pleuré, jusqu'à ce que je n'aie plus de larmes. Puis j'ai dû t'emprisonner à double tour, dans mon tiroir avec les pleurs, les sanglots et les souvenirs de notre vie. Je me suis levée et j'ai vécu. Parce que notre histoire devait être une belle histoire et tout le monde devait être heureux à la fin, Sofia, toi et même moi. Ce désir m'a fait me lever du lit. C'est tout.
- Oh mon dieu tu es comme Sofia tu adores les fins heureuses « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfant ! » s'exclame Callie essayant d'alléger l'ambiance qui était devenu brusquement intense. Elle était évidemment consternée par le récit de la douleur qu'elle avait infligé à la mère de sa fille, mais elle était surtout troublée, par la femme devant elle, livrant avec sincérité, ses pensées les plus intimes, sans crainte de s'exposer.
L'Arizona qu'elle avait quittée, avait le réflexe, face à l'adversité, la douleur ou les profondes émotions de se refermer comme une huitre, à tel point qu'elles avaient fini par perdre toute connexion, et ne plus se comprendre. Callie l'observe reconnaissante de la confiance qu'elle lui témoignait.
- Je préfère « Elles eurent un accident de voiture, une enfant merveilleuse née très prématurément et elles se marièrent ».
Arizona souriait, en s'adressant à son ex-femme plongeant dans les yeux noirs.
J'aime ce que nous avons été, quelles que soient les erreurs, les blessures, les failles sur le chemin. Vivre un amour aussi fort est un privilège alors j'aime notre histoire et j'aime notre famille à Seattle ou ailleurs.
Merci d'avoir lu et merci pour les commentaires, j'adore lire ce que vous en pensez.
