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CHAPITRE VIII.

N°82 – 27 Janvier 2024 (2)

31 Janvier 2024 – Cachots, Poudlard, Écosse


Arrivée la première dans les cachots pour le cours de Potions, Rose attendait que Roxanne ait terminé son petit-déjeuner et la rejoigne. Pour sa part, la préfète de Serdaigle avait englouti un chausson aux pommes et aux myrtilles, une tasse d'Earl Grey bouillant, et filé à la Bibliothèque afin de récupérer, avant le début des cours, la coupure d'un vieil article de la Gazette du Sorcier que lui avait mentionné sa mère dans sa dernière lettre.

Comme souvent, l'intuition de sa mère s'était révélée juste. Rose lui avait parlé des élèves qui s'étaient retrouvés à l'infirmerie après avoir consommé une trop grande quantité de petits comprimés et de ceux pour lesquels elle avait la preuve irréfutable qu'ils s'en étaient procuré. Rose avait précisé à sa mère que la très grande majorité d'entre eux faisait partie de l'équipe de Quidditch de leur Maison, et sa mère lui avait suggéré de fouiller dans l'affaire des « Joueurs de 2014 », qui avait révélé, à la suite d'un scandale de dopage sans précédent dans le monde du Quidditch, la fragilité psychologique des joueurs, plus facilement tentés de consommer toutes sortes de produits ou potions miraculeux en raison de la pression et de la dureté que pesaient le sport et les attentes démesurées des fans, des entraîneurs et des investisseurs financiers sur leurs épaules.

D'un point de vue sociologique, l'article était passionnant. Mais surtout, il donnait à Rose la preuve que creuser la piste du Quidditch était utile.

Rose avait déjà lu l'article deux fois lorsque les élèves commencèrent à arriver un à un dans la salle de classe et glissa la coupure entre deux pages de son manuel de Potions pour la dissimuler.

Lorsque les pieds du tabouret à côté du sien grincèrent sur le sol en pierre, Rose ne fut qu'à moitié surprise de voir Scorpius s'y laisser tomber, et non Roxanne.

– Tu sais, c'est presque du harcèlement à ce stade…

Le Préfet-en-Chef laissa échapper un léger rire narquois, qui sonnait presque faux dans sa voix habituellement chaleureuse et respectueuse, puis balaya sa remarque d'un geste de la main. Rose commençait à croire qu'elle avait une mauvaise influence sur les manières de Scorpius Malefoy.

– Tu as besoin d'un partenaire de Potions qui ne te laisse pas mélanger des crins de licorne et du sang de chauve-souris dans ton chaudron après l'avoir mis sur le feu… Et je trouve que nous faisons une bonne équipe, non ?

Rose arqua un sourcil dubitatif, que le jeune homme choisit d'ignorer en sortant ses affaires. Lorsque Roxanne arriva dans la salle de classe peu après et vit le siège à côté de sa cousine occupé par Scorpius, Rose se contenta de hausser les épaules, l'air de dire « Je n'y peux rien, c'est lui qui s'est assis là ». Roxanne esquissa un sourire entendu et balaya la salle du regard avant de le poser sur Elias Nott, assis dans le fond, près des étagères où étaient entreposés des flasques et des bocaux de formes et de tailles différentes, contenant toutes sortes d'ingrédients pour la préparation de potions et parfois, de choses non identifiées, vivantes ou non. D'un pas décidé, Roxanne se dirigea vers le meilleur ami de Scorpius et se laissa tomber sur le tabouret à côté du sien, sous le regard perplexe d'Elias. Ou amusé. C'était toujours difficile de savoir avec Elias, parce qu'un sourire moqueur était incrusté de manière permanente sur ses lèvres.

– Tu es toujours d'accord pour que je t'aide, n'est-ce pas ? fit soudain Scorpius en se tournant vers Rose, l'air plus sérieux qu'il ne l'était quelques secondes auparavant.

– Oui, bien sûr. Tu as trouvé ton nom de plume ?

– Je suis sérieux, Rose…

– Mais moi aussi, dit-elle en ouvrant son manuel de Potions pour en sortir la coupure qu'elle était allée récupérer à la Bibliothèque un peu plus tôt, pour la faire glisser discrètement vers Scorpius : tiens, lis ça, ajouta-t-elle au moment où leur professeur entrait dans la salle de classe.

Scorpius se saisit de l'article de journal que lui présentait Rose et le glissa, à plat, sur son manuel de Potions ouvert devant lui. Du coin de l'œil, et en écoutant d'une oreille distraite les instructions que commençait à dicter leur professeur, la préfète vit Scorpius froncer les sourcils au fur et à mesure qu'il avançait dans sa lecture. Rose sut immédiatement lorsqu'il arriva à la fin, car il laissa échapper un soupir de frustration, presque inaudible.

Rose hésita, avant de poser sa main droite sur l'avant-bras du jeune homme avec un sourire qui se voulait rassurant.

– C'est juste une piste. Je ne t'ai pas montré cet article pour que tu te sentes coupable. Par contre, je pense qu'en tant que capitaine de l'équipe de Serdaigle, tu disposes d'une place de choix pour mettre en garde tes joueurs et… enquêter.

Scorpius hocha la tête avant de remettre la coupure à Rose, qui la rangea aussitôt.

– Je sais. Après qu'Olga a été transférée à l'infirmerie samedi dernier, j'ai mis en garde le reste des joueurs contre la consommation de ces comprimés…

Rose sut avant même de le suggérer que Scorpius n'aimerait pas sa proposition, mais elle savait que c'était nécessaire.

– Est-ce que tu as fouillé leur casier ?

Scorpius lui adressa un regard indigné.

– Bien sûr que non ! s'insurgea-t-il à voix basse, pour ne pas attirer l'attention sur lui.

Rose grimaça. Évidemment, Scorpius était bien trop respectueux (et avait été éduqué avec une ribambelle de valeurs toutes plus chevaleresques les unes que les autres) pour envisager une telle chose.

– Si ça te met mal à l'aise, je peux le faire… il faudra simplement que tu me fasses entrer dans les vestiaires pour…

– Non ! Rose, non, l'interrompit Scorpius sur un ton catégorique. Il n'en est pas question.

Rose laissa échapper un long soupir, mais adressa un regard appuyé à Scorpius, décidée à le faire changer d'avis.

Ce qu'il fit, une heure plus tard, lorsque la cloche retentit, et seulement après qu'ils ont préparé dans un silence quasi absolu la potion demandée par leur professeur ce jour-là, mis un échantillon de leur filtre dans trois flacons différents, et nettoyé leur matériel.

– D'accord, fit-il enfin. Mais pour information, je trouve ça immoral. Et illégal. D'ailleurs, c'est contre le règlement de l'école, et en tant que préfète, tu devrais le savoir mieux que…

– Tes avertissements sont notés, Scorpius, merci beaucoup, l'interrompit Rose en rangeant ses affaires.

– Quels avertissements ? demanda Roxane en se glissant devant eux, son sac déjà sur les épaules, suivie de près par Elias.

– Scorpius a accepté de m'ouvrir les vestiaires de Quidditch pour que l'on puisse fouiller les casiers des joueurs.

Elias fronça aussitôt les sourcils, en jetant un bref regard interrogateur à Scorpius :

– Mais… est-ce que c'est vraiment… autorisé ? Ça me parait aller à l'encontre du respect de la vie personnelle et privée de nos camarades de classe, non ?

– C'est exactement ce que j'ai dit, merci ! fit Scorpius en adressant un regard reconnaissant à son ami.

– Et en même temps, j'ai toujours voulu savoir ce qu'il y avait dans le casier de Joanne Flight, ajouta Elias, dont le sourire fendait désormais son visage en deux, dans le sens de la largeur, d'une oreille à l'autre.

Roxanne lui adressa un regard interdit, entre l'horreur et le dégoût, tandis que Scorpius, visiblement habitué à l'humour douteux de son ami, se contenta de lever les yeux au ciel.

Rose, quant à elle, soupira intérieurement. Plus les jours passaient, plus elle sentait que ses secrets se dispersaient et sa capacité à passer inaperçue faiblissait. Jusque-là, elle avait toujours travaillé seule, avec l'aide occasionnelle de Roxanne lorsqu'elle était débordée. Aujourd'hui, elle avait trois acolytes dont elle n'avait jamais demandé l'aide mais qui semblaient déterminés à lui offrir.

31 Janvier 2024 – Vestiaires de Quidditch, Poudlard, Écosse


Ils avaient profité du fait que le terrain de Quidditch et ses vestiaires soient déserts pendant le déjeuner, les élèves étant tous, ou presque, rassemblés dans la Grande Salle à ce moment de la journée, pour y faire un tour sans se faire repérer.

Néanmoins, entre Scorpius qui affichait l'expression coupable de quelqu'un sur le point de commettre un crime innommable, et l'improbable duo que formaient Elias et Roxanne, aussi bruyant et discret qu'un vol d'hippogriffes, il y avait peu de chance qu'ils parviennent à entrer, fouiller, et sortir des vestiaires sans être vus par qui que ce soit.

Rose se maudissait pour la énième fois d'avoir écrit ce fichu article sur Scorpius et Melody, poussant ainsi Scorpius à l'extraire de l'ombre, du calme et de la solitude dans lesquels elle se complaisait et menait ses enquêtes en toute discrétion.

Malgré ses protestations argumentées, Roxanne n'en avait pas démordu : si Scorpius avait le droit d'aider Rose et d'enquêter avec elle, alors elle, qui était sa cousine et, jusqu'à récemment, la seule à savoir qu'elle était « Freckles », avait le droit de l'accompagner aussi. Rose avait fini par céder et Elias s'était incrusté à son tour, décidé à ne manquer pour rien au monde une chance de « rigoler un peu ». Au point où elle en était, Rose avait alors décidé que protester était une perte de temps et d'énergie et les avait trous priés de se montrer discrets. Si Scorpius réussissait plus ou moins bien l'exercice, ce n'était pas le cas de Roxanne et Elias qui, pour Merlin seul savait quelle raison, n'avaient cessé de se disputer depuis qu'ils avaient quitté le château et traversé le parc pour se rendre aux vestiaires des joueurs de Quidditch.

Ils approchaient du terrain de Quidditch lorsque Rose, n'y tenant plus, se tourna vers eux pour leur adresser un regard furibond :

– Est-ce que vous allez vous taire à la fin ?! Si vous n'êtes pas en mesure de vous montrer discrets, vous rentrez au château, c'est clair ?

Les deux sorciers se turent aussitôt, Elias impressionné par la sévérité que pouvait dégager une si petite personne, Roxanne habituée au tempérament de sa cousine, qui, d'apparence discrète et silencieuse, n'en demeurait pas moins terrifiante lorsqu'elle le voulait.

Scorpius, lui, observa Rose du coin de l'œil avec curiosité, comme s'il découvrait quelque chose de Rose qui, jusque-là, lui paraissait inenvisageable, mais resta silencieux, peu désireux de s'attirer le courroux de la jeune fille.

– Merci, fit Rose, en se retournant pour faire face au terrain et aux vestiaires, à quelques mètres de là.

Sans un mot, les quatre sorciers réduisirent l'espace qui restait jusqu'aux vestiaires, avant de s'arrêter net derrière la porte qui s'ouvrait sur les vestiaires de Serpentard en entendant des voix s'élever l'une contre l'autre de l'autre côté du mur.

Rose posa un doigt contre ses lèvres pour sommer les autres de ne pas faire de bruit. Mais lorsque la voix grave et sèche de Beau Zabini gronda, suivie par celle, implorante, de Melody Queen, Scorpius tourna un regard horrifié vers Rose et commença à faire demi-tour, avant que la jeune fille le retienne sèchement par le bras.

– Rose, souffla-t-il d'une voix la plus basse possible, il est hors de question que je reste là pour les écouter, ça ne me regarde pas. Ça ne regarde aucun de nous !

– Je sais, répondit aussitôt Rose d'une voix tout aussi basse, mais il faut que nous…

Tu avais promis, Beau ! fit soudain la voix de Melody, interrompant Rose et le fil de ses pensées, et figeant Scorpius sur place.

Je suis désolé, se contenta de répondre Beau, d'une voix forte. Qu'est-ce que tu veux que je te dise, je ne suis pas parfait.

Personne ne l'est, c'est ridicule ! Mais tu es loin d'être un idiot pour autant, alors arrête de te conduire comme tel !

Qu'est-ce que ça peut te faire, tu as rompu avec moi de toute façon…

Melody laissa échapper un rire pris au piège dans un sanglot.

Non, tu as rompu avec moi, n'inverse pas les rôles pour te trouver des excuses…

Comme si tu m'avais laissé le choix…

Le choix, Beau, tu l'avais, mais tu n'as pas fait le bon… Et à en juger par les trois comprimés que tu viens d'avaler, je dirais sans trop m'avancer que tu continues de faire le mauvais, encore et encore, et encore ! Qu'est-ce que tu veux ? Te retrouver à l'hôpital, le cerveau en miette ? Et pourquoi ? Pour une bonne note ? Pour un stupide match de Quidditch ?

Tu ne peux pas comprendre et tu ne comprendras jamais, parce que tu es parfaite. Parce que tu sais pertinemment qu'à la seconde où tu franchiras les portes de Poudlard, diplôme en poche, ton père t'attendra avec une place toute chaude au Ministère. Tout le monde n'a pas cette chance, Melody.

Et alors ? Ça vaut la peine de jouer avec ta santé ? À quoi ça te servira d'être le meilleur joueur de Quidditch de l'école si tu deviens un légume à dix-huit ans ? Parce que là, c'est certain, aucun recruteur ne voudra de toi…

Beau commençait à répliquer, mais Rose jeta un coup d'œil inquiet à Scorpius, puis Elias, qui étaient tous les deux amis avec le couple qui se déchirait de l'autre côté de la porte. Tous deux semblaient perdus, légèrement déboussolés.

Rose adressa un regard à Roxanne, qui hocha aussitôt la tête en signe de compréhension. Avec douceur, Rose tira ensuite Scorpius par le bras :

– Venez, on ferait mieux de rentrer tout de suite.

Elias fut le premier à réagir, et tourna les talons sans demander son reste, suivi par Roxanne, étonnamment silencieuse.

Il fallut quelques secondes de plus à Scorpius pour réagir, mais lorsqu'il sortit de sa torpeur, il baissa la tête pour croiser le regard de Rose, et se laissa entraîner par la jeune fille en direction du château.

– Je ne savais pas, dit-il avait plusieurs minutes de silence. Lorsque j'ai vu Melody pendant les vacances de Noël, après sa rupture avec Beau, elle m'a seulement dit qu'il avait rompu avec elle et qu'elle ne savait plus où elle en était, parce qu'elle était toujours amoureuse de lui… je ne savais pas que… je ne savais pas pourquoi ils avaient rompu. Je pensais que Beau avait paniqué en voyant que leur relation devenait de plus en plus sérieuse, pas que… enfin je ne m'attendais pas à ça… pas de sa part…

Parce qu'il n'y avait rien à dire, et que Rose n'aurait pas su par quoi commencer, elle resta silencieuse et laissa Scorpius digérer ce qu'ils venaient d'entendre, sans remarquer que sa main était toujours enroulée autour de son avant-bras, en guise de soutien.

31 Janvier 2024 – Dortoir des filles, Salle Commune de Serdaigle, Poudlard, Écosse


Bien plus tard ce jour-là, dans la pénombre de son dortoir, derrière les rideaux tirés de son lit à baldaquins, et après avoir ressassé des dizaines de fois la conversation entre Melody et Beau qu'elle avait surprise avec Scorpius, Roxanne et Elias à l'heure du déjeuner, Rose se munit de sa plume favorite, offerte par sa mère, d'un rouleau de parchemin vierge, et de l'encre noire avec laquelle elle rédigeait ses articles, et commença à retracer tous les évènements à sa connaissance concernant les comprimés Cogite-Méninges et à étaler les mots décousus qui s'y attachaient sur son morceau de parchemin.

Comme souvent lorsque le sujet était particulièrement sensible (à l'instar de son dossier sur Barbie Brain, ou de son numéro hors-série sur l'épidémie virulente, mais inoffensive de Poilalalangue, qui avait fait ravage parmi les élèves l'année précédente, lorsque Silvain Le Roi, alors Préfet-en-Chef, avait embrassé, non seulement sa petite amie de l'époque, mais une dizaine d'autres filles en l'espace d'un mois, qui avaient à leur tour embrassé d'autres garçons, et ainsi de suite), Rose prit soin d'anonymiser son article afin de ne faire apparaître aucun nom. Ou du moins, l'ébauche d'article qu'elle était en train de rédiger.


Note : Bonjour à tous ! Je suis très contente de vous retrouver avec un nouveau au chapitre, même si je ne suis clairement pas prête à reprendre le travail tout de suite, ha ha (l'est-on jamais ?)
Je pense qu'on commence à en apprendre un petit peu plus sur tous nos personnages « centraux », alors j'espère que ce chapitre vous plaira. Dans le as contraire, vous avez le droit de me le dire !
Evidemment, la révélation porte essentiellement sur Beau et Melody, mais elle est importante !

Bref, je vous laisse en juger par vous même !

Et je vous souhaite à tous un bon dimanche, ou de bonnes vacances pour ceux qui en prennent !

À bientôt,
LittePlume