Tout était calme. Dans cette petite maison, dans un quartier sans histoire, chacun vaquait à ses occupations. Le père s'afférait auprès de ses patients dans la partie clinique de la maison, tandis que le fils, de passage avec sa femme et leur enfant, maintenant âgé de 13 ans, discutait tranquillement avec sa sœur autours d'une tasse de thé dans le salon.

Pourtant l'atmosphère avait quelque chose de triste. De terne. Comme si une pièce du puzzle avait été enlevée, et que sans elle, rien ne pouvait fonctionner correctement. Et si tous faisaient en sorte de passer outre, chacun le ressentait au plus profond de son cœur.

Dehors, l'hiver régnait. La ville était couverte d'un épais manteau blanc, et tandis que l'après-midi touchait à sa fin, les dernières lueurs du jour se reflétaient sur celui-ci. Les habitants du quartier, chaudement emmitouflés, revenant pour beaucoup du travail ou de l'école, regagnait lentement leur foyer. Pourtant, malgré le froid mordant, une jeune femme avançait doucement dans la neige, vêtue simplement, ses cheveux flottant avec légèreté derrière elle, et ne semblait nullement dérangée par l'air glacial qui l'entourait.

Un petit sourire sur le visage, elle s'arrêta devant la petite clinique, prit une grande inspiration, et toqua finalement à la porte, pleine d'appréhension. Une voix retentit à l'intérieur, lui intimant que quelqu'un venait lui ouvrir, et la porte laissa finalement apparaître un grand jeune homme aux cheveux roux, qui d'abord surpris par l'identité de la visiteuse, laissa apparaître sur son visage un sourire éclatant.

Il prit la jeune femme dans ses bras, et après ces heureuses retrouvailles, lui proposa d'entrer afin de se protéger du froid. Une fois dans le salon, une belle rousse se précipita vers la nouvelle venue, qu'elle prit à son tour dans ses bras. Une jeune fille brune, un peu plus loin dans la pièce, afficha un large sourire en la voyant, et la salua joyeusement.

- « Rukia ! » S'exclama avec entrain la rousse, serrant toujours la brune dans ses bras « Cela fait si longtemps ! ».

A ces mots, elle la relâcha, les yeux humides, trop heureuse de revoir sa vieille amie si longtemps absente.

- « Excusez-moi, Orihime, Ichigo. J'aurais voulu venir vous voir plus tôt, malheureusement mes obligations là-haut m'ont quelque peu contrainte à retarder ma visite » S'excusa timidement la jeune femme.

- « Nous nous en sommes douté, ne t'en fait pas. » La rassura le dénommé Ichigo. « Être capitaine ne doit pas être de tout repos ! »

Rukia lui offrit un sourire gêné, lui signifiant qu'il ne croyait pas si bien dire. Avec ses nouvelles responsabilités, ainsi que sa fille dont elle devait s'occuper, il avait fallu trois ans à la shinigami avant de pouvoir trouver le temps de revenir à Karakura. Pendant ce temps, la plus jeune des occupantes était parti chercher une quatrième tasse pour la belle brune, lui servi un thé et l'invita à s'assoir avec eux.

- « Merci Yuzu » Déclara Rukia en lui offrant un petit sourire.

Tous se rassirent ainsi autours de la petite table, et discutèrent encore une bonne heure, avant que le patriarche de la famille ne les rejoigne, ayant terminé sa journée. Yuzu proposa à Rukia de se joindre à eux pour le repas, ce que celle-ci accepta, et la petite brune disparue dans la cuisine pour commencer les préparatifs.

Entre temps, un jeune homme aux cheveux écarlate pénétra à son tour dans la demeure, revenant d'une dure journée de travail. Après avoir salué les occupants du salon, non surpris de la venue de Rukia, qu'il avait croisé lors de son arrivée dans la ville, il se dirigea vers la cuisine où officiait sa femme.

Une fois le repas préparé, Yuzu les appela pour venir à table, tandis que son mari terminait de dresser celle-ci. Tous s'attablèrent joyeusement, friand de la nourriture de la jeune fille, qui avait tant manqué à la belle shinigami.

- « Depuis quand êtes-vous marriez, tous les deux ? » Demanda Rukia au cours du repas, curieuse de l'évolution de la vie de la petite famille, en regardant Yuzu et Jinta.

- « Le mariage s'est déroulé l'année dernière » Répondit la jeune brune, regardant amoureusement son époux. « Nous voulions au départ inviter nos amis de la Soul Society.

- Mais nous avons finalement décidé de faire quelque chose de simple, et nous l'avons seulement célébré avec notre famille proche » La coupa le jeune homme.

Rukia rigola doucement, heureuse de voir que celui-ci n'avait rien perdu de son entrain, et les félicita, bien qu'avec un peu de retard. Une autre question vînt à ses lèvres, et anodinement, elle la posa.

- « Et Karin ? Elle ne vit plus avec vous ? Je suis étonnée de ne pas la voir ici. »

Un lourd silence s'installa autours de la table. Les yeux de chacun des membres de la famille Kurosaki se rembrunir. Kazui, le fils d'Ichigo, baissa la tête, le regard empli de larmes. Orihime attrapa son fils par le bras et quitta la table, lui intimant des mots doux pour le calmer. Jinta caressa doucement le dos de sa femme, tandis qu'Ichigo commença à porter une attention bien trop grande au fond de son assiette.

La shinigami adressa un regard interrogateur à l'ancien capitaine de la 10ème division, perplexe, effrayée d'avoir posé une question qu'il aurait mieux valu éviter. Celui-ci ouvrit plusieurs fois la bouche, se ravisant de parler à chaque fois, et après avoir poussé un long soupir, il regarda finalement la brune dans les yeux.

- « Karin... N'est plus là. Peu de temps après votre dernière visite elle... Elle a perdu la vie dans un accident de voiture. »

Yuzu laissa échapper un glapissement en se remémorant ce souvenir, tandis que Jinta la serrait contre lui. Le visage de Rukia se décomposa, ses yeux s'emplir de larmes, tandis qu'elle regardait fixement Isshin, incrédule.

- « Que... Mais... Je suis désolée... » Finit-elle par soupirer.

- « Ne t'excuse pas, tu ne pouvais pas le savoir. » Intervint la voix douce d'Orihime derrière elle, celle-ci étant revenue du salon, son fils y étant resté, regardant la télé pour se changer les idées.

- « C'était trop dur de vous avertir, tout en sachant qu'elle ne se trouverait de toute façon pas au Rukongai » Déclara finalement Ichigo, pâle comme un linge.

La mine triste de Rukia laissa entrevoir un éclair de surprise.

- « Elle ne s'est quand même pas transformée en...

- Non, elle ne s'est pas transformée en Hollow. » La rassura Isshin. « Mais elle possédait un puissant reatsu, et malgré toute sa combativité, son passage sous forme d'âme a attiré bien trop de Hollow. Elle s'est bien battue, mais avant que nous n'arrivions, il était déjà trop tard. »

S'en était trop pour Yuzu, qui attrapa nerveusement les assiettes vides, et quitta la pièce pour commencer à tout nettoyer en cuisine, se mordant violemment la lèvre pour empêcher un sanglot de s'échapper de sa gorge.

Un peu plus tard, la shinigami quitta le domicile des Kurosaki. Ichigo la raccompagna jusqu'à la porte, et elle s'excusa de nouveau pour avoir ravivé ces douloureux souvenirs à la famille.

- « Ne t'inquiète pas. » Lui assura Ichigo. « En n'en parlant à personne autre que notre entourage proche, nous nous doutions qu'un jour quelqu'un nous interrogerait sur son absence. C'est simplement que, même si cela fait déjà trois ans, cela reste encore un souvenir douloureux pour nous tous. »

Elle lui offrit un regard compatissant, puis s'éloigna, disparaissant dans la nuit, laissant Ichigo seul sur le perron de la maison. Il soupira, sachant pertinemment que la jeune femme se sentait extrêmement coupable. Il referma la porte, puis se dirigea vers sa famille qui se préparait également à partir, laissant ainsi Isshin, Yuzu et Jinta seul dans la maison, afin de rejoindre sa propre demeure, non loin d'ici.

Ailleurs dans la ville, une jeune fille pénétra dans une boutique pourtant close à cette heure. Dans la pénombre, un homme blond, le regard sombre, dissimulé sous un bob, lui adressa un regard compatissant. Il abandonna son habituel idiot, et se releva pour l'accueillir.

- « A voir ton visage déconfit, je suppose que tu as appris pour la jeune Kurosaki

- Urahara... » Commença la jeune femme. « Tu aurais pu m'en parler avant, cela m'aurait évité de raviver un si douloureux souvenir.

- Ce n'est malheureusement pas une nouvelle qu'il m'incombe d'annoncer. Cette décision appartient aux Kurosaki, et à personne d'autre. »

Rukia soupira, s'avouant vaincu. Alors, elle se libéra de son corps artificiel, revêtant à présent son habituel shihakusho noir, surmonté de son haori blanc de capitaine. Le marchand lui offrit un sourire de réconfort, et tandis qu'il récupérait le corps à présent vide de la jeune femme, celle-ci fendit l'air de son zanpakuto, de manière à ouvrir les portes qui la ramènerait chez elle.

- « A bientôt Urahara. » Murmura-t-elle, un sourire triste sur le visage.

- « Bon retour ma chère » Lui répondit celui-ci, répondant à son sourire.

Et c'est sur ces paroles que la brune traversa la porte, disparaissant dans la lumière d'un autre monde. En posant le pied de l'autre côté du passage, elle constata qu'il faisait également nuit de ce côté-ci. A pas lents, elle se dirigea vers sa demeure, où elle se doutait que tout le monde était déjà endormi. En pénétrant dans la maison, elle alla s'installer directement dans le salon, trop perturbée pour aller se coucher. Elle ôta son haori, qu'elle plia et posa doucement près d'elle, et soupira, ses yeux fixant le vide devant elle. Se relevant, elle se dirigea vers la cour du manoir, désireuse de se changer les idées. Alors qu'elle avançait sous la lumière de la Lune, une silhouette arriva à pas lent face à elle, observant avec attention son visage.

- « J'en déduis que cette visite sur Terre n'a finalement pas été réjouissante, aux vues de l'air triste que tu arbores. » Murmura un homme de grande taille, ses cheveux noirs flottant légèrement autours de son visage sous l'air frais de la nuit.

- « Grand frère... » Soupira-t-elle. « Non, en effet. Disons simplement que les nouvelles ne sont pas bonnes. » Déclara-t-elle avec détachement. « Ichigo et sa famille vont bien, Kazui a d'ailleurs bien grandi. Sa petite sœur Yuzu s'est d'ailleurs mariée l'année dernière. Mais... »

Voyant son désarroi, l'homme l'attira vers un banc à proximité, lui laissant le temps de mettre de l'ordre dans ses idées avant de continuer.

- « Son autre sœur, Karin, est décédée il y a trois ans. Je n'en savais rien et j'ai... »

Elle s'interrompit, et appuya ses coudes sur ses genoux, son front posé sur ses mains. Son frère posa une main réconfortante sur son épaule.

- « Tu n'y peux rien Rukia. C'est ainsi, et malheureusement nous ne pouvons empêcher ce genre d'événements d'arriver. Et ce sera d'autant plus dur pour toi qui côtoies tant d'humain.

- J'en ai bien conscience mais... J'aurais quand même voulu faire quelque chose pour eux. Ils ont tant fait pour moi, pour nous, et elle était si jeune... »

C'est sur ces mots qu'elle se tût, se concentrant une nouvelle fois sur le vide qui lui faisait face. Byakuya passa son bras autour de ses épaules, et resta ainsi à ses côtés jusqu'à ce qu'elle se sente prête à rejoindre ses appartements.