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CHAPITRE X.

N°82 – 27 Janvier 2024 (4)

3 février 2024 – Pré-au-Lard, Ecosse


Rose marchait aux côtés de sa cousine sans dire un mot, les yeux rivés sur le bout de ses chaussures en tentant distraitement d'éviter les flaques boueuses de neige fondue dans lesquelles se terraient de petits lutins de boue qui mouraient d'envie de jouer de mauvais tours aux passants en les faisant trébucher.

Perdue dans ses pensées depuis le petit-déjeuner et sa discussion avec Scorpius et Elias, Rose, enveloppée par l'air glacial qui régnait dans les allées bruyantes de Pré-au-Lard, tapait dans ses mains gantées pour les réchauffer.

Aucun des journaux auxquels elle avait adressé son projet d'article ne lui avait fait de retour positif. À vrai dire, elle avait essuyé le même refus catégorique et nauséabond de condescendance de la part de tous les journaux qu'elle avait contactés, même de la part de ceux qu'elle admirait le plus. Rose était fin prête à quitter Poudlard, à prendre son envol et enquêter sur des sujets qui lui tenaient à cœur.

Poussée par des parents encourageants et dévoués, Rose n'avait jamais eu peur d'essayer, de se lancer, de courir après ses rêves, même si elle avait toujours aimé le faire dans l'ombre.

Et pourtant, alors que dans quelques mois à peine, elle pousserait enfin les lourdes portes de Poudlard pour les laisser se refermer définitivement sur son enfance, prête à affronter le monde en tant qu'adulte, Rose commençait à douter. À douter d'elle et de sa place dans ce monde de grands. À doute de la pertinence de ses idées, de sa passion. À douter de ses rêves d'enfants.

– Rose ? Rose, tu m'écoutes ? lui demanda Roxanne en la secouant légèrement par le bras, les sourcils froncés au-dessus de ses grands yeux noisette, habituellement pleins de malice.

Rose cligna des yeux avec stupeur, le temps pour ses idées de se disperser, et adressa un sourire étriqué à sa cousine pour la rassurer.

– Pardon, tu disais ? Je suis désolée, j'étais distraite…

Une grimace étira le visage fin de Roxanne.

– Qu'est-ce que vous avez tous en ce moment ? Entre Albus qui ne décroche plus un mot, et toi qui n'en écoutes plus un…

Rose laissa échapper un faible rire, avant de hausser les épaules.

– Je crois que c'est l'âge…

Roxanne arqua un sourcil et planta les mains sur ses hanches.

– L'âge ? Tu as rencontré mon père ?

Cette fois, le rire de Rose se fit plus fort, plus assuré, et plus sincère, aussi.

– D'accord, mais chaque règle souffre d'une exception, c'est comme ça que les choses sont faites…

– N'importe quoi. Et on n'a même pas encore bu cette fichue bièraubeurre. Qu'est-ce que ce sera dans vingt minutes…

Rose secoua la tête avec amusement, tandis que sa cousine et elle se dirigeaient vers les Trois Balais, désormais tenu par le fils de Madame Rosmerta, un jeune sorcier qui jouait au moins autant de ses charmes sur la gente féminine que sa mère sur la gente masculine à son époque.

– Ce que je veux dire, reprit Rose, c'est que… c'est qu'on aura bientôt quitté Poudlard. Ça ne te fait pas un petit peu peur ?

Roxanne s'apprêta à répondre, mais Rose reprit aussitôt, sans lui en laisser le temps :

– Je sais que tu as déjà obtenu un stage au Département de Recherches Botaniques du Ministère, mais je ne sais pas… ça ne te fait pas peur de te dire que quelque chose que tu as voulu pendant si longtemps est sur le point de se réaliser, et que tu n'as pas le droit à l'erreur ? Je pense que c'est ce que ressent Albus en ce moment. Et moi aussi…

L'expression de Roxanne s'adoucit, et elle s'immobilisa à quelques pas de l'entrée des Trois Balais pour faire face à sa cousine.

– Rose, ça ne te ressemble pas d'avoir peur d'échouer. Est-ce que ça a quelque chose à voir avec les refus que tu as reçus ces dernières semaines ?

Rose haussa les épaules et Roxanne lui pinça la joue.

– Hé !

– Rose. Ôte-moi d'un doute, c'est ce que tu as toujours voulu faire, non ?

– Oui.

– Alors tu vas t'en donner les moyens, c'est tout.

Les lèvres de Rose s'arrondirent pour former un « o » parfait, mais aucun son ne sortit. Elle ferma, puis, ouvrit, puis ferma la bouche plusieurs fois, mais resta résolument muette, les yeux de Roxanne plantés dans les siens avec une assurance communicative.

Après de longues secondes, Rose esquissa un sourire plus confiant.

– Tu as raison.

– Toujours, fit Roxanne, avant de tourner les talons et de pousser la porte des Trois Balais avec un grand sourire.

– Roxanne ! fit Rose en la rattrapant. Tu devrais vraiment tenir le même discours à Albus, je crois qu'il en a besoin…

– J'y vais de ce pas, fit la jeune fille en faisant un clin d'œil à sa cousine, qui éclata de rire dans le Pub bondé, avant de repérer la table à laquelle étaient déjà installés Albus, Fred et Hugo et de les y rejoindre, suivie de Rose.

– Lily n'est pas encore là ? demanda Roxanne en tirant une chaise en face d'Albus dans laquelle elle se laissa tomber sans ménagement.

Rose l'imita et prit place à côté de son petit frère après avoir retiré ses gants, son bonnet, son écharpe, sa cape d'hiver et son dessous de cape.

– Non, répondit Albus à Roxanne en levant les yeux au ciel. Elle voulait passer à la Ménagerie Magique pour acheter un nouveau compagnon à Simon et Schuster…

– Qu'est-ce qu'elle va faire d'un troisième rat ? fit Fred en reposant sa bièraubeurre avec une grimace.

Albus secoua la tête avec la même expression que Fred.

– Merlin seul le sait…

– Qu'est-ce que tu t'es encore fait, toi ? fit soudain Rose en soulevant le bras de son frère posé sur la table, où une nouvelle plaie rosâtre avait entaillé la peau et la chaire.

– Ce n'est rien du tout, ça, Rose, fit son géant de frère en haussant les épaules comme si ce n'était effectivement qu'une simple éraflure et non une entaille d'un centimètre de profondeur.

– Tu es allé voir Monsieur Whiteblouse à l'infirmerie ?

– Pour quoi faire ? s'étonna Hugo en clignant des yeux comme si l'idée était complètement saugrenue. Hagrid m'a déjà rafistolé.

Rose entendit Fred et Roxanne échanger un rire, et capitula en soupirant.

– Laisse tomber, oublie que je me suis inquiétée…

Imperturbable, Hugo haussa les épaules et porta sa bièraubeurre à ses lèvres.

– Prêt pour ton prochain match, Fred ? fit Rose en reportant son attention sur son cousin.

Le jeune homme esquissa un sourire gêné. Il se doutait sûrement que si Roxanne était au courant pour les comprimés, Rose l'était également, mais cette dernière adressa un sourire rassurant, dénué de jugement, à son cousin.

– Oui, mais votre équipe n'a pas perdu un seul match depuis le début de l'année. Scorpius Malefoy est un très bon capitaine…

– En parlant de Scorpius Malefoy, lança Albus avant que Rose ne puisse répondre. C'est moi ou tu passes beaucoup de temps avec lui ces derniers temps ? Vous êtes toujours fourrés ensemble en cours de Potions maintenant…

Fred, qui avait laissé tomber le cours de Potions après ses BUSES, se redressa sur sa chaise et arqua un sourcil inquisiteur, comme le faisait toujours sa sœur jumelle lorsqu'elle cherchait à arracher la vérité à quelqu'un :

– C'est vrai ça ? Pourquoi on ne m'a rien dit ? Rose, si tu veux sortir avec Scorpius Malefoy, je n'y vois aucun inconvénient, c'est un chic type… par contre, si son équipe nous met une dérouillée samedi prochain, je serai dans l'obligation de te renier, je te préviens. C'est une question d'honneur…

– Oh là ! fit Rose en levant les mains devant elle, comme un bouclier, un fard rouge recouvrant peu à peu ses taches de rousseur. Personne ne sort avec personne, d'accord ? C'est quoi cette idée bizarre ? ajouta-t-elle en marmonnant.

Fred et Albus échangèrent un regard amusé, mais se retinrent de tout commentaire, tandis qu'Hugo observait sa sœur avec une expression indéchiffrable. Mais à son grand étonnement, Roxanne, elle, demeura parfaitement silencieuse, un simple sourire tranquille étirant ses lèvres vers le haut.

– Ah, Lily est là ! lança soudain Fred, faisant se retourner toutes les têtes vers la petite dernière de la famille. Et visiblement, elle a trouvé ce qu'elle voulait à la Ménagerie Magique, ajouta-t-il en désignant le rat qui trônait sur son épaule gauche.

3 février 2024 – Le Chaudron Percé, Pré-au-Lard, Ecosse


C'était la première fois depuis le retour des vacances de Noël et l'article de Rose dans la rubrique des « Cœurs de Poudlard » que Scorpius, Elias et Beau se retrouvaient tous les trois.

Mais aussi heureux que cela puisse rendre Scorpius, il se sentait pris au dépourvu.

Elias et lui s'étaient mis d'accord pour faire comme si la discussion qu'ils avaient surprise entre Beau et Melody quelques jours plus tôt n'avait jamais eu lieu et qu'ils n'en avaient pas été les témoins involontaires, convaincus que c'était à Beau de leur en parler, et non à eux de s'en mêler.

Toutefois, Scorpius n'avait jamais su mentir ou faire semblant. Et il n'avait jamais ignoré quelqu'un qui avait besoin d'aide, comme c'était le cas de Beau s'il était devenu dépendant des petits comprimés roses qui circulaient à Poudlard. C'était plus fort que lui. Il avait besoin de se montrer utile, de tendre une main à ceux qui en avaient besoin.

C'était la raison pour laquelle il voulait devenir Médicomage à la sortie de Poudlard. Depuis qu'il était petit et qu'il avait recueilli un rouge-gorge qui s'était cogné à la fenêtre de la bibliothèque du Manoir Malefoy où il était à ce moment-là, et où il avait passé le plus clair de son enfance.

Malgré l'entrain et le sourire infaillible qu'affichait Beau, Scorpius voyait les cernes violets qui creusaient son regard, les nerfs qui rongeaient son habituelle nonchalance, la tristesse qui tordait son sourire et alourdissait son rire.

Mais Scorpius fit de son mieux pour ignorer l'irrépressible envie d'interrompre Beau, de lui demander si tout allait bien, de lui tendre la main qu'il avait si désespérément envie de lui tendre. Si Beau n'était pas prêt à accepter la main tendue et le cœur ouvert de Melody, il ne le serait pour personne. Il fallait que ça vienne de lui.

Tout ce que pouvait faire Scorpius pour le moment, c'était être là pour Beau, comme il l'avait toujours été. Il se devait d'être son ami, pas son Préfet-en-Chef.

– Une autre bièraubeurre à la citrouille ? demanda Scorpius en se levant de sa chaise avant même que ses amis lui répondent.

– Une normale pour moi, fit Beau. La première était bonne, mais trop sucrée.

– Rien n'est jamais trop sucré, répliqua Elias avec expression faussement outrée. Le sucre, c'est la seule raison valable de manger.

Beau laissa échapper un grognement goguenard, laissant à Scorpius le soin de répondre :

– Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir une mère qui savait où se trouvait la farine dans sa propre cuisine. Chez Beau et moi, la cuisine a toujours été faite par des employés, et avec beaucoup moins d'amour que ta mère n'en met dans ses petites tartelettes à la patate douce…

Elias se contenta de leur adresser un sourire resplendissant, tandis que Scorpius se dirigeait vers le comptoir pour passer commande.

Lorsqu'il revint vers eux moins de cinq minutes plus tard avec une bièraubeurre traditionnelle et deux bièraubeurre à la citrouille, une spécialité du Chaudron Percé, qui avait remplacé la Tête de Sanglier au décès d'Abelforth Dumbledore et qui était aujourd'hui tenu par un jeune couple qui avait gardé une plaque, accroché au mur, en hommage à l'ancien gérant, son bar, et son rôle décisif dans la Bataille de Poudlard, Scorpius vit ses deux amis échanger un regard entendu.

– Quoi ? demanda-t-il en leur tendant leur chope et s'asseyant dans la chaise qu'il venait de quitter. De quoi vous parliez ? J'ai quelque chose sur le nez ?

Le sourire d'Elias s'étira jusqu'aux oreilles et il jeta un nouveau coup d'œil à Beau, qui se tourna enfin vers Scorpius en penchant légèrement la tête sur le côté.

– Scorpius.

– Oui ? répondit le jeune homme en enroulant ses deux mains autour de sa chope, légèrement perplexe face à l'attitude de ses amis.

– Est-ce que tu vas nous dire ce qu'il se passe avec Rose Weasley ? Et pourquoi est-ce qu'Elias ici présent a l'air de penser que tu es un homme nouveau depuis qu'elle est entrée dans ta vie avec ce fichu article ?


Note : Bonjour à tous !
Alors tout d'abord, oui, ce chapitre s'arrête bien là. Il est plus court que d'habitude, c'est bien vrai, mais c'est un petit peu un chapitre « bonus », qui au départ, n'était pas prévu, mais que j'ai eu envie d'écrire quand même. Ça ne fait clairement pas avancer le bazar, mais j'avais envie de voir un peu la fratrie Potter-Weasley et les amis de Scorpius. Même si c'était pendant un très très bref instant, surtout pour Scorpius.

Enfin bon je m'égare. J'espère tout de même que ce chapitre vous aura plus, et je vous remercie tous chaleureusement pour votre enthousiasme pour cette histoire et vos reviews, qui me font chaque fois très plaisir.

Comme je ne suis pas chez moi le week-end prochain, je ne sais pas du tout si j'aurais le temps de poster la suite... Je m'en excuse d'avance.

En attendant, je vous souhaite une bonne fin de week-end :)
LittePlume


M.A.J. le 20 septembre 2020 : corrigé par DelfineNotPadfoot